eCitizen : le Kenya veut monétiser les données anonymisées de l’administration

Par : Samira Njoya

Date de création : mardi, 09 juin 2026 07:44

Alors que les données sont de plus en plus considérées comme une ressource stratégique au même titre que les infrastructures ou l’énergie, le Kenya prépare un cadre permettant de les commercialiser. L’objectif est de soutenir l’innovation tout en créant de nouvelles sources de revenus pour l’État.

Le Kenya poursuit sa stratégie de valorisation de l’économie numérique. Le gouvernement prévoit de créer un marché national dédié aux données publiques anonymisées, accessible aux entreprises, chercheurs, ONG et innovateurs. L’initiative figure dans le projet de Politique nationale de gouvernance des données publié fin mai par le ministère de l’Information, des Communications et de l’Économie numérique.

Le projet prévoit la mise en place d’un Conseil national de gouvernance des données et des technologies émergentes, chargé de centraliser les informations produites par les administrations publiques et d’encadrer leur mise à disposition. Les autorités ambitionnent de rendre accessibles au moins 1000 jeux de données au cours des cinq prochaines années via une plateforme nationale dédiée.

Les données concernées proviendraient notamment de la plateforme gouvernementale eCitizen, utilisée pour de nombreux services administratifs. Elles incluraient des statistiques agrégées sur les créations d’entreprises, les demandes de passeports, les transactions foncières, les immatriculations de véhicules ou encore certaines données agricoles et démographiques. Les informations permettant d’identifier directement une personne, comme les noms, numéros de téléphone, adresses ou pièces d’identité, resteraient exclues du dispositif conformément à la législation kényane sur la protection des données.

Cette orientation s’inscrit dans une vision plus large portée par les autorités kényanes, qui considèrent désormais la donnée comme un actif stratégique. Dans les documents préparatoires de la future politique, le gouvernement estime que les administrations publiques disposent d’importants volumes de données encore sous-exploités en raison de systèmes fragmentés, de standards hétérogènes et d’un partage limité entre institutions.

Au-delà de la génération de revenus, Nairobi espère stimuler l’innovation locale. L’accès à des données structurées pourrait favoriser le développement de nouveaux services numériques, d’outils d’analyse, de solutions d’intelligence artificielle ou encore de produits financiers adaptés à différents secteurs de l’économie. Les autorités citent notamment les domaines de l’agriculture, des transports, de la santé ou de la planification urbaine parmi les principaux bénéficiaires potentiels.

Le projet suscite néanmoins des interrogations sur les garanties de confidentialité et les risques de réidentification des données une fois celles-ci commercialisées. Ces préoccupations alimentent déjà le débat public au Kenya, où certains observateurs appellent à un renforcement des mécanismes de contrôle avant toute mise en œuvre du futur marché.

Si elle aboutit, l’initiative placerait le Kenya parmi les premiers pays africains à chercher à structurer un véritable marché national des données publiques. Une démarche qui reflète l’évolution croissante des politiques numériques sur le continent, où la donnée est de plus en plus perçue comme une ressource économique à part entière.

Samira Njoya

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