Portée par des investissements croissants dans les énergies renouvelables, la Côte d’Ivoire accélère la numérisation de ses procédures publiques. La mise en ligne des services administratifs liés au secteur énergétique s’inscrit dans l’ambition de bâtir un gouvernement pleinement digitalisé.
L’administration de la Côte d’Ivoire accélère sa transition vers un gouvernement en ligne. La multiplication des services publics numériques, dont les plateformes sectorielles récemment lancées, s’inscrit dans une stratégie visant à moderniser l’action publique et à faciliter l’accès des usagers aux démarches administratives.
#Économie | Modernisation de l'administration énergétique: la plateforme digitalisée de demande d'Attestation d'Exonération de la TVA officiellement lancée
— Gouvernement de Côte d'Ivoire (@Gouvciofficiel) February 21, 2026
Abidjan, le 20 février 2026- Le directeur général de l'Énergie, Narcisse Kalifa Éhouman, a lancé officiellement, le… pic.twitter.com/WkzpBQLmz4
La Direction générale de l’énergie a lancé, le vendredi 20 février à Abidjan, une plateforme en ligne dédiée aux demandes d’attestations d’exonération de TVA (Taxe sur la Valeur ajoutée), de TOB (Taxe sur les Opérations bancaires) et de droits de douane pour les équipements d’énergies renouvelables. L’initiative vise à simplifier les démarches administratives, réduire les délais de traitement et sécuriser l’instruction des dossiers liés aux investissements dans les technologies énergétiques propres.
Le directeur général de l'énergie, Narcisse Kalifa Éhouman (photo), a déclaré que la plateforme constitue une avancée majeure dans la transformation numérique de l'administration énergétique. « Grâce à cette plateforme développée en étroite collaboration avec le Guichet unique du Commerce extérieur, les importateurs pourront désormais soumettre leurs demandes en ligne, suivre en temps réel l'évolution de leurs dossiers et interagir avec l'administration de manière plus fluide, plus efficace et plus transparente », a-t-il expliqué.
La numérisation de ces procédures doit permettre de raccourcir les délais d’instruction, d’améliorer la traçabilité des décisions administratives et de fiabiliser l’analyse des dossiers. En centralisant le traitement des demandes d’exonération, les autorités entendent réduire les coûts d’investissement pour les projets solaires, éoliens et hybrides, tout en offrant un cadre opérationnel plus lisible aux acteurs du secteur.
Le lancement de la plateforme s’inscrit dans la stratégie ivoirienne de modernisation de l’action publique par la dématérialisation des services administratifs. Ces dernières années, les autorités ont accéléré la digitalisation de plusieurs procédures, notamment à travers l’automatisation des formalités du commerce extérieur, l’extension des services fiscaux en ligne et l’intégration progressive d’outils numériques dans la gestion des services publics économiques.
L’initiative intervient parallèlement à l’accélération de la transition énergétique nationale. La Côte d’Ivoire vise une part d’environ 42 % à 45 % d’énergies renouvelables dans son mix électrique d’ici 2030, avec plusieurs projets solaires et d’infrastructures énergétiques en développement destinés à soutenir la croissance de la demande en électricité.
La digitalisation des exonérations liées aux équipements d’énergies renouvelables s’aligne ainsi sur une dynamique plus large d’e-gouvernement visant à renforcer la transparence administrative, améliorer le climat des affaires et faciliter l’investissement privé. L’État ivoirien prévoit d’étendre progressivement la dématérialisation à d’autres procédures sectorielles, permettant un suivi centralisé et en ligne des dossiers.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Côte d’Ivoire : déploiement de « Tradepost » pour connecter les PME aux marchés africains
La transformation numérique s’accélère en Afrique, considérée par les gouvernements comme un levier de développement socio-économique. Les entreprises y voient également une opportunité pour améliorer leur productivité, entre autres.
La transformation digitale s’impose désormais comme un levier stratégique de compétitivité pour les entreprises ivoiriennes. C’est l’un des principaux enseignements de la 20e édition d’« Orange Business Live », organisée le jeudi 19 février autour du thème « Innovation et Transformation digitale : accélérer la compétitivité des entreprises ivoiriennes ». Elle a été animée par Pacôme Boidi (photo, à gauche), manager senior coordination B2B, et Fitzgerald Bony (photo, au centre), directeur adjoint des opérations B2B chez Orange CI.
À travers cette rencontre, les experts ont mis en avant le rôle des solutions numériques dans l’amélioration de la productivité, la réduction des coûts et l’optimisation des processus internes. L’accent a également été mis sur la nécessité pour les entreprises locales d’intégrer l’innovation au cœur de leur stratégie afin de renforcer leur positionnement sur un marché de plus en plus concurrentiel.
Fitzgerald Bony a toutefois nuancé l’approche en soulignant que la priorité de la transformation digitale peut varier d’un marché à l’autre, selon les pratiques sectorielles. Dans un environnement où les concurrents n’ont pas encore adopté de solutions digitales, l’absence de digitalisation n’est pas nécessairement pénalisante à court terme. En revanche, dans un secteur où ces outils sont déjà largement intégrés, les entreprises doivent s’aligner pour préserver leur compétitivité.
De son côté, Pacôme Boidi a insisté sur l’effet de la connectivité globale, qui élargit désormais le périmètre concurrentiel au-delà des frontières nationales. « La compétition est ouverte. Connaissez votre secteur d’activité, osez vous lancer et engagez-vous dans les projets structurants. Essayez d’être cette boussole stratégique et n’oubliez pas qu’Orange est là pour vous accompagner », a-t-il déclaré à l’endroit des entreprises ivoiriennes.
Au-delà de la technologie, les intervenants ont souligné un enjeu central : l’alignement managérial et la conduite du changement. Ils estiment qu’en l’absence d’une vision stratégique claire et d’un leadership affirmé, les projets de transformation digitale peinent à s’inscrire dans la durée. La valeur ne tient pas à l’outil en lui-même, mais à sa capacité à répondre à un besoin concret et prioritaire de l’entreprise. D’où la recommandation d’une approche progressive, appuyée sur des résultats rapides et mesurables, afin d’embarquer progressivement l’ensemble des équipes.
Les échanges ont également mis en avant le rôle des jeunes diplômés dans cet écosystème en évolution. La formation, l’accompagnement des startups et le renforcement continu des compétences apparaissent comme des leviers clés. Les MOOC (cours en ligne ouverts à tous), les partenariats universitaires et les stages structurants peuvent ainsi contribuer à structurer un écosystème numérique plus solide, en mesure de soutenir durablement la compétitivité des entreprises ivoiriennes.
Par ailleurs, les experts ont reconnu que la digitalisation expose toutefois les entreprises à de nouveaux risques, notamment en matière de cybersécurité. Dans une étude publiée en octobre 2025, « Orange Business CI » reconnaît que les petites et moyennes entreprises (PME) sont particulièrement exposées aux cyberattaques. En 2022, plus de 27 500 PME ivoiriennes ont subi 2,8 millions de cyberattaques, soit une augmentation de plus de 39 % par rapport à l'année précédente. Malgré cette menace croissante, 81 % des PME n'ont jamais dispensé ou reçu de formation en cybersécurité, et 66 % n'abordent jamais ce sujet en comité de direction.
En 2024, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a recensé plus de 12 100 cas de cybercriminalité, un chiffre en constante augmentation depuis plusieurs années. L’agence explique que ces menaces touchent l’ensemble de la société : particuliers, entreprises, collectivités, mais aussi les structures étatiques. Elle ajoute que les cybercriminels exploitent la transformation numérique accélérée, la faible culture en cybersécurité, ainsi que l’usage croissant des smartphones, des objets connectés et des services en ligne pour développer leurs actions malveillantes.
Dans ce contexte, « Orange Business CI » propose un ensemble d’outils couvrant plusieurs niveaux de la cybersécurité en entreprise. L’offre comprend d’abord des prestations d’évaluation, comme le cyber diagnostic, qui vise à identifier les vulnérabilités organisationnelles et techniques d’un système d’information et à définir un plan d’action, ainsi que le « pentest », centré sur des tests d’intrusion techniques débouchant sur un rapport d’audit détaillé.
Le dispositif inclut également des solutions opérationnelles : une plateforme cloud de type MSSP pour sécuriser les accès Internet, des outils de protection des terminaux mobiles (MTP), une solution de supervision et de réponse aux incidents pour serveurs et postes de travail (MicroSOC), ainsi qu’un service de gestion des appareils mobiles (MDM) destiné à contrôler et sécuriser les données professionnelles sur smartphones. L’ensemble répond aux besoins des entreprises face à la diversification des risques cyber.
Isaac K. Kassouwi
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Groupe Orange Côte d’Ivoire : un CA en hausse d’environ 10% au 3e trimestre 2025
La cybercriminalité en Afrique connaît une recrudescence inquiétante, avec des arnaques de plus en plus sophistiquées touchant prêts mobiles, investissements frauduleux et services en ligne. Ces attaques menacent les économies, la confiance numérique et la sécurité des populations.
Interpol, l’Organisation internationale de police criminelle, a annoncé le mercredi 18 février 2026 l’arrestation de 651 personnes et la récupération de plus de 4,3 millions de dollars dans le cadre de l’opération Red Card 2.0, menée entre le 8 décembre 2025 et le 30 janvier 2026 dans 16 pays africains. L’action ciblait les infrastructures et les acteurs derrière les arnaques à haut rendement, la fraude à l’argent mobile et les applications de prêts frauduleuses. Elle a permis d’identifier 1247 victimes, pour des pertes estimées à plus de 45 millions de dollars.
« Ces syndicats cybercriminels organisés infligent des préjudices financiers et psychologiques dévastateurs aux individus, aux entreprises et aux communautés entières avec leurs fausses promesses. L’opération Red Card souligne l’importance de la collaboration dans la lutte contre la cybercriminalité transnationale », a déclaré Neal Jetton, directeur de la cybercriminalité à Interpol.
Dans les cas clés, les forces de l’ordre ont agi de manière ciblée. Au Nigeria, plus de 1000 comptes frauduleux ont été fermés et une propriété résidentielle servant de base aux opérations a été confisquée. Au Kenya, 27 arrestations ont été effectuées dans le cadre de stratagèmes d’investissement frauduleux diffusés via messagerie et réseaux sociaux, avec des victimes attirées par de faux rendements et des relevés de compte falsifiés. En Côte d’Ivoire, 58 personnes ont été arrêtées et 240 téléphones portables, 25 ordinateurs portables et plus de 300 cartes SIM ont été saisis dans une opération ciblée contre la fraude aux prêts mobiles touchant principalement les populations vulnérables.
Cette initiative est la suite de l’opération Red Card, menée entre novembre 2024 et février 2025, qui avait déjà permis l’arrestation d’environ 300 cybercriminels et la saisie de près de 2000 appareils dans sept pays africains, tandis que plusieurs milliers de victimes d’escroqueries aux services bancaires mobiles, aux investissements frauduleux et aux arnaques par messagerie avaient été recensées.
L’opération Red Card 2.0 s’inscrit dans un contexte de forte augmentation de la cybercriminalité en Afrique, alimentée par l’adoption rapide des technologies numériques et les lacunes en matière juridique, de formation et de moyens techniques. Selon le Rapport d’évaluation de la cybermenace en Afrique d’Interpol, la criminalité liée au cyberespace représente désormais plus de 30 % des infractions signalées dans certaines régions d’Afrique de l’Ouest et de l’Est, et la majorité des pays appelle à un renforcement significatif des capacités de lutte contre ces crimes.
Les pertes financières liées à la cybercriminalité constituent également une menace croissante pour les économies africaines. Selon des estimations compilées à partir de rapports internationaux, la cybercriminalité aurait coûté au moins 3 milliards de dollars entre 2019 et 2025 à divers pays du continent, avec des coûts potentiellement plus élevés en tenant compte des pertes indirectes, comme la perte de productivité, l’atteinte à la réputation et les frais de restauration des systèmes.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Lutte contre la cybercriminalité : le Nigeria s’associe au Royaume-Uni
Au Sénégal, les contrôles routiers sont régulièrement entachés de corruption, pénalisant les usagers. Pour y remédier, le pays mise sur l’introduction d’outils technologiques visant à encadrer l’action des agents et à assurer une meilleure traçabilité des interventions sur le terrain.
Le gouvernement du Sénégal va doter prochainement ses unités de régulation de la circulation de 2500 caméras portables (bodycams). Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Bamba Cissé, a annoncé la mesure le mercredi 18 février devant l’Assemblée nationale, lors de l’examen d’un projet de loi visant à professionnaliser le secteur de la sécurité privée.
Selon le ministre, ces équipements permettront d’enregistrer les interactions entre agents et usagers, fournissant des éléments factuels exploitables en cas de litige et favorisant une meilleure traçabilité des interventions sur la voie publique. L’objectif est d’améliorer les pratiques opérationnelles et de renforcer la qualité du service rendu aux citoyens.
Modernisation du contrôle routier par les outils numériques
Sur le plan technique, les caméras piétons seront associées aux assistants numériques personnels (PDA) déjà utilisés par le ministère pour la gestion des contraventions et la dématérialisation des procédures. Cette combinaison vise à standardiser le traitement des infractions, limiter les manipulations en espèces et assurer un reversement direct des amendes au Trésor public, contribuant ainsi à une gestion plus rigoureuse des flux financiers.
Le projet accompagne la modernisation progressive des forces de sécurité, engagée depuis plusieurs années à travers l’intégration d’outils numériques dans la gestion du trafic et des contrôles routiers. L’administration mise sur l’exploitation des technologies mobiles pour améliorer l’efficacité des opérations et fiabiliser la collecte des données liées aux infractions.
Une technologie déjà expérimentée dans plusieurs pays
À l’échelle internationale, les caméras portables se généralisent dans les services de sécurité comme outil d’appui aux procédures et à la gestion des preuves. Plusieurs études menées en Amérique du Nord et en Europe montrent une amélioration du respect des protocoles lors des contrôles et une diminution des incidents liés aux interventions.
Sur le continent africain, l’Afrique du Sud a engagé depuis 2023 un programme d’équipement de certains agents de police et de circulation en bodycams afin d’améliorer le suivi des interventions. Le Nigéria et le Kenya ont également amorcé des réflexions sur l’intégration de ces dispositifs dans leurs systèmes de sécurité publique.
Pour le Sénégal, l’introduction conjointe des bodycams et des PDA traduit une volonté d’articuler innovation technologique et réforme des pratiques administratives. En reliant ces outils à un circuit numérique de gestion des infractions, les autorités cherchent à fiabiliser les procédures, optimiser la perception des amendes et moderniser l’environnement opérationnel des forces de sécurité.
L’efficacité du dispositif reposera sur la formation des agents, l’encadrement juridique de l’utilisation des enregistrements et l’intégration de ces technologies dans un système de gestion cohérent, enjeux déjà observés dans plusieurs pays ayant adopté des solutions similaires.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Le Sénégal structure son écosystème gaming avec l’organisation d’Efest Africa
La numérisation s’impose comme un levier pour renforcer la transparence et la traçabilité des opérations douanières, tout en sécurisant les recettes publiques et en améliorant la compétitivité économique.
L’Office Burundais des Recettes (OBR), avec l’appui de TradeMark Africa et de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), a présenté, mardi 17 février à Bujumbura, la nouvelle version web du Guichet Unique Électronique (GUE) pour la gestion des permis d’importation. Le dispositif inclut désormais le module ABREMA, destiné aux produits pharmaceutiques et médicaux.
Ce mardi 17 février 2026, l’@OBR_BI a procedé à la mise en production et exploitation definitive du module web #ABREMA, une plateforme numérique dédiée à la facilitation de l’importation des produits médicamenteux via le guichet unique électronique.https://t.co/JFCxqmPTRx pic.twitter.com/grqyGfB9gU
— Office Bdais des Recettes (@OBR_BI) February 17, 2026
La plateforme permet aux importateurs et exportateurs de déposer leurs demandes, suivre l’avancement de leurs dossiers en temps réel et effectuer les paiements en ligne, sans avoir à se déplacer. Conçue comme une plateforme intégrée, elle centralise les procédures auprès de l’Autorité burundaise de régulation des médicaments à usage humain et des aliments (ABREMA), chargée du contrôle de la qualité et de la conformité des produits pharmaceutiques, du ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage pour les certifications sanitaires et phytosanitaires, ainsi que de l’OBR pour l’apurement des autorisations. La plateforme dispose d’un tableau de bord interactif permettant aux utilisateurs de suivre à tout moment l’état de leurs dossiers et de calculer automatiquement les frais, avec possibilité de paiement en devises.
Cette modernisation s’inscrit dans la politique de transformation numérique des services publics au Burundi, visant à réduire les délais administratifs, à renforcer la traçabilité des opérations commerciales et à améliorer la compétitivité de l’économie. Elle prolonge également les efforts engagés pour intégrer le GUE au système douanier ASYCUDA, dans le cadre de la transition vers un Territoire Douanier Unique. L’usage de cette plateforme est devenu exclusif et tous les importateurs de produits pharmaceutiques devront désormais passer par ce système pour leurs démarches.
La digitalisation du GUE contribue par ailleurs à fluidifier les échanges entre les agences réglementaires et les entreprises, tout en soutenant les réformes destinées à intégrer le pays dans un territoire douanier unique régional. Des pays comme le Rwanda, le Kenya, l’Ouganda ou le Zimbabwe exploitent également des guichets uniques électroniques interconnectés aux systèmes douaniers en ligne. Le système ASYCUDA WORLD, développé avec l’appui de la CNUCED, est déployé dans plus de 100 économies et contribue à réduire les délais de dédouanement et les coûts administratifs.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Alors que la connectivité est devenue un moteur essentiel de croissance et d’innovation, les restrictions numériques imposées par certains États continuent de fragiliser les économies et de limiter l’exercice des droits fondamentaux.
Les coupures d’Internet et les restrictions d’accès aux plateformes numériques ont coûté à l’Afrique subsaharienne 1,11 milliard de dollars en 2025, selon le rapport The Cost of Internet Shutdowns in 2025 publié par la plateforme spécialisée britannique Top10VPN. Au niveau mondial, ces interruptions ont engendré une perte totale de 19,7 milliards de dollars, soulignant une escalade préoccupante des atteintes numériques.
En Afrique subsaharienne, les pertes de 2025 représentent une diminution par rapport aux 1,56 milliard de dollars enregistrés en 2024, mais restent massives. Les coupures ont totalisé 24 276 heures d’interruption, affectant 116,1 millions d’internautes. Les perturbations sont survenues dans des contextes de troubles politiques ou de conflits : élections, protestations, examens, coups d’État militaires.
Les pays les plus touchés
La République démocratique du Congo est le pays le plus impacté en Afrique avec 67,2 millions de dollars de pertes, touchant 34,7 millions d’internautes sur 1 008 heures d’interruptions. Le Soudan, malgré un nombre plus limité d’internautes touchés (14,9 millions), a enregistré 66,6 millions de dollars de pertes sur 2 148 heures de coupures, reflétant l’ampleur prolongée des interruptions. Le Cameroun a subi 40,5 millions de dollars de pertes, affectant 12,6 millions d’internautes sur 52 heures d’interruption.
Les interruptions ciblent fréquemment les plateformes de réseaux sociaux telles que Twitter, Telegram, TikTok, Facebook ou WhatsApp, outils essentiels pour la communication, le commerce et l’information. Dans certains cas, les gouvernements recourent à des ralentissements intentionnels, rendant l’accès aux contenus multimédias ou aux diffusions en direct pratiquement impossible.
Comment ces pertes sont‑elles calculées ?
Le rapport de Top10VPN précise que les coûts économiques des coupures sont calculés à l’aide de l’outil Netblocks Cost of Shutdown Tool, basé sur la méthodologie de la Brookings Institution, adaptée pour l’Afrique subsaharienne. Les pertes sont estimées en fonction du PIB numérique, de la durée des interruptions et du nombre d’internautes affectés. Les données proviennent de sources fiables, notamment la Banque mondiale et les statistiques gouvernementales. Les restrictions sur les réseaux sociaux, bien que spécifiques, sont évaluées sur l’ensemble des internautes, car elles perturbent l’accès pour tous, même ceux n’utilisant pas activement les plateformes bloquées.
Un frein majeur à la transformation numérique
Ces pertes massives illustrent les conséquences des coupures d’Internet sur le développement économique de l’Afrique subsaharienne. Alors que la région investit dans la transformation numérique pour rattraper son retard, ces interruptions délibérées freinent l’innovation et la compétitivité. Elles provoquent également un manque à gagner pour les opérateurs télécoms, les entreprises dépendant du numérique et les particuliers, freinant ainsi le potentiel de croissance dans un monde de plus en plus connecté.
Dans une déclaration publiée en janvier 2026, l’UNESCO a rappelé que l’accès à Internet constitue un pilier de la liberté d’expression et un élément central de l’exercice des droits démocratiques, et a appelé les États à privilégier des politiques favorisant la connectivité plutôt que des restrictions.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Coupures d'Internet : l'UNESCO alerte face à une pratique encore répandue en Afrique
Porté par l’essor d’Internet mobile et des usages numériques, le gaming connaît une croissance rapide en Afrique. Dans ce contexte, le Sénégal entend capter une part de ce marché en structurant son écosystème et en soutenant des initiatives comme Efest Africa.
L’Association Sénégalaise des Gamers et le ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique ont signé, le vendredi 13 février à Dakar, une convention de partenariat pour l’organisation d’Efest Africa. Cet accord encadre la préparation de cet événement international dédié au gaming, à l’esport, à l’innovation technologique et à la transformation numérique au Sénégal.
New Deal Technologique 🇸🇳
— New Deal Technologique (@LeNewDeal) February 14, 2026
Le 13 février 2026, le Ministre Alioune SALL a signé les conventions avec les partenaires de la 3e cohorte.
Une nouvelle étape pour accélérer la transformation numérique, soutenir l’innovation et étendre le digital sur tout le territoire.#Innovation pic.twitter.com/H8BKrz61vn
Présent lors de la signature, Alioune Sall a indiqué que ce cadre de coopération vise à renforcer le positionnement du pays comme hub technologique émergent sur le continent. L’accord prévoit la conception, la promotion et l’organisation de l’événement, avec pour objectifs de valoriser les initiatives publiques et privées, de promouvoir les start‑up locales, d’attirer des investisseurs internationaux et de stimuler l’employabilité des jeunes dans les secteurs du numérique et du gaming.
L’initiative s’inscrit dans la vision gouvernementale visant à faire de Dakar un pôle africain de l’innovation à travers le New Deal Technologique. L’événement doit également favoriser la mise en réseau entre entrepreneurs, mentors, institutions et partenaires. Dans le cadre de la convention, SENGAMES assurera la coordination générale du projet, la mobilisation de partenaires et la stratégie de communication, tandis que le ministère garantira le portage institutionnel, l’accompagnement technique et la participation aux instances de gouvernance.
La signature intervient alors que le gaming s’impose progressivement comme un segment émergent de l’économie numérique sénégalaise. Selon une étude publiée en 2025 par SENGAMES, le marché national des jeux vidéo est estimé à environ 49 milliards FCFA (88,5 millions USD), en incluant les dépenses en jeux, microtransactions et connectivité. Le pays compterait par ailleurs environ 1,7 million de joueurs réguliers, soit près d’un habitant sur dix. Dans ce contexte, des initiatives comme Efest Africa visent à structurer davantage l’écosystème national, à promouvoir la création de contenus locaux et à attirer des investissements dans un secteur encore émergent mais en forte progression.
À l’échelle continentale, le développement du gaming et de l’esport s’appuie sur la croissance d’une population jeune et connectée, ainsi que sur l’amélioration de l’accès à Internet mobile. Selon l’éditeur de jeux Carry1st et le cabinet d’études Newzoo, les principaux marchés africains restent dominés par l’Égypte, le Nigeria et l’Afrique du Sud, qui concentrent plus de la moitié de la valeur du marché, portés notamment par l’adoption rapide des smartphones et l’amélioration de la connectivité.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Sonatel et Netgem lancent une plateforme de cloud gaming en Afrique de l'Ouest
Ces derniers mois, le Maroc a multiplié les partenariats pour accélérer la formation aux métiers du numérique. Aux côtés des acteurs publics, des groupes technologiques comme Samsung et Mistral AI accompagnent cette montée en compétences.
Le ministère de l’Industrie et du Commerce, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation ainsi que le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration ont signé, lundi 16 février à Rabat, une convention de partenariat avec le groupe international français spécialisé dans l’assurance AXA. L’accord vise à renforcer les compétences nationales dans les métiers de la Data, de l’intelligence artificielle et des technologies numériques.
Le dispositif prévoit le déploiement de formations initiales et continues, le développement de parcours en alternance et l’appui à des projets de recherche et développement liés à la transformation digitale. Il ambitionne également d’anticiper les besoins en profils spécialisés dans des domaines tels que la cybersécurité, le cloud, le DevOps ou encore le testing, tout en assurant une meilleure adéquation entre l’offre de formation et les besoins du marché du travail.
Dans le cadre de cet accord, les universités et établissements publics d’enseignement supérieur seront mobilisés aux côtés d’écoles relevant du ministère de l’Industrie et du Commerce afin de renforcer les passerelles entre le monde académique et le tissu économique. Le partenariat prévoit également le développement de stages, de dispositifs d’immersion professionnelle et de programmes favorisant l’insertion des jeunes diplômés dans les secteurs technologiques.
Cette convention s’inscrit dans la stratégie nationale de transformation numérique à l’horizon 2030, qui fait du développement du capital humain un levier central de compétitivité économique. La formation aux métiers du numérique, l’essor de l’intelligence artificielle et la création d’emplois qualifiés figurent parmi les priorités de cette feuille de route. Le pays prévoit notamment de former 100 000 jeunes par an aux compétences numériques, avec l’objectif de générer 240 000 emplois dans le secteur à l’horizon 2030 afin de répondre à la demande croissante en profils spécialisés.
Selon le ministère chargé de la Transition numérique, ce partenariat doit contribuer à structurer un écosystème national capable d’anticiper les mutations technologiques et de positionner le Maroc comme un hub régional des métiers technologiques, au service de la souveraineté numérique et de la compétitivité économique.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Le Maroc consolide son architecture d’e-gouvernement avec Idarati X.0
Les autorités sénégalaises prévoient d’accélérer la transformation numérique en 2026. De nombreux projets sont déjà en cours pour moderniser les services publics, renforcer la connectivité et développer l’économie numérique.
À l’occasion de la revue du portefeuille de la Banque mondiale au Sénégal, le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique a reçu, le jeudi 12 février à Dakar, le vice‑président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Ousmane Diagana, en tournée dans le pays avec ses équipes. La rencontre a été l’occasion de présenter la vision intégrée du numérique portée par les autorités sénégalaises et d’examiner les grands axes du New Deal technologique, la feuille de route nationale pour la transformation digitale.
Au cœur des discussions, le Projet d’Accélération de l’Économie Numérique au Sénégal (PAENS), récemment aligné sur l’agenda national. Après plusieurs mois de structuration approfondie, le projet intègre désormais des priorités concrètes, notamment le déploiement du système intégré de gestion des finances publiques, le renforcement des capacités en cybersécurité, la mise en place d’un Cloud gouvernemental souverain et le développement de cas d’usage dans l’IA.
Au‑delà des orientations, les échanges ont permis d’acter des étapes opérationnelles concrètes attendues au premier semestre 2026. Parmi elles figurent le lancement de l’appel d’offres pour la connexion des zones blanches, notamment dans le bassin arachidier et la basse Casamance, le démarrage des travaux pour le module comptable intégré du SIGIF, et le déploiement du dossier patient informatisé, financé dans le cadre du PAENS.
Un budget en nette progression pour soutenir le numérique
Pour soutenir ces objectifs, le Sénégal a renforcé l’allocation budgétaire dédiée au numérique. Le budget du ministère du Numérique pour 2026 s’élève à 81,06 milliards de francs CFA (environ 146 millions USD), soit une hausse de près de 38,7 % par rapport à 2025. Près de 60 % de cette enveloppe est dédiée à l’investissement, notamment dans les infrastructures, la cybersécurité et le développement de l’économie numérique.
L’ensemble de ces initiatives s’inscrit pleinement dans le cadre du New Deal technologique lancé en février 2026 par les autorités sénégalaises, qui vise à faire du numérique un moteur de souveraineté et de développement. Dans ce contexte, le PAENS bénéficie d’un soutien conséquent de la Banque mondiale, avec une enveloppe de 95,05 milliards de francs CFA, destinée entre autres à renforcer l’environnement juridique, réglementaire et institutionnel de l’économie numérique, développer la connectivité à large bande et favoriser l’inclusion numérique, tout en soutenant l’adoption du numérique dans les services publics, notamment à travers la santé digitale.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Sénégal : le Parc des technologies numériques opérationnel dès mars 2026 (ministre)
Face aux enjeux sociaux et environnementaux croissants, l’innovation technologique portée par les jeunes entrepreneurs gagne du terrain en Afrique et au Moyen-Orient. À travers le concours Orange Summer Challenge, le groupe Orange soutient l’émergence de solutions à impact et accompagne leur développement.
Le concours international Orange Summer Challenge, dédié à l’entrepreneuriat responsable en Afrique et au Moyen-Orient, a dévoilé les lauréats de la finale de sa 3ᵉ édition organisée le 4 février à Casablanca, au Maroc. Trois start-up ont été distinguées pour leur potentiel d’impact dans des domaines liés à la sécurité au travail, à l’énergie durable et à la gestion des ressources en eau.
La start-up jordanienne SafeGuard a remporté le premier prix grâce à un dispositif intelligent de prévention des accidents professionnels basé sur la détection des risques. La malgache GasNika s’est classée deuxième avec une solution de production de biogaz à partir de déchets organiques, valorisés en fertilisant biologique. La tunisienne DripIn complète le podium avec une solution connectée utilisant l’intelligence artificielle pour détecter les fuites d’eau et optimiser la consommation.
Les lauréats bénéficieront d’un accompagnement financier, technique et commercial assuré par le réseau des Orange Digital Centers, ainsi que d’une dotation globale de 50 000 euros destinée à accélérer le développement de leurs projets.
Pour l’édition 2025, 369 jeunes innovateurs issus de 14 pays ont suivi un programme d’accompagnement intensif combinant formation, mentorat et coaching, déployé par Orange Afrique et Moyen-Orient avec l’appui de partenaires technologiques et institutionnels, dont Amazon Web Services, Meta, le Programme des Nations Unies pour le développement, The Hashgraph Association et Dar Blockchain. Au total, 56 projets ont émergé autour de la thématique Startup4Good, dans des secteurs tels que l’environnement, la santé, l’éducation et l’agriculture.
Selon Ben Cheick Haidara, directeur général adjoint et directeur des opérations d’Orange Afrique et Moyen-Orient, cette édition illustre l’ambition du groupe de faire des Orange Digital Centers des plateformes d’innovation ouvertes, orientées vers des solutions technologiques à impact social et environnemental. « Bien plus qu’une compétition, ce programme permet aux jeunes entrepreneurs de développer des solutions technologiques, notamment basées sur l’intelligence artificielle, pour répondre concrètement aux défis sociétaux et environnementaux. À travers les Orange Digital Centers, Orange s’engage durablement aux côtés de la jeunesse pour faire émerger une innovation à fort impact en Afrique et au Moyen-Orient », a-t-il souligné.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Les cinq start-up lauréates du POESAM 2025 sont désormais connues
Les autorités algériennes ont entamé depuis plusieurs années la numérisation des services judiciaires. Plusieurs fonctionnalités sont déjà disponibles, comme la consultation des affaires, le retrait électronique des copies de jugements ou l’accès au casier judiciaire.
Le ministre algérien de la Justice, garde des Sceaux, Lotfi Boudjemaâ, a annoncé le dimanche 15 février depuis la Cour de Biskra le lancement d’une plateforme numérique permettant aux avocats de demander et retirer en ligne les copies exécutoires des jugements et décisions de justice. L’initiative vise à simplifier les démarches et à réduire les déplacements physiques vers les tribunaux.
La plateforme offre aux avocats la possibilité de déposer leurs demandes de « grosses » issues des juridictions ordinaires et administratives et de récupérer les documents signés électroniquement. Chaque demande est traitée automatiquement et mise à disposition dans un délai maximum de 24 heures. Selon le ministre, ce dispositif contribue à moderniser le fonctionnement des juridictions et à améliorer la réactivité des services destinés aux professionnels du droit et aux justiciables. L’accès se fait via le compte électronique de chaque avocat sur l’interface numérique d’échange de requêtes et de mémoires du ministère.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de digitalisation des services judiciaires en Algérie. Depuis mai 2024, un guichet électronique national permet déjà le suivi des affaires et le retrait des copies simples de jugements et arrêts depuis n’importe quelle juridiction du pays, réduisant délais et déplacements pour les justiciables et leurs avocats.
À l’instar de l’Algérie, plusieurs pays africains ont engagé la modernisation numérique de leurs systèmes judiciaires. Au Maroc, les plateformes numériques permettent aux avocats de déposer des documents électroniquement, de suivre l’avancée des procédures et d’accéder à certains actes comme les extraits de casier ou décisions de justice. Au Rwanda, le système intégré de gestion électronique des dossiers (IECMS) assure la numérisation du dépôt des affaires, le suivi des dossiers et la tenue d’audiences virtuelles, rendant les procédures plus accessibles et transparentes pour les justiciables.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Algérie : lancement du dispositif national de gouvernance des données
Le gouvernement tunisien intensifie ses efforts pour transformer l’administration grâce au numérique. Objectif : rapprocher les services publics des citoyens, améliorer la transparence et créer un cadre propice à l’investissement et à l’innovation.
La Tunisie mise sur 192 projets numériques pour accélérer la modernisation de son administration et engager, dès 2026, la digitalisation complète des services publics. L’annonce a été faite à l’issue d’un conseil ministériel consacré au suivi de la transition numérique, tenu le vendredi 13 février au palais de La Kasbah.
Présidant la réunion, la cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, a souligné que la transformation numérique constitue un pilier du programme économique et social de l’État. Les autorités entendent renforcer les services en ligne, généraliser le paiement électronique et assurer l’interopérabilité entre les structures publiques, dans le cadre du plan de développement 2026-2030.
Selon l’exécutif, cette modernisation vise à simplifier les procédures administratives, réduire les délais de traitement, améliorer la transparence des transactions et soutenir l’attractivité économique du pays. Elle s’inscrit également dans une stratégie de lutte contre la corruption, la fraude fiscale et les pratiques informelles.
Plusieurs projets structurants étaient déjà opérationnels à fin 2025, dont un portail unifié des services administratifs, le timbre fiscal électronique, le paiement à distance de certaines taxes, la première phase du programme d’hôpital numérique ainsi que des plateformes dédiées aux permis de construire et aux démarches administratives en ligne. D’autres initiatives concernent l’interconnexion des services publics et le développement de solutions numériques à destination des citoyens et des entreprises.
Ces avancées s’appuient sur un niveau d’adoption numérique relativement élevé en Tunisie. Selon le « Digital 2026: Tunisia » de DataReportal, environ 84 % de la population utilise Internet, tandis que les connexions mobiles dépassent 125 % de la population, un contexte favorable à l’essor des services publics en ligne.
Les autorités prévoient de prioriser les projets à impact direct sur les usagers et les investisseurs, tout en renforçant les exigences en matière de cybersécurité et de protection des données. Un plan national de communication devrait accompagner ce chantier afin de favoriser l’appropriation des services numériques par les citoyens.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Tunisie : Skirora démocratise l’apprentissage en ligne via ses plateformes web et mobile
Le secteur de la santé est au cœur des politiques de développement au Maroc. La numérisation des services dans le domaine constitue un levier clé pour en améliorer l’efficacité, réduire les coûts, et moderniser le suivi des patients à l’échelle nationale.
Le Maroc prévoit de lancer dès fin mars 2026 la phase pilote de la feuille de soins électronique (FSE) à Kénitra, selon la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Cette étape vient en prélude à la dématérialisation du traitement des feuilles de soins, dont la généralisation progressive à l’échelle nationale est prévue entre avril et juin, sous réserve de validation des étapes techniques et réglementaires.
La FSE permet notamment aux médecins, pharmaciens et autres professionnels de la santé de transmettre par voie électronique les données relatives aux consultations, examens et prescriptions directement aux organismes d’assurance maladie, sans recourir au dossier papier. Concrètement, chaque prescripteur établit l’ordonnance via son logiciel ou le portail FSE de la CNSS, le patient recevant une prescription comportant un QR code et un numéro FSE unique. Lors de l’exécution des actes, le professionnel n’aura qu’à scanner ce QR code pour accéder au dossier et renseigner les prestations réalisées, assurant ainsi un suivi instantané et sécurisé.
Cette réforme s’inscrit dans un contexte plus large de digitalisation du système sanitaire marocain, visant à améliorer la coordination des soins, à réduire les délais de remboursement et à fiabiliser les données administratives. Elle complète d’autres initiatives comme le Dossier médical partagé (DMP) ou la future carte de santé numérique, qui permettront de centraliser et d’unifier les informations sanitaires pour faciliter l’accès aux soins et générer des économies pour les caisses d’assurance.
Au-delà de la simplification administrative, la FSE prend une dimension stratégique pour l’ensemble du système. Le secteur de la santé représente près de 6 % du PIB marocain, un apport modeste comparé aux pays développés (10 %). Il doit composer avec des coûts administratifs élevés et des délais de remboursement qui pèsent sur les assurés et les professionnels. La FSE permettra de fiabiliser les flux de données, de réduire les contentieux liés aux dossiers papier et de diminuer les coûts de gestion, estimés à plusieurs centaines de millions de dirhams par an pour les caisses d’assurance maladie, tout en modernisant le pilotage et le suivi du système de santé national.
Samira Njoya
Edité par : Feriol Bewa
Lire aussi: Le Maroc consolide son architecture d’e-gouvernement avec Idarati X.0
L’écosystème entrepreneurial égyptien connaît une dynamique soutenue et gagne en visibilité à l’échelle régionale. Dans ce contexte, le gouvernement entend mieux structurer le secteur et centraliser les données afin de disposer d’indicateurs plus précis sur son évolution.
L’Agence pour le développement de l'industrie des technologies de l'information (ITIDA) a procédé, le jeudi 12 février au Caire, au lancement officiel de la version remaniée de la plateforme « Egypt Innovate », présentée comme la première plateforme numérique nationale entièrement intégrée dédiée à l’innovation et à l’entrepreneuriat. L’annonce est intervenue en marge du salon AI Everything Middle East & Africa, organisé au Centre international des expositions d’Égypte, en présence de délégations issues de plus de 30 pays.
La plateforme est développée et exploitée par un consortium conduit par Entlaq, en partenariat avec Robusta et Kamelizer. Cette alliance public-privé ambitionne de structurer un point d’accès unifié reliant start-up, investisseurs, universités, centres de recherche et institutions publiques au sein d’un même environnement numérique.
Selon Ahmed ElZaher, PDG de l’ITIDA, cette nouvelle version s’inscrit dans la stratégie nationale visant à bâtir une économie fondée sur la connaissance, en s’appuyant sur la donnée et les technologies avancées pour soutenir une croissance durable . La plateforme entend faciliter l’accès au financement grâce à une base de données dynamique présentant les modèles économiques et propositions de valeur des jeunes entreprises, tout en renforçant la visibilité de l’écosystème égyptien à l’échelle régionale et internationale.
Un accent particulier est mis sur la production de contenus spécialisés en langue arabe, considérée comme un levier d’inclusion numérique et de montée en compétences locales. Les autorités estiment que la disponibilité de ressources techniques et entrepreneuriales dans la langue maternelle des porteurs de projets contribue à élargir l’accès aux opportunités et à consolider le positionnement de l’Égypte comme pôle régional d’innovation.
Au terme de sa phase pilote, « Egypt Innovate » fédère 780 entités – start-up, investisseurs, incubateurs et centres de recherche – et héberge plus de 3700 contenus sectoriels. La communauté compte également plus de 81 000 utilisateurs inscrits, ainsi qu’un réseau d’experts mobilisés pour accompagner les entrepreneurs.
Sur le plan fonctionnel, la plateforme intègre des outils reposant sur la donnée et l’intelligence artificielle, dont un assistant numérique, une cartographie interactive de l’écosystème, un système de mise en relation automatisé entre start-up et investisseurs, ainsi qu’un centre d’apprentissage proposant formations, mentorat et simulations entrepreneuriales. Un mécanisme d’auto-vérification des données, fondé sur la mise à jour directe par les entités concernées, vise à garantir la fiabilité et l’actualisation des informations publiées.
Elle s’ajoute aux multiples dispositifs déjà déployés pour structurer et financer l’écosystème entrepreneurial égyptien, qui s’impose comme l’un des plus dynamiques de la région. En 2025, les start-up locales ont levé près de 614 millions de dollars en capital-risque et en financement par emprunt, selon le ministère égyptien de la Planification, du Développement économique et de la Coopération internationale. Ce montant illustre l’appétit croissant des investisseurs. Dans ce contexte, « Egypt Innovate » ambitionne de renforcer la coordination entre acteurs et de fluidifier l’accès aux opportunités de financement dans un marché en pleine maturation.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Égypte : le Parlement prépare une loi sur l’usage des réseaux sociaux par les mineurs