Face aux exigences d’un service public plus rapide et plus accessible, le Maroc renforce la transformation de ses administrations. Les services de sécurité s’inscrivent désormais dans cette dynamique de modernisation orientée vers la qualité de service.
Le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration et la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) ont signé le mercredi 3 juin, à Rabat, une convention‑cadre pour améliorer l’accueil des citoyens dans les services de police à travers le royaume. L’accord a été paraphé par la ministre déléguée chargée de la Transition numérique, Amal El Fallah Seghrouchni, et le directeur général de la DGSN, Abdellatif Hammouchi.
La convention prévoit la mise en œuvre de programmes pilotes ainsi que le développement d’infrastructures numériques et matérielles destinées à moderniser les conditions d’accueil dans les commissariats et services de sécurité. L’objectif est d’expérimenter de nouveaux dispositifs avant leur généralisation progressive à l’ensemble du territoire.
Au‑delà des aspects techniques, cet accord entend renforcer la coopération institutionnelle entre les deux départements. Il s’agit notamment d’accompagner la modernisation du service public policier et de renforcer son intégration dans le chantier de transformation numérique de l’administration publique.
L’initiative s’inscrit dans un processus plus large de modernisation engagé depuis plusieurs années par la police marocaine. Fin 2024, la DGSN a lancé la plateforme « E‑Police », qui permet aux citoyens d’effectuer en ligne plusieurs démarches administratives, notamment la demande de documents policiers, la prise de rendez‑vous ou encore le suivi de certaines procédures à distance.
L’institution a également développé un écosystème numérique reposant sur l’identité numérique et la dématérialisation progressive de plusieurs services administratifs. Selon la DGSN, cette stratégie vise à réduire les déplacements des usagers, accélérer le traitement des demandes et renforcer la protection des données personnelles.
La convention signée à Rabat s’inscrit également dans une logique de généralisation des standards de qualité de service au sein des administrations publiques. Elle prévoit une phase d’expérimentation à travers des projets pilotes, dont les résultats serviront de base à un déploiement plus large dans les différentes structures de la DGSN à l’échelle nationale.
Samira Njoya
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Les initiatives numériques se multiplient au sein des collectivités camerounaises, mais leur déploiement reste inégal d’un territoire à l’autre. Les autorités misent sur une approche coordonnée pour favoriser l’interopérabilité des systèmes et améliorer la qualité des services rendus aux populations.
Le gouvernement camerounais recherche des financements pour mettre en œuvre DIGI‑CoR, un programme de 92 milliards FCFA (≈ 163 millions $) visant à accélérer la transformation numérique des collectivités territoriales décentralisées (CTD). Présenté le mardi 2 juin à Yaoundé aux partenaires techniques et financiers, le projet ambitionne de moderniser l’administration locale, renforcer l’accès aux services publics numériques et réduire les disparités territoriales en matière de connectivité et d’équipements.
DIGI-CoR 🇨🇲💻 : 92 milliards FCFA pour digitaliser les CTD, moderniser les services publics et créer plus de 9 200 emplois. Gouvernement et partenaires mobilisés à Yaoundé pour son financement. #MINDDEVEL #DIGICoR #Décentralisation pic.twitter.com/gIs9tcI4VA
— MINDDEVEL (@MINDDEVEL1) June 2, 2026
Le programme prévoit notamment le déploiement d’infrastructures numériques, l’amélioration de la connectivité, l’équipement des collectivités en matériels informatiques et énergétiques, ainsi que la mise en place de plateformes numériques interopérables. L’objectif est de permettre aux différents systèmes déjà déployés par l’administration locale de communiquer entre eux pour améliorer la circulation de l’information et l’efficacité des services.
L’initiative intervient dans un contexte où la transition numérique des collectivités reste inégale. Selon les données présentées par les autorités, 68,5 % des CTD ne disposent pas de réseaux informatiques structurés et 57,8 % ne possèdent pas de personnel spécifiquement formé aux outils numériques. Cette situation freine la modernisation des services administratifs alors même que les communes et les régions sont appelées à jouer un rôle croissant dans le développement local.
DIGI‑CoR entend également mutualiser certaines infrastructures afin de réduire les coûts d’investissement et d’exploitation. Plutôt que de développer des solutions isolées, les collectivités pourront s’appuyer sur des ressources partagées pour l’hébergement des données, la cybersécurité ou encore la gestion des services numériques. Le programme prévoit par ailleurs le renforcement des compétences des agents publics et la mise en place d’un cadre normatif destiné à harmoniser la transformation numérique à l’échelle nationale.
Pour les citoyens, les autorités attendent une simplification des démarches administratives, une réduction des délais de traitement et un meilleur accès à l’information publique. Les collectivités devraient pour leur part bénéficier d’une amélioration de la mobilisation des recettes locales, d’une gestion administrative plus efficace et d’outils de pilotage fondés sur la donnée.
Le projet s’appuie sur plusieurs initiatives déjà engagées dans le pays. À ce jour, 335 portails communaux ont été développés dans le cadre des premiers programmes de numérisation des communes, tandis que 145 collectivités ont déjà bénéficié d’équipements financés par le Fonds Spécial d’Équipement et d’Intervention Intercommunale (FEICOM). Toutefois, les autorités estiment que ces initiatives demeurent fragmentées et insuffisamment interconnectées, limitant leur impact à l’échelle nationale.
Selon les projections, la mise en œuvre de DIGI‑CoR pourrait générer plus de 9200 emplois directs, indirects et induits sur trois ans, dont une part significative pour les jeunes et les femmes. Les autorités y voient l’un des principaux leviers pour accélérer la modernisation de l’administration territoriale et soutenir le développement de l’économie numérique locale.
Samira Njoya
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La digitalisation des services judiciaires change progressivement la manière dont les citoyens accèdent au droit au Burkina Faso. Mais cette évolution reste freinée par une fracture numérique persistante entre zones urbaines et rurales.
Le Burkina Faso poursuit la modernisation de son système judiciaire à travers le numérique. Les plateformes déployées par le ministère de la Justice ont permis la délivrance de plus de 600 000 casiers judiciaires et près de 70 000 certificats de nationalité, illustrant l’accélération de la dématérialisation des services destinés aux citoyens. Ces chiffres ont été dévoilés à l’occasion du Forum national sur la digitalisation de la justice, organisé du mardi 2 au mercredi 3 juin à Ouagadougou.
Ces résultats témoignent des progrès enregistrés ces dernières années dans la mise en ligne de certaines procédures administratives. Outre les plateformes dédiées au casier judiciaire et au certificat de nationalité, le pays a lancé en février dernier un service numérique consacré aux actes dérivés du Registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM), qui a déjà permis la délivrance d’environ 2000 documents. Les autorités ont également mis en place un système permettant le dépôt et le suivi en ligne des plaintes pénales.
Cependant, l’accès aux services judiciaires numériques demeure confronté à un obstacle majeur : la fracture numérique. Selon les données présentées lors du Forum national sur la digitalisation de la justice, le taux d’accès à Internet atteint environ 72 % dans les zones urbaines, contre seulement 27 % dans les zones rurales. Une situation qui reflète les inégalités d’accès aux technologies numériques dans le pays. Selon des données de la Banque mondiale en 2024, seulement 37,24 % des habitants disposaient d’un smartphone. D’après DataReportal, le pays comptait 5,42 millions d'internautes à la fin de 2025.
Cette fracture numérique constitue un enjeu majeur pour les ambitions de transformation de l’administration. Si les services en ligne permettent de réduire les délais de traitement et les déplacements des usagers, leur impact reste limité tant qu’une part importante de la population demeure privée des équipements ou de la connectivité nécessaires pour y accéder.
Les autorités réfléchissent également à d’autres mesures d’accompagnement. Parmi les pistes évoquées figurent l’intégration des langues nationales dans les plateformes numériques, le développement de solutions adaptées aux personnes peu alphabétisées ainsi que l’extension des infrastructures de connectivité dans les zones rurales.
Ces mesures s’ajoutent à d’autres initiatives déjà en cours, notamment le déploiement d’infrastructures télécoms dans les zones blanches et les cases numériques qui serviront de relais pour permettre aux populations d’accéder à Internet et à divers services publics dématérialisés.
Samira Njoya
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Le numérique occupe une place croissante dans les politiques publiques sénégalaises, traduisant les ambitions de modernisation et de souveraineté technologique du pays. Dans ce contexte, le ministère connaît un changement de nom et de direction avec la nomination d’un nouveau responsable à sa tête.
La composition du nouveau gouvernement sénégalais a été dévoilée le lundi 1er juin. Parmi les nominations de l’équipe dirigée par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo, celle de Samba Diouf (photo) au poste de ministre des Télécommunications et du Numérique attire particulièrement l’attention. Il succède à Alioune Sall à la tête d’un département qui change également de configuration institutionnelle, le numérique étant désormais dissocié du portefeuille de la Communication.
Cette réorganisation traduit l’importance croissante accordée au numérique dans les politiques publiques sénégalaises. Le nouveau ministre hérite ainsi d’un secteur placé au cœur des ambitions économiques et de souveraineté technologique des autorités.
Un spécialiste de la transformation numérique
Avant son entrée au gouvernement, Samba Diouf occupait les fonctions de ministre‑conseiller chargé du Numérique auprès du président de la République. Son parcours professionnel s’est principalement construit dans les domaines de la transformation numérique, des télécommunications et des services financiers.
Il a notamment exercé des responsabilités au sein de plusieurs groupes technologiques internationaux tels que Huawei, IBM, Oracle, Atos et Ericsson. Au cours de sa carrière, il a piloté des projets de transformation numérique touchant aussi bien les administrations publiques que les opérateurs télécoms et les institutions financières.
Son profil se distingue également par une double compétence technique et managériale. Titulaire d’un master en physique, d’un master en ingénierie des systèmes d’information et de communication, d’un Executive MBA en stratégie d’entreprise ainsi que d’un MBA en finance, il dispose d’une expertise couvrant à la fois les enjeux technologiques, de gouvernance et de développement des affaires.
Des chantiers stratégiques à poursuivre
L’arrivée de Samba Diouf intervient deux mois après le premier anniversaire du New Deal Technologique et le lancement de ses projets structurants. Lancé l’année précédente, ce programme repose sur 12 projets prioritaires et mobilise des investissements évalués à près de 1100 milliards de francs CFA (1,95 milliard $) entre 2025 et 2034. Il vise notamment à renforcer la connectivité, développer les services publics numériques, soutenir l’économie numérique et améliorer la souveraineté technologique du pays.
Les défis restent toutefois nombreux. Selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT), si le Sénégal figure parmi les 15 pays africains les plus avancés en matière de services numériques en 2025, des disparités persistent dans l’accès à Internet, notamment entre zones urbaines et rurales. Les questions de cybersécurité, d’identité numérique, de développement de l’intelligence artificielle et d’accompagnement des start‑up technologiques figurent également parmi les priorités du secteur.
À la tête d’un ministère désormais entièrement consacré aux télécommunications et au numérique, Samba Diouf devra transformer les ambitions affichées par les autorités en réalisations concrètes, dans un contexte où le numérique est appelé à jouer un rôle croissant dans la compétitivité économique du Sénégal et la modernisation de l’action publique.
Samira Njoya
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Alors que les outils d’IA capables de créer des images et vidéos hyperréalistes se démocratisent, le Bénin alerte contre les risques d’usurpation d’identité, de manipulation et d’atteinte à la réputation. Les contrevenants s’exposent à de lourdes sanctions prévues par le Code du numérique.
Le Centre national d’investigations numériques (CNIN) du Bénin a rappelé, vendredi 29 mai, les sanctions encourues en cas d’utilisation de l’intelligence artificielle pour modifier, générer ou diffuser l’image d’une personne sans son autorisation. Selon l’institution, ces pratiques constituent une atteinte au droit à l’image et sont passibles de poursuites sur la base de l’article 576 du Code du numérique. Les contrevenants s’exposent à une peine maximale de cinq ans d’emprisonnement et à une amende de 25 millions FCFA (environ 44 400 $).
Cette mise en garde intervient dans un contexte de démocratisation rapide des outils d’intelligence artificielle générative capables de produire des images, des vidéos ou des contenus audiovisuels de plus en plus réalistes. Les technologies dites de deepfake permettent notamment de remplacer le visage d’une personne, de modifier ses propos ou de créer de fausses scènes susceptibles d’être utilisées à des fins de manipulation, de diffamation, d’escroquerie ou d’atteinte à la réputation. Des chercheurs alertent depuis plusieurs années sur la difficulté croissante à distinguer les contenus authentiques des contenus générés artificiellement.
Une menace croissante pour les autorités
Le rappel du CNIN s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement de la lutte contre la cybercriminalité au Bénin. Selon les chiffres communiqués par le procureur spécial de la CRIET en octobre 2024, les procédures liées à la cybercriminalité sont passées de 347 en 2022 à 415 en 2023, puis à 576 dossiers enregistrés au 17 septembre 2024.
Les autorités béninoises ont également multiplié les opérations contre les réseaux d’arnaques en ligne et les usurpations d’identité sur les réseaux sociaux. En 2024, le CNIN avait notamment annoncé la désactivation d’environ 600 faux comptes utilisés dans des escroqueries sentimentales ou des arnaques liées au maraboutage.
Des enjeux qui dépassent les deepfakes
Au‑delà de la question du droit à l’image, les deepfakes s’inscrivent dans un ensemble plus vaste de cybermenaces qui préoccupent de plus en plus les gouvernements africains. Selon Interpol, les escroqueries en ligne, les fraudes numériques, les rançongiciels et les usurpations d’identité figurent parmi les principales menaces recensées sur le continent. Entre 2019 et 2025, les pertes financières liées à la cybercriminalité en Afrique sont estimées à plus de 3 milliards de dollars.
Dans ce contexte, les autorités béninoises cherchent à prévenir l’utilisation abusive des nouveaux outils d’intelligence artificielle avant qu’ils ne deviennent un vecteur supplémentaire de fraude et de désinformation. Pour les régulateurs, l’enjeu consiste désormais à trouver un équilibre entre l’essor des technologies d’IA générative et la protection des droits des citoyens dans l’espace numérique.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Face à l’ampleur croissante des exigences budgétaires et administratives des systèmes de protection sociale, les États sont contraints de repenser en profondeur leurs outils de gestion. À Maurice, cette dynamique engage un chantier stratégique où la transformation numérique devient autant un levier de performance qu’un enjeu de gouvernance publique.
À Maurice, la transformation numérique du système de sécurité sociale est officiellement engagée après treize années d’attente. Le gouvernement a officiellement lancé, le mercredi 27 mai, le programme de numérisation des dossiers des bénéficiaires des prestations sociales, dans le cadre du projet « Bulk Scanning of Beneficiary Files ». Une opération de grande ampleur qui vise à intégrer plus de 10,5 millions de documents au futur système E‑Social Security.
L’initiative intervient dans un contexte où la protection sociale représente l’un des principaux postes de dépenses publiques du pays. Selon les données officielles, les dépenses consacrées à ce secteur ont atteint 91,4 milliards de roupies (1,9 milliard de dollars) durant l’exercice budgétaire 2024‑2025, soit 37,4 % des dépenses totales de l’État et 12,8 % du produit intérieur brut (PIB). À juin 2025, le nombre de bénéficiaires de la Pension de Retraite de Base s’élevait à 279 559 personnes.
Jusqu’à présent, la gestion administrative de ces prestations reposait largement sur des archives papier. Dans certains bureaux de la Sécurité sociale, les dossiers s’accumulaient du sol au plafond, compliquant le travail quotidien des agents chargés du traitement des pensions, aides sociales et contributions des affiliés, explique le ministre de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, Ashok Subron.
Le projet prévoit la numérisation progressive de l’ensemble des dossiers liés aux pensions, aides sociales, prestations destinées aux personnes en situation de handicap ainsi qu’aux affiliés du National Pension Scheme (NPS) et du National Solidarity Fund (NSF). Les autorités estiment qu’environ 18 mois seront nécessaires pour finaliser l’intégration complète des données.
Chaque mois, près de 800 000 paiements sont effectués au profit d’au moins 350 000 bénéficiaires. Dans ce contexte, la dématérialisation des procédures apparaît comme un levier majeur d’amélioration de la qualité du service public.
L’accès instantané aux informations devrait permettre de réduire les délais de traitement des demandes, réduire les erreurs liées aux traitements manuels et améliorer les conditions de travail du personnel. Pour les autorités, la modernisation de la sécurité sociale doit contribuer à rendre l’action publique à la fois plus efficace et plus accessible.
Au‑delà des gains opérationnels, le projet répond également à des préoccupations financières de long terme.
La réforme intervient alors que Maurice engage une restructuration progressive de son système de retraite. Le budget 2025‑2026 prévoit notamment un relèvement graduel de l’âge d’éligibilité à la Pension de Retraite de Base, de 60 à 65 ans, afin de tenir compte du vieillissement de la population et des contraintes budgétaires croissantes.
Plusieurs observateurs soulignent depuis plusieurs années les fragilités structurelles du financement des retraites et des aides sociales – la contribution sociale généralisée instaurée en pleine crise sanitaire – qui se heurte désormais à des défis de soutenabilité budgétaire, d’équité intergénérationnelle et de cohérence économique.
Dans ce contexte, la mise en place d’une base de données centralisée pourrait permettre un meilleur suivi des bénéficiaires, une identification plus rapide des doublons ou anomalies administratives et une plus grande visibilité sur les flux financiers. Des éléments devenus essentiels pour piloter un dispositif représentant plus d’un tiers des dépenses publiques nationales.
Le projet E‑Social Security s’inscrit également dans la feuille de route numérique du gouvernement mauricien, qui place la modernisation administrative, la transparence et la gouvernance publique au cœur de son programme.
La démarche rejoint une tendance observée dans plusieurs pays africains, où les gouvernements investissent dans la création de registres sociaux numériques afin d’améliorer le ciblage des aides publiques, de réduire les erreurs d’inclusion ou d’exclusion et de renforcer l’efficacité des politiques sociales.
Pour Maurice, l’enjeu dépasse donc la simple numérisation d’archives. Il s’agit de bâtir une infrastructure de données capable d’accompagner l’évolution future du système de protection sociale et de soutenir les décisions publiques dans un contexte de pression démographique et budgétaire croissante.
La réussite du projet dépendra toutefois de plusieurs facteurs.
La cybersécurité constitue l’un des principaux défis. La centralisation de données sensibles concernant plusieurs centaines de milliers de citoyens exige des dispositifs robustes de protection contre les cyberattaques et les fuites d’informations.
Les autorités devront également veiller au respect de la confidentialité des données personnelles, à l’accompagnement des agents publics dans l’adoption des nouveaux outils et à l’accessibilité des services numériques pour les populations les plus vulnérables, notamment les personnes âgées.
Si ces conditions sont réunies, la numérisation de la sécurité sociale pourrait devenir l’un des projets emblématiques de la modernisation administrative mauricienne et contribuer à renforcer l’efficacité d’un système qui constitue l’un des principaux piliers de la solidarité nationale.
Muriel EDJO
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Entre ambitions de souveraineté numérique et besoin urgent de compétences, la Côte d’Ivoire place l’IA au cœur de sa stratégie de développement. Le pays entend accélérer la formation de talents et structurer un écosystème technologique capable d’accompagner sa transformation économique.
La Côte d’Ivoire prévoit de créer une université publique dédiée à l’intelligence artificielle (IA) dans le cadre de son Plan national de développement (PND) 2026‑2030, présenté récemment par le ministre du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba (photo). L’initiative vise à aligner le système éducatif sur les besoins d’une économie de plus en plus fondée sur la donnée, l’automatisation et les technologies émergentes.
Cette future université s’intègre à un programme plus large de renforcement de l’enseignement supérieur. Les autorités ivoiriennes prévoient en effet la construction de nouveaux établissements à Abengourou, Daoukro et Dabou, ainsi que la création de plusieurs instituts universitaires de technologie. L’objectif est double : accroître les capacités d’accueil et orienter davantage les formations vers les secteurs jugés prioritaires pour la croissance, notamment le numérique, l’agro‑industrie, les mines, la santé et les services.
Au‑delà de l’expansion du système universitaire, cette initiative s’inscrit dans la mise en œuvre de la stratégie nationale de l’intelligence artificielle à l’horizon 2030. Ce cadre, lancé par les autorités l’année dernière, ambitionne de positionner l’IA comme un levier de souveraineté numérique et de compétitivité économique. Il prévoit notamment la création de centres d’excellence dédiés à l’IA au sein des universités et institutions techniques, chargés de la formation avancée, de la recherche appliquée et de l’innovation.
Les curricula envisagés couvriront plusieurs domaines clés, dont la science des données, l’apprentissage automatique, le traitement du langage naturel, la vision par ordinateur et les systèmes intelligents. L’enjeu est de structurer une offre de compétences adaptée aux besoins du marché, dans un contexte où la demande en profils spécialisés reste largement supérieure à l’offre disponible.
Le PND 2026‑2030, doté d’un budget de plus de 114 800 milliards de francs CFA (environ 204 milliards USD), prévoit également des investissements majeurs dans les infrastructures numériques. Ceux‑ci portent notamment sur l’extension de la fibre optique, le développement de centres de données et le déploiement de solutions technologiques résilientes, en parallèle à la numérisation progressive de l’administration publique.
Dans ce dispositif, l’université dédiée à l’intelligence artificielle apparaît comme un maillon structurant d’un écosystème en construction. Elle devrait contribuer à rapprocher davantage la formation académique du secteur productif, tout en renforçant les capacités de recherche et l’émergence de solutions technologiques locales.
Samira Njoya
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Longtemps freiné par le déficit d’infrastructures et la faible numérisation de ses services publics, le Tchad multiplie les démarches pour attirer des partenaires technologiques internationaux. Une mission menée aux États‑Unis illustre cette volonté.
Le Tchad intensifie ses démarches pour nouer des partenariats avec les grandes entreprises technologiques mondiales. En mission à Washington du samedi 23 au dimanche 31 mai, une délégation gouvernementale conduite par le ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation, Haliki Choua Mahamat, a mené de nombreux échanges avec plusieurs acteurs américains du numérique, des infrastructures et de la santé connectée. L’objectif est de mobiliser des expertises et des investissements capables d’accélérer la transformation numérique du pays.
Au cours de cette mission, les autorités tchadiennes ont rencontré des représentants du Département d’État américain, du Département du Commerce ainsi que plusieurs entreprises technologiques de premier plan, parmi lesquelles InterSystems, Starlink, Cybastion, Vertiv et 19Labs. Les discussions ont porté sur plusieurs projets structurants liés à l’amélioration de la connectivité, à la modernisation des infrastructures numériques, à la cybersécurité, à la numérisation des services publics et au développement de la santé numérique.
L’un des dossiers les plus sensibles a concerné les services satellitaires de Starlink. Face aux responsables de l’entreprise de SpaceX, les autorités tchadiennes ont soulevé la question de la qualité du service fourni au Tchad ainsi que celle des tarifs pratiqués, jugés supérieurs à ceux pratiqués sur d’autres marchés africains. Pour N’Djamena, l’amélioration de l’accès à Internet reste un enjeu crucial dans un pays où les infrastructures télécoms demeurent insuffisantes pour répondre à la demande croissante des administrations, des entreprises et des particuliers.
Cette offensive diplomatique intervient alors que le gouvernement tchadien cherche à faire du numérique l’un des leviers de diversification économique du pays. Malgré des progrès enregistrés ces dernières années, le Tchad figure encore parmi les pays les moins avancés du continent en matière de connectivité et de développement numérique. Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), le taux de pénétration d’Internet demeure inférieur à la moyenne africaine, tandis que l’accès aux services numériques reste particulièrement limité dans les zones rurales.
Les autorités misent également sur le numérique pour moderniser le système de santé. Les échanges avec plusieurs institutions américaines spécialisées ont notamment porté sur la numérisation des cinq centres hospitaliers universitaires du pays, des 23 hôpitaux régionaux et de plus de 1000 centres de santé. L’ambition est d’améliorer la gestion des données médicales, le suivi des patients et l’accès aux soins grâce aux technologies numériques.
Au‑delà des infrastructures, le gouvernement tchadien cherche aussi à renforcer les compétences locales. Les discussions engagées avec les partenaires américains incluent des programmes de formation et de transfert de technologies destinés à développer un vivier national de compétences dans les domaines du numérique, de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité. Un enjeu crucial pour un pays qui souhaite réduire sa dépendance technologique et bâtir un écosystème numérique capable de soutenir sa stratégie de modernisation économique.
Avec cette mission de prospection, le Tchad cherche ainsi à se positionner sur la carte des partenariats technologiques internationaux. Reste désormais à transformer les discussions engagées à Washington en projets concrets capables d’améliorer durablement la connectivité, les services publics et la compétitivité de l’économie nationale.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Face aux fraudes, aux pertes financières et aux pannes qui fragilisent son réseau électrique, le Cameroun doit impérativement moderniser son système. L’adoption de compteurs intelligents s’impose comme une nécessité pour sécuriser les revenus, fiabiliser la facturation et stabiliser l’offre.
Le ministère camerounais de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) a annoncé, le mercredi 27 mai, le lancement du déploiement de 20 000 compteurs intelligents. Ce projet s’inscrit dans le cadre du Programme de réformes du secteur de l’électricité (PRSEC‑PforR) et soutenu par la Banque mondiale. Il vise à améliorer le suivi des consommations, réduire les pertes techniques et renforcer la fiabilité de la facturation.
Le dispositif repose sur une infrastructure de comptage avancée (Advanced Metering Infrastructure – AMI), capable de transmettre automatiquement les données de consommation électrique. Selon le MINEE, cette technologie permettra un suivi en temps réel des usages énergétiques et une meilleure détection des anomalies, des fraudes et des pertes non techniques qui pèsent sur les finances du secteur.
Le projet est piloté par l’Unité de coordination du programme sous la tutelle du MINEE, en collaboration avec la Société camerounaise d’électricité (Socadel, ex‑Eneo). Après les tests techniques réalisés entre janvier et février 2026, les équipements ont été réceptionnés en avril, ouvrant la voie au déploiement progressif des compteurs. Un centre de données est également en cours d’installation à Douala afin de centraliser et sécuriser les informations issues des compteurs intelligents.
Cette initiative s’inscrit dans le Plan de redressement du secteur de l’électricité (PRSEC) déployé sur la période 2024‑2026, évalué à près de 400 milliards FCFA (710 millions $). Le programme bénéficie notamment d’un financement de 180 milliards FCFA de la Banque mondiale et de 48 milliards FCFA de la Banque africaine de développement.
Au‑delà des compteurs intelligents, le PRSEC prévoit plusieurs chantiers destinés à améliorer la qualité du service électrique, parmi lesquels l’extension du réseau, le renforcement des postes de transformation, le remplacement de plus de 50 000 poteaux en bois et la migration progressive de 1,5 million de compteurs postpayés vers des compteurs prépayés.
Pour les pouvoirs publics, la numérisation du comptage constitue donc un levier stratégique afin d’améliorer la gouvernance énergétique, sécuriser les revenus des opérateurs et accompagner la hausse de la demande électrique liée à la croissance urbaine et industrielle du pays.
Samira Njoya
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Alors que les transferts de la diaspora représentent des milliards de dollars chaque année vers l’Afrique centrale, une fintech congolaise s’ouvre à l’international via une solution numérique de paiement. L’objectif est de rendre les envois d’argent plus rapides, plus accessibles et moins coûteux pour les utilisateurs.
La fintech panafricaine DigiPay Group et la société européenne de technologie financière Belmoney ont annoncé le jeudi 28 mai le lancement de DigiTransfer, une application mobile destinée aux transferts d’argent depuis la France et la Belgique vers la République du Congo et la République démocratique du Congo (RDC).
Disponible sur Android et iOS, la plateforme permet d’envoyer des fonds directement vers des portefeuilles mobiles et des comptes bancaires. Les deux partenaires indiquent que les transactions sont exécutées en quelques minutes grâce aux réseaux Visa et Mastercard et au cadre réglementaire européen de la société Belmoney, agréée comme établissement de paiement par la Banque nationale de Belgique.
Cette initiative intervient dans un contexte de forte croissance des flux financiers de la diaspora africaine. Selon les données de la Banque mondiale, les transferts de fonds vers la RDC dépassent 3,2 milliards USD par an. Mais ces opérations restent parmi les plus coûteuses au monde pour les utilisateurs africains. D’après le Migration Data Portal, le coût moyen des transferts vers l’Afrique subsaharienne s’élève encore à près de 8 %, bien au‑dessus de l’objectif de 3 % fixé par les Nations unies dans les Objectifs de développement durable.
Les fintechs misent désormais sur les infrastructures numériques et les portefeuilles mobiles pour réduire ces coûts et accélérer les paiements transfrontaliers. En Afrique centrale, où le taux de bancarisation demeure relativement faible, les services de mobile money connaissent une progression rapide et deviennent progressivement un canal privilégié pour les transferts de la diaspora. DigiPay affirme avoir déjà traité plus de 4,2 millions de transactions depuis 2020 à travers ses différentes solutions de paiement.
Pour Belmoney, ce partenariat illustre également la montée en puissance du modèle « Remittance‑as‑a‑Service » (RaaS), qui permet à des fintechs ou opérateurs locaux de lancer rapidement des services de transfert internationaux en s’appuyant sur une infrastructure réglementaire déjà existante. Les deux entreprises prévoient d’étendre progressivement ce corridor de paiement à d’autres pays européens afin de capter une part croissante du marché des transferts vers l’Afrique.
Samira Njoya
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