A l’instar de plusieurs pays, le Sénégal fait face à une recrudescence des cyberattaques visant les entreprises et les institutions publiques. Pour y répondre, le pays a mis en place des stratégies combinant actions policières et partenariats internationaux, afin de renforcer la sécurité numérique.
Les autorités sénégalaises ont déjoué une tentative de fraude informatique visant à détourner 7,9 millions de dollars d’une grande compagnie pétrolière, a annoncé lundi 22 décembre Interpol. Les pirates avaient infiltré les systèmes de messagerie interne de l’entreprise et usurpé l’identité de cadres dirigeants pour initier un virement frauduleux.
Selon Neal Jetton, directeur de la lutte contre la cybercriminalité à Interpol, « l’ampleur et la sophistication des cyberattaques en Afrique s’accélèrent, en particulier contre des secteurs stratégiques comme la finance et l’énergie ». Il a salué la réactivité des forces sénégalaises, qui ont bloqué le transfert et gelé les comptes bancaires destinataires, évitant ainsi une perte financière majeure.
L’opération a été menée dans le cadre d’un dispositif de coordination internationale entre 19 pays africains, déployé entre fin octobre et fin novembre. Plus de 574 suspects ont été arrêtés, environ 3 millions de dollars saisis et plus de 6 000 liens malveillants supprimés. Au Ghana, plusieurs arrestations ont également été effectuées pour des détournements via rançongiciels et usurpation d’identité, impliquant plusieurs centaines de victimes et plusieurs centaines de milliers de dollars de préjudice.
Ce déjouement s’inscrit dans un contexte plus large de menace croissante des cyberattaques au Sénégal, où les défis numériques se multiplient avec l’expansion des technologies connectées. Selon des données de Kaspersky, plus de 10 millions de cybermenaces ont été détectées et bloquées en 2024, signe d’une recrudescence des tentatives d’intrusion, d’exploitation de failles de sécurité et de vols de mots de passe visant aussi bien les entreprises que les institutions publiques et les particuliers. Parmi ces attaques, certaines exploitent des accès distants non sécurisés ou des vulnérabilités logicielles, rendant les systèmes sensibles particulièrement exposés.
La mobilisation conjointe des pays africains montre que la lutte contre la cybercriminalité nécessite des outils modernes, une coordination transfrontalière et un renforcement des capacités locales. Elle illustre également l’importance de la sensibilisation, de la formation et de l’investissement dans des infrastructures numériques sécurisées pour limiter les risques de fraude et soutenir la transformation numérique du continent.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Dans un pays où une large partie de la population reste éloignée des circuits bancaires classiques, les autorités guinéennes misent sur le numérique pour rapprocher l’administration des citoyens.
La Guinée a lancé, le lundi 22 décembre à Conakry, Trésor Pay, une plateforme numérique destinée à dématérialiser le paiement des redevances et frais administratifs dus à l’État. À travers cet outil, les autorités guinéennes entendent améliorer la mobilisation des recettes publiques tout en réduisant les frictions administratives pour les usagers.
Selon le ministre de l’Économie et des Finances, Mourana Soumah, Trésor Pay répond à une instruction présidentielle visant à améliorer l’accès des citoyens aux services publics et à renforcer la mobilisation des recettes internes. La plateforme doit notamment réduire les files d’attente, les déplacements coûteux et les pratiques informelles, tout en garantissant une meilleure traçabilité des paiements. Pour l’État, l’objectif est double : accélérer la disponibilité des fonds et limiter les risques de fraude dans la chaîne de collecte.
Sur le plan opérationnel, Trésor Pay permet aux usagers de régler, via leur téléphone mobile, les redevances et frais administratifs perçus par le Trésor public. La plateforme s’appuie sur les services de monnaie électronique et fonctionne parallèlement au circuit classique de paiement. Elle intègre un dispositif d’assistance, avec notamment un centre d’appel dédié, afin d’accompagner les utilisateurs dans leurs démarches et d’assurer la continuité du service.
Le déploiement de Trésor Pay intervient dans un contexte où l’inclusion financière reste limitée en Guinée, avec un taux estimé autour de 30 %, tandis que l’usage du mobile money progresse rapidement. Dans ce cadre, la digitalisation des paiements publics apparaît comme un outil pour élargir l’accès aux services administratifs, en particulier pour les populations éloignées des centres urbains et du système bancaire traditionnel. La réforme s’inscrit plus largement dans les efforts engagés par les autorités pour moderniser les finances publiques et renforcer la gouvernance économique.
À terme, Trésor Pay pourrait contribuer à améliorer la collecte des recettes non fiscales, à réduire les délais d’encaissement et à limiter les risques de fraude. L’outil ouvre également la voie à une extension vers d’autres usages, notamment les paiements de masse ou certains instruments financiers publics dématérialisés. Pour la Guinée, l’enjeu est désormais de transformer cette plateforme en un dispositif pleinement opérationnel, capable de soutenir durablement l’efficacité budgétaire et la transparence de l’action publique.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Le Maroc veut faire des start-up un moteur de son économie numérique. Malgré leur essor, le financement et l’accompagnement restent des défis majeurs pour ces jeunes entreprises innovantes, que le pays entend surmonter afin de consolider son écosystème entrepreneurial.
Le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration, en partenariat avec Tamwilcom, a lancé mercredi 17 décembre à Rabat l’offre « Startup Venture Building » (VB), un dispositif intégré visant à renforcer l’accompagnement et le financement des start-up marocaines innovantes.
Conçue comme un continuum de soutien couvrant toutes les étapes de croissance, l’offre Startup Venture Building vise à accompagner plus de 800 start-up sur trois ans. La plateforme combine accompagnement stratégique, expertise opérationnelle et financement adapté aux différents stades de maturité des projets. Parmi les innovations introduites figurent la bourse de vie, un revenu mensuel destiné aux porteurs de projets expérimentés, et la bourse d’incubation pouvant atteindre 200 000 dirhams (≈ 22 000 USD) pour financer le prototypage et la validation du marché. Le dispositif prévoit également un prêt d’honneur pouvant atteindre 500 000 dirhams pour soutenir le lancement commercial, ainsi qu’un prêt d’amorçage de 500 000 à 2 millions de dirhams pour accompagner la phase d’accélération et la croissance des start-up.
Au Maroc, la création de start-up s’est intensifiée ces dernières années. Cependant, le passage de l’idée au marché et la montée en échelle demeurent fragiles. Startup Venture Building articule ainsi l’intervention des structures d’accompagnement nationales et internationales — CEED Maroc, Technopark, Flat6Labs, Open Startup International, Renew Capital LLC et 500 Global — pour offrir un encadrement de qualité et des mécanismes financiers cohérents, renforçant la viabilité et la compétitivité des projets.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Nouveau modèle de développement (NMD) et constitue un instrument clé de mise en œuvre de la stratégie nationale Digital Morocco 2030, qui promeut la création de valeur, l’industrialisation des solutions numériques et le développement de start-up capables de franchir les seuils critiques de croissance. Doté de plus de 700 millions de dirhams, le programme vise à créer un environnement favorable à la transformation des idées en entreprises performantes et à renforcer le positionnement du Maroc comme hub régional du digital.
La mise en œuvre de Startup Venture Building devrait contribuer à structurer durablement l’écosystème entrepreneurial marocain. En facilitant le passage à l’échelle des start-up, en sécurisant leur financement et en renforçant leur accompagnement, le programme vise à accélérer la commercialisation de solutions innovantes, soutenir la compétitivité du tissu numérique national et consolider l’économie digitale du royaume, tout en favorisant l’émergence de champions nationaux à vocation internationale.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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L’Afrique observe un mouvement croissant vers les paiements instantanés, avec plusieurs pays qui déploient des plateformes numériques pour moderniser leurs systèmes financiers. La Guinée s’inscrit dans cette tendance pour sécuriser et accélérer les transactions, tout en favorisant l’inclusion financière.
La Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) a lancé, jeudi 18 décembre, les travaux de mise en œuvre du système de paiement instantané (SPI), une infrastructure numérique conçue pour révolutionner les modes de paiement dans le pays. Présenté comme un projet structurant, le SPI est attendu comme un catalyseur de digitalisation des transactions et un outil d’inclusion financière.
Lors de la cérémonie d’ouverture, le premier vice‑gouverneur de la BCRG, Mohamed Lamine Conté, a souligné que ce projet est le fruit d’un processus consultatif associant banques, établissements de monnaie électronique, institutions de microfinance et fintechs. Pour lui, le SPI permettra à chaque usager guinéen d’envoyer ou de recevoir des fonds en temps réel, à toute heure et sans contrainte géographique. Cette rapidité accrue devrait compenser les lenteurs des systèmes traditionnels tout en facilitant tant les paiements marchands que les transferts personnels, améliorant ainsi l’expérience utilisateur.
Sur le plan technique, la BCRG a opté pour une infrastructure publique, ouverte et interopérable, reposant sur la technologie Mojaloop. Ce choix stratégique est destiné à éviter une dépendance technologique excessive, à encourager l’innovation locale et à favoriser la concurrence entre les différents prestataires de services financiers. Avec cette architecture, les transferts d’argent pourront s’effectuer en temps réel entre comptes bancaires, portefeuilles mobiles et autres instruments de paiement, posant les bases d’un écosystème financier intégré et dynamique.
L’intérêt de ce projet est d’autant plus marqué que la Guinée fait face à des défis persistants en matière d’inclusion financière. Selon les données les plus récentes de la BCRG, seulement 23 % des adultes possèdent un compte dans une institution financière, contre 7 % une décennie plus tôt. Ce taux demeure inférieur à la moyenne régionale en Afrique subsaharienne, malgré une progression notable de l’usage des services numériques.
Dans ce contexte, les services de mobile money gagnent du terrain et sont de plus en plus utilisés pour des transactions quotidiennes. Les transactions via mobile money ont augmenté de 8,6 %, passant de 43 077 milliards de francs guinéens (4,9 millions USD) au trimestre précédent à 46 795 milliards au deuxième trimestre 2024, illustrant un engouement croissant pour les solutions numériques comme alternative au système bancaire classique.
Au‑delà des frontières nationales, le lancement du SPI s’inscrit dans une dynamique régionale forte, alors que les systèmes de paiement instantané se multiplient en Afrique et traitent chaque année des dizaines de milliards de transactions. Des plateformes transfrontalières comme le PAPSS (Pan‑African Payment and Settlement System) de la CEDEAO montrent l’intérêt de disposer d’infrastructures nationales robustes, capables de s’interfacer avec les mécanismes régionaux et de faciliter l’intégration économique du continent.
Si le calendrier opérationnel du SPI reste à préciser, ses bénéfices attendus sont considérables. En réduisant l’usage du cash et en facilitant des transactions instantanées sécurisées, il devrait améliorer la circulation des flux financiers pour les citoyens, les entreprises et l’État. En outre, une interopérabilité effective des systèmes pourra non seulement diminuer les coûts de transaction, mais aussi renforcer la transparence et la confiance dans le système financier formel.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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En Algérie, le secteur des TIC ambitionne de porter sa contribution à près de 7 % du PIB à l’horizon 2027. Dans ce contexte de montée en puissance du numérique, la dématérialisation des services administratifs s’impose comme levier pour moderniser la régulation et accompagner l’évolution du secteur.
L’Autorité de régulation de la poste et des communications électroniques (ARPCE) a annoncé, dimanche 21 décembre, le lancement de « e‑Services », une nouvelle plateforme numérique destinée à moderniser la gestion de ses services administratifs. À travers cet outil, le régulateur entend accroître l’efficacité de ses procédures et améliorer la qualité de ses interactions avec les acteurs des secteurs postal et des communications électroniques.
Accessible à l’adresse https://esvc.arpce.dz, la plateforme e‑Services permet aux usagers de déposer, suivre et gérer en ligne leurs demandes, sans avoir à se déplacer. Elle centralise plusieurs démarches administratives liées aux activités régulées par l’ARPCE, avec pour objectifs de réduire les délais de traitement, d’améliorer la traçabilité des dossiers et de renforcer la transparence des procédures. Conçue comme un guichet unique numérique, la solution vise également à fluidifier les échanges entre l’autorité et les professionnels, tout en assurant la sécurité des données transmises.
Le lancement de cette plateforme s’inscrit dans le processus de transformation numérique engagé par les administrations publiques algériennes, dans lequel la dématérialisation des services est devenue un levier central d’amélioration de la gouvernance. Le secteur des postes et des communications électroniques, qui regroupe de nombreux opérateurs et acteurs régulés, génère chaque année un volume important de demandes liées aux autorisations, déclarations et obligations réglementaires, faisant de la digitalisation des échanges un enjeu particulièrement stratégique.
À terme, la plateforme e‑Services vise à améliorer l’efficacité administrative de l’ARPCE en simplifiant l’accès des opérateurs et des acteurs du secteur à ses services réglementaires. En dématérialisant les procédures, elle promet de réduire les délais et les contraintes administratives, tout en renforçant la transparence et la réactivité de l’ARPCE face aux besoins d’un environnement numérique en pleine évolution.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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La transformation numérique implique la dématérialisation des services publics à travers le déploiement de plateformes dédiées. Sa réussite dépend de la capacité des fonctionnaires à les utiliser efficacement.
Smart Zambia, l’agence publique chargée de la transformation numérique en Zambie, a annoncé avoir lancé un programme décentralisé de formation aux compétences numériques au sein des institutions gouvernementales. Annoncée mercredi 17 décembre, l’initiative vise à accélérer la mise en œuvre des ambitions numériques des autorités.
Le programme a débuté par une session d’orientation réunissant une dizaine d’agents instructeurs issus du ministère de la Défense, du ministère de la Justice, du Centre national de recherche et de développement, du ministère des Finances et de la Planification nationale, du ministère des Mines et du Développement minier, du ministère du Développement des petites et moyennes entreprises, ainsi que de l’Université de Zambie.
Les participants ont été formés aux modalités d’inscription et d’accompagnement des apprenants sur la plateforme Cisco Networking Academy, dans le cadre de leurs missions d’instructeurs. L’objectif est d’élargir l’accès à des formations gratuites en littératie numérique et en compétences numériques appliquées au sein de la fonction publique.
« En permettant aux ministères et aux institutions de gérer directement l’inscription et l’administration de base des cours, l’initiative entend accroître la portée du programme, encourager l’appropriation institutionnelle et garantir la durabilité à long terme du développement des compétences numériques à l’échelle du gouvernement », explique Smart Zambia dans son communiqué.
Le développement des compétences numériques constitue un pilier de l’agenda de transformation numérique de la Zambie pour améliorer l’efficacité, la sécurité et l’orientation citoyenne des services publics. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) souligne d’ailleurs la nécessité d’investir dans les capacités des fonctionnaires, les technologies numériques offrant un potentiel de modernisation significatif de l’administration.
Pour rappel, l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie mobile (GSMA) estime que la poursuite de cette transformation pourrait générer une valeur ajoutée de 28,64 milliards de kwachas zambiens (≈1,26 milliard USD) d’ici 2028 dans l’agriculture, le commerce, la manufacture, le transport et les services publics.
Isaac K. Kassouwi
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La Mauritanie poursuit la numérisation de ses services publics. Par exemple, en août dernier, le gouvernement avait numérisé le suivi des permis miniers. Plus tôt dans l’année, la demande du casier judiciaire avait également été dématérialisée.
Les autorités mauritaniennes ont lancé, mercredi 17 décembre, un package de services numérisés de la Société mauritanienne d’électricité (SOMELEC). Ces services sont désormais accessibles sur le portail des services publics digitaux Khidmaty.
« À terme, le nouveau package numérique permettra aux citoyens de bénéficier à distance des services principaux de la société : abonnements, résiliations, transferts d’abonnements de domicile à domicile, paiement des factures et des frais, ainsi que les demandes de dépannage et l’autorelevé du compteur », a expliqué le ministère de la Transformation numérique et de la Modernisation de l’administration dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux.
Selon le ministère, cette initiative s’inscrit dans le cadre de « l'Appui à la transformation numérique sectorielle » et vise à simplifier le quotidien des citoyens en rendant les services publics plus accessibles, plus rapides et disponibles 24h/24 et 7j/7. Depuis le début de l’année, l’exécutif a déjà numérisé des dizaines de services dans plusieurs secteurs, comme la santé, l’assurance, l’éducation, la justice, les mines, la police et le transport.
Pour soutenir cette ambition, le gouvernement mauritanien a lancé en janvier dernier le projet « Digital‑Y », financé à hauteur de 4 millions d’euros (environ 4,7 millions USD) et réalisé en partenariat avec l’Allemagne. Il vise à intégrer les outils numériques dans la gestion publique afin de moderniser les services, renforcer la transparence administrative et stimuler le développement économique et social.
Les autorités estiment que le portail Khidmaty permet aux citoyens d’accéder aux services publics numérisés et d’effectuer leurs démarches en ligne en toute sécurité, depuis n’importe quel smartphone ou ordinateur disponible sur le marché mauritanien. Cependant, avec l’arrivée croissante de services sur cette plateforme, on peut se demander si elle facilite réellement l’accès aux services publics. Selon DataReportal, environ 63 % de la population n’utilisait pas Internet en 2025.
Isaac K. Kassouwi
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Le numérique est vu comme un levier d’emploi des jeunes qui constituent la majeure partie de la population du continent. Selon la Banque mondiale, 230 millions de métiers en Afrique subsaharienne nécessiteront des compétences numériques d’ici 2030.
Le gouvernement sierra‑léonais a lancé, mercredi 17 décembre, le programme « Learn2Earn », une initiative visant à améliorer l’employabilité des jeunes à travers le freelancing numérique. Mis en œuvre en partenariat avec l’UNICEF, le programme ambitionne de préparer les jeunes à la génération de revenus en ligne, dans un contexte marqué par la rareté des emplois traditionnels.
La cohorte pilote rassemble 30 participants engagés dans un programme d’un mois combinant sessions d’orientation en présentiel, mentorat virtuel et candidatures à des missions réelles de freelance. « Le programme a été conçu pour accompagner les participants de l’apprentissage à la génération de revenus, à travers le mentorat, la pratique concrète et la responsabilisation, avec l’appui de freelances expérimentés opérant sur des plateformes telles qu’Upwork et Bounty », a expliqué Jesse Kamara, responsable de l’innovation au ministère de la Communication, de la Technologie et de l’Innovation (MoCTI).
Selon le ministère, « Learn2Earn » propose une voie alternative d’insertion professionnelle au sein de l’économie mondiale des petits boulots (gig economy). Il vise à répondre au fossé croissant entre le nombre de jeunes entrant sur le marché du travail et la disponibilité limitée des emplois classiques. Le programme s’inscrit également dans l’objectif du MoCTI de contribuer à la création de 65 000 emplois dans les secteurs de la technologie et de l’innovation, alors que la Banque mondiale estime que 230 millions d’emplois en Afrique subsaharienne nécessiteront des compétences numériques d’ici 2030.
Cette initiative intervient dans un contexte socioéconomique tendu. La Banque africaine de développement (BAD) estime que le taux de chômage des jeunes en Sierra Leone s’élevait à 10 % en 2022, tandis que le sous‑emploi demeure nettement plus élevé. Par ailleurs, une enquête d’Afrobarometer, publiée en septembre, révèle que 57 % des Sierra‑Léonais ont déjà envisagé de quitter le pays, dont 55 % à la recherche de meilleures opportunités d’emploi.
Au‑delà des compétences requises, le développement du freelance soulève plusieurs interrogations structurelles. Il pose notamment la question de l’accès effectif des jeunes aux équipements numériques comme les ordinateurs, les smartphones adaptés ou les logiciels. À cela s’ajoute une connectivité Internet fiable, de qualité et financièrement abordable. À titre d’illustration, selon DataReportal, la Sierra Leone comptait 1,8 million d’utilisateurs d’Internet au début de l’année 2025, soit un taux de pénétration de seulement 20,7 %.
Isaac K. Kassouwi
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La numérisation engagée en Côte d’Ivoire touche avant tout l’administration, qui doit fournir des services publics modernes et efficaces. Une feuille de route est nécessaire pour structurer les systèmes d’information, renforcer la sécurité des données et accompagner la transformation numérique.
Le ministère de l’Économie, du Plan et du Développement (MEPD) de Côte d’Ivoire s’est doté du Schéma Directeur du Système d’Information (SDSI) 2026–2030, un cadre stratégique repensé pour moderniser ses outils numériques, renforcer la sécurité des données et optimiser la gestion des services publics. Le document a été restitué récemment lors d’une cérémonie officielle à Abidjan.
« Le Schéma Directeur constitue désormais un outil stratégique pour renforcer la gouvernance numérique et améliorer l’efficacité de l’action publique. Cette restitution, qui a réuni une quarantaine de participants, ouvre la voie à la mise en œuvre des actions prévues afin de doter le MEPD d’un environnement numérique plus moderne, sécurisé et performant », a déclaré Yéo Nahoua, Directeur de Cabinet de la ministre de l’Économie Kaba Nialé.
L’actuelle mise à jour du SDSI découle d’un travail de diagnostic approfondi conduit par la Société nationale de développement informatique (SNDI), qui a mis en lumière des lacunes structurelles telles qu’une gouvernance informatique insuffisamment organisée, la multiplicité des plateformes non interconnectées, l’obsolescence des infrastructures et l’insuffisance des dispositifs de sécurité.
Pour répondre à ces défis, le plan repose sur quatre orientations clés, à savoir la professionnalisation de la fonction informatique, la mise en place d’un réseau intégré, le déploiement d’applications mutualisées et sécurisées, ainsi que la modernisation des infrastructures techniques. Il se décline en six programmes et 44 projets concrets, pour un budget global de 10,156 milliards FCFA (18 millions $).
Cette initiative s’inscrit dans un contexte national où le numérique constitue une priorité de développement. Pour 2026, le ministère de la Transition numérique et de la Digitalisation dispose d’un budget de plus de 83,2 milliards FCFA, en hausse d’environ 37 % par rapport à 2025, afin de renforcer la performance numérique et l’accès à la connectivité sur tout le territoire.
Ces financements s’ajoutent à des investissements antérieurs qui, en 2024, ont permis le déploiement de plus de 33 000 km de fibre optique, la mise en service de plateformes de démarches administratives dématérialisées et l’amélioration de la couverture 4G dans de nombreuses zones rurales.
La mise en place de ce nouveau SDSI devrait favoriser une gouvernance numérique plus structurée et une interconnexion renforcée des systèmes. Elle devrait également permettre d’accélérer la numérisation des services publics, de réduire les coûts et les délais de traitement des procédures, tout en renforçant la résilience des infrastructures face aux cybermenaces.
Samira Njoya
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Après la création, en 2023, d’une structure nationale dédiée à la cybersécurité, Madagascar poursuit la structuration de son écosystème numérique. Les autorités s’emploient désormais à poser un cadre légal afin de mieux protéger les systèmes et les données face à la montée de la cybercriminalité.
Madagascar a officiellement enclenché la semaine dernière le processus d’élaboration de sa stratégie nationale de cybersécurité à l’issue d’un atelier de lancement organisé à Antananarivo, réunissant autorités publiques, experts du numérique et partenaires techniques. Cette rencontre marque une étape structurante dans la volonté du pays de se doter d’un cadre cohérent pour sécuriser son espace numérique, alors que les usages digitaux progressent rapidement dans l’administration, les services financiers et l’économie.
« Les acteurs concernés se sont engagés à finaliser cette stratégie nationale de cybersécurité dans un délai de trois mois. Elle couvre des thématiques clés comme la protection de l’enfance en ligne, la lutte contre les violences basées sur le genre, la justice numérique et la coopération internationale en cas de cyberattaques ou de violations de données », a indiqué Eric Nirina Rakotomaniraka, chef d’équipe en charge des incidents numériques à la Computer Incident Response Team (CIRT).
Sur le plan opérationnel, la future stratégie vise à structurer la prévention, la détection et la réponse aux incidents numériques. Elle prévoit le renforcement des capacités nationales en matière d’investigation numérique (forensic), l’amélioration de la coordination entre institutions publiques et acteurs privés, ainsi que le développement des compétences locales. Le document doit également servir de socle à l’actualisation du cadre réglementaire, alors que la loi malgache sur la cybersécurité adoptée en 2014 apparaît de plus en plus inadaptée à l’évolution rapide des technologies et des menaces.
Cette initiative intervient dans un contexte de montée en puissance des usages numériques, mais aussi de fragilités persistantes des systèmes d’information. D’après le rapport Digital 2025, Madagascar comptait environ 6,6 millions d’internautes en 2025, soit un peu plus de 20 % de la population, un taux encore modeste mais en progression constante.
Dans le même temps, le pays demeure confronté à des capacités limitées en matière de cybersécurité. Selon l’Indice mondial de cybersécurité 2024 de l’Union internationale des télécommunications (UIT), Madagascar est classé dans la quatrième catégorie (Tier 4) sur cinq, un niveau qui traduit des marges d’amélioration importantes, notamment en matière d’infrastructures techniques, de coordination institutionnelle, de développement des compétences et de coopération internationale.
La mise en œuvre de la stratégie nationale de cybersécurité devrait permettre à Madagascar de renforcer la protection de ses infrastructures numériques, d’accroître la confiance des citoyens et des investisseurs dans les services digitaux, et de mieux accompagner la transformation numérique du pays. En posant les bases d’une souveraineté numérique plus affirmée, les autorités entendent créer un environnement plus sûr pour l’innovation, le développement des services publics en ligne et l’intégration de l’économie malgache dans l’écosystème numérique régional et international.
Samira Njoya