Face à des cybermenaces de plus en plus nombreuses et sophistiquées, la protection des internautes s’impose comme un enjeu majeur pour les États. En Égypte, le gouvernement a choisi de renforcer la sensibilisation aux bonnes pratiques numériques afin de réduire la vulnérabilité des utilisateurs.
Le ministère égyptien des Communications et des Technologies de l’information a annoncé, vendredi 6 mars, le lancement d’une initiative nationale baptisée « Digital Citizenship and Online Protection » (Citoyenneté numérique et protection en ligne). Au cœur de ce programme figure la plateforme Wa3i.net, conçue pour sensibiliser les citoyens aux bonnes pratiques numériques et réduire leur exposition aux cybermenaces.
La plateforme se veut un centre de connaissances dédié à la sécurité numérique. Accessible en langue arabe, elle propose des contenus pédagogiques, des guides pratiques et des ressources éducatives destinés à différents publics, notamment les enfants, les adolescents, les parents et les enseignants. L’objectif est de promouvoir les bonnes pratiques en matière de protection des données personnelles, de navigation sécurisée et d’utilisation responsable des technologies.
Le programme repose sur l’idée que la sensibilisation constitue la première ligne de défense contre les cyberattaques. En renforçant la culture numérique des citoyens, les autorités espèrent réduire leur vulnérabilité face à des menaces telles que le phishing, le cyberharcèlement, les escroqueries en ligne ou encore la diffusion de fausses informations.
Cette initiative intervient dans un contexte d’expansion rapide de l’usage d’Internet dans le pays. Selon les données de DataReportal, l’Égypte comptait près de 98 millions d’internautes, soit un taux de pénétration de l’Internet estimé à 72,2 % de la population. L’essor des services numériques, des réseaux sociaux et des plateformes de paiement en ligne s’accompagne toutefois d’une hausse des risques liés à la cybercriminalité, qui touche aussi bien les particuliers que les entreprises et les administrations.
Les données du secteur confirment l’ampleur croissante de ces menaces. Selon les analyses de la société de cybersécurité Kaspersky, 27,4 % des internautes en Égypte ont été confrontés à des menaces en ligne en 2024, notamment des sites malveillants ou des logiciels malveillants diffusés via le web. L’entreprise indique également que les attaques de phishing et d’ingénierie sociale ont progressé de 44 % dans la région Moyen-Orient, Turquie et Afrique, illustrant la sophistication croissante des méthodes utilisées par les cybercriminels.
Face à cette évolution du paysage cybernétique, le gouvernement égyptien mise sur une approche collaborative. Le programme prévoit la mise en place de partenariats avec des institutions publiques, des organisations internationales et des acteurs du secteur privé afin de partager les bonnes pratiques et de renforcer les capacités nationales en matière de cybersécurité.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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A travers ce partenariat stratégique, le pays cherche à renforcer l’intégration des entreprises locales dans l’économie numérique et à stimuler l’essor du e-commerce sur le continent.
Le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) a officialisé, le jeudi 5 mars, un protocole d’accord avec la société technologique Quest Ghana Limited et le gouvernement des Seychelles. Ce partenariat vise à transformer l’archipel en un hub compétitif pour l’économie numérique et le commerce transfrontalier en Afrique.
Today, the #AfCFTA Secretariat, Quest Ghana Limited and the government of the Republic of Seychelles signed a Memorandum of Understanding (MoU) to advance Seychelles’ digital economy, and digital trade under the AfCFTA.
— AfCFTA Secretariat Official (@AfCFTA) March 5, 2026
The collaboration aims to position Seychelles as a… pic.twitter.com/M4xsA9bnZZ
L’initiative se concentre sur l’intégration des entreprises locales dans les chaînes de valeur numériques du continent. Selon les parties prenantes, l'objectif est de permettre aux opérateurs seychellois de participer plus activement aux échanges dématérialisés, en s'appuyant sur les mécanismes de facilitation du commerce prévus par la ZLECAf.
Le partenariat prévoit la mise en place d’un cadre technique destiné à sécuriser les transactions numériques transfrontalières. L’accord met l’accent sur l’interopérabilité des systèmes, condition indispensable pour simplifier les paiements et les échanges commerciaux entre des entreprises opérant dans des juridictions différentes.
Un accent particulier est mis sur les micro, petites et moyennes entreprises (MPME). En améliorant leur accès aux infrastructures numériques, les partenaires espèrent lever certaines barrières à l’entrée du commerce intra-africain et favoriser la participation des entreprises locales aux échanges digitaux du continent.
Pour les Seychelles, cette stratégie de diversification s’appuie sur une maturité numérique déjà avancée. Début 2025, le taux de pénétration d’Internet atteignait 87,4 % de la population, selon DataReportal. Dans ce contexte, le commerce électronique connaît également une progression notable : le marché devrait croître à un rythme annuel moyen de 14,35 % entre 2023 et 2027, pour atteindre 46,41 millions de dollars en 2027, d’après les estimations de Statista.
À l’échelle continentale, ce projet pilote s’inscrit dans l’ambition de la ZLECAf de bâtir un marché unique de 1,3 milliard de consommateurs. Le commerce électronique et les services numériques sont perçus comme des moteurs essentiels pour atteindre l’objectif d'un PIB combiné de 3400 milliards de dollars, en réduisant les coûts de transaction et en accélérant la circulation des biens et services.
Samira Njoya
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Alors que l’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un levier stratégique de développement, plusieurs initiatives émergent pour permettre aux pays africains de développer des capacités locales tout en conservant la maîtrise de leurs données et de leurs infrastructures technologiques.
La Smart Africa Alliance a annoncé le jeudi 5 mars la signature d’un partenariat stratégique avec la société américaine MeetKai, spécialisée dans l’intelligence artificielle souveraine. L’accord, présenté lors du Mobile World Congress (MWC) de Barcelone, prévoit le lancement d’un programme pilote de développement d’infrastructures et de capacités nationales d’IA dans cinq pays africains, sous l’égide du Conseil africain pour l’IA.
At #MWC2026 in Barcelona, Smart Africa and MeetKai launched a landmark 5-country pilot to accelerate Sovereign AI across Africa through the Africa AI Council.#SmartAfrica #SovereignAI #AI #MWC2026 pic.twitter.com/uJxBWGWCBB
— Lacina Koné (@CEOSmartAfrica) March 5, 2026
Le déploiement de « piles d’IA souveraines »
L’initiative vise à accompagner les États participants dans la mise en place d’infrastructures nationales d’intelligence artificielle. Elle repose notamment sur le déploiement de « piles d’IA souveraines », des architectures technologiques destinées à garantir aux gouvernements la maîtrise de l’hébergement des données, du développement des modèles et du déploiement des applications. Ce cadre doit permettre aux pays concernés de développer des solutions d’IA conformes à leurs législations et à leurs priorités de développement. Les cinq pays pilotes seront annoncés dans les prochaines semaines.
L’accompagnement technique de MeetKai vise à mettre en place des plateformes d’IA capables d’intégrer les langues africaines. L’objectif est d’automatiser les services publics numériques dans des secteurs critiques tels que la santé, l’agriculture, l’éducation et l’administration. Pour ce faire, la firme de Los Angeles mobilise son système phare, MKA1, conçu pour bâtir des écosystèmes hébergés localement, évitant ainsi la dépendance aux infrastructures cloud étrangères tout en stimulant l’innovation domestique.
Un enjeu de captation de valeur
Cette approche souveraine est déterminante pour l’avenir économique du continent. Selon le cabinet McKinsey & Company, l’IA pourrait générer jusqu’à 1 200 milliards $ de valeur en Afrique d’ici 2030. Toutefois, sans le contrôle des infrastructures et des talents, une grande partie de cette richesse risque d’échapper aux économies locales. Le succès de ce pilote conditionne donc la capacité des États à transformer ce potentiel technologique en un véritable levier de croissance souveraine.
Samira Njoya
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Le Sénégal mise sur le numérique pour transformer l’ensemble des secteurs de l’économie et accélérer le développement national. Dans cette dynamique, Orange se positionne comme un partenaire technologique de choix.
Orange Business Sénégal, la filiale B2B de Sonatel, a annoncé le jeudi 5 mars la signature d’une convention de partenariat avec la Société nationale du Port autonome de Dakar (SONAPAD). Cette collaboration vise à moderniser ce pilier stratégique de l’économie sénégalaise et à en faire un « Smart Port ».
Orange Business Sénégal au cœur de la transformation du Port Autonome de Dakar
— Orange Business Sénégal (@obs_senegal) March 5, 2026
Le Port Autonome de Dakar est bien plus qu’une infrastructure logistique.
C’est un pilier stratégique de l’économie sénégalaise traitant l’essentiel des flux commerciaux du pays.
Ce jeudi 5 mars,… pic.twitter.com/ceBUBpoCLT
Selon Orange, la convention prévoit la modernisation des infrastructures grâce à une connectivité de classe mondiale, l’amélioration de la performance opérationnelle, la digitalisation du parcours de paiement et la sécurisation des systèmes critiques afin de garantir la continuité des activités.
« Il ne s’agit plus seulement d’informatiser l’existant, mais de refonder nos chaînes de valeur autour d’infrastructures numériques robustes et résilientes », a affirmé Waly Diouf Bodian (photo, à gauche), directeur général de la SONAPAD, lors de la cérémonie de signature, selon des propos rapportés par Seneweb.
Ce partenariat s’inscrit dans les efforts de transformation numérique engagés par l’institution portuaire. Celle-ci lancera, à compter du 2 janvier 2026, la phase pilote de l’échange électronique des Bons à délivrer via le Guichet unique portuaire électronique, une plateforme opérationnelle depuis février 2024.
En octobre 2024, un mémorandum d’entente (MoU) avait également été signé avec Huawei Technologies pour la digitalisation des services portuaires. L’accord porte notamment sur l’implémentation de solutions technologiques destinées à améliorer la gestion des flux de camions et de conteneurs sur la plateforme portuaire.
L’innovation technologique est perçue comme un levier d’efficacité et de compétitivité du Port de Dakar à l’échelle sous-régionale et internationale. Pour rappel, l’infrastructure génère près de 95 % des recettes douanières nationales, soit environ 25 % du budget de l’État.
La mise en place du guichet unique figure d’ailleurs parmi les facteurs ayant contribué à l’amélioration de la performance du PAD en 2024, selon l’Indice de performance des ports à conteneurs (CPPI) publié par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence. Le port s’est hissé à la première place en Afrique subsaharienne, avec un score passé de –82 en 2023 à +23 en 2024, soit l’une des plus fortes progressions enregistrées dans le monde.
Isaac K. Kassouwi
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Alors que les menaces informatiques se multiplient et que le pays figure parmi les plus exposés aux attaques numériques, l’Algérie entend renforcer sa souveraineté numérique, la sécurisation des systèmes d’information devenant un enjeu central pour préserver les données publiques et la stabilité des services essentiels.
L’Agence de sécurité des systèmes d’information du ministère de la Défense nationale a dévoilé, mardi 3 mars, la Stratégie nationale 2025‑2029 pour la sécurité des systèmes d’information. Validé par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, ce document cadre vise à structurer la riposte de l’État face à l’escalade des menaces cyber et à renforcer la résilience numérique du pays.
Cette feuille de route s’articule autour de plusieurs piliers, notamment la consolidation des capacités techniques, l’optimisation de la coordination interinstitutionnelle ainsi que la prévention et la gestion des crises numériques. Un accent particulier est également mis sur la sensibilisation des administrations et des citoyens.
Selon le ministère de la Défense, l’objectif est triple : protéger les infrastructures critiques, sécuriser les données étatiques sensibles et garantir la continuité du service public dans un contexte de transformation digitale accélérée. Plus largement, la stratégie entend préserver la souveraineté numérique et restaurer la confiance dans l’environnement digital national.
L’initiative intervient dans un climat de cybercriminalité soutenue. D’après le groupe Kaspersky, l’Algérie a été la cible de plus de 70 millions de cyberattaques en 2024. Sur la même période, plus de 13 millions de tentatives de phishing et près de 750 000 pièces jointes malveillantes ont été neutralisées — illustrant l’ampleur de la pression cyber.
Sur le plan institutionnel, le pays demeure au stade « établissement » (T3) en matière de cybersécurité, selon la 5ᵉ édition du Global Cybersecurity Index 2024 de l’Union internationale des télécommunications. Ce classement traduit un engagement structuré mais encore en phase de consolidation, soutenu par des actions gouvernementales.
Au‑delà des considérations sécuritaires, le renforcement du dispositif cyber s’impose comme un impératif économique. À l’échelle mondiale, la cybercriminalité représente un coût annuel estimé à plusieurs milliers de milliards de dollars. Dans ce contexte, la stratégie 2025‑2029 se positionne comme un levier destiné à sécuriser l’expansion de l’économie numérique algérienne et à protéger ses investissements digitaux.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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L’essor de l’intelligence artificielle générative facilite la création de contenus manipulés, notamment les deepfakes. En Afrique, où la régulation numérique demeure fragmentée, la protection des mineurs devient un enjeu prioritaire pour les États et les régulateurs.
À mesure que les câbles sous-marins se multiplient et que la 4G puis la 5G progressent sur le continent, une génération entière s’installe dans l’univers numérique. Cette connectivité constitue un levier majeur de développement économique, éducatif et social. Elle expose cependant des millions de mineurs à des menaces nouvelles, plus sophistiquées et plus difficiles à détecter.
Selon les estimations conjointes de l’Union internationale des télécommunications et de l’Union africaine, environ 40 % des jeunes Africains âgés de 15 à 24 ans ont aujourd’hui accès à Internet. Ce chiffre, en progression constante, souligne un double impératif : accélérer l’inclusion numérique tout en renforçant les mécanismes de protection.
L’IA générative, nouvelle frontière des violences numériques
L’intelligence artificielle générative modifie profondément la nature des atteintes visant les enfants en ligne. Le cyberharcèlement ne se limite plus aux insultes ou à la diffusion d’images réelles : il peut désormais reposer sur des contenus entièrement fabriqués. Des applications accessibles au grand public permettent de créer de fausses images intimes, de cloner une voix ou de manipuler une vidéo à partir d’une simple photographie.
En 2023, l’Internet Watch Foundation a signalé pour la première fois l’apparition d’images d’abus sexuels d’enfants entièrement générées par IA circulant sur Internet. L’organisation souligne que ces technologies abaissent considérablement les barrières techniques et compliquent l’identification des auteurs. INTERPOL reconnaît également que la sophistication croissante des deepfakes complique les enquêtes, rendant plus difficile la distinction entre contenus authentiques et images manipulées. Ces outils alimentent aussi des pratiques de « sextorsion », dans lesquelles des individus utilisent de faux contenus pour faire chanter des adolescents et leurs familles.
Des organisations de défense des droits de l’enfant signalent que les prédateurs peuvent par ailleurs utiliser l’IA pour analyser le comportement en ligne, l’état émotionnel et les centres d’intérêt d’un enfant afin d’adapter leur stratégie de manipulation.
Des cadres juridiques encore inadaptés
Face à cette évolution rapide, la réponse réglementaire demeure inégale. La Convention de Malabo adoptée par l’Union africaine établit un socle en matière de cybersécurité et de protection des données à caractère personnel. Toutefois, ce texte précède l’essor de l’intelligence artificielle et ne traite pas explicitement des contenus synthétiques visant des mineurs.
Dans plusieurs États africains, les lois sur la protection des données encadrent la collecte et le traitement des informations personnelles sans prévoir de dispositions spécifiques concernant la responsabilité des plateformes en cas de diffusion de deepfakes impliquant des enfants.
En Afrique du Sud, la Protection of Personal Information Act impose des obligations strictes en matière de traitement des données, y compris celles des mineurs. Néanmoins, comme dans de nombreux pays, le cadre reste centré sur la protection de la vie privée plutôt que sur la prévention proactive des contenus générés par IA.
Au Cameroun, une charte sur la protection des enfants en ligne adoptée en 2023 pose les bases d’une responsabilité partagée entre opérateurs télécoms, régulateurs et familles. La loi vise uniquement la protection des enfants âgés de moins de 18 ans. Elle n’assure donc pas la protection de tous les mineurs puisque la minorité légale au Cameroun est fixée à 21 ans.
Vers une gouvernance plus structurée de l’IA
La réflexion progresse toutefois au niveau continental et international. L’Union africaine a engagé des travaux sur une stratégie encadrant le développement et l’usage de l’intelligence artificielle, avec un accent sur l’éthique, la gouvernance des données et la souveraineté numérique. La question de la protection des enfants y apparaît progressivement comme un enjeu transversal, dans un continent où la population est la plus jeune du monde.
À l’échelle mondiale, l’UNICEF plaide pour une approche fondée sur le « Safety by Design », consistant à intégrer la sécurité et la protection des mineurs dès la conception des produits numériques. Cette démarche vise à anticiper les risques plutôt qu’à intervenir uniquement après la diffusion de contenus préjudiciables. L’organisation souligne que les enfants sont surexposés aux risques en ligne dans les contextes où la régulation, la modération en langues locales et les mécanismes de signalement restent insuffisamment développés.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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La protection des données personnelles constitue un chantier engagé depuis plus d’une décennie au Maroc. Mais l’essor rapide de l’IA et des usages numériques impose un renforcement des mécanismes de coopération et de régulation pour faire face à des risques plus complexes et transfrontaliers.
Le Maroc et le Portugal renforcent leur coordination face aux nouveaux défis du numérique. Les autorités nationales chargées de la protection des données personnelles des deux pays ont signé, le mercredi 25 février à Lisbonne, un mémorandum d’entente destiné à structurer leur coopération institutionnelle.
L’accord a été paraphé au siège de la Commission nationale de protection des données (CNPD) par sa présidente, Paula Meira Lourenço (photo, à droite), et par Omar Seghrouchni (photo, à gauche), président de la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP). Le texte établit un cadre opérationnel visant à intensifier l’échange d’expertise technique et le partage d’informations.
IA et violences numériques au cœur des priorités
La coopération ciblera en priorité les enjeux liés à l’intelligence artificielle, à la manipulation d’images (deepfakes) et aux violences numériques. Ces phénomènes soulèvent des questions croissantes en matière de protection de la vie privée, de sécurité juridique et de régulation des usages numériques. Le mémorandum prévoit également des programmes de formation, des projets éducatifs et un partage de bonnes pratiques en matière de contrôle et d’application des cadres réglementaires, dans un contexte d’évolution rapide des technologies.
Cette initiative intervient alors que les deux pays connaissent une forte dynamique numérique. Au Maroc, le taux de pénétration d’Internet dépasse 92 % fin 2025 selon DataReportal, plaçant le pays parmi les marchés les plus connectés du continent africain. Le Portugal s’est, pour sa part, distingué par un taux élevé d’adoption de l’intelligence artificielle générative, selon une étude récente de Bain & Company. Le pays bénéficie en outre d’une expérience avancée dans l’application du Règlement général sur la protection des données (RGPD) de l’Union européenne.
Un ancrage dans les réseaux régionaux
L’accord prévoit l’organisation de réunions bilatérales annuelles afin d’assurer un suivi structuré. Chaque institution mobilisera également ses réseaux internationaux : la CNPD s’appuiera sur le Réseau ibéro-américain de protection des données personnelles (RIPD) et le Réseau lusophone de protection des données personnelles (RLPD). La CNDP marocaine pourra, de son côté, activer le Réseau africain des autorités de protection des données personnelles (NADPA-RAPDP) ainsi que l’Association francophone des autorités de protection des données personnelles (AFAPDP).
Samira Njoya
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À l’ère du numérique, les preuves électroniques s’imposent comme des outils clés pour la justice. Ces éléments facilitent la vérification des faits, limitent les risques de falsification et soutiennent l’efficacité des procédures pénales.
Le gouvernement du Gabon a validé, le jeudi 26 février en Conseil des ministres, un projet d’ordonnance modifiant le Code de procédure pénale afin d’encadrer l’admissibilité des preuves numériques devant les juridictions. Présenté par le ministre de la Justice, Augustin Emane, le texte introduit des exigences formelles destinées à adapter l’appareil judiciaire à la montée des infractions liées au numérique.
La réforme instaure un cadre technique pour l’utilisation des données électroniques dans les procédures pénales. Désormais, les éléments numériques ne pourront être admis que s’ils démontrent leur fiabilité, leur authenticité et leur traçabilité, après vérification par des entités publiques habilitées, telles que les services de cybersécurité ou les organismes d’État compétents. L’objectif est de sécuriser l’exploitation judiciaire des données issues des environnements numériques tout en limitant les risques de manipulation ou de falsification.
Par cette modification, les autorités entendent renforcer la fiabilité des enquêtes et améliorer la protection des justiciables. La reconnaissance formelle de standards techniques de validation vise également à encadrer les poursuites liées aux infractions numériques, dont la progression suit l’essor rapide des usages digitaux dans le pays. La diffusion d’Internet, qui concerne désormais plus de la moitié de la population gabonaise, accroît le volume d’interactions numériques susceptibles de générer des contentieux.
L’ordonnance s’inscrit dans un mouvement régional visant à moderniser les cadres juridiques africains face aux défis de la transformation numérique, marquée par la multiplication des litiges liés aux contenus électroniques, aux transactions en ligne et aux systèmes d’information. À l’échelle internationale, la place des preuves numériques dans les enquêtes judiciaires ne cesse de croître. Une étude menée par Cellebrite, spécialiste israélien de la criminalistique numérique, auprès de plus de 2000 enquêteurs, procureurs et experts, indique que 60 % considèrent désormais les preuves numériques comme plus déterminantes que l’ADN dans certaines affaires, et que 74 % estiment que leur utilisation améliore le taux de résolution des enquêtes.
Selon les autorités gabonaises, l’ordonnance entrera en vigueur après sa publication au Journal officiel, conformément à la procédure de promulgation des textes législatifs. Elle constitue un premier pas vers la modernisation du traitement judiciaire des infractions numériques et un renforcement de la sécurité juridique dans le cadre pénal, en phase avec les évolutions technologiques du pays.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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La robotique transforme la santé en Afrique, offrant des perspectives inédites pour améliorer la qualité des soins et optimiser les coûts. Mais le continent doit relever des défis majeurs, de la formation au financement, pour que ces technologies profitent réellement aux populations.
La robotique médicale, qui intègre des systèmes automatisés pour la chirurgie assistée, le diagnostic et l’assistance hospitalière, s’impose progressivement comme un moteur de modernisation des systèmes de santé africains. Selon Data Bridge Market Research, le marché des robots médicaux au Moyen-Orient et en Afrique connaît un taux de croissance annuel composé de 13,5 % entre 2022 et 2029, passant de 451,26 millions de dollars en 2021 à 1 144,64 millions de dollars d’ici 2029. Malgré cette croissance, l’adoption sur le continent reste encore faible comparée aux autres régions, concentrée dans des pays à revenus plus élevés ou disposant d’infrastructures hospitalières avancées.
Initiatives phares de robotique médicale sur le continent
En Afrique du Sud, plusieurs hôpitaux publics ont déjà réalisé plus de 600 interventions assistées par robot, principalement en urologie et gynécologie, réduisant les séjours hospitaliers et les complications post-opératoires. Au Nigeria, une plateforme clinique de chirurgie robotique a été récemment approuvée, permettant pour la première fois des interventions robotisées dans un établissement public. À Luanda (Angola), des expérimentations de téléchirurgie ont été menées via des systèmes robotisés, démontrant le potentiel de ces technologies même dans des contextes de réseau limité.
Le Maroc se distingue également : une prostatectomie radicale a été réalisée entre Casablanca et Shanghai, illustrant la faisabilité de la téléchirurgie sur de longues distances. D’autres interventions ont été conduites entre plusieurs villes marocaines, confirmant la capacité technique et l’intérêt pour la robotique chirurgicale. En dehors de la chirurgie, la robotique est utilisée pour l’assistance hospitalière au Kenya et dans d’autres pays, améliorant l’efficacité des services et libérant du temps pour le personnel soignant.
Défis liés à l’adoption de la robotique
Pour les pays africains, l’un des défis majeurs reste le coût élevé des équipements robotiques, souvent plusieurs millions de dollars par unité, ce qui limite leur acquisition par les établissements publics. Un système de chirurgie robotique, tel que le da Vinci 5, coûte généralement entre 1,5 et 2,5 millions de dollars. La formation constitue un autre défi : les interventions robotisées nécessitent des compétences chirurgicales et techniques spécifiques.
Des initiatives telles que Ircad Africa, au Rwanda, forment les médecins africains à la chirurgie mini-invasive et à la robotique avancée. Par ailleurs, l’émergence de start-up et laboratoires d’innovation autour de l’IA, de la robotique et de l’e-santé ouvre des perspectives de croissance pour le secteur au cours de la prochaine décennie.
La robotique médicale soulève également des questions éthiques et réglementaires, notamment la responsabilité en cas de dysfonctionnement, la protection des données des patients et l’acceptabilité de l’automatisation dans les soins.
Une trajectoire de croissance malgré les obstacles
Selon les prévisions de la société d’études de marché Spherical Insights, le marché global de la robotique chirurgicale devrait dépasser 22,89 milliards de dollars d’ici 2030, avec des opportunités croissantes pour les pays émergents qui investissent dans la transformation numérique de la santé.
Pour l’Afrique, réussir cette transition nécessite un effort coordonné en matière de politiques publiques, d’investissements, de formation et de partenariats internationaux, afin d’assurer que la robotique médicale devienne un vecteur tangible de modernisation des systèmes de santé et d’amélioration de la qualité des soins.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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L’artisanat, pilier de l’économie au Maroc, demeure un secteur à fort potentiel d’emploi et d’exportation. Sa numérisation s’impose comme un levier de modernisation, visant à renforcer la compétitivité des artisans, structurer les filières et élargir l’accès aux marchés.
Le Maroc engage 36 millions de dirhams (3,9 millions USD) pour accélérer la transformation numérique de son artisanat. Un accord a été signé mercredi 25 février entre le Secrétariat d’État chargé de l’Artisanat, les Chambres d’Artisanat, leur Fédération et l’Agence de développement du digital. Deux autres conventions relatives à la promotion internationale et à l’appui institutionnel du secteur ont également été conclues lors de la même cérémonie.
L’accord de digitalisation prévoit la mise en place de la carte professionnelle de l’artisan, la mise en service du Registre national de l’artisanat ainsi que la dématérialisation des services des Chambres et de leurs structures affiliées. Les autorités entendent, à travers ce dispositif, améliorer l’efficacité administrative, simplifier les procédures et doter le secteur d’infrastructures numériques structurantes.
Cette initiative s’inscrit dans la mise en œuvre du contrat‑programme national dédié au développement de l’artisanat, considéré comme un pilier de l’économie marocaine en raison de sa contribution à l’emploi, à l’exportation et au développement territorial. Selon les chiffres officiels, le secteur emploie 22 % de la main‑d’œuvre nationale, contribue à hauteur de 7 % au PIB, enregistre une croissance des exportations de 7,6 %, et représente 10 % des recettes touristiques en devises grâce à l’achat de produits artisanaux. Sa modernisation numérique est présentée comme un levier de gain de productivité, de formalisation des activités et d’élargissement de l’accès aux marchés nationaux et internationaux.
Les deux autres conventions conclues lors de la cérémonie portent respectivement sur la promotion internationale du savoir‑faire marocain, en partenariat avec SMAP EVENTS, et sur un contrat‑programme 2026 consacré à la structuration professionnelle, à la formation et à l’encadrement des artisans. Ensemble, ces dispositifs doivent renforcer la compétitivité du secteur, faciliter l’accès des artisans aux marchés et soutenir l’émergence d’un écosystème plus formalisé et productif, en complément du volet numérique piloté avec l’Agence de développement du digital au Maroc.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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En Tunisie, les greentech figurent parmi les segments les moins financés de l’écosystème start‑up, bien qu’elles jouent un rôle clé dans la transition écologique. Dans un contexte marqué par des levées de fonds limitées en 2025, un nouveau mécanisme public cible leur passage à l’échelle et l’accès au marché.
La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) a annoncé, mardi 24 février, le lancement de la première cohorte du programme MAIR (Market Access for Impact and Resilience), un mécanisme de financement destiné aux start‑up et aux PME greentech en phase de commercialisation. Le dispositif vise à soutenir le passage à l’échelle industrielle, faciliter l’accès aux marchés initiaux et consolider les revenus des entreprises bénéficiaires.
L’outil cible en priorité les segments liés à la transition écologique, notamment les énergies renouvelables, la mobilité durable, l’éco‑construction, la gestion des déchets, l’agriculture durable, les technologies de l’eau, l’efficacité énergétique et la biodiversité. En intervenant à un stade où les besoins en financement augmentent pour l’industrialisation et la commercialisation, MAIR entend combler le déficit structurel d’accompagnement entre l’amorçage et la commercialisation.
MAIR est déployé dans le cadre de l’initiative « GreenTECH », portée par Smart Capital et intégrée au projet Greenov’i. Celui‑ci est financé par l’Union européenne à travers le programme « Tunisie Verte & Durable », mis en œuvre par Expertise France en collaboration avec le Centre International des Technologies de l’Environnement de Tunis, le ministère de l’Environnement et le ministère de l’Économie et de la Planification.
L’instrument s’insère dans une architecture de financement structurée comprenant également VAIR (Venture Acceleration for Impact and Resilience), qui soutient les start‑up en phase d’idéation dans le développement de leurs preuves de concept. L’ensemble du programme prévoit de financer 32 start‑up en phase amont et d’accompagner 10 start‑up et PME dans leur accès au marché, avec un objectif d’environ 300 emplois directs dans les filières de la transition écologique.
Ce lancement intervient dans un contexte de financement encore limité pour l’écosystème entrepreneurial tunisien. Selon le rapport annuel de Wamda, les start‑up tunisiennes ont levé 6,6 millions de dollars en 2025 à travers 13 opérations, un niveau inférieur aux niveaux observés dans plusieurs marchés de la région Moyen‑Orient et Afrique du Nord. Dans ce contexte, les mécanismes publics et les instruments dédiés à l’innovation à impact apparaissent comme des leviers structurants pour les jeunes entreprises en phase de croissance.
En ciblant les segments industriels liés à la transition écologique et en intervenant à un stade avancé du cycle de développement des entreprises, MAIR vise à renforcer la capacité des start‑up tunisiennes à transformer leurs innovations en offres commercialisées et à s’insérer durablement sur les marchés.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Face aux enjeux du marché de l’emploi et à la demande croissante de compétences numériques, l’Ouganda mise sur la formation et l’entrepreneuriat technologique pour renforcer l’inclusion, stimuler l’innovation locale et préparer les jeunes aux métiers de demain.
Le ministère ougandais des TIC et de l’Orientation nationale a annoncé, jeudi 19 février, la signature d’un partenariat avec Spotlight on Africa, et Algorithmic Partners. L’accord prévoit la création d’un pôle d’innovation en TIC à Mbale, destiné à renforcer les compétences numériques des jeunes Ougandais et à soutenir l’entrepreneuriat technologique local.
Selon les autorités, cette initiative marque le passage de l’intention à l’exécution dans la politique publique de développement numérique. Elle s’appuie sur une collaboration public‑privé visant à élargir l’accès aux compétences recherchées sur le marché, à stimuler l’innovation locale et à favoriser l’autonomisation économique, notamment des femmes. Le futur centre proposera des formations allant des compétences de base en littératie numérique aux compétences avancées telles que le codage, l’intelligence artificielle et la blockchain.
Le dispositif intègre également un système de certification numérique basé sur la blockchain, conçu pour sécuriser la vérification des qualifications et réduire la fraude documentaire. En renforçant la confiance entre institutions de formation, employeurs et diplômés, l’outil devrait améliorer la transparence du marché du travail numérique et soutenir l’émergence d’un écosystème d’innovation structuré autour des compétences.
Au‑delà de la formation, le projet vise à élargir l’accès aux services publics numériques dans les zones mal desservies et à dynamiser les écosystèmes locaux d’innovation. Il s’inscrit dans la feuille de route nationale qui accorde une place centrale aux infrastructures numériques, aux compétences, à la cybersécurité et à la protection des données, avec l’objectif de bâtir une économie numérique inclusive et génératrice d’emplois.
Des programmes tels que le laboratoire informatique mobile DigiTrack ont déjà formé plus de 11 000 personnes à l’échelle nationale au cours des deux derniers trimestres, y compris des jeunes ayant des besoins spécifiques, en apportant directement les compétences numériques dans les communautés. Il complète également la stratégie nationale d’externalisation des processus d’affaires de l’Ouganda, qui vise à connecter les jeunes professionnels anglophones aux marchés mondiaux.
Cette initiative prend également tout son sens dans un contexte continental. Selon la Banque mondiale et la Société financière internationale (IFC), d’ici 2030, environ 230 millions d’emplois en Afrique subsaharienne nécessiteront des compétences numériques. La transformation numérique du marché du travail, accélérée par la quatrième révolution industrielle, crée une demande massive de talents qualifiés. Des centres comme celui de Mbale apparaissent ainsi comme des réponses concrètes à ce besoin, en formant les jeunes aux métiers de demain et en soutenant l’inclusion économique et sociale à grande échelle.
Samira Njoya
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Le lancement de nouvelles plateformes vise à moderniser la gestion académique, améliorer les services aux étudiants et soutenir l’innovation, dans un contexte de transition vers une université plus connectée et productive.
Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari (photo), a procédé mardi 24 février à Alger au lancement de quatre nouvelles plateformes numériques, portant à 73 le nombre total de services numériques intégrés au système d’information du secteur.
S’exprimant à l’occasion de cette cérémonie, Kamel Baddari a souligné que ce renforcement du paysage digital est le fruit des efforts conjoints des établissements universitaires, des centres de données et des laboratoires de recherche du pays. Il a insisté sur le fait que ces plateformes numériques « illustrent le haut niveau de numérisation atteint par le secteur dans ses activités d’enseignement, de recherche, de gouvernance et de services à la communauté universitaire ».
Les quatre nouvelles plateformes couvrent des domaines stratégiques et sociaux. Le Registre numérique des filières universitaires vise une meilleure gestion des filières économiques des universités et à valoriser les résultats de la recherche scientifique en projets à forte valeur ajoutée économique et sociale. Le Réseau universitaire des incubateurs et centres de développement de l’entrepreneuriat (AUNEI) cherche à consolider l’écosystème d’innovation et à accompagner les étudiants et chercheurs dans la création de start-up. Une plateforme de consultations psychologiques en ligne est destinée à promouvoir la santé mentale en milieu universitaire, et la plateforme de réservation de repas intégrée à l’application mobile destinée aux étudiants modernise les services de restauration.
Ce lancement s’inscrit dans un contexte de digitalisation progressive du secteur, marqué notamment par une série d’outils déjà déployés ces dernières années, tels que les systèmes de gestion électronique des diplômes, les portails de suivi des recherches scientifiques ou encore les modules de gestion administrative dématérialisée. L’ensemble de ces services vise à réduire les délais bureaucratiques, à améliorer l’efficacité de la gouvernance et à rapprocher les universités de leurs partenaires socio-économiques.
Plus largement, cette dynamique s’inscrit dans la stratégie nationale de transformation numérique à l’horizon 2030. Deux piliers transversaux soutiennent cette stratégie : l’instauration d’un cadre juridique et réglementaire adapté, avec l’élaboration en cours d’un projet de loi sur la numérisation, et le renforcement de la cybersécurité, jugé essentiel pour protéger les données et les systèmes d’information face à des menaces cybernétiques de plus en plus sophistiquées.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Le Centre National de Télé-enseignement et de l’Enseignement à Distance (CNTEMAD) devient une Université Virtuelle Publique. Le projet a été lancé officiellement le 20 février à Antananarivo. Soutenue par la Banque mondiale via le programme DECIM, l’initiative vise à élargir l’accès à l’enseignement supérieur grâce au numérique et à renforcer les compétences du capital humain malgache.
La nouvelle université numérique repose sur une plateforme développée en partenariat avec SAYNA, permettant de gérer tout le parcours étudiant à distance, de l’inscription aux examens jusqu’aux soutenances. L’objectif est de répondre à une demande croissante de formation universitaire, particulièrement dans les zones reculées, tout en réduisant les coûts logistiques et en modernisant les pratiques pédagogiques. Le financement alloué à ce projet s’élève à 3 millions de dollars, et l’UVP ambitionne d’accueillir jusqu’à 49 000 apprenants par an d’ici 2029, avec 10 000 diplômés supplémentaires chaque année.
Cette transformation s’inscrit dans la stratégie nationale de développement du capital humain et de transformation numérique à Madagascar. Dans un pays où plus de 40 % des jeunes âgés de 18 à 35 ans étaient au chômage en 2024, selon Afrobarometer, l’accès à des formations adaptées aux besoins du marché devient un levier stratégique pour améliorer l’employabilité. Les obstacles identifiés – manque de formation ou de préparation (30 %), manque d’expérience (27 %) et inadéquation entre les qualifications scolaires et les besoins des employeurs (16 %) – soulignent l’importance de solutions éducatives innovantes et inclusives.
En parallèle, le projet UVP prévoit la modernisation des infrastructures techniques et l’extension du dispositif à 16 centres régionaux équipés de solutions solaires autonomes, garantissant la continuité des activités même dans les zones à faible connexion électrique. Cette initiative complète les programmes nationaux de formation numérique, tels qu’ASAN’AI ou Skills4Job, qui visent à former des jeunes aux compétences recherchées sur le marché, notamment dans les métiers du digital et de la relation client.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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