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Face à la hausse des flux commerciaux et à la sophistication des fraudes, la Tunisie accélère la modernisation de son administration douanière. Les autorités misent désormais sur l’intelligence artificielle pour renforcer le ciblage des opérations à risque et fluidifier le dédouanement des marchandises.

La Douane tunisienne poursuit sa transformation numérique avec l’intégration d’un module basé sur l’intelligence artificielle au sein du système national de sélectivité douanière. L’annonce a été faite dans un communiqué publié le samedi 16 mai par la Direction générale des douanes, à l’issue d’une réunion de la commission centrale de gestion des risques douaniers tenue à Tunis.

Le nouveau dispositif s’appuie sur des algorithmes de « machine learning » capables d’exploiter de grands volumes de données douanières afin d’identifier automatiquement les opérations présentant un risque élevé de fraude. Concrètement, le système analyse plusieurs paramètres comme la nature des marchandises, leur origine, leur valeur déclarée, les historiques d’importation ou encore le profil des opérateurs économiques. Grâce à ces modèles prédictifs, l’administration douanière veut améliorer la précision du ciblage des cargaisons suspectes, limiter les contrôles manuels systématiques et accélérer le traitement des dossiers jugés conformes.

Cette évolution intervient dans un contexte où les autorités cherchent à moderniser l’ensemble de la chaîne douanière afin de soutenir le commerce extérieur et améliorer l’efficacité administrative. La Direction générale des douanes travaille notamment sur le déploiement du système « Sinda 2 », présenté comme une nouvelle génération de plateforme numérique destinée à interconnecter les différentes administrations impliquées dans les opérations douanières. La première phase du projet doit entrer en service d’ici fin 2026.

La Tunisie multiplie également les partenariats internationaux pour accélérer la numérisation de ses services douaniers. En avril dernier, la Douane tunisienne a lancé, en coopération avec la Corée du Sud, un projet de système électronique intégré destiné à numériser davantage les procédures douanières et renforcer la transparence des échanges administratifs avec les opérateurs économiques.

Les enjeux sont aussi économiques et sécuritaires. Selon les données communiquées par la Douane tunisienne, près de 4000 affaires douanières ont été enregistrées au premier trimestre 2026, pour une valeur totale de marchandises saisies dépassant 51 millions de dinars tunisiens (17,6 millions $). Les saisies concernaient notamment des devises, de l’or, des cartouches, des vêtements et des produits de contrebande.

À travers l’intégration de l’intelligence artificielle, les autorités tunisiennes cherchent ainsi à améliorer la gestion des risques douaniers, réduire les délais de traitement et renforcer la compétitivité logistique du pays. Cette modernisation s’inscrit dans une tendance plus large observée au sein des administrations douanières, où les technologies d’analyse automatisée deviennent progressivement un levier stratégique pour sécuriser les échanges commerciaux tout en facilitant le commerce légal.

Samira Njoya

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Posted On mardi, 19 mai 2026 07:59 Written by

Dimanche 3 mai, le site officiel du gouvernement ivoirien a publié une interview de Stéphane Kounandi Coulibaly, directeur de l’Innovation, des start-up et du secteur privé au ministère de la Transition numérique. Dans cet entretien, il a mis en avant l’ambition de la Côte d’Ivoire de s’imposer comme un hub régional de l’innovation. Mais derrière cette vision prometteuse, subsistent des interrogations et des défis majeurs notamment ceux liés à la cybersécurité. C’est dans ce cadre que We Are Tech Africa interroge Babel Balsomi (photo), hackeuse éthique, chercheuse en IA et CEO de Hiero Digital, pour faire la lumière sur certains points.

We Are Tech Africa : Les autorités ivoiriennes affichent de fortes ambitions en matière de cybersécurité, avec la création de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) et la mise en place d’un centre d’opérations de sécurité (SOC). Sur le terrain, cette ambition est-elle réellement à la hauteur des vulnérabilités observées ?

Babel Balsomi : La création de l’ANSSI constitue une avancée structurelle réelle. Regrouper le Centre national de réponse aux incidents de sécurité informatique (CI-CERT), la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité (PLCC) et la Direction de l'informatique et des traces technologiques (DITT) sous une même autorité met fin à une fragmentation qui compromettait la réactivité de l’État face aux incidents. L’ambition politique est bien là, et c’est un point d’appui sérieux.

Cependant, il existe encore un certain décalage entre ces ambitions institutionnelles et la réalité vécue par les acteurs du privé, ainsi que par la population. Lorsque j’interviens sur le terrain, le tableau est sensiblement différent.

WAT : Dans les PME ivoiriennes, quel état des lieux faites-vous aujourd’hui en matière de cybersécurité, notamment sur les infrastructures, les pratiques et le niveau de sensibilisation des dirigeants ?

BB : Concernant les infrastructures, d’abord, une part significative des systèmes sur lesquels repose l’économie numérique ivoirienne (réseaux d’entreprises, serveurs, équipements réseau) est obsolète. Lors de mes audits dans des PME ivoiriennes, notamment dans des cabinets comptables, chez des prestataires logistiques ou dans des cliniques privées, je trouve régulièrement des serveurs opérant sous Windows Server 2008 ou 2012 ; des systèmes que Microsoft ne met plus à jour depuis des années.

Ces machines sont pourtant connectées à Internet et traitent des données clients, parfois financières, sans pare-feu correctement configuré, sans segmentation réseau et sans sauvegarde isolée. Déployer des services numériques supplémentaires sur de telles fondations revient à étendre la surface d’attaque sans renforcer la défense.

Concernant les pratiques et le niveau de sensibilisation, la méconnaissance est souvent totale, mais sincère : ce n’est pas de la négligence volontaire. Il m’arrive régulièrement de rencontrer des dirigeants qui découvrent, au cours de notre premier échange, que la cybersécurité existe comme discipline à part entière. Pourtant, ces entreprises traitent des données clients, effectuent des transactions via mobile money et représentent la majorité du tissu économique ivoirien. Elles sont donc des cibles réelles, sans toujours en avoir conscience.

Un employé qui clique sur un lien frauduleux, un mot de passe partagé entre collègues, un document confidentiel envoyé via une messagerie personnelle : ce sont ces comportements du quotidien qui ouvrent les portes aux attaquants.

WAT : Dans les grandes entreprises, pourquoi la cybersécurité peine-t-elle encore à être considérée comme une priorité stratégique au niveau des directions générales ?

BB : Dans les grandes entreprises, le diagnostic est différent de celui établi concernant les PME. L’enjeu est souvent identifié au niveau opérationnel, qui se heurte presque systématiquement à une même résistance au niveau des instances dirigeantes : la cybersécurité y est encore perçue comme un centre de coût à minimiser, voire à ignorer.

J’ai été confrontée à des situations comme celle où une équipe technique avait identifié des vulnérabilités critiques, produit un plan de remédiation documenté, puis vu ce plan écarté en comité de direction au motif qu’il n’était pas prioritaire. Un incident s’est produit quelques mois plus tard.

Beaucoup d’infrastructures donnent l’impression de survivre par chance. Certaines entreprises ont leurs données exposées, leurs systèmes accessibles depuis l’extérieur sans protection adéquate.

WAT : Au-delà des aspects techniques, quels freins humains et organisationnels ralentissent aujourd’hui le renforcement de la cybersécurité en Côte d’Ivoire ?

BB : Le premier est le protectionnisme interne. Certaines équipes en poste perçoivent toute expertise externe comme une menace pour leur position et font obstacle aux initiatives de renforcement cyber afin de préserver leur périmètre d’influence.

Le deuxième est le manque de compétences actualisées. Les équipes ne se forment pas suffisamment, alors que la cybersécurité est un domaine dans lequel il faut apprendre en permanence. Cela crée un déphasage croissant avec les réalités de la menace.

Le troisième frein est la non-valorisation des compétences des jeunes. Il existe pourtant des profils formés, motivés et techniquement solides, mais ils ne trouvent pas leur place dans les organisations, non parce qu’on leur résiste individuellement, mais parce que les processus de recrutement, les grilles salariales et la culture managériale ne sont pas structurés pour les accueillir et les retenir.

Nous avons développé la Cybermétéo, un bulletin qui présente l’état de vulnérabilité d’une entreprise ainsi que les données qui ont fuité, précisément pour objectiver cet état des lieux et donner aux organisations une lecture claire de leur niveau de résilience. Une entreprise sur trois refuse l’exercice, non par manque de moyens, puisque celui-ci est gratuit et confidentiel, mais parce que la transparence sur les vulnérabilités est perçue comme un risque en soi. C’est cela qui mesure le vrai décalage entre l’ambition institutionnelle et la réalité opérationnelle.

WAT : Vous évoquez souvent l’absence de culture cyber dans les organisations. En quoi les comportements quotidiens des employés peuvent-ils devenir une faille majeure ?

BB : Au-delà des budgets et des infrastructures, c’est aussi un problème de culture interne. La cybersécurité n’est pas encore perçue comme l’affaire de tous.

Un employé qui clique sur un lien frauduleux, un mot de passe partagé entre collègues, un document confidentiel envoyé via une messagerie personnelle : ce sont ces comportements du quotidien qui ouvrent les portes aux attaquants.

J’ai conduit des exercices de simulation de phishing dans des entreprises ivoiriennes : le taux de clics sur des liens malveillants dépasse parfois 70 à 80 % des employés testés. Ce n’est pas une question d’intelligence, mais d’exposition à la bonne information. Cette culture ne s’installe pas par décret. Elle se construit par la formation continue, par l’exemplarité des dirigeants et par des politiques internes cohérentes. Aujourd’hui, elle reste largement absente.

WAT : Les particuliers aussi sont de plus en plus exposés. Pourquoi dites-vous que le citoyen connecté est aujourd’hui le maillon le plus vulnérable de la chaîne numérique ?

BB : Le citoyen connecté utilise chaque jour des services fintech, de plus en plus nombreux, portés par l’essor des usages mobiles, mais il reste exposé sans filet.

Les arnaques sur WhatsApp, les faux concours, les usurpations d’identité sur les réseaux sociaux, les applications frauduleuses qui collectent des données personnelles : ces menaces touchent quotidiennement des milliers de personnes qui n’ont ni les outils ni les réflexes pour les identifier.

Le particulier est aujourd’hui le maillon le plus exposé de la chaîne, et le moins protégé. Alors même que les paiements mobiles se généralisent, que des services publics migrent vers le numérique et que des données de santé ou d’identité sont collectées à grande échelle, l’absence de culture cyber chez les utilisateurs finaux n’est pas un problème secondaire. C’est un risque systémique.

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WAT : Avant même de parler d’intelligence artificielle, quels sont aujourd’hui les types de cyberattaques les plus courants et les plus efficaces contre les organisations ivoiriennes ?

BB : Les cyberattaques les plus courantes en Côte d’Ivoire peuvent s’analyser par paliers ; et chaque palier révèle un niveau de préparation insuffisant.

Le premier palier, c’est le phishing. Et il fait des ravages. Les entreprises ivoiriennes (grandes, moyennes ou petites) sont frappées quotidiennement par des campagnes d’hameçonnage dont la sophistication n’est même pas le principal facteur de succès. Ce qui les rend efficaces, c’est l’absence de réflexes de base.

Un faux email du Trésor public demandant une mise à jour de coordonnées bancaires ; un message WhatsApp usurpant l’identité du Directeur général pour demander un virement urgent ; un lien frauduleux imitant le portail de la CNPS [Caisse nationale de prévoyance sociale, Ndlr] ou d’une banque ivoirienne ; ou encore une fausse facture d’un opérateur télécom avec un RIB [relevé d'identité bancaire, Ndlr] modifié : ces scénarios se produisent chaque semaine. Lors de simulations que j’ai conduites, ainsi que je l’ai précédemment indiqué, le taux de clics sur des liens malveillants dépasse régulièrement 70 à 80 % des employés testés. En Europe, un tel chiffre est vu comme extrêmement alarmant. Dans nos pays, il est pratiquement considéré comme étant la norme.

Le deuxième palier, c’est le BEC (Business Email Compromise) ; et les incidents se multiplient. Une entreprise reçoit un email apparemment envoyé par l’un de ses fournisseurs habituels, avec un RIB modifié. Le service comptabilité exécute le virement sur un compte frauduleux. Cette technique, documentée depuis plus de dix ans, ne repose pas sur une technologie complexe. Elle fonctionne parce qu’il n’existe ni procédure de vérification des coordonnées bancaires, ni double validation des virements, ni sensibilisation suffisante des équipes. Ce n’est pas une défaillance technologique, c’est une défaillance culturelle.

À cela s’ajoute la question du chiffrement des données. J’ai audité des cliniques privées dont les dossiers patients sont stockés sur des disques locaux non chiffrés, sans sauvegarde externalisée, sur un réseau Wi-Fi commun aux soignants, aux administratifs et aux visiteurs.

Le troisième palier, ce sont les Ransomwares (attaques par logiciels malveillants chiffrant l'ensemble des fichiers d'un système avec exigence de paiement d’une rançon pour en restituer l'accès). Dans le contexte que nous avons décrit, même les ransomwares les plus simples suffiraient à mettre la très large majorité des établissements à l’arrêt complet. Très souvent, ils ne disposent ni de plan de continuité d’activité, ni de sauvegarde récupérable, ni de contrat de réponse à incident. Or des multinationales, des hôpitaux et des opérateurs d’infrastructures critiques en Europe et aux États-Unis ont déjà été paralysés pendant des semaines par ce type d’attaque. Les organisations ivoiriennes, moins protégées et moins outillées pour y répondre, sont exposées aux mêmes scénarios, avec moins de ressources pour s’en remettre.

Ces attaques ne sont pas encore pleinement maîtrisées dans les pays technologiquement les plus avancés, où elles représentent déjà un défi majeur pour les années à venir. Au regard des réalités que nous avons décrites dans nos pays, le danger est démultiplié.

WAT : La Côte d’Ivoire est-elle prête à faire face à de nouvelles menaces liées à l’intelligence artificielle ?

BB : Non. Et ce qui vient avec l’intelligence artificielle est d’une nature radicalement différente. Il existe plusieurs catégories d’attaques ciblant les grands modèles de langage (LLM) et les agents IA.

La première est la prompt injection. Un agent IA est un système autonome capable d’exécuter des tâches sans intervention humaine, de consulter des bases de données, d’envoyer des emails, d’interagir avec des systèmes tiers et de prendre certaines décisions. L’attaque consiste à glisser des instructions malveillantes dans les données que cet agent traite (un document, un formulaire, un email) afin de le détourner de sa mission et de lui faire exécuter des actions non autorisées à l’insu de ses opérateurs. Dans une administration qui déploierait un agent IA pour traiter des demandes citoyennes, un formulaire piégé pourrait ordonner à cet agent d’exfiltrer silencieusement des bases de données entières. L’agent obéirait, sans qu’aucun signal d’alerte immédiat ne soit nécessairement perçu. Ce qui rend cette attaque redoutable, c’est que les qualités mêmes qui rendent les agents utiles (autonomie, rapidité, capacité d’action) deviennent des vecteurs d’exploitation.

La deuxième catégorie est l’empoisonnement des données d’entraînement, ou data poisoning. Si un modèle d’IA est entraîné sur des données corrompues introduites par un attaquant, ses décisions peuvent être biaisées de façon subtile et durable, sans que personne ne détecte immédiatement la manipulation. Le modèle continue de fonctionner, produit des réponses, prend des décisions, mais ces décisions ont été altérées à la source. Puisque la Côte d’Ivoire ambitionne de développer des modèles adaptés aux réalités locales, ce vecteur est particulièrement pertinent : un modèle empoisonné dès sa conception constitue une menace permanente et invisible.

La troisième catégorie, plus avancée encore, concerne les flux IA mutagènes et le prompt flux. Un attaquant peut aujourd’hui utiliser un grand modèle de langage pour générer automatiquement des centaines de variantes d’un même malware. Chaque variante présente une structure de code légèrement différente, suffisante pour contourner les antivirus qui fonctionnent par reconnaissance de signatures connues. C’est le principe d’un agent pathogène qui mute plus vite que les défenses immunitaires. Le prompt flux va encore plus loin : les instructions malveillantes injectées dans un système varient en temps réel de manière aléatoire. Un filtre de sécurité programmé pour bloquer certains schémas suspects se retrouve alors contourné, parce que chaque tentative d’intrusion se présente sous une forme différente. Aucun outil de filtrage classique ne peut suivre ce rythme.

Le prompt flux peut aussi déstabiliser un modèle au point d’en faire lui-même une surface d’attaque. Le danger est donc encore plus important.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que ces attaques ne sont pas encore pleinement maîtrisées dans les pays technologiquement les plus avancés, où elles représentent déjà un défi majeur pour les années à venir. Au regard des réalités que nous avons décrites dans nos pays, le danger est démultiplié.

Des équipes de cybersécurité parmi les mieux dotées au monde peinent encore à construire des défenses efficaces contre la prompt injection et le prompt flux. Les standards de réponse ne sont pas stabilisés, les outils sont encore en développement et les compétences restent rares. Si un prompt flux frappait aujourd’hui une infrastructure ivoirienne (une banque, un opérateur télécom, une administration) les dégâts seraient non seulement immédiats, mais potentiellement irréversibles : pas de sauvegarde, pas d’équipe de réponse à incident, pas d’outillage de détection comportementale, pas de playbook de crise, et souvent une méfiance persistante à l’égard des consultants extérieurs. Le système ne tomberait pas simplement en panne : il serait compromis en profondeur, de façon silencieuse, avant même que l’on comprenne ce qui s’est produit.

Les jeunes talents capables de développer ces compétences existent en Côte d’Ivoire. Je les identifie dans les compétitions de cybersécurité, dans les communautés techniques. Mais ils ne sont pas intégrés dans les organisations, non pas parce qu’on les en empêche activement, mais parce que les structures d’accueil ne sont pas pensées pour valoriser et retenir ces profils. C’est une perte nette pour la résilience nationale.

Le déploiement de l’intelligence artificielle en Afrique est une opportunité historique, et elle doit être saisie maintenant. Pas dans cinq ans. Pas quand tout sera parfait. Maintenant.

WAT : Le pays veut déployer l’IA dans des secteurs critiques comme la santé, l’agriculture et l’éducation. Peut-on avancer à grande échelle sans avoir sécurisé d’abord les fondations numériques ?

BB : Je veux d’abord être clair sur un point : le déploiement de l’intelligence artificielle en Afrique est une opportunité historique, et elle doit être saisie maintenant. Pas dans cinq ans. Pas quand tout sera parfait. Maintenant.

L’Afrique a la possibilité de ne pas reproduire les erreurs commises ailleurs, où l’économie numérique a parfois été construite sans intégrer la sécurité dès la conception. Elle peut faire mieux, et autrement. Mais cette fenêtre d’opportunité ne restera pas ouverte indéfiniment : les acteurs technologiques mondiaux, les investisseurs et les compétiteurs régionaux avancent. La vraie question n’est donc pas de choisir entre l’IA et la sécurité. La question est de savoir comment faire progresser les deux de manière simultanée, sans sacrifier l’une à l’autre.

Or, sur le terrain, ce n’est pas ce que j’observe. Les deux n’avancent pas ensemble, et les conséquences ne sont pas abstraites.

Prenons le cas d’un système d’IA déployé dans un établissement hospitalier public pour la gestion des dossiers patients et l’aide au diagnostic. Ce type de déploiement existe déjà dans d’autres pays. Ce système doit être connecté à un réseau, alimenté par une base de données patients et accessible à différentes catégories de personnel depuis des postes distincts. Lorsque j’interviens dans ces environnements, je trouve des réseaux non segmentés (le même réseau pour les médecins, les administratifs et les visiteurs), des identifiants partagés entre plusieurs utilisateurs, des données non chiffrées en transit comme au repos. Dans ce contexte, l’IA n’accroît pas seulement la valeur du système : elle accroît aussi sa surface d’exposition.

Un attaquant qui compromet ce système peut bloquer l’accès aux dossiers en situation d’urgence, altérer des données médicales ou exfiltrer les informations de milliers de patients. Des attaques de ce type ont déjà paralysé des hôpitaux en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Il n’y a aucune raison que le continent africain en soit durablement épargné.

Karen Diallo l’a d’ailleurs formulé elle-même au Cyber Africa Forum :
 « Il y a encore beaucoup d’entités qui ne voient pas la nécessité d’investir dans leur sécurité digitale jusqu’à ce qu’il soit trop tard ».

Le Label Safe IA, porté avec une intention légitime, soulève néanmoins une question de fond : sur quel référentiel technique repose-t-il ? Un label sans audit indépendant préalable, sans exigences techniques opposables, sans mécanisme de sanction en cas de non-conformité, ne constitue pas une garantie de sécurité. Il constitue surtout une déclaration d’intention.

Ce que je préconise n’est pas un frein au déploiement, bien au contraire. Je plaide pour que la sécurité soit intégrée comme condition d’accélération, et non comme obstacle. Un déploiement d’IA sécurisé dès la conception se déploie mieux, plus vite et avec une adoption plus large, parce qu’il inspire confiance. À l’inverse, un déploiement non sécurisé qui subit un incident majeur peut provoquer un recul de plusieurs années, en emportant avec lui la confiance des utilisateurs, des investisseurs et des partenaires institutionnels.

Ma position est donc simple : aucun déploiement d’intelligence artificielle dans un secteur critique (santé, agriculture, éducation) ne devrait être autorisé sans audit de sécurité préalable rendu obligatoire. Ce n’est pas une posture conservatrice. C’est la condition pour que cette opportunité historique se transforme en avantage durable, et non en vulnérabilité à grande échelle.

La digitalisation sans cybersécurité, c’est une ville que l’on bâtit sans portes ni serrures : plus elle grandit, plus elle devient vulnérable.

WAT : Derrière les grands discours sur la transformation numérique en Afrique, quel message central souhaitez-vous adresser aux décideurs ivoiriens et africains ?

Le message que je veux porter est clair : on ne peut pas construire une transformation digitale durable si la sécurité n’est pas pensée en même temps que cette transformation. La digitalisation sans cybersécurité, c’est une ville que l’on bâtit sans portes ni serrures : plus elle grandit, plus elle devient vulnérable.

Les ambitions affichées par le ministère de la Transition numérique sont réelles : développement du tissu start-up, déploiement de l’IA dans les services publics, positionnement de la Côte d’Ivoire comme hub régional. Ces orientations méritent d’être soutenues et accélérées. Mais lorsqu’on lit ces discours dans leur intégralité, la cybersécurité en est souvent absente. Ce silence n’est pas anodin. Il révèle un angle mort structurel : on numérise les processus, on connecte les administrations, on ouvre les marchés publics aux start-up, sans construire simultanément les mécanismes qui protègent cet écosystème.

Or chaque service digitalisé sans sécurisation préalable devient une nouvelle surface d’attaque. Chaque base de données constituée sans chiffrement prépare une future fuite de données. Chaque administration connectée sans cloisonnement réseau devient une porte d’entrée potentielle vers l’ensemble du système d’information de l’État.

Les conséquences sont déjà visibles. Des start-up ivoiriennes accèdent désormais aux marchés publics : c’est une avancée réelle. Mais ces mêmes structures, souvent dépourvues d’une véritable posture de sécurité, vont se connecter aux systèmes d’information de l’État et traiter des données sensibles. Elles deviennent alors des vecteurs d’accès pour des attaquants qui visent l’administration par rebond. C’est ce qu’on appelle une attaque de la chaîne d’approvisionnement (supply chain attack) : l’attaquant ne cible pas directement sa cible finale, il compromet d’abord le maillon le moins surveillé. J’ai documenté ce type de schéma en Côte d’Ivoire. La digitalisation crée de la valeur, mais elle crée aussi des interdépendances. Et si celles-ci ne sont pas sécurisées, elles deviennent des vulnérabilités systémiques.

Il y a également une réalité humaine que les discours sur la transformation digitale abordent encore trop peu. Les batailles internes de protection de périmètres d’influence au sein des entreprises et des administrations, la non-valorisation des jeunes talents, que certains managers ou supérieurs hiérarchiques marginalisent par peur de voir exposées leurs propres limites, ralentissent non seulement la cybersécurité, mais aussi la transformation digitale dans son ensemble. On ne se modernise pas en préservant à tout prix les pratiques qui freinent le changement.

Ce sont des boulets aux chevilles que le pays ne peut plus se permettre, au moment même où la transformation digitale s’accélère et où les menaces s’intensifient en parallèle.

Ce que je demande aux décideurs est donc précis : faites entrer les acteurs du secteur privé, les PME et les experts de terrain dans la construction de votre stratégie de digitalisation, pas seulement dans celle de la cybersécurité. Ce sont eux qui vivent les failles au quotidien. Ce sont eux qui savent où les systèmes cassent, où les processus numérisés créent des risques imprévus, et où les jeunes talents attendent d’être mobilisés. La transformation digitale se construit avec ceux qui la vivent sur le terrain.

Entretien réalisé par Adoni Conrad Quenum

Edité par M.F. Vahid Codjia

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Posted On mardi, 19 mai 2026 07:54 Written by

Alors que la consommation de données explose en Afrique, les opérateurs télécoms accélèrent les investissements dans les infrastructures sous-marines pour renforcer la résilience des réseaux. Orange participe ainsi à un nouveau projet de câble reliant l’Afrique et l’Europe.

Le groupe Orange a annoncé, le mardi 12 mai, la signature d’un protocole d’accord avec plusieurs acteurs télécoms et numériques en vue du lancement du projet de câble sous-marin « Via Africa ». Cette nouvelle infrastructure vise à renforcer la connectivité entre l’Europe et l’Afrique le long de la façade atlantique, dans un contexte de forte croissance des usages numériques sur le continent.

Le projet est porté par un consortium réunissant notamment Canalink, GUILAB, International Mauritania Telecom, Orange Côte d’Ivoire, Sonatel et Silverlinks. L’initiative repose sur un modèle de co-investissement permettant à chaque partenaire de participer à la gouvernance et au développement du système.

Le câble Via Africa entend relier plusieurs points d’atterrissage en Europe, notamment au Royaume-Uni, en France et au Portugal, à différents pays africains situés sur la côte atlantique, dont la Mauritanie, le Sénégal, la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Nigeria, avec une extension envisagée jusqu’à l’Afrique du Sud. Pensé comme un système « open cable », il vise à offrir une capacité ouverte et évolutive pour accompagner la hausse continue du trafic de données et diversifier les routes internationales.

À court terme, le consortium prévoit de financer une étude de tracé afin d’optimiser le parcours du câble en tenant compte des contraintes techniques, économiques et de résilience. Le lancement du processus de sélection d’un fournisseur industriel constitue également l’une des prochaines étapes clés du projet.

Ce nouveau développement intervient dans un environnement marqué par une accélération des investissements dans les infrastructures numériques en Afrique. Le continent dépend encore fortement d’un nombre limité de câbles sous-marins pour son accès à Internet international, ce qui le rend vulnérable aux interruptions. Ces dernières années, plusieurs projets majeurs ont été déployés ou annoncés, à l’image de 2Africa, soutenu par Meta et des opérateurs internationaux, ou encore Equiano développé par Google, qui relie déjà l’Europe à plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.

Dans ce contexte, le projet Via Africa s’inscrit dans une dynamique visant à améliorer la résilience des réseaux et à réduire les risques liés aux coupures de câbles, qui ont récemment perturbé la connectivité dans plusieurs pays africains. La multiplication des routes sous-marines apparaît désormais comme un enjeu stratégique pour sécuriser les échanges numériques. Au-delà des aspects techniques, l’enjeu est également économique. Un rapport de la Banque mondiale indique qu’une augmentation de 10 % du taux de pénétration du haut débit peut entraîner une hausse de 1,38 % du PIB dans les pays en développement.

Samira Njoya

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Posted On mardi, 19 mai 2026 07:40 Written by

La montée en puissance de l’e‑commerce transforme les habitudes de consommation à Maurice et entraîne une hausse du volume de colis traités par la douane. Un an après l’annonce d’un projet de cadre légal dédié, les autorités veulent désormais renforcer les outils numériques de contrôle.

Face à l’augmentation du volume de colis liés au commerce en ligne et à la multiplication des trafics illicites, Maurice veut renforcer le contrôle de ses flux postaux grâce au numérique. Le sujet a été au centre d’une rencontre tenue le vendredi 15 mai entre le junior minister des Finances, Dhaneshwar Damry, le directeur général de la Mauritius Revenue Authority (MRA), Rohit Ramnawaz, et une délégation des douanes sud-coréennes (Korean Customs Service).

Les échanges ont porté sur le renforcement des systèmes de gestion des risques et l’intégration de technologies avancées dans le traitement des colis entrants. Les autorités mauriciennes veulent notamment améliorer les capacités de détection des drogues, armes et marchandises frauduleuses grâce à des dispositifs de scanning et d’analyse automatisée. « La vision du gouvernement, c’est de digitaliser les services gouvernementaux afin d’améliorer leur efficacité et leur efficience, tout en gérant les risques grandissants liés au trafic de drogue et aux produits illicites », a déclaré Dhaneshwar Damry à l’issue de la rencontre.

Cette coopération s’inscrit dans un contexte de progression rapide de l’e‑commerce à Maurice. Selon les autorités douanières, entre 4000 et 5000 colis transitent chaque jour par le territoire mauricien, un volume en hausse porté par les achats en ligne et les plateformes internationales d’e‑commerce. Cette croissance complique le travail des services de contrôle, confrontés à des méthodes de fraude de plus en plus sophistiquées, notamment la sous‑évaluation des marchandises ou la dissimulation de produits prohibés dans les colis postaux.

L’initiative intervient alors que le gouvernement mauricien multiplie depuis plusieurs années les investissements dans la modernisation des services douaniers et fiscaux. La Mauritius Revenue Authority a engagé plusieurs projets liés à l’automatisation des procédures de dédouanement, à la gestion numérique des risques et au renforcement du contrôle des colis entrants. L’institution travaille notamment sur des systèmes de scanning avancés destinés à détecter plus efficacement les drogues, les armes et autres produits prohibés. Les autorités misent également sur la coopération internationale pour moderniser les infrastructures de contrôle et accélérer le traitement des marchandises tout en sécurisant les échanges commerciaux.

Samira Njoya

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Posted On lundi, 18 mai 2026 13:00 Written by

Le transport routier assure l’essentiel des échanges de marchandises au Maroc. Les autorités veulent accélérer la numérisation du secteur pour moderniser sa gestion et renforcer la sécurité routière.

Selon les données sectorielles, le transport routier représente plus de 75 % des flux de marchandises au Maroc et constitue l’un des piliers de la logistique nationale. Face à la croissance des échanges et à l’augmentation du trafic, les autorités marocaines accélèrent la numérisation du secteur afin d’améliorer la sécurité routière, moderniser les services administratifs et renforcer le suivi des activités de transport.

C’est dans ce contexte que le ministère du Transport et de la Logistique a signé, le jeudi 15 mai à Rabat, une convention de partenariat avec la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) et sa filiale CDG Incept. L’accord vise à accompagner la mise en œuvre de la feuille de route digitale du transport routier, dans le cadre de la stratégie nationale « Digital Morocco 2030 ».

Le partenariat prévoit la création d’une plateforme numérique intégrée dédiée au transport routier, incluant un système de chronotachygraphe numérique. Ce dispositif permettra de suivre en temps réel plusieurs données relatives aux véhicules, notamment la vitesse, les distances parcourues, les temps de conduite ou encore la localisation des camions et autocars.

Selon le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, cette solution doit permettre aux conducteurs et aux entreprises de transport d’assurer un suivi numérique plus précis de leurs opérations, tout en facilitant l’accès aux services administratifs. Les usagers pourront effectuer certaines démarches à distance via une plateforme centralisée, sans devoir se déplacer dans les services du ministère.

Les autorités veulent également utiliser ces outils numériques pour renforcer la sécurité routière. Le Maroc enregistre encore plusieurs milliers d’accidents de la route chaque année. D’après l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA), plus de 143 000 accidents corporels ont été recensés en 2024 dans le pays, causant plus de 4000 décès. Le suivi numérique des temps de conduite et des déplacements des véhicules pourrait ainsi contribuer à limiter certaines infractions liées à la fatigue, aux excès de vitesse ou au non‑respect des règles de circulation.

Cette transformation numérique intervient également dans un contexte de modernisation progressive de la logistique marocaine. Selon le ministère du Transport, le secteur contribue à environ 5 % du PIB national et joue un rôle stratégique dans les échanges commerciaux du royaume avec l’Europe et l’Afrique. Le développement des infrastructures portuaires, notamment autour du complexe Tanger Med, a accru les besoins en solutions numériques capables d’améliorer la traçabilité des marchandises et l’efficacité des chaînes logistiques.

Pour la CDG, ce projet constitue une première étape dans l’accompagnement de la digitalisation des procédures du ministère. Les travaux devraient s’étaler sur environ six mois. À terme, les autorités espèrent bâtir un écosystème numérique capable d’améliorer la gouvernance du transport routier, de fluidifier les opérations et de rapprocher davantage les services publics des professionnels et des citoyens.

Samira Njoya 

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Posted On lundi, 18 mai 2026 08:49 Written by

La transformation numérique des administrations devient un enjeu stratégique sur le continent. En Guinée, les autorités misent sur plusieurs projets structurants pour moderniser les services publics et renforcer leur performance.

La Guinée accélère la modernisation de son administration publique. Le ministère de la Modernisation de l’administration et de la Fonction publique a présenté, le vendredi 15 mai à Conakry, neuf projets stratégiques destinés à renforcer la numérisation des services publics, améliorer la gestion administrative et moderniser les outils de gouvernance de l’État.

Les initiatives portent notamment sur la numérisation des services publics à travers le Guichet unique des services publics (GUSP), la modernisation des systèmes de gestion des ressources humaines et le déploiement d’équipements numériques au sein de l’administration. Le programme prévoit également une cartographie détaillée de l’administration publique, un recensement des systèmes informatiques actuellement utilisés pour la gestion du personnel ainsi que le renforcement des capacités des agents publics à l’utilisation des outils numériques.

Les autorités veulent aussi réhabiliter et moderniser le Gouv‑Lab, restructurer les établissements publics administratifs (EPA) et rationaliser l’intervention de l’État afin d’améliorer la coordination administrative. Des outils digitaux, dont la plateforme FUGAS dédiée à la gestion des ressources humaines publiques, doivent également être renforcés. Selon le ministère chargé de la Fonction publique, ces projets doivent permettre de réduire les lourdeurs administratives, renforcer la transparence et améliorer l’accès des citoyens et des entreprises aux services publics.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme Simandou 2040, présenté par les autorités comme la nouvelle feuille de route économique et institutionnelle de la Guinée pour les quinze prochaines années. Longtemps associé au gigantesque projet minier de Simandou, ce programme englobe désormais plusieurs réformes liées au numérique, à la gouvernance publique et au développement des infrastructures. Les autorités cherchent ainsi à bâtir une administration plus performante et davantage orientée vers les résultats, dans un contexte où plusieurs pays africains accélèrent la transformation numérique de leurs services publics.

Les nouveaux projets interviennent alors que la Guinée a déjà engagé plusieurs initiatives dans le domaine de l’e‑gouvernement ces dernières années. Le pays dispose désormais d’un portail national de services publics donnant accès à plusieurs démarches administratives en ligne, notamment les demandes de passeport, de visa, d’actes d’état civil ou encore de permis biométriques. Le gouvernement a également lancé des plateformes numériques comme eTax pour la télédéclaration et le télépaiement des impôts, tandis que l’Agence nationale de digitalisation de l’État (ANDE), créée en 2022, pilote plusieurs projets liés à l’interconnexion des administrations, au développement de solutions numériques publiques et au déploiement du réseau métropolitain de fibre optique de Conakry.

Au‑delà de la modernisation administrative, les enjeux sont également économiques. La Guinée espère améliorer le climat des affaires, renforcer l’efficacité de l’action publique et faciliter les interactions entre l’administration, les citoyens et les entreprises. Les autorités estiment aussi que la digitalisation des procédures pourrait contribuer à réduire les délais administratifs, renforcer la traçabilité des opérations et améliorer la transparence dans la gestion publique.

Samira Njoya

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Posted On lundi, 18 mai 2026 08:36 Written by

Le pays a lancé un vaste chantier de modernisation de ses services publics afin de les rendre plus accessibles et efficaces par le numérique. Les archives administratives constituent un axe central de la réforme, avec l’objectif de les centraliser.

Le gouvernement tchadien a officiellement lancé, le jeudi 14 mai à N’Djamena, une plateforme numérique dédiée au Journal officiel de la République. Accessible via journalofficiel.td, ce portail vise à moderniser l’accès aux textes juridiques et administratifs, renforcer la transparence de l’action publique et faciliter la diffusion des informations officielles auprès des citoyens, des entreprises et des institutions.

La nouvelle plateforme centralise désormais les lois, décrets, communiqués officiels, avis d’appels d’offres, marchés publics approuvés ainsi que différents textes réglementaires publiés par l’État. Le portail permet également de consulter plus de 68 années d’archives administratives et réglementaires, couvrant la période allant de 1958 à aujourd’hui.

Financé par l’Union européenne et mis en œuvre avec l’appui du PNUD, le projet s’inscrit dans les efforts engagés par les autorités pour accélérer la transformation numérique de l’administration tchadienne. L’objectif est de sécuriser et préserver la mémoire administrative nationale tout en garantissant un accès plus rapide et plus large aux documents officiels. Le gouvernement souhaite également améliorer la transparence autour des marchés publics et renforcer la fiabilité de l’information administrative diffusée aux citoyens.

Cette initiative intervient dans un contexte où plusieurs pays africains accélèrent la numérisation de leurs services publics afin d’améliorer la gouvernance, réduire les délais administratifs et faciliter l’accès à l’information publique. La dématérialisation des journaux officiels apparaît également comme un moyen de renforcer la sécurité juridique et de simplifier les démarches des citoyens, des investisseurs et des professionnels du droit.

Au-delà de la modernisation administrative, le pays cherche à améliorer l’accès à l’information juridique et à renforcer l’attractivité du pays pour les investisseurs. La maîtrise nationale des infrastructures et des archives numériques constitue un enjeu stratégique pour construire une administration plus efficace, plus transparente et davantage accessible sur l’ensemble du territoire.

Samira Njoya

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Posted On vendredi, 15 mai 2026 10:22 Written by

La numérisation des services financiers gagne du terrain en Algérie. Entre hausse du nombre de cartes bancaires, déploiement des terminaux de paiement et progression des transactions électroniques, le pays cherche à installer durablement les usages numériques dans l’économie.

L’Algérie poursuit l’accélération de sa transition vers les paiements numériques. Le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, a annoncé le jeudi 14 mai devant le Conseil de la nation que le pays comptait, à fin mars 2026, plus de 22 millions de cartes de paiement en circulation, dont près de 18 millions de cartes Edahabia émises par Algérie Poste. Cette progression s’inscrit dans la stratégie de transformation numérique engagée par les autorités pour renforcer l’inclusion financière et moderniser les services de paiement.

Les chiffres communiqués par le ministère témoignent de cette progression. Le parc national de distributeurs automatiques de billets a atteint 4713 appareils à fin mars 2026, pour environ 235 millions d’opérations enregistrées. Le nombre de terminaux de paiement électronique (TPE) dépasse désormais les 104 000 unités, contre environ 68 000 à fin 2024, traduisant une accélération importante du déploiement des équipements chez les commerçants.

L’utilisation des moyens de paiement numériques progresse également en valeur. Selon les données du GIE Monétique, les paiements électroniques réalisés via TPE, Internet et mobile ont atteint 939 milliards de dinars (7 milliards $) en 2025, en hausse de 46 % sur un an. Les paiements sur Internet ont particulièrement progressé, avec plus de 27 millions de transactions enregistrées pour une valeur dépassant 145 milliards de dinars. Les transferts d’argent via mobile ont eux aussi connu une forte croissance, stimulés notamment par les applications BaridMob et Wimpay.

Cette dynamique est portée par plusieurs réformes engagées ces dernières années. Les autorités ont notamment créé, en 2024, une Commission nationale des moyens de paiement électronique afin d’accélérer le développement de la monétique et d’améliorer la sécurité des transactions. En parallèle, l’extension des services publics numériques, l’essor du commerce électronique et la généralisation progressive des paiements en ligne contribuent à modifier les habitudes de consommation dans un pays historiquement dominé par les paiements en espèces.

Le développement du e-paiement reste toutefois confronté à plusieurs défis. Malgré l’augmentation rapide du nombre de cartes et de TPE, l’usage du cash demeure largement dominant dans l’économie algérienne. Selon des données relayées récemment par le GIE Monétique, moins de 10 % des commerçants du pays disposent actuellement d’un terminal de paiement électronique.

Les autorités misent néanmoins sur la poursuite de la numérisation des services financiers pour accélérer l’adoption des paiements électroniques. Pour le gouvernement, l’enjeu dépasse la simple modernisation des transactions : il s’agit aussi de réduire l’économie informelle, d’améliorer la traçabilité des flux financiers et de favoriser une plus grande inclusion financière dans le pays.

Samira Njoya

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Posted On vendredi, 15 mai 2026 10:06 Written by

Depuis quelques années, les financements dans les jeunes pousses africaines ralentissent. Avec la hausse des taux d’intérêt, les investisseurs sont devenus de plus en plus sélectifs, obligeant les entrepreneurs technologiques africains à se tourner vers le financement par dette.

Le financement par dette est devenu, pour la première fois, le principal mode de financement dans l’écosystème des start-up africaines. Au premier trimestre 2026, la dette a représenté 305 millions USD sur les 600 millions de dollars levés, contre seulement 50 millions USD au premier trimestre 2025, soit un montant six fois supérieur en un an, selon les données d’Africa: The Big Deal.

Ce basculement s’inscrit dans une tendance de fond amorcée depuis plusieurs années. Selon le rapport annuel 2025 de Partech publié en janvier 2026, les financements par dette sont passés de 1,01 milliard USD fin 2024 à 1,64 milliard USD fin 2025, soit une hausse de 63 % sur un an.

Le nombre d’opérations a suivi la même trajectoire, progressant de 40 % pour atteindre 108 transactions, un niveau record sur le continent. En 2025, la dette a ainsi représenté 41 % de l’ensemble des capitaux investis dans les start-up africaines, contre 31 % en 2024 et 17 % en 2019.

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« Nous avons constaté que l’endettement constituait le changement structurel le plus important de l’année 2025. Encore marginal il y a quelques années, le financement par dette est devenu un pilier central du financement technologique africain », souligne Partech dans son rapport.

Pour le cabinet, cette progression ne traduit pas une reprise cyclique mais un changement durable des modes de financement. Un nombre croissant de start-up africaines atteint désormais un niveau d’activité, de génération de trésorerie et de gouvernance suffisant pour accéder à des instruments structurés et non dilutifs.

En avril 2026, le togolais Gozem a ainsi levé 24,5 millions USD en dette auprès de la Société financière internationale (SFI) pour financer l’expansion de sa flotte, tandis que la start-up agricole kényane Victory Farms a obtenu 15 millions USD via AgDevCo.

« Les chiffres semblent corrects à première vue, mais le fort recul des financements en capital [equity, Ndlr] et la raréfaction des petites levées témoignent d’un environnement plus difficile pour les start-up en phase d’amorçage », nuance Max Cuvellier Giacomelli, cofondateur d’Africa: The Big Deal.

La répartition géographique de la dette révèle des écarts marqués. En 2025, le Kenya arrive en tête avec 498 millions USD levés par dette, soit 48 % du capital total déployé dans le pays, suivi de l’Égypte (246 millions USD, +73 % sur un an), du Nigeria (160 millions USD, +132 %), du Sénégal (139 millions USD) et de l’Afrique du Sud (72 millions USD, -45 %).

Cette montée en puissance a toutefois une contrepartie. Le nombre total d’opérations a chuté de 34 % entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, passant de 140 à 92 transactions. Les petites levées, comprises entre 100 000 et 500 000 USD, sont passées de 73 à 32. Les start-up en phase d’amorçage, qui ne disposent pas encore d’une croissance suffisante pour accéder à la dette, se retrouvent ainsi exclues d’une partie du marché du financement.

Adoni Conrad Quenum

Edité par M.F. Vahid Codjia

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Posted On jeudi, 14 mai 2026 04:27 Written by

Dans un contexte de forte demande en emplois qualifiés, les compétences numériques prennent une place de plus en plus importante. Orange intensifie ses actions pour soutenir l’insertion professionnelle des jeunes en Afrique.

Investir dans le plus grand atout de l’Afrique : sa jeunesse. C’est autour de cet axe que le groupe Orange a dévoilé le mardi 12 mai, lors du Sommet Africa Forward organisé à Nairobi, une nouvelle phase de son engagement en faveur de l’employabilité des jeunes sur le continent.

Dans le cadre de sa stratégie de transformation socio-économique, l’opérateur ambitionne de former plus de 3 millions de jeunes d’ici 2030 aux métiers du numérique, notamment dans l’intelligence artificielle, la cybersécurité, le cloud ou encore l’entrepreneuriat. Ces formations, gratuites et certifiantes, seront déployées à travers un réseau élargi d’infrastructures dédiées.

Pour soutenir cet objectif, Orange prévoit l’ouverture de 50 nouveaux Orange Digital Centers, portant leur nombre total à 100 en Afrique et au Moyen-Orient. Le dispositif s’appuiera également sur des partenariats académiques, avec plus de 167 universités, ainsi que sur des plateformes d’apprentissage internationales comme Coursera. L’ambition est de renforcer l’accès aux compétences numériques et de mieux aligner les formations aux besoins du marché du travail.

Au-delà de la formation, le groupe entend également accélérer l’insertion professionnelle des jeunes. Orange prévoit ainsi d’accompagner plus de 500 start-up à l’horizon 2030, en s’appuyant sur un dispositif qui a déjà permis de soutenir plus de 400 jeunes entreprises sur le continent. L’objectif est de transformer les compétences acquises en opportunités économiques concrètes, dans des secteurs porteurs comme la fintech, la santé, l’agriculture ou encore le e-commerce.

Cette orientation vers l’emploi se matérialise notamment à travers le programme « Master Repair », développé en partenariat avec la GIZ. Déployé au Maroc, en Tunisie, au Sénégal et en Égypte, ce projet vise à former des jeunes aux métiers techniques liés à la réparation d’équipements électroniques, ainsi qu’à l’installation et à la maintenance de solutions énergétiques et de connectivité.

À mi-parcours, le programme a déjà permis à 285 jeunes d’acquérir des compétences opérationnelles, avec une attention particulière portée à l’inclusion : 26 % des bénéficiaires sont des femmes et près d’un tiers sont des personnes en situation de handicap. Le projet entre désormais dans une phase dédiée à l’insertion professionnelle, avec un accompagnement renforcé vers l’emploi salarié ou l’auto-emploi.

En combinant formation, accompagnement entrepreneurial et insertion professionnelle, Orange cherche à répondre à l’un des principaux défis du continent : la création d’emplois pour une population jeune en forte croissance. Cette stratégie s’inscrit dans une dynamique plus large visant à faire du numérique un levier d’inclusion économique et sociale en Afrique.

Samira Njoya

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Posted On mercredi, 13 mai 2026 08:17 Written by
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