L’écosystème entrepreneurial égyptien connaît une dynamique soutenue et gagne en visibilité à l’échelle régionale. Dans ce contexte, le gouvernement entend mieux structurer le secteur et centraliser les données afin de disposer d’indicateurs plus précis sur son évolution.
L’Agence pour le développement de l'industrie des technologies de l'information (ITIDA) a procédé, le jeudi 12 février au Caire, au lancement officiel de la version remaniée de la plateforme « Egypt Innovate », présentée comme la première plateforme numérique nationale entièrement intégrée dédiée à l’innovation et à l’entrepreneuriat. L’annonce est intervenue en marge du salon AI Everything Middle East & Africa, organisé au Centre international des expositions d’Égypte, en présence de délégations issues de plus de 30 pays.
La plateforme est développée et exploitée par un consortium conduit par Entlaq, en partenariat avec Robusta et Kamelizer. Cette alliance public-privé ambitionne de structurer un point d’accès unifié reliant start-up, investisseurs, universités, centres de recherche et institutions publiques au sein d’un même environnement numérique.
Selon Ahmed ElZaher, PDG de l’ITIDA, cette nouvelle version s’inscrit dans la stratégie nationale visant à bâtir une économie fondée sur la connaissance, en s’appuyant sur la donnée et les technologies avancées pour soutenir une croissance durable . La plateforme entend faciliter l’accès au financement grâce à une base de données dynamique présentant les modèles économiques et propositions de valeur des jeunes entreprises, tout en renforçant la visibilité de l’écosystème égyptien à l’échelle régionale et internationale.
Un accent particulier est mis sur la production de contenus spécialisés en langue arabe, considérée comme un levier d’inclusion numérique et de montée en compétences locales. Les autorités estiment que la disponibilité de ressources techniques et entrepreneuriales dans la langue maternelle des porteurs de projets contribue à élargir l’accès aux opportunités et à consolider le positionnement de l’Égypte comme pôle régional d’innovation.
Au terme de sa phase pilote, « Egypt Innovate » fédère 780 entités – start-up, investisseurs, incubateurs et centres de recherche – et héberge plus de 3700 contenus sectoriels. La communauté compte également plus de 81 000 utilisateurs inscrits, ainsi qu’un réseau d’experts mobilisés pour accompagner les entrepreneurs.
Sur le plan fonctionnel, la plateforme intègre des outils reposant sur la donnée et l’intelligence artificielle, dont un assistant numérique, une cartographie interactive de l’écosystème, un système de mise en relation automatisé entre start-up et investisseurs, ainsi qu’un centre d’apprentissage proposant formations, mentorat et simulations entrepreneuriales. Un mécanisme d’auto-vérification des données, fondé sur la mise à jour directe par les entités concernées, vise à garantir la fiabilité et l’actualisation des informations publiées.
Elle s’ajoute aux multiples dispositifs déjà déployés pour structurer et financer l’écosystème entrepreneurial égyptien, qui s’impose comme l’un des plus dynamiques de la région. En 2025, les start-up locales ont levé près de 614 millions de dollars en capital-risque et en financement par emprunt, selon le ministère égyptien de la Planification, du Développement économique et de la Coopération internationale. Ce montant illustre l’appétit croissant des investisseurs. Dans ce contexte, « Egypt Innovate » ambitionne de renforcer la coordination entre acteurs et de fluidifier l’accès aux opportunités de financement dans un marché en pleine maturation.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Engagé dans une modernisation progressive de son administration, le Mali multiplie les initiatives numériques pour simplifier l’accès aux services publics. La mise en ligne de nouveaux documents officiels s’inscrit dans cette stratégie visant à renforcer l’efficacité de l’État et l’accessibilité des démarches administratives.
Le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, Alhamdou Ag Ilyène, a participé le mardi 10 février aux côtés du ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Mamoudou Kassogué, au lancement officiel de la délivrance en ligne du casier judiciaire et du certificat de nationalité. Désormais, les citoyens peuvent effectuer leurs demandes et recevoir ces documents administratifs via des plateformes numériques dédiées, sans avoir à se déplacer physiquement.
Les demandes sont accessibles à travers deux portails distincts : casiercasier.gouv.ml pour le casier judiciaire et nationalitenationalite.gouv.ml pour le certificat de nationalité. Le dispositif permet aux usagers de soumettre leurs requêtes et d’en suivre l’avancement en ligne. La plateforme a été développée dans le cadre d’une collaboration entre le ministère chargé du Numérique, à travers l’Agence des technologies de l’information et de la communication (AGETIC), et le ministère de la Justice.
Cette mise en ligne s’ajoute à une série d’initiatives numériques déployées par les autorités maliennes ces derniers mois. Des solutions ont notamment été présentées à la Primature dans les secteurs des Transports, de la Santé et de l’Administration territoriale. Elles viennent renforcer des dispositifs déjà opérationnels, tels que les plateformes dédiées aux Maliens de la diaspora pour l’obtention de documents administratifs, les systèmes informatisés de gestion des dossiers judiciaires ou encore les projets de numérisation des services consulaires.
Au-delà de ces avancées sectorielles, le Mali cherche à améliorer sa performance globale en matière de gouvernance numérique. Selon l’Indice de développement de l’e-gouvernement (EGDI) 2024 des Nations unies, le pays affiche un score de 0,3005 sur 1, le plaçant au 173ᵉ rang sur 193 États. Un niveau inférieur à la moyenne africaine (0,4247), qui souligne les progrès réalisés dans l’offre de services en ligne, mais aussi les défis persistants liés aux infrastructures et aux compétences numériques.
La dématérialisation du casier judiciaire et du certificat de nationalité élargit le portefeuille de services publics accessibles en ligne. Elle soulève néanmoins des défis en matière de cybersécurité, de protection des données personnelles et d’appropriation effective par les usagers, notamment dans les zones éloignées des centres urbains.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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L’adoption des services de téléphonie mobile, d’Internet et de mobile money s’accélère en Afrique. Cette dynamique favorise toutefois la multiplication des cas de cybercriminalité, entraînant des pertes estimées à plusieurs milliards de dollars.
La Direction générale de la police du Sénégal (DGPN) a procédé, le jeudi 12 février, au lancement officiel de la plateforme de signalement des infractions cybercriminelles. Accessible via signalementcyber.dgpn.sn, cette initiative vise à faciliter la dénonciation et le suivi des actes de cybercriminalité, en pleine progression. Un accent particulier est mis sur la protection des enfants en ligne.
La plateforme permet de signaler, de manière sécurisée et confidentielle, une large gamme d’infractions numériques. Il s’agit notamment des escroqueries, de la diffusion non autorisée de contenus, de la diffusion de contenus obscènes, du harcèlement en ligne, de la diffamation, de l’extorsion numérique, de la cyberpédopornographie, des contenus haineux, de l’intrusion dans un système informatique, du piratage de comptes, de l’usurpation d’identité, du SIM Swap, de l’escroquerie sentimentale, des faux investissements, des arnaques mobile money, de l’accès frauduleux à un compte mobile money, des faux recrutements en ligne, des paiements frauduleux et des fausses ventes en ligne.
« Le dispositif offre aux victimes la possibilité d’effectuer un pré-signalement en ligne avant de formaliser, le cas échéant, une plainte auprès des services compétents, facilitant ainsi l’accès à la justice et la prise en charge rapide des dossiers. Développée en interne par des ingénieurs de la police nationale, la plateforme de signalement en ligne des infractions cybercriminelles constitue un levier majeur de la réforme du secteur public et du renforcement de la police de proximité », a déclaré le directeur adjoint de la police judiciaire, Moustapha Diouf, cité par le média local SocialNetLink.
Ce lancement intervient dans un contexte africain de transformation numérique accélérée, marqué par une adoption croissante des services de télécommunications, d’Internet et des réseaux sociaux. Cette dynamique s’accompagne toutefois d’une recrudescence des infractions en ligne, notamment des arnaques financières et des atteintes aux données personnelles. Selon Interpol, les incidents de cybersécurité sur le continent auraient entraîné des pertes financières estimées à plus de 3 milliards USD entre 2019 et 2025.
Au Sénégal, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement de la cybersécurité, considérée comme une condition indispensable pour tirer pleinement profit de la transformation numérique, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT). Dans son Indice mondial de cybersécurité 2024, l’organisation classe le pays au troisième palier, avec des performances jugées satisfaisantes en matière de cadre réglementaire, de mesures techniques et de coopération. Des efforts restent toutefois à fournir dans le développement des capacités et le renforcement des mesures organisationnelles.
Isaac K. Kassouwi
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Comme de nombreux pays africains, le Zimbabwe mise sur les TIC pour son développement socio-économique. Le pays compte sur la coopération régionale et internationale pour réaliser ses objectifs.
Le gouvernement zimbabwéen explore de nouvelles pistes de collaboration avec l’UNESCO dans les domaines de l’intelligence artificielle (IA), de la transformation numérique et de la gouvernance numérique. Cette coopération a été au cœur d’une réunion le mardi 10 février entre la ministre des TIC, Tatenda Mavetera (photo, au centre), et Tawfik Jelassi, directeur général adjoint de l’UNESCO pour la communication et l’information.
« Nos discussions ont porté sur l’intelligence artificielle et les cadres nationaux de politique, la transformation numérique dans le secteur public, la régulation et la gouvernance des plateformes, ainsi que le développement des compétences numériques pour les jeunes et les adultes », a déclaré M. Jelassi.
De son côté, Mme Mavetera a mis en avant le rôle transformateur de l’IA et des technologies émergentes dans le fonctionnement du gouvernement et le développement national. Elle a souligné l’importance de la recherche, de l’innovation et de la collaboration avec les institutions académiques et techniques pour favoriser des solutions technologiques durables.
Ce rapprochement s’inscrit dans le cadre des ambitions de transformation numérique des autorités zimbabwéennes. À travers le « Plan directeur Smart Zimbabwe 2030 », le gouvernement souhaite intégrer pleinement les TIC dans l’ensemble de la société et dans tous les secteurs de l’économie afin de favoriser un développement socio-économique rapide et durable. Le plan cite une étude de l’Union internationale des télécommunications (UIT) indiquant qu’une augmentation de 10 % du score de numérisation d’un pays entraîne une hausse de 0,75 % de son PIB par habitant.
Dans cette stratégie, l’intelligence artificielle est considérée comme un catalyseur essentiel, promettant d’accroître l’efficacité, de stimuler l’innovation et d’améliorer les services dans des secteurs allant de l’agriculture et la santé à l’éducation et l’administration publique. C’est précisément autour de l’IA que se concentre la collaboration récente avec l’UNESCO, qui a participé à l’élaboration de la stratégie nationale du Zimbabwe et à l’évaluation de l’état de préparation du pays pour l’IA.
Le rapport d’évaluation publié en juillet 2025 souligne toutefois que, pour exploiter pleinement le potentiel de l’IA, le Zimbabwe doit mettre en place une stratégie nationale complète, accompagnée d’un plan visant à gérer les principaux défis et risques. Ceux-ci incluent la domination étrangère, notamment par l’imposition culturelle, la perte d’autonomie humaine, ainsi que les limites de financement, d’infrastructures techniques et de capacités de recherche, aggravées par l’émigration de talents hautement qualifiés, connue sous le nom de « fuite des cerveaux ».
Actuellement, le Zimbabwe occupe la 149ᵉ place sur 193 pays dans l’indice de développement de l’e-gouvernement des Nations unies (EGDI) 2024, avec un score de 0,4481 sur 1, en dessous de la moyenne mondiale de 0,6382.
Isaac K. Kassouwi
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Le Maroc se distingue comme l’un des pays africains les plus avancés dans la numérisation des services publics. Avec plus de 600 services en ligne et une population fortement connectée, le royaume accélère l’inclusion numérique et modernise ses interactions entre citoyens, entreprises et administrations.
Le Maroc accélère la structuration de son écosystème d’e-gouvernement. Huit mémorandums d’entente ont été signés mardi 10 février à Rabat pour lancer la phase opérationnelle du projet « Idarati X.0 », une méta-application appelée à devenir le point d’entrée unifié des services publics numériques.
Porté par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, en coordination avec la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP), le projet ambitionne de structurer un véritable écosystème autour d’un wallet numérique national. Cette brique centrale permettra aux citoyens d’accéder, via une interface unique, à plusieurs services administratifs, en s’appuyant sur la carte nationale d’identité électronique (CNIE) comme socle d’authentification.
Les conventions signées engagent notamment le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, le ministère du Transport et de la Logistique, la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA) ainsi que l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie (ANCFCC). D’autres administrations sont également parties prenantes, traduisant une approche transversale fondée sur l’interopérabilité des systèmes.
Pensée comme une méta-application, Idarati X.0 ne se limite pas à agréger des services existants. Elle vise à repenser l’architecture des parcours usagers, à réduire la fragmentation des plateformes publiques et à centraliser les interactions entre l’administration et les citoyens. Le projet doit se déployer en quatre phases — du benchmark initial au chiffrage des investissements (Capex) et des coûts d’exploitation (Opex) — pour une durée estimée à six mois.
La question de la protection des données constitue un axe structurant du dispositif. Les autorités mettent en avant une approche fondée sur les principes de « privacy by design » et de « security by design », intégrant les exigences de conformité réglementaire et de cybersécurité dès la phase de conception technique. La CNDP est associée au processus afin d’assurer l’alignement du projet avec les standards nationaux en matière de confidentialité et de gouvernance des données.
Ce chantier s’inscrit dans la continuité de la stratégie « Maroc Digital 2030 », qui ambitionne d’accélérer la dématérialisation des procédures, de renforcer l’inclusion numérique et d’améliorer la qualité des services publics. En 2024, 600 services publics étaient déjà en ligne : 300 pour les citoyens, 200 pour les entreprises et 100 pour les administrations. Cette dynamique place le Maroc parmi les pays leaders en Afrique en matière de transformation numérique. Le royaume est classé 90ᵉ mondial et 4ᵉ en Afrique à l’Indice de développement de l’e-gouvernement des Nations unies (EGDI) 2024, avec un score de 0,6841 sur 1, supérieur aux moyennes africaine et mondiale.
Le contexte numérique marocain est particulièrement favorable à ce type d’initiative. Selon DataReportal, le royaume comptait plus de 35,3 millions d’internautes à la fin de 2025, soit un taux de pénétration d’environ 92 % de la population, tandis que le nombre de connexions mobiles dépassait 54,9 millions, traduisant une adoption massive du mobile et de l’accès Internet à large échelle.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Les autorités misent sur la transformation numérique pour soutenir la montée en compétence des populations. En janvier, elles avaient lancé des formations en IA obligatoires pour tous les fonctionnaires.
Le gouvernement rwandais s’associe à la société technologique américaine Oracle pour lancer une initiative nationale de développement des compétences numériques. Un protocole d’accord signé entre les deux parties a été annoncé le mardi 10 février.
Selon Oracle, l’initiative vise à offrir aux Rwandais une formation numérique de haut niveau, alignée sur les standards internationaux et reconnue par l’industrie, à travers ses programmes Oracle Academy et Oracle University. Oracle Academy interviendra au sein des établissements d’enseignement en dotant les enseignants de contenus pédagogiques actualisés, de ressources structurées et d’un accès à des technologies professionnelles, ainsi qu’à divers outils logiciels et dispositifs de perfectionnement, afin de renforcer la qualité de l’enseignement numérique.
De son côté, Oracle University proposera, via un portail e-learning, des formations spécialisées et des certifications reconnues dans des domaines stratégiques tels que le cloud computing, l’intelligence artificielle, l’IA générative, la cybersécurité, la programmation et les processus métier, avec pour objectif de préparer les apprenants aux compétences recherchées sur le marché du travail.
Le programme intervient alors que le Rwanda, à l’instar de nombreux pays africains, a fait de la transformation numérique un levier central de son développement socio-économique. L’Union internationale des télécommunications (UIT) souligne que les compétences numériques constituent un pilier essentiel de la numérisation des économies et un élément désormais central des stratégies nationales de transformation digitale.
Par ailleurs, une étude publiée en octobre 2025 par le ministère des TIC et de l’Innovation (MINICT), en partenariat avec la Digital Cooperation Organisation (DCO), mettait en évidence un décalage entre les compétences recherchées par les employeurs et celles développées dans les universités. Cette inadéquation crée des contraintes pour l’industrie, et les acteurs du secteur privé ont appelé à un renforcement des investissements académiques dans la formation aux métiers du numérique. Les enseignants et professeurs universitaires ont notamment besoin de compétences numériques avancées pour mieux préparer les étudiants aux exigences actuelles et futures du marché du travail.
Selon la Banque mondiale, 230 millions d’emplois en Afrique subsaharienne nécessiteront des compétences numériques d’ici 2030. Cette dynamique représente une opportunité majeure dans un contexte rwandais marqué par un chômage élevé : la Banque africaine de développement (BAD) estimait le taux de chômage à 40,2 % en 2023, soulignant que l’inadéquation des compétences en constitue l’une des principales causes. Dans une étude publiée en 2022, la Banque mondiale indiquait également qu’environ 14 % de la population active est sans emploi et ne dispose pas des qualifications requises par le marché. Le chômage des jeunes atteint près de 21 %, et parmi ceux qui travaillent, environ 60 % occupent des emplois peu productifs, notamment dans l’agriculture de subsistance, le commerce de détail ou la construction.
Si la formation est en ligne et complètement gratuite, l’accès réel des populations rwandaises dépendra de plusieurs autres facteurs, notamment l’accès à des appareils numériques (smartphones, tablettes, ordinateurs…) ou encore l’accès à Internet. Selon DataReportal, le pays comptait 5,01 millions d’abonnés à l’Internet fin décembre 2025, pour un taux de pénétration de 34,2 %.
Isaac K. Kassouwi
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Avec l’accélération de la numérisation des services publics, les données s’imposent comme un actif stratégique pour les États. Leur organisation et leur exploitation deviennent essentielles pour améliorer la gouvernance, moderniser l’administration et soutenir la transformation numérique.
Le Premier ministre algérien, Sifi Ghrieb (photo), a officiellement lancé le lundi 9 février le dispositif national de gouvernance des données. Les autorités présentent le projet comme un socle pour la modernisation de l’État et l’accélération de la transformation numérique du pays.
Selon le Premier ministre, ce dispositif constitue un modèle souverain reposant sur la maîtrise, l’organisation et la protection des données, considérées comme des actifs stratégiques. Il doit favoriser la transition d’une gouvernance administrative traditionnelle vers une gouvernance numérique fondée sur l’exploitation de données fiables pour améliorer la prise de décision publique.
Le système prévoit la mise en place d’un cadre juridique, institutionnel et technique destiné à organiser la collecte, le stockage, le partage et l’exploitation des données publiques. Il doit notamment renforcer la sécurité des systèmes d’information, assurer l’interopérabilité entre les administrations et établir une base nationale unifiée des sources de données. L’objectif est de permettre un échange sécurisé et standardisé des informations entre les institutions, afin d’éviter les silos de données et de fiabiliser les statistiques publiques, tout en soutenant le développement de services numériques fondés sur des données centralisées et actualisées.
L’initiative s’inscrit dans la stratégie « Algérie Numérique 2030 », qui vise la modernisation de l’administration et le développement de l’économie digitale. Le pays a déjà engagé plusieurs projets de dématérialisation des services publics et de renforcement des infrastructures numériques, avec notamment la mise en service de cinq centres de données régionaux destinés à l’hébergement et à la sécurisation des informations publiques.
Consacré par le décret présidentiel n° 25‑350 du 30 décembre 2025, le dispositif national de gouvernance des données doit désormais servir de socle à l’exploitation structurée des données publiques. Les autorités attendent de ce cadre une meilleure coordination entre administrations, une fiabilisation des décisions publiques et un environnement réglementaire plus lisible pour les acteurs économiques, alors que les données s’imposent comme un levier central de la transformation numérique et de l’attractivité économique du pays.
Samira Njoya
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Alors que la transformation numérique s’accélère en Afrique, les gouvernements intensifient la numérisation des services publics. D’où la nécessité de garantir la confiance numérique, en particulier à travers des dispositifs d’identification.
Le président de la République de Djibouti, Ismail Omar Guelleh, a procédé, le lundi 9 février, au lancement officiel de la plateforme Mobile ID, en marge de la clôture du Forum national de l’identité numérique, tenu au Palais du Peuple sous son haut patronage.
Conçue pour simplifier et sécuriser l’accès des citoyens aux services publics et privés, Mobile ID permet une authentification électronique via smartphone ou identifiant numérique unique. La plateforme vise à réduire les démarches administratives, à renforcer la transparence des interactions avec l’État et à inscrire Djibouti dans une dynamique d’économie numérique moderne. Parmi les usages prioritaires figurent l’accès aux services d’état civil, les démarches fiscales, l’ouverture de comptes bancaires ou encore la signature électronique de documents officiels.
Au-delà de la simplification des procédures, les autorités entendent faire de Mobile ID un outil d’interopérabilité des données. À terme, des documents tels que le permis de conduire ou certaines informations de santé pourraient être intégrés autour de l’identifiant unique du citoyen. Le ministre de l’Intérieur a illustré cette perspective par la possibilité, pour un médecin urgentiste, d’accéder rapidement aux données médicales essentielles d’un patient via un identifiant biométrique.
Le projet s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’administration publique, dans la continuité d’initiatives comme « Djibouti fondement du Numérique », un programme quinquennal visant à développer les infrastructures haut débit, promouvoir les compétences numériques et renforcer la couverture mobile et Internet sur l’ensemble du territoire. L’initiative intervient dans un contexte d’amélioration progressive de la connectivité. Selon DataReportal, Djibouti comptait 616 000 connexions mobiles cellulaires actives à la fin de 2025 (soit 51,9 % de la population), tandis que 772 000 personnes utilisaient Internet, pour un taux de pénétration de 65 %.
Toutefois, la réussite du projet dépendra largement de la sécurisation des données. Face aux préoccupations liées à la protection de la vie privée, le gouvernement a assuré que les données biométriques des citoyens seront conservées exclusivement par le ministère de l’Intérieur. Les autres institutions y accéderont uniquement via un système d’échange sécurisé de requêtes et de réponses entre serveurs, garantissant, selon les autorités, la souveraineté des données et leur confidentialité.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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La transformation numérique devient un levier stratégique pour le développement socio-économique en Afrique. Pour accélérer l’atteinte de leurs objectifs, les États africains s’appuient sur des partenariats internationaux.
Le gouvernement indien a annoncé le vendredi 6 février la signature de protocoles d’accord avec 23 pays, dont six africains, en vue d’une coopération sur les infrastructures publiques numériques (DPI). Cette collaboration envisagée porte notamment sur l’identité numérique, les paiements numériques, l’échange de données et les plateformes de fourniture de services publics.
Les pays africains concernés sont la Sierra Leone, la Tanzanie, le Kenya, l’Éthiopie, la Gambie et le Lesotho. Ils pourront répliquer ou adopter des plateformes indiennes de gouvernance numérique, accessibles via India Stack Global, un portail qui met en avant les DPI développées par l’Inde et facilite leur déploiement auprès des pays partenaires. La plateforme donne accès à 18 solutions numériques clés.
Il s’agit notamment d’Aadhaar, une plateforme d’identité numérique biométrique ; de Unified Payments Interface (UPI), un système de paiement numérique en temps réel ; de DigiLocker, un portefeuille numérique de documents authentifiés ; de e-Hospital, un système de gestion hospitalière en ligne ; de e-Office, une plateforme de gouvernance sans papier ; de eCourts, dédié à la numérisation des procédures judiciaires ; et de DIKSHA, une plateforme nationale d’apprentissage numérique.
Les autres solutions couvrent notamment la gestion des services de vaccination, le partage sécurisé des données, la santé numérique, les achats publics, les services administratifs en ligne, la télémédecine, le suivi des maladies non transmissibles, les services nutritionnels, la formation et l’emploi, la gestion des financements publics et la planification des infrastructures.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où de nombreux pays africains misent sur la transformation numérique comme levier de développement socio-économique. Les DPI sont de plus en plus perçues comme des outils structurants pour améliorer l’efficacité de l’action publique, renforcer l’inclusion financière et élargir l’accès aux services essentiels. Dans ce domaine, l’Inde s’impose comme l’un des référents mondiaux, ses plateformes desservant environ 1,3 milliard de personnes et suscitant l’intérêt croissant de nombreux pays. À titre d’exemple, UPI est déjà opérationnel aux Émirats arabes unis, à Singapour, au Bhoutan, au Népal, au Sri Lanka, en France, à Maurice et au Qatar.
L’Inde est classée 97e mondial à l’Indice mondial de développement de l’e-gouvernement des Nations unies (EGDI) 2024 avec un score de 0,6678 sur 1. Elle se situe au-dessus de la moyenne mondiale (0,6382) et de celle africaine (0,4247). Dans le sous-indice des services en ligne, elle a enregistré un score de 0,8184 sur 1, supérieur à la moyenne mondiale (0,5754 sur 1).
Il convient toutefois de rappeler que cet intérêt croissant pour le modèle des infrastructures publiques numériques (DPI) soulève plusieurs interrogations, notamment en matière de cybersécurité. Dans une étude publiée en octobre 2025, le Forum économique mondial (WEF) souligne qu’alors que les gouvernements du monde entier, et en particulier ceux du Sud global, cherchent à reproduire des architectures similaires, la question n’est plus seulement de savoir comment construire des DPI, mais comment les concevoir de manière sécurisée.
L’étude met notamment en lumière plusieurs vulnérabilités observées en Inde. L’exposition publique d’informations personnelles de responsables a ainsi conduit à une fuite massive de données ayant affecté plus de 20 millions de citoyens. Le système a également été confronté à des tentatives de manipulation à l’aide de supports biométriques falsifiés, tandis que des attaques par corrélation ont révélé que l’intégration d’Aadhaar à de multiples services publics pouvait engendrer des risques en cascade pour la protection de la vie privée.
Face à l’expansion des cybermenaces visant les infrastructures critiques, le WEF estime que la sécurisation des DPI apparaît dès lors indispensable. Même une cyberattaque potentielle peut compromettre l’intégrité et la disponibilité de ces systèmes, tout en affaiblissant la confiance des citoyens. Parmi les principaux risques identifiés figurent la fraude à l’identité synthétique, les biais algorithmiques, les cybermenaces alimentées par l’intelligence artificielle, ainsi que les enjeux de souveraineté des données.
Isaac K. Kassouwi
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Après avoir posé les bases juridiques de la transformation numérique de son administration, le Gabon accélère sa stratégie digitale. Libreville mise désormais sur des partenariats technologiques pour moderniser l’action publique et optimiser la gestion des données.
Le ministère gabonais de l’Économie numérique a signé, le vendredi 6 février, en marge de discussions de haut niveau organisées à Abu Dhabi, un mémorandum d’entente avec Presight, filiale du groupe technologique émirati G42. L’initiative vise à accompagner la transformation numérique de l’administration publique et de plusieurs services stratégiques de l’État.
À Abu Dhabi, le Gabon a signé trois Mémorandums d’Entente stratégiques dans les secteurs minier, numérique et logistique.
— Présidence de la République Gabonaise (@PresidenceGA) February 6, 2026
Ces accords s’inscrivent dans la vision du Président de la République, S. E. @oliguinguema, visant à accélérer la transformation économique et renforcer… pic.twitter.com/hkZcUEH6bP
Selon les autorités, la coopération portera sur le déploiement de solutions d’intelligence artificielle, d’analytique avancée et de big data. L’objectif est d’améliorer la gestion des données publiques, d’optimiser les services administratifs et de renforcer les capacités d’aide à la décision. Ce type de solutions est généralement utilisé pour moderniser les systèmes d’information de l’État, automatiser certains processus et améliorer la qualité des services rendus aux citoyens et aux entreprises.
Ce partenariat s’inscrit dans un contexte où la transformation numérique constitue l’un des chantiers prioritaires des autorités gabonaises. D’après DataReportal, le pays comptait environ 1,8 million d’utilisateurs d’Internet en 2025, soit près de 71,9 % de la population, tandis que les connexions mobiles dépassaient 3,27 millions. Malgré ces progrès, la digitalisation des services publics et la gestion des données à l’échelle nationale restent des enjeux majeurs pour améliorer l’efficacité administrative et soutenir la diversification économique.
Présente sur plusieurs marchés, la société Presight a déjà noué des partenariats avec des gouvernements et des institutions en Afrique, notamment en Gambie et en Côte d’Ivoire, pour des projets liés à l’intelligence artificielle, à la sécurité ou encore à la gestion des données publiques. L’entreprise, cotée à la Bourse d’Abu Dhabi, se positionne comme un acteur clé de l’exportation des solutions d’IA développées aux Émirats arabes unis.
Avec ce mémorandum, Libreville et Presight posent les bases d’une coopération appelée à se préciser dans les prochains mois. La signature d’accords opérationnels permettra de définir le périmètre exact des projets, les modalités de mise en œuvre ainsi que les investissements associés, dans un contexte où le Gabon cherche à structurer une stratégie numérique plus cohérente et mieux alignée sur ses priorités de modernisation de l’État.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji