Coupures d’Internet : l’UNESCO alerte face à une pratique encore répandue en Afrique

Par : Samira Njoya

Date de création : vendredi, 23 janvier 2026 09:37

Date de modification : 23 janvier 2026 09:45

L’Afrique reste l’une des régions les plus touchées par les coupures volontaires d’Internet et leurs répercussions économiques. En 2024 et 2025, ces interruptions ont freiné l’essor de l’économie numérique sur le continent.

L’UNESCO s’inquiète de la multiplication des coupures d’Internet décidées par les gouvernements, notamment en période de crise politique ou électorale. Dans une déclaration publiée le mardi 21 janvier, l’organisation onusienne a rappelé que l’accès à Internet constitue un pilier de la liberté d’expression et un élément central de l’exercice des droits démocratiques, et a appelé les États à privilégier des politiques favorisant la connectivité plutôt que des restrictions.

Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par une recrudescence des coupures gouvernementales à l’échelle mondiale, y compris en Afrique. Selon l’ONG Access Now citée par l’UNESCO, au moins 300 coupures d’Internet ont été recensées dans plus de 54 pays au cours des deux dernières années, faisant de 2024 la pire année enregistrée depuis 2016.

Depuis le début de l’année 2026, plusieurs pays ont de nouveau imposé des interruptions totales ou partielles de la connectivité, notamment lors de manifestations de grande ampleur ou de processus électoraux sensibles.

En Afrique subsaharienne, ces pratiques ont un coût économique particulièrement lourd. D’après le rapport Global Cost of Internet Shutdowns 2024 publié par la plateforme britannique Top10VPN, les coupures d’Internet et les restrictions d’accès aux réseaux sociaux ont entraîné des pertes estimées à 1,56 milliard de dollars dans la région en 2024. Bien qu’en légère baisse par rapport aux 1,74 milliard de dollars enregistrés en 2023, ces pertes restent significatives et traduisent la persistance de mesures qui freinent la croissance de l’économie numérique africaine.

Le rapport indique que ces interruptions ont totalisé 32 938 heures de coupure en Afrique subsaharienne en 2024, affectant 111,2 millions d’internautes. Le Soudan figure parmi les pays les plus touchés, avec une perte économique estimée à 1,12 milliard de dollars, soit près de 72 % du total régional, sur fond de conflit et de restrictions prolongées. L’Éthiopie et le Kenya ont également enregistré des pertes notables, respectivement de 211,2 millions et 75 millions de dollars, dans des contextes mêlant tensions sécuritaires, manifestations et contrôle de l’information.

Les autorités justifient généralement ces coupures par des impératifs de sécurité nationale, de maintien de l’ordre public ou de lutte contre la désinformation. Dans les faits, elles prennent souvent la forme de blocages des réseaux sociaux, de ralentissements intentionnels du débit ou de coupures totales, affectant des plateformes devenues centrales pour l’information, les échanges commerciaux, les services financiers numériques et l’organisation sociale.

Pour l’UNESCO, ces perturbations vont bien au-delà de la seule question de l’accès à l’information. Elles fragilisent l’écosystème médiatique, entravent le travail des journalistes et favorisent la circulation d’informations non vérifiées. Elles portent également atteinte à des droits fondamentaux connexes, tels que l’accès à l’éducation, la liberté de réunion et la participation à la vie publique, tout en affaiblissant la confiance dans l’environnement numérique.

Alors que de nombreux pays africains misent sur le numérique pour soutenir la croissance, l’inclusion financière et la modernisation des services publics, la répétition des coupures apparaît de plus en plus contradictoire avec ces ambitions. Selon Top10VPN, les pertes économiques liées aux interruptions de connectivité sont calculées à partir du PIB numérique, de la durée des coupures et du nombre d’utilisateurs affectés, soulignant un manque à gagner direct pour les entreprises, les opérateurs télécoms et les États eux-mêmes.

Samira Njoya

Edité par Ubrick F. Quenum

Lire aussi:

Coupures d’Internet: l’économie africaine a perdu 1,5 milliard$ en 2024(Top10VPN)

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