Avec l’essor des réseaux sociaux, les États africains font face à de nouveaux défis de régulation. En RDC, les autorités ont saisi la justice pour lutter contre les abus en ligne, dans un contexte régional marqué par un encadrement accru du cyberespace.
Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) a annoncé, samedi 25 avril, avoir saisi les autorités judiciaires face à la multiplication de contenus jugés diffamatoires ou haineux visant des responsables publics sur les réseaux sociaux.
Dans un communiqué, l’exécutif dénonce une « recrudescence » de publications comportant injures, menaces, diffamations et autres atteintes à la dignité. Les autorités estiment que certains de ces contenus ne relèvent pas d’expressions isolées, mais s’inscrivent dans des « campagnes coordonnées de dénigrement » susceptibles d’affecter la crédibilité des institutions et la cohésion nationale.
Face à cette situation, le gouvernement indique avoir engagé des investigations pour identifier les auteurs, co-auteurs et éventuels commanditaires de ces contenus, y compris ceux opérant anonymement ou depuis l’étranger. Des poursuites pourraient être engagées sur la base des dispositions légales encadrant la diffamation, le harcèlement numérique ou les discours de haine.
Dans un contexte d’essor des réseaux sociaux
Cette démarche intervient dans un contexte de montée en puissance des réseaux sociaux dans le pays. Selon les données de DataReportal, la RDC comptait environ 34,7 millions d’utilisateurs des réseaux sociaux en 2025, soit près de 30 % de la population, un chiffre en progression constante, porté par l’expansion de l’Internet mobile. Ces plateformes s’imposent désormais comme des espaces centraux du débat public, mais aussi comme des vecteurs de désinformation et de contenus problématiques.
Un durcissement observé à l’échelle régionale
Au-delà du cas congolais, cette initiative s’inscrit dans une tendance plus large de renforcement de la régulation du numérique en Afrique. Au Gabon, les autorités ont récemment annoncé de nouvelles mesures visant à encadrer plus strictement les contenus diffusés en ligne, notamment en matière de lutte contre la désinformation, les discours de haine et les atteintes à l’ordre public.
Ces initiatives traduisent une volonté croissante des États de reprendre le contrôle sur des espaces numériques devenus centraux dans la formation de l’opinion publique. Elles soulignent également les défis liés à la modération des contenus, à l’identification des auteurs, souvent anonymes, et à l’application des lois dans un environnement transfrontalier.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Réseaux sociaux : au Gabon, les utilisateurs doivent désormais s’identifier formellement
Portés par la croissance du mobile money et du commerce digital, les systèmes de paiement instantané se multiplient en Afrique. Ils répondent à un besoin de rapidité, de réduction des coûts et de traçabilité des flux, dans des économies encore largement dominées par le cash.
La Banque de la République du Burundi (BRB) a lancé, le jeudi 23 avril à Bujumbura, le système de paiement instantané « BurundiPay », une nouvelle infrastructure destinée à moderniser les transactions financières dans le pays. L’initiative vise à fluidifier les transactions, renforcer l’inclusion financière et réduire la dépendance aux espèces. Concrètement, BurundiPay permet d’effectuer des transferts d’argent et des paiements en temps réel, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, aussi bien depuis des comptes bancaires que des portefeuilles mobiles.
#SETIC 1/3 @BankiNkuru Lancement officiel du système de paiement instantané du Burundi, "BurundiPay", sous le financement de @PafenBurundi. Le Burundi devient le 22è pays Africain à se doter d'un système de paiement instantané, sécurisé, interopérable&accessible.@BurundiGov pic.twitter.com/aYlfcrFHUn
— Secrétariat Exécutif des TIC - Burundi (@seticburundi) April 23, 2026
La principale innovation réside dans l'interopérabilité totale. Désormais, les banques commerciales, institutions de microfinance et opérateurs de paiement sont connectés au sein d’un même système, facilitant les transactions entre réseaux jusque-là cloisonnés. Cette évolution met fin à certaines pratiques contraignantes, comme le retrait préalable d’espèces pour transférer des fonds entre établissements différents.
Le dispositif repose sur des standards internationaux, notamment la norme ISO 20022, garantissant un haut niveau de sécurité et une compatibilité avec les systèmes financiers mondiaux. Il s’intègre également aux infrastructures existantes du pays, telles que le système de règlement brut en temps réel (RTGS) ou encore la chambre de compensation automatisée, consolidant ainsi l’architecture globale des paiements.
Au-delà de ses performances techniques, BurundiPay mise sur l’accessibilité pour favoriser son adoption à grande échelle. Dans un pays où le taux de pénétration d’Internet demeure limité autour de 30 % selon les données officielles — la plateforme a été pensée pour fonctionner aussi bien sur smartphones que sur des téléphones basiques via des codes USSD. Cette approche inclusive vise à étendre l’accès aux services financiers aux populations encore faiblement bancarisées, notamment en milieu rural.
Financé avec le soutien de la Banque mondiale à travers le Projet d’Appui aux Fondations de l’Économie Numérique (PAFEN), ce système positionne le Burundi comme le 22e pays africain à se doter d’une infrastructure de paiement instantané. Une avancée qui s’aligne sur les tendances observées sur le continent, où la numérisation des services financiers constitue un levier clé de transformation économique.
Le succès de BurundiPay dépendra de son appropriation par les acteurs du marché et par les usagers. Son déploiement pourrait accélérer l’intégration financière, soutenir le développement du commerce numérique et renforcer la transparence des flux économiques, autant d’éléments essentiels pour accompagner les ambitions de croissance et de modernisation du pays.
Samira Njoya
Edité par : Feriol Bewa
Lire aussi: Burundi : une stratégie nationale de l’IA adossée à six piliers
Inclusionfinancière et numérique : le pari des paiements instantanés interopérables
À mesure que l’intelligence artificielle s’intègre dans divers domaines d’activité, les besoins en compétences adaptées s’intensifient. La formation apparaît ainsi comme un enjeu clé pour soutenir l’appropriation de ces outils et leur déploiement à grande échelle.
L’Algérie renforce son dispositif de formation aux technologies émergentes. La ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels, Nacima Arhab, et le ministre de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, Noureddine Ouadah, ont procédé, dimanche 26 avril à l’Institut national spécialisé de formation professionnelle d’El Rahmania (Alger), au lancement du programme national de formation en intelligence artificielle (IA).
Selon les autorités, cette initiative vise à faire des compétences locales un levier central d’adaptation aux mutations technologiques et de soutien à l’économie de la connaissance. L’objectif est de former, dans des délais courts, des profils capables de s’intégrer rapidement dans l’environnement numérique, mais aussi de concevoir des solutions adaptées aux besoins des entreprises et du marché national.
Le dispositif repose sur une approche pédagogique axée sur l’apprentissage par la pratique. Le cycle de formation, d’une durée totale de 12 semaines (8 semaines intensives et 4 semaines de projets concrets), est précédé d’un programme de formation des formateurs lancé le 15 janvier 2026 afin de garantir la qualité de l’encadrement.
Cette orientation vise à rapprocher la formation des réalités du terrain et à accélérer la professionnalisation des apprenants. Les participants sont ainsi amenés à travailler sur des cas réels, notamment en collaboration avec des start-up, en mobilisant les outils et modèles d’intelligence artificielle les plus récents.
L’initiative s’inscrit dans la future stratégie nationale de transformation numérique que les autorités prévoient de déployer à court terme. Celle-ci ambitionne de former jusqu’à 500 000 spécialistes TIC (technologies de l'information et de la communication) et de réduire significativement la fuite des talents qualifiés.
Dans ce cadre, l’Algérie cherche à renforcer sa souveraineté technologique et à capter une part de la valeur générée par l’intelligence artificielle. Les autorités visent ainsi une contribution de l’IA pouvant atteindre près de 7 % du PIB à l’horizon 2027. Pour soutenir cette ambition, plusieurs leviers sont mobilisés, notamment la mise en place de mécanismes de financement dédiés, le développement de pôles de formation d’excellence et la démocratisation de l’accès aux technologies numériques.
Au-delà de la formation, le programme s’intègre dans une stratégie visant à structurer un écosystème d’innovation. À ce titre, un incubateur d’entreprises a été inauguré au sein de l’institut pour accompagner les porteurs de projets et encourager la création de start-up technologiques.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
L’Algérie mise sur l’IA pour générer 7 % de son PIB d’ici 2027
Le commerce électronique gagne du terrain en Afrique, soutenu par la numérisation des services et l’évolution des habitudes d’achat. Cette dynamique pousse les opérateurs traditionnels à repenser leur positionnement pour rester compétitifs.
Le ministre d’État chargé des TIC et de l’Orientation nationale, Godfrey Baluku Kabbyanga, a officiellement lancé le mardi 21 avril à Kampala la plateforme de commerce électronique PostCom portée par l’opérateur postal public Posta Uganda. Cette initiative place désormais la poste au cœur de la stratégie numérique du pays, en élargissant son rôle au‑delà des services logistiques traditionnels vers un écosystème de vente en ligne intégré.
PostCom fonctionne comme une marketplace nationale permettant aux particuliers et aux petites et moyennes entreprises de vendre et d’acheter des produits en ligne. La plateforme s’appuie sur le réseau physique de Posta Uganda pour assurer la logistique et la livraison sur l’ensemble du territoire. Elle offre également une interface numérique sécurisée destinée à faciliter les transactions et à connecter les vendeurs locaux à une clientèle plus large, y compris à l’international.
Dans un contexte de forte progression du commerce électronique en Afrique, ce type d’initiative répond à un marché en pleine expansion. Le secteur africain de l’e‑commerce est estimé à environ 55 milliards de dollars en 2024 et pourrait dépasser 110 milliards de dollars d’ici 2029, porté par la montée du mobile money, l’urbanisation et l’élargissement de l’accès à Internet. En Ouganda, les pouvoirs publics misent sur le numérique pour stimuler la croissance économique, avec une contribution potentielle estimée à plusieurs milliards de dollars à l’horizon 2030 grâce à la numérisation des services et du commerce.
Face à la domination des plateformes privées internationales, PostCom se distingue par son ancrage public et son intégration logistique. Contrairement aux marketplaces classiques, la plateforme combine commerce en ligne et infrastructure postale existante, permettant de réduire les coûts de livraison et de renforcer l’accès au e‑commerce dans les zones rurales. Cette approche vise également à soutenir les PME locales en leur offrant un canal de distribution national structuré, dans un environnement où la logistique reste l’un des principaux freins au commerce en ligne.
À terme, les autorités ougandaises ambitionnent de faire de PostCom un levier central de l’économie numérique nationale. Le projet s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation digitale visant à renforcer l’inclusion économique, moderniser les échanges commerciaux et positionner l’Ouganda comme un acteur émergent du commerce numérique en Afrique de l’Est. La plateforme ouvre également aux vendeurs l’accès à un marché international, leur permettant de toucher des clients dans près de 192 pays grâce à l’infrastructure postale mondiale.
Samira Njoya
Lire aussi:
L’Ouganda inaugure un premier point d’échange Internet pour réduire les coûts du trafic local
Porté par une population de plus de 100 millions d’habitants, le marché du commerce de détail en Égypte figure parmi les plus dynamiques du Moyen-Orient. Dans ce secteur concurrentiel, les enseignes accélèrent leur transformation numérique pour améliorer leurs performances et répondre à l’évolution des usages.
Orange Egypt et Circle K ont annoncé, mercredi 22 avril, la conclusion d’un partenariat visant à accompagner la modernisation du réseau de distribution de l’enseigne de retail, présente à travers plus de 200 points de vente dans le pays. Cet accord positionne l’opérateur télécom comme partenaire de transformation numérique de Circle K, dans un contexte de numérisation croissante du secteur de la distribution en Égypte.
Dans le cadre de ce partenariat, Orange fournira un ensemble de solutions de connectivité et d’infrastructures numériques, incluant l’accès à Internet haut débit et une interconnexion sécurisée entre les différents points de vente. L’objectif est d’assurer une meilleure continuité des opérations, tout en optimisant les performances et la gestion des activités commerciales sur l’ensemble du réseau.
Le projet intègre également le déploiement de la technologie SD-WAN, une solution avancée de gestion de réseau permettant une orchestration plus flexible et centralisée des flux de données entre les sites. Cette architecture vise à renforcer la sécurité, améliorer la stabilité des services et optimiser l’efficacité opérationnelle de l’entreprise.
Présente sur le marché égyptien à travers un réseau de magasins de proximité et de stations-service, Circle K figure parmi les principaux acteurs du retail de proximité. L’enseigne, qui fait partie d’un groupe international opérant dans plus de 20 pays, s’appuie sur une forte capacité de distribution et un volume important de clients servis quotidiennement grâce à son réseau étendu. Son modèle repose sur la vente de produits de consommation courante et de services rapides, avec une stratégie d’expansion continue sur les marchés urbains et périurbains.
Dans un marché de détail égyptien parmi les plus importants du Moyen-Orient, porté par une population de plus de 100 millions d’habitants, ce partenariat prend une dimension stratégique pour les deux groupes. Il s’inscrit dans la dynamique de numérisation des réseaux de distribution, où la connectivité et les systèmes d’information deviennent des leviers essentiels de performance et d’expansion.
Pour Mohamed Shebl, directeur commercial d’Orange Egypt, cette collaboration confirme la capacité de l’opérateur à répondre aux exigences des marques internationales. « Grâce à ce partenariat, nous continuons à exploiter les innovations de pointe pour améliorer la compétitivité et optimiser l’efficacité opérationnelle, conformément à notre vision de mener la transformation numérique du secteur des entreprises vers des modèles plus avancés et plus durables, tout en soutenant les objectifs de la stratégie numérique égyptienne et “Vision Égypte 2030” », a-t-il précisé.
Samira Njoya
Lire aussi:
Alors que le capital-risque poursuit sa consolidation en Afrique, la région SADC tente de combler son retard en matière de financement technologique. Le Botswana mise sur un fonds dédié pour soutenir les start-up et stimuler l’émergence d’un écosystème plus compétitif.
L’écosystème du capital-risque en Afrique australe vient de franchir un nouveau palier. Le Botswana Tech Fund (BTF) a annoncé, le mardi 21 avril, le lancement d’un fonds de 50 millions de livres sterling (environ 67,5 millions de dollars) destiné à soutenir les start-up technologiques de la région. Basé à Gaborone, le fonds est soutenu par Pula Investments, le family office de Stephen Lansdown, cofondateur du groupe britannique Hargreaves Lansdown.
Le fonds est structuré pour intervenir à différents stades de développement, des jeunes entreprises en phase de pré-amorçage (pre-seed) jusqu’aux sociétés en phase de croissance avancée (scale-up). Sa première phase de déploiement comprend des investissements de démarrage ainsi que des prises de participation dans des entreprises plus matures. Il prévoit également des opérations sur le marché secondaire, une approche encore peu répandue sur le continent, mais destinée à améliorer la liquidité des investisseurs et des fondateurs.
Le lancement du BTF intervient dans un contexte de structuration progressive de l’écosystème du capital-risque en Afrique australe, où le financement des start-up reste marqué par un déficit structurel, notamment dans les technologies applicatives et les infrastructures numériques. La région demeure fortement dépendante des capitaux étrangers, malgré une montée en puissance progressive des initiatives locales.
Le fonds mise notamment sur les atouts du Botswana, dont un taux de pénétration Internet estimé à environ 80 %, ainsi que sur un environnement institutionnel stable en matière de gouvernance. Ces facteurs sont considérés comme des leviers pour attirer les investissements technologiques dans une région qui représente un marché potentiel de plus de 370 millions d’habitants, au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).
Selon plusieurs analyses de marché (Partech Africa et Briter Bridges), les start-up africaines ont levé environ 3 à 4 milliards de dollars américains en 2025, après un pic supérieur à 6 milliards en 2022. Cette tendance confirme une phase de normalisation du capital-risque, marquée par une sélection plus rigoureuse des projets et une concentration des financements sur les marchés les plus matures, notamment le Nigeria, le Kenya, l’Afrique du Sud et l’Égypte.
Dans ce contexte, le Botswana Tech Fund entend repositionner l’Afrique australe sur la carte du capital-risque, en structurant des financements mieux adaptés aux besoins des entrepreneurs et en facilitant l’accès au capital pour les fondateurs.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
L’Université du Botswana lance son premier programme de réalité virtuelle
Engagé dans des réformes pour accélérer sa transformation numérique, le Burkina Faso ouvre progressivement son marché aux innovations technologiques. Cette dynamique attire des investisseurs étrangers par des opportunités dans l’IA, la santé et les drones.
Le ministère burkinabè de la Transition digitale, représenté par son Secrétaire général, Borlli Michel Some (photo, à droite), a accueilli le mercredi 22 avril une importante délégation d’investisseurs italiens conduite par l’ambassadrice du Burkina Faso en Italie, Cyrille Ganou/Badolo (photo, à gauche). Cette rencontre marque une étape clé dans la stratégie nationale visant à interconnecter l’ensemble de l’administration et à éliminer les « zones blanches » sur le territoire.
Les échanges ont porté sur plusieurs solutions technologiques adaptées aux réalités locales. Les investisseurs ont notamment présenté des projets liés à l’utilisation de drones pour l’accès aux soins et aux campagnes de vaccination en zone rurale, ainsi que des systèmes de gestion des données médicales. La délégation, composée d’acteurs issus des secteurs de la technologie, de l’agriculture et de l’énergie, a exprimé son intérêt pour le développement de partenariats public‑privé.
Souveraineté et transfert de compétences
Les autorités burkinabè ont toutefois insisté sur la nécessité d’inscrire ces collaborations dans une logique de souveraineté technologique. Pour le pays, la priorité est accordée à des partenariats intégrant la formation, le co‑développement et l’appropriation des technologies, afin de renforcer les capacités locales. L’objectif est notamment de s’appuyer sur les ressources humaines nationales pour assurer la gestion des infrastructures et des données stratégiques.
Le défi de l’énergie numérique
Le lien entre numérique et énergie a également été au cœur des échanges. Pour atteindre l’objectif « zéro zone blanche » d’ici 2030, le Burkina Faso mise sur des solutions solaires innovantes pour alimenter les infrastructures télécoms en milieu rural. Les autorités ont invité les investisseurs italiens à proposer des technologies durables capables de soutenir cette expansion du réseau, indispensable à la modernisation des services publics.
Cette rencontre intervient dans un contexte d’accélération des projets numériques au Burkina Faso, avec des priorités telles que l’identité numérique et l’intégration de technologies émergentes, dans l’objectif d’améliorer l’efficacité des services publics.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Sécurité aux frontières : le Burkina Faso numérise la fiche de voyage
Le Burkina Faso engage la modernisation numérique du radiodiffuseur public
Face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle, le Burundi pose les bases d’un cadre national pour encadrer son développement. Avec une stratégie dédiée, les autorités cherchent à structurer l’écosystème local et à capter les gains économiques liés à l’exploitation des données.
Le Burundi accélère son positionnement sur les technologies émergentes. Le pays a validé, le mercredi 22 avril à Bujumbura, sa Stratégie nationale sur l’intelligence artificielle pour la période 2025‑2030. Portée par le ministère des Finances, du Budget et de l’Économie numérique avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement, cette feuille de route vise à faire de l’intelligence artificielle un outil opérationnel au service de la gouvernance, de la croissance et de la modernisation des services publics.
Une stratégie structurée autour de six priorités
Le premier pilier concerne la gouvernance. Il prévoit la création d’organes de pilotage, l’élaboration d’une charte d’éthique et l’adaptation du cadre réglementaire, afin d’encadrer le développement de l’IA. Cette dimension est complétée par un volet spécifique consacré à l’éthique, à l’inclusion et à la durabilité, avec des mécanismes de contrôle des algorithmes, la prise en compte des langues locales et la promotion d’une IA responsable.
Sur le plan technique, la stratégie met l’accent sur le renforcement des infrastructures numériques et des capacités de gestion des données. Elle prévoit notamment la modernisation des centres de données, la mise en place de hubs sectoriels et le développement de solutions de cloud souverain, en parallèle de l’extension des réseaux télécoms.
Le développement du capital humain constitue un autre axe central. Le gouvernement ambitionne d’adapter les formations universitaires aux métiers de l’IA, de former plus de 1000 agents publics et de soutenir l’émergence de talents, notamment à travers des programmes ciblant les jeunes et les femmes.
En parallèle, un accent particulier est mis sur l’innovation et l’entrepreneuriat. La stratégie prévoit la création de mécanismes de financement dédiés, l’installation d’incubateurs dans plusieurs villes et la mise en place d’incitations pour soutenir l’émergence de start‑up spécialisées dans l’intelligence artificielle.
Enfin, l’approche retenue privilégie des applications concrètes. Une quinzaine de projets pilotes doivent être déployés dans des secteurs clés comme la santé, avec des outils d’aide au diagnostic et de télémédecine, ou l’agriculture, via des systèmes d’alerte climatique et de conseil aux producteurs. L’objectif est de démontrer rapidement l’impact de ces technologies sur la productivité et les services publics.
Un positionnement encore en construction
Malgré ces ambitions, le Burundi part d’un niveau de maturité encore limité en matière d’infrastructures numériques et de valorisation des données. Comme dans plusieurs économies africaines, les enjeux portent sur la disponibilité des données, l’interopérabilité des systèmes et la mise en place de cadres réglementaires adaptés. La stratégie adoptée vise précisément à structurer ces fondations, en alignant les investissements, les compétences et les usages autour d’une vision cohérente. Elle s’inscrit également dans la Vision 2040‑2060 du pays, qui identifie le numérique comme un moteur de transformation économique.
Une fois mise en œuvre, cette stratégie permettra au pays de rejoindre des États africains ayant déjà structuré leur approche de l’intelligence artificielle, comme le Rwanda, le Sénégal, le Maroc ou le Bénin. Dans un contexte de compétition autour de la donnée et des technologies avancées, l’enjeu sera désormais de traduire cette ambition en déploiements concrets capables de générer des gains économiques mesurables.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Transformation numérique : la Banque mondiale évalue les progrès du PAFEN au Burundi
En janvier 2025, les autorités sénégalaises ont décidé d'investir 206 millions USD pour financer leur stratégie numérique pour l'éducation sur la période 2025-2029. Des actions concrètes commencent à prendre corps.
Le Sénégal a annoncé lundi 20 avril le lancement d’une bibliothèque numérique nationale dédiée aux élèves. Cette plateforme vise à faciliter l’accès aux ressources pédagogiques et à assurer la continuité des apprentissages, dans un contexte de perturbations régulières du calendrier scolaire.
Accessible en ligne sur différents supports (smartphones, tablettes, ordinateurs), la bibliothèque propose un ensemble de contenus couvrant plusieurs niveaux d’enseignement, du préscolaire au secondaire. Les ressources, validées par des enseignants, incluent des cours, des exercices interactifs et des outils de révision. Deux solutions composent l’offre : Senkala, axée sur les évaluations et les exercices, et Promet, dédiée aux contenus pédagogiques et à l’apprentissage autonome.
L’initiative vise, d’une part, à garantir la continuité pédagogique en permettant aux élèves de poursuivre leur apprentissage en dehors de la salle de classe. D’autre part, elle s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’éducation, en intégrant les technologies numériques au cœur des méthodes d’enseignement. Au-delà de l’accès aux contenus, la plateforme ambitionne de réduire les inégalités éducatives, notamment entre zones urbaines et rurales.
Toutefois, l’accès à Internet à domicile reste profondément inégal au Sénégal, selon une enquête de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) publiée en juillet 2025. Si 43,8 % des ménages dakarois disposent d’une connexion, ce taux tombe à 16,3 % dans les autres zones urbaines et à moins de 3 % en milieu rural. Les données de DataReportal, qui évaluent l’accès à Internet mobile, sont cependant plus élevées. À la fin de l’année 2025, le Sénégal comptait 11,5 millions d’internautes, soit un taux de pénétration de 60,6 %.
Adoni Conrad Quenum (Agence Ecofin)
Lire aussi:
Le Congo renforce sa coopération avec la Russie dans les compétences numériques
Porté par la multiplication des conflits et l’évolution des menaces, le marché des drones connaît une expansion rapide en Afrique. Cette dynamique ouvre la voie à l’émergence d’une production locale, dans un secteur encore largement dominé par les importations.
La société africaine de technologie de défense, Terra Industries, a annoncé le dimanche 19 avril le lancement de la construction de « Pax‑2 », sa deuxième usine de fabrication de systèmes autonomes. Située à Accra, au Ghana, cette infrastructure de plus de 3 150 m² (34 000 pieds carrés) deviendra, une fois opérationnelle en juin 2026, la plus grande unité de production de drones du continent, surpassant le site amiral « Pax‑1 » basé à Abuja, au Nigeria.
Cet investissement massif intervient après un tour de table de 34 millions de dollars destiné à accroître les capacités industrielles de la firme et à renforcer ses équipes d’ingénierie au Nigeria et dans les pays alliés. Le site ghanéen se concentrera sur la production à haute cadence de systèmes aériens stratégiques, notamment le drone de surveillance et de frappe Archer, l’unité tactique Iroko et l’intercepteur à grande vitesse Kama, capable d’atteindre 300 km/h pour contrer les menaces de drones adverses.
Au-delà de l’investissement industriel, cette initiative s’inscrit dans une évolution plus large des enjeux sécuritaires sur le continent. Dans plusieurs régions, notamment au Sahel, l’usage de drones parfois issus de technologies civiles détournées s’intensifie et transforme les modes opératoires des groupes armés. Cette évolution renforce la demande en solutions intégrées combinant surveillance, guerre électronique et capacités d’interception.
Cette tendance s’inscrit par ailleurs dans une dynamique de marché en forte croissance. Selon le cabinet Fortune Business Insights, le marché mondial des drones militaires pourrait atteindre 30,9 milliards de dollars d’ici 2034, contre 18,2 milliards en 2025 et 20,8 milliards en 2026, porté notamment par la multiplication des usages dans les contextes sécuritaires.
Le choix du Ghana repose sur plusieurs facteurs, notamment la disponibilité de compétences techniques et l’ambition du pays de se positionner comme un hub industriel régional. Le projet devrait générer environ 120 emplois directs, principalement dans l’ingénierie, et fonctionner en continu pour répondre à la demande. À l’horizon 2028, l’usine vise une capacité de production annuelle de 50 000 unités.
Samira Njoya
Lire aussi:
Défense : le Maroc choisi pour accueillir un centre américain de formation aux drones
En Afrique, la gestion des déchets est confrontée à une urbanisation rapide et à la croissance des activités industrielles. Le manque de systèmes de traçabilité fiables rend difficile le suivi des flux, ce qui accentue le recours aux solutions numériques pour améliorer le contrôle et la transparence.
Le ministère ivoirien de l’Environnement a présenté, le mercredi 15 avril à Abidjan, une plateforme numérique destinée à assurer le suivi des déchets dangereux. L’outil, dévoilé lors d’une cérémonie de pré‑lancement, vise à améliorer la traçabilité et la gestion de ces déchets dans un contexte de pression croissante liée à l’industrialisation.
#Société | Gestion des déchets industriels dangereux : la Côte d’Ivoire se dote d’un système digital de contrôle
— Gouvernement de Côte d'Ivoire (@Gouvciofficiel) April 16, 2026
Abidjan, le 16 avril 2026 - Le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, a présidé la cérémonie de pré-lancement du Système Intégré de… pic.twitter.com/Yosb7LSV7V
« Le système vient pallier le déficit de maîtrise observé dans la gestion de nos déchets industriels en rendant obligatoire et numériquement traçable chaque mouvement de déchets industriels dangereux. Il permettra de ramener progressivement vers des filières contrôlées des volumes de déchets industriels aujourd’hui perdus pour toute statistique, et pour tout contrôle réglementaire », a indiqué Abou Bamba, ministre de l’Environnement et de la Transition écologique.
Le système, baptisé SIGSDID, repose sur la dématérialisation des procédures et la centralisation des données. Il introduit notamment un bordereau électronique de suivi des déchets (e‑BSD), permettant de tracer chaque flux depuis sa production jusqu’à son traitement final. L’objectif est de disposer d’informations fiables en temps réel et de mieux encadrer les obligations des entreprises.
Cet outil intervient alors que la gestion des déchets industriels reste largement incomplète en Côte d’Ivoire. Selon le Centre ivoirien antipollution, le pays génère plus de 625 000 tonnes de déchets industriels par an, dont une part importante échappe encore aux circuits formels. Seuls 30 à 40 % sont pris en charge par des opérateurs agréés, laissant une majorité sans suivi effectif.
Dans ce contexte, la numérisation apparaît comme un moyen de renforcer la traçabilité et de limiter les pratiques informelles. Le système doit permettre aux autorités d’identifier les flux non déclarés, d’améliorer le contrôle réglementaire et de mieux orienter les politiques publiques en matière environnementale. Selon les autorités, le déploiement se fera progressivement. Les huiles usagées et les résidus d’hydrocarbures seront traités en priorité, avant une extension à l’ensemble des déchets industriels dangereux d’ici 2028.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Le Sénégal lance DICE Africa, pour révolutionner la gestion des déchets grâce au numérique
La santé numérique connaît une accélération en Afrique, portée par la volonté des États de moderniser leurs systèmes sanitaires et de mieux exploiter les données médicales. Elle transforme progressivement la gestion des soins et la prise de décision publique.
Le Tchad amorce une transition vers le dossier médical électronique, avec l’appui technique de la société rwandaise HISP. Une solution numérique de gestion des dossiers médicaux a été présentée le mercredi 15 avril aux autorités tchadiennes. Ce système vise à remplacer les supports physiques par une architecture numérique intégrée. L’enjeu est de structurer des données fiables, exploitables à la fois pour le suivi des patients et pour la prise de décision au niveau des établissements de santé.
Concrètement, la mise en place de ce dossier médical informatisé vise à améliorer le suivi du parcours des patients, à renforcer la coordination entre les établissements de santé et à optimiser la gestion des services hospitaliers. Elle contribue également à réduire la charge administrative des professionnels de santé, tout en facilitant l’accès à des données fiables et en temps réel pour appuyer la prise de décision. Le système est par ailleurs conçu pour s’intégrer aux plateformes nationales existantes, notamment DHIS2, afin de garantir une meilleure interopérabilité des données.
Acteur clé du dispositif, HISP Rwanda développe et déploie des systèmes d’information de santé dans plusieurs pays africains. L’organisation accompagne les États dans la collecte, l’analyse et l’exploitation des données sanitaires, afin de renforcer la planification et la performance des systèmes de santé. Au Tchad, son intervention vise à structurer un système capable de soutenir la gestion hospitalière et d’améliorer la continuité des soins.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large à l’échelle du continent. Selon un rapport de McKinsey & Company, les solutions de santé numérique pourraient permettre aux systèmes de santé africains de réduire jusqu’à 15 % de leurs dépenses totales, notamment en limitant les doublons et en optimisant l’allocation des ressources. Par ailleurs, plus de 60 % des pays africains disposent déjà d’une stratégie nationale de e‑santé ou sont en cours de déploiement, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Union africaine (UA). Le contexte reste toutefois marqué par des fragilités structurelles. L’OMS souligne que la fragmentation des données, la faible numérisation et le manque d’interopérabilité limitent encore l’exploitation efficace de l’information sanitaire.
Au‑delà des gains techniques, l’enjeu est aussi stratégique. Une meilleure utilisation des données permet d’améliorer le pilotage des politiques publiques, d’optimiser les ressources et de renforcer la résilience des systèmes de santé. Pour le Tchad, ce partenariat pourrait ainsi constituer une étape structurante vers un système davantage piloté par la donnée.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Santé : le Maroc lancera la phase pilote de la feuille de soins électronique dès mars 2026
E-santé : la télémédecine, une réponse aux déserts médicaux en Afrique subsaharienne
Le pays ambitionne, d’ici 2028, de bâtir une économie émergente où les start‑up occupent une place centrale. Les initiatives se multiplient pour concrétiser cette vision.
Le gouvernement algérien a lancé, samedi 18 avril à Alger, le premier cluster national de start‑up dédié à l’intelligence artificielle et à la cybersécurité, au niveau du pôle scientifique et technologique de Sidi Abdellah. L’initiative marque une nouvelle étape dans la structuration de l’écosystème de l’innovation, avec l’ambition de renforcer la compétitivité des jeunes entreprises technologiques et d’accroître leur contribution à l’économie nationale.
Ce cluster se présente comme un cadre intégré réunissant start‑up, universités, centres de recherche et acteurs économiques autour de projets communs. Il vise à favoriser l’émergence de solutions innovantes dans des domaines stratégiques, notamment l’intelligence artificielle, la cybersécurité ou encore les services numériques intelligents. Sa particularité réside dans l’ouverture à des start‑up issues aussi bien du milieu universitaire que de l’écosystème entrepreneurial classique, afin de stimuler les synergies et d’accélérer la transformation des projets innovants en applications économiques concrètes.
Porté conjointement par les ministères de l’Enseignement supérieur, de l’Économie de la connaissance et des Télécommunications, le dispositif s’inscrit dans une ambition plus large des pouvoirs publics de développer massivement l’écosystème entrepreneurial. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a notamment fixé l’objectif de porter à 20 000 start‑up en Algérie à l’horizon 2029, en s’appuyant sur l’université comme principal vivier d’innovation et de compétences.
En juin dernier, les autorités indiquaient que 1600 micro‑entreprises, 130 start‑up et 1175 projets labellisés « innovants » avaient été enregistrés, auxquels s’ajoutaient plus de 2800 brevets déposés auprès des instances compétentes.
En s’appuyant sur ce type de structures, l’Algérie cherche à accélérer sa transition vers une économie fondée sur la connaissance, où l’innovation technologique devient un moteur de croissance. À l’échelle internationale, les clusters sont en effet considérés comme des catalyseurs de compétitivité, capables de stimuler le développement technologique, de renforcer l’attractivité des territoires et de favoriser l’émergence d’entreprises à fort potentiel.
Samira Njoya
Lire aussi:
Algérie : cap sur 20000 start-up d’ici 2029 grâce à l’université
La dernière élection présidentielle au Bénin a été marquée par une publication rapide des résultats dès la nuit suivante. Une performance qui met en lumière le rôle croissant des outils numériques dans la gestion des scrutins.
La Commission électorale nationale autonome (CENA) du Bénin a annoncé le mercredi 15 avril avoir franchi un cap dans la gestion du scrutin présidentiel organisé le dimanche 12 avril, avec une proclamation des résultats intervenue en moins de vingt-quatre heures. Selon l’institution, cette performance repose sur une plateforme numérique intégrée de transmission et de compilation des résultats, fonctionnant en mode hybride en ligne et hors ligne.
La CENA explique que ce dispositif a permis une remontée progressive des données depuis les bureaux de vote dès la clôture du scrutin, réduisant ainsi le délai de centralisation des procès-verbaux, traditionnellement pointé comme l’un des principaux facteurs de lenteur et de contestation dans les processus électoraux sur le continent. Le système intègre par ailleurs un mécanisme de géolocalisation des données transmises, garantissant l’identification précise de chaque bureau de vote d’origine. Cette fonctionnalité a joué un rôle clé dans la traçabilité des résultats et la limitation des risques de manipulation lors des différentes étapes de traitement.
Au-delà du dépouillement, la digitalisation a également concerné la gestion des ressources humaines mobilisées pour le scrutin. Les coordonnateurs d’arrondissement ont notamment transmis, via la plateforme, des formulaires en ligne recensant les membres des postes de vote, les assistants des centres d’arrondissement ainsi que d’autres données opérationnelles intégrées au système. Ce dispositif a permis d’automatiser le traitement des informations et de déclencher le paiement des agents via mobile money dans un délai de 48 heures après le vote, contre plusieurs jours ou semaines auparavant.
L’institution estime que ces réformes s’inscrivent dans une dynamique plus large de modernisation du système électoral béninois, visant à améliorer la transparence, la rapidité et la fiabilité des opérations électorales.
Samira Njoya
Lire aussi: