Dans le cadre de la transformation numérique, le Burkina Faso accélère l’intégration des technologies dans tous les secteurs. Cela inclut la radiodiffusion, considérée comme un pilier de la souveraineté nationale.
Les autorités burkinabè prévoient de lancer de nouvelles technologies de diffusion numérique afin de moderniser le radiodiffuseur public et de faciliter l’accès des populations aux contenus audiovisuels.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’une stratégie globale de transformation de l’écosystème audiovisuel du pays. Cette dernière a été présentée par le DG de Société burkinabè de télédiffusion (STB), David Ganou, le lundi 23 mars, à l’occasion de la première session ordinaire 2026 du Conseil d’administration du secteur ministériel (CASEM).
Parmi les innovations envisagées, la technologie « TV White Space » permettra de fournir un Internet haut débit sur de longues distances, en particulier dans les zones rurales. La « 5G Broadcast » offrira la possibilité de regarder la télévision gratuitement, sans consommation de données mobiles ni carte SIM. La radio numérique, quant à elle, garantira une meilleure qualité sonore et une diffusion optimisée des contenus.
Le radiodiffuseur public projette également de migrer vers des plateformes numériques nationales (OTT), permettant aux citoyens d’accéder aux contenus sur mobile, tablette ou télévision connectée. L’archivage numérique sera développé pour valoriser les contenus nationaux et renforcer la mémoire audiovisuelle du pays. Le déploiement de la fibre optique viendra compléter cette modernisation, assurant une connectivité plus rapide et stable.
Cette transformation est jugée nécessaire face à l’évolution rapide du secteur audiovisuel. Comme l’a souligné M. Ganou, plus de 70 % du trafic Internet mondial provient aujourd’hui de la vidéo. Les usages se tournent vers le multi-écrans, le streaming à la demande et l’interactivité, tandis que les modèles traditionnels de diffusion sont progressivement remplacés par les plateformes numériques.
Outre le public, le secteur privé est également préoccupé par les enjeux du numérique. En décembre 2025, l’Union burkinabè des éditeurs privés de services de télévision (UBES TV) avait organisé un atelier de deux jours pour identifier des solutions capables d’adapter l’audiovisuel privé aux mutations technologiques et économiques en cours.
Isaac K. Kassouwi
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Le gouvernement burkinabè entend accélérer le développement d’une intelligence artificielle adaptée aux réalités locales, en intégrant les langues nationales au cœur de sa stratégie numérique. L’objectif est de réduire les barrières linguistiques qui limitent encore l’accès aux technologies numériques pour une grande partie de la population.
Le ministère de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques a engagé le mardi 24 mars des travaux visant à structurer les bases linguistiques nécessaires au développement de solutions d’intelligence artificielle. Les discussions ont notamment porté sur la formalisation de ressources exploitables par les modèles d’IA, en particulier pour quatre langues locales : le mooré, le dioula, le fulfuldé et le gulmancema.
Ces ressources sont essentielles pour concevoir des applications telles que la reconnaissance vocale, la traduction automatique ou encore la synthèse vocale, des technologies clés pour démocratiser l’accès aux services numériques dans un pays marqué par une forte diversité linguistique.
« À travers l’intégration des langues nationales dans les technologies émergentes, le Burkina Faso affirme sa volonté de bâtir une intelligence artificielle inclusive, accessible et adaptée à son contexte socioculturel. Cet atelier s’inscrit pleinement dans les 12 chantiers majeurs de la transformation digitale à l’horizon 2030, notamment le chantier dédié à une intelligence artificielle au service de tous les Burkinabè », informe le ministère.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large observée sur le continent. Plusieurs pays africains ont récemment lancé des programmes visant à intégrer les langues locales dans les technologies d’intelligence artificielle. Au Bénin, le projet « JaimeMaLangue » est en cours avec l’ambition de donner aux langues béninoises une existence numérique. Au Nigeria, les autorités ont récemment lancé N-ATLAS v1, un modèle de langage open source développé en partenariat avec Meta. Cette IA prend en charge plusieurs langues locales, dont le yoruba, le haoussa et l’igbo, en plus de l’anglais nigérian, avec l’ambition de réduire la fracture linguistique qui freine l’adoption des technologies sur le continent.
Dans le même temps, des acteurs technologiques internationaux s’intéressent de plus en plus à cette problématique. La filiale de Google dédiée à l’intelligence artificielle pour l’Afrique a récemment lancé le projet Wazal, visant à améliorer la prise en charge des langues africaines dans les modèles d’IA, notamment à travers la collecte de données linguistiques et le développement de systèmes de traduction. La base couvre 21 langues africaines, parmi lesquelles le haoussa, le yoruba, le luganda, l’acholi, le swahili, l’igbo ou encore le peul.
Au Burkina Faso, les autorités misent sur la production de données locales pour bâtir un écosystème d’IA plus souverain. Le projet est conduit en collaboration avec des acteurs publics et des structures de recherche, dans une logique de constitution de corpus fiables, indispensables à l’entraînement des modèles.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Face aux enjeux de modernisation et de compétitivité, le Sénégal mise sur le numérique pour transformer durablement son administration. À travers le New Deal Technologique, les autorités ambitionnent de bâtir un écosystème numérique plus performant et inclusif.
Le gouvernement sénégalais a procédé, mardi 23 mars, au lancement des projets structurants du New Deal Technologique, marquant l’entrée en phase opérationnelle de cette stratégie destinée à accélérer la transformation numérique de l’administration et de l’économie sénégalaises. Un an après son annonce, les autorités enclenchent ainsi une nouvelle étape, axée sur le déploiement de plateformes numériques et d’infrastructures visant à moderniser les services publics, renforcer la souveraineté numérique et améliorer l’accès des citoyens aux prestations de l’État.
Un guichet unique pour simplifier les services publics
Parmi les dispositifs phares figure la plateforme « e-Senegal », présentée comme un guichet unique permettant aux citoyens et aux entreprises d’accéder en ligne à leurs démarches administratives. L’objectif est de centraliser les services publics sur un point d’entrée unique, afin de réduire les délais, limiter les déplacements et améliorer la transparence.
Dans la même logique, la solution « e-Consulat » cible la diaspora en offrant un accès dématérialisé aux services consulaires, tandis que la plateforme « SenTrésor » introduit un système de paiement électronique unifié pour les redevances publiques, incluant les impôts, les droits de douane, et les services des collectivités territoriales.
Ces outils s’appuient sur une plateforme nationale d’interopérabilité permettant aux administrations d’échanger des données en temps réel, selon le principe du « once only » (ne fournir ses données qu’une seule fois), évitant aux usagers de répéter les mêmes informations.
Une gouvernance renforcée pour éviter les silos
Le déploiement de ces projets s’accompagne d’une refonte de la gouvernance du numérique. Le Comité de gouvernance du numérique (GouvNum), mis en place en mars 2025, est chargé de coordonner les initiatives digitales de l’État et d’en assurer la cohérence.
Cette approche vise à corriger les dysfonctionnements liés à la multiplication de projets non harmonisés entre administrations. En parallèle, le Conseil national du numérique, composé d’experts du secteur, joue un rôle consultatif pour orienter les choix stratégiques et anticiper les évolutions technologiques.
Connectivité et innovation au cœur de la stratégie
Le programme s’inscrit dans la stratégie Vision Sénégal 2050, qui prévoit un portefeuille d’investissements estimé à 1 100 milliards FCFA (environ 1,95 milliard USD) sur la période 2025-2034. Il intègre également un volet inclusion numérique, avec un projet visant à connecter plus d’un million de Sénégalais dans les zones blanches, afin de réduire la fracture territoriale en matière d’accès à Internet.
L’État mise notamment sur le développement d’infrastructures souveraines, avec le déploiement de data centers à Diamniadio et Orana, ainsi que sur le renforcement de la bande passante nationale, qui doit passer de 600 Mbps à 20 Gbps. Un cloud souverain est également en cours de mise en place afin d’assurer l’hébergement local des données publiques sensibles, dans un contexte où la cybersécurité devient un enjeu stratégique.
Parallèlement, le Start-up Act, désormais en phase d’exécution, ambitionne de structurer l’écosystème entrepreneurial en facilitant le financement et l’accompagnement des jeunes entreprises innovantes.
Une transformation structurelle de l’action publique
Au-delà des outils, les autorités sénégalaises présentent cette initiative comme une transformation en profondeur du fonctionnement de l’État. L’ambition est de passer d’une administration fragmentée à un système intégré, centré sur l’usager et fondé sur l’exploitation des données.
Avec cette phase de déploiement, le Sénégal cherche ainsi à bâtir un écosystème numérique cohérent, capable de soutenir la performance publique et de stimuler une économie digitale compétitive.
Samira Njoya
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La mortalité maternelle et néonatale reste un défi majeur au Kenya, malgré les progrès du système de santé. Pour répondre à ce défi, les autorités misent sur le numérique afin d’améliorer le suivi des patientes et la réactivité des services.
Le Kenya accélère la digitalisation de son système de santé pour améliorer la prise en charge des mères et des nouveau-nés. Le secrétaire d’État à la Santé, Aden Duale, a annoncé, lundi 23 mars, en marge d’une conférence internationale sur la santé maternelle, le lancement d’un dispositif de suivi en temps réel des naissances dans le cadre de l’initiative « Every Mother, Every Newborn Everywhere » couvrant la période 2026-2028.
— Hon. Aden Duale, EGH (@HonAdenDuale) March 23, 2026
Ce programme repose sur l’intégration d’outils numériques permettant de suivre les femmes pendant l’accouchement et les nouveau-nés au cours de leurs premiers jours de vie, une phase critique. L’objectif est de détecter rapidement les complications et d’orienter les interventions là où les besoins sont les plus urgents.
Une santé pilotée par la donnée
Ce dispositif s’inscrit dans la stratégie nationale de la santé numérique « Digital Health Superhighway », qui vise à renforcer l’utilisation des données dans la prise de décision sanitaire. Grâce à ce système, les autorités peuvent désormais disposer d’informations en temps réel sur les accouchements, les structures de prise en charge ainsi que les causes de complications ou de décès.
« Nous pouvons maintenant dire, en temps réel, combien de mères ont accouché, quelles structures les ont prises en charge et, en cas de complication, en identifier la cause et le contexte. Ce niveau de précision nous permet de réagir immédiatement et d’allouer les ressources là où elles sont le plus nécessaires », a déclaré le ministre.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de digitalisation des services publics au Kenya. Le pays a notamment lancé il y a quelques mois un registre numérique des naissances permettant l’enregistrement des enfants dès l’hôpital, afin d’améliorer la fiabilité des données et l’accès aux services essentiels.
Un levier pour la couverture sanitaire universelle
Le déploiement de ces outils intervient dans un contexte de progression de la couverture sanitaire au Kenya. Plus de 30 millions de personnes sont aujourd’hui enregistrées auprès de la Social Health Authority, leur donnant accès à des soins de santé primaires.
Cette dynamique contribue à améliorer l’accès aux services de santé, notamment pour les populations les plus vulnérables. Les premières tendances indiquent une augmentation du recours aux soins prénatals et aux accouchements assistés, ainsi qu’une réduction des obstacles financiers pour les ménages à faibles revenus.
Réduire les décès évitables
Au-delà de la technologie, les autorités mettent en œuvre des interventions ciblées à fort impact, notamment dans la gestion des urgences obstétricales, des hémorragies post-partum ou encore la prise en charge des nouveau-nés en situation critique.
Malgré ces avancées, la mortalité maternelle et néonatale reste un défi majeur au Kenya, comme dans de nombreux pays. L’introduction du suivi numérique vise ainsi à réduire les décès évitables en améliorant la qualité et la rapidité des soins.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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La numérisation des procédures commerciales s'impose comme le pilier de la réforme de l'État en Algérie. En structurant mieux les flux de marchandises destinées à la revente, les autorités cherchent à instaurer une transparence accrue et une prévisibilité indispensable à la stabilité du marché.
L’Algérie renforce l’encadrement de ses flux commerciaux extérieurs. Le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations a annoncé l’ouverture, du dimanche 22 mars au 30 avril prochain, d’une plateforme numérique dédiée au dépôt des programmes prévisionnels pour les opérateurs exerçant dans l’importation pour la revente en l’état.
Ce dispositif vise à centraliser les intentions d’achat des opérateurs économiques (activité n°4) afin d’ajuster au mieux les besoins du marché national tout en limitant les sorties de devises. Les acteurs concernés sont invités à soumettre leurs prévisions via le portail officiel (import.mcepe.gov.dz), conformément aux réformes engagées pour moderniser la gouvernance commerciale du pays.
Une stratégie de compression de la facture d'importation
Cette dématérialisation intervient alors que l’Algérie affiche une volonté ferme de rationaliser ses dépenses extérieures. Après avoir réussi à ramener la facture des importations de biens sous la barre des 45 milliards de dollars ces dernières années — contre plus de 58 milliards de dollars en 2014 — le gouvernement mise désormais sur la précision des données numériques pour éviter les pénuries tout en protégeant la production locale.
Le nouveau mécanisme s’articule avec le projet de fichier numérique national des biens et services produits localement, dévoilé la semaine dernière. L'objectif est double : identifier les capacités de substitution à l'importation et soutenir la dynamique des exportations hors hydrocarbures, que les autorités espèrent voir atteindre 29 milliards de dollars d’ici 2030.
En s'appuyant sur ces outils digitaux, l'administration douanière et commerciale entend réduire l'informel et assurer une meilleure traçabilité des flux financiers, tout en offrant aux opérateurs une procédure simplifiée et transparente pour l'obtention de leurs certificats de respect.
Samia Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Selon Kaspersky, l’Afrique subsaharienne a enregistré 138 millions de cyberattaques au premier semestre 2025. Cette pression croissante souligne l’urgence de renforcer les capacités en cybersécurité sur le continent.
L’Afrique structure sa riposte face à l’explosion des cybermenaces et au manque critique de main-d’œuvre qualifiée. Dans cette optique, l’International Cybersecurity Community for Africa (ICCA), une plateforme panafricaine de cybersécurité, a été lancée le vendredi 20 mars à Kigali, au Rwanda. Ce nouvel organe vise à fédérer les experts du continent et à accroître les capacités opérationnelles régionales.
The International Cybersecurity Community for Africa (ICCA) officially launched in Kigali on 20 March 2026.
— International Cybersecurity Community for Africa (@icca_afrika) March 21, 2026
More than just an organization, ICCA is a movement focused on building a stronger, more resilient cybersecurity ecosystem across Africa through collaboration, capacity… pic.twitter.com/hq7fUm09dz
Le dispositif se positionne comme un cadre de coopération dédié au partage d’informations sur les risques numériques, à l’apprentissage et au perfectionnement des talents. Son déploiement intervient alors que les attaques informatiques s’intensifient. Selon les indicateurs révélés lors de l’inauguration, les organisations africaines subissent en moyenne environ 1848 attaques hebdomadaires.
Pour répondre à cette pression, l’ICCA ambitionne de former un million de spécialistes d’ici 2030, un défi de taille alors que le continent n’en compte actuellement que 300 000 pour une demande en pleine expansion.
Afin de soutenir cet objectif, deux outils technologiques ont été présentés. Le premier, Umurinzi Cyber Threat Intelligence, permet de repérer les identifiants compromis sur le dark web et d’alerter les structures visées. Le second est un système de formation pratique, de type Capture the Flag (CTF). Il propose des simulations d’attaques pour renforcer l’expertise technique à des coûts maîtrisés et dans un environnement adapté aux réalités locales.
Soutenue par les autorités rwandaises et des partenaires internationaux, cette initiative s’intègre dans une stratégie globale de valorisation du capital humain et de protection des infrastructures critiques. À travers ce projet, les promoteurs souhaitent favoriser l’émergence d’un écosystème numérique intégré, apte à relever les défis de la transition digitale.
Dans sa feuille de route, l’ICCA prévoit d’étendre ses activités à une quinzaine de pays d’ici 2027 et d’instaurer des programmes de certification. À terme, l’institution compte lancer un indice africain de résilience cyber afin de mesurer le degré de préparation des États face à la cybercriminalité.
Samira Njoya
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La chute des recettes douanières sur les téléphones pousse le Cameroun à revoir son dispositif de collecte. Le gouvernement introduit un mécanisme électronique pour améliorer la traçabilité et limiter les pertes fiscales.
Le Cameroun accélère la modernisation de son administration douanière avec la mise en œuvre d’un mécanisme électronique de collecte des droits et taxes à l’importation des téléphones portables, tablettes et autres terminaux numériques. Le système, récemment entré en vigueur, vise à renforcer la traçabilité des appareils et à lutter contre les pertes de recettes liées à la fraude.
Présenté lors d’une session d’information organisée le jeudi 19 mars à Douala par le directeur général des Douanes, Fongod Edwin Nuvaga, ce nouveau système s’inscrit dans le cadre de la réforme prévue par la loi de finances 2023. Il repose sur une digitalisation complète du processus de déclaration, de liquidation et de paiement des droits de douane, via le système informatique CAMCIS.
Cette réforme intervient dans un contexte de forte érosion des recettes douanières issues des terminaux mobiles. Selon les données présentées par l’administration, elles sont passées d’environ 2 milliards FCFA (3,5 millions $) par mois dans les années 2000 à seulement 100 millions FCFA en 2025. Une chute attribuée notamment à la fraude, à la contrebande, à l’incivisme fiscal et à la multiplication des points d’entrée informels sur le territoire national.
Le nouveau mécanisme vise ainsi à restaurer l’équité fiscale et améliorer la mobilisation des ressources publiques, tout en renforçant la transparence des opérations. Il permet également une meilleure identification des terminaux circulant sur le marché, contribuant à la protection des consommateurs contre les risques liés aux appareils frauduleux, notamment en matière de cybercriminalité et de vols.
Concrètement, le dédouanement des équipements reste à la charge des importateurs, qui doivent effectuer leurs déclarations via la plateforme numérique des douanes. Les paiements peuvent être réalisés par des moyens électroniques, renforçant ainsi la traçabilité des flux financiers. Le dispositif introduit par ailleurs un contrôle plus strict de l’accès des terminaux aux réseaux de télécommunications : seuls les appareils régulièrement dédouanés, en itinérance ou ayant bénéficié d’une amnistie fiscale seront autorisés à se connecter.
Le nouveau mécanisme n’introduit pas de taxation supplémentaire et ne devrait pas entraîner de hausse des prix des appareils. Il vise plutôt à sécuriser les recettes existantes et à assainir le marché. Des mesures transitoires ont également été prévues. Les terminaux déjà en circulation sur le réseau local sont considérés comme régularisés, tandis que les distributeurs disposent d’un délai pour se conformer aux nouvelles exigences. Les petites quantités d’appareils non déclarés pourront faire l’objet de procédures simplifiées.
Portée par une collaboration entre plusieurs institutions publiques, dont le ministère des Postes et Télécommunications, l’Agence de régulation des télécommunications et l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication, ainsi que des partenaires privés, cette réforme illustre la volonté des autorités camerounaises de s’appuyer sur le numérique pour renforcer la gouvernance fiscale.
Samira Njoya
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La digitalisation des services publics s’accélère en Afrique avec un recours croissant aux outils d’IA. En Côte d’Ivoire, les autorités misent sur un chatbot pour fluidifier les échanges avec les citoyens.
Le gouvernement ivoirien accélère la digitalisation de ses services publics avec le lancement cette semaine de « EMY 101 », un assistant conversationnel basé sur l’intelligence artificielle. Accessible via WhatsApp et Messenger, cet outil vise à faciliter l’accès des citoyens à l’information administrative et à renforcer leur interaction avec les institutions publiques.
#CeQuiChangeiCI | 𝐄𝐌𝐘 𝟏𝟎𝟏, 𝐥𝐞 𝐂𝐡𝐚𝐭𝐛𝐨𝐭 𝐈𝐀 𝐝𝐮 𝐆𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭
— Gouvernement de Côte d'Ivoire (@Gouvciofficiel) March 18, 2026
𝐃𝐞 𝐪𝐮𝐨𝐢 𝐬'𝐚𝐠𝐢𝐭-𝐢𝐥 ?
Le Gouvernement ivoirien lance EMY 101, un assistant conversationnel intelligent, accessible directement sur WhatsApp et Messenger.
Ce chatbot permet aux… pic.twitter.com/g6uXiQ6xhR
Développé dans le cadre de la modernisation de l’administration, ce chatbot permet aux usagers d’obtenir rapidement des informations fiables sur l’action gouvernementale, ainsi que sur les démarches administratives, notamment pour l’état civil, la fiscalité ou les services ministériels. L’objectif est de réduire les déplacements physiques, souvent contraignants, et d’améliorer l’efficacité de la relation entre l’État et les citoyens.
Concrètement, EMY 101 se positionne comme un guichet numérique accessible en continu. Les utilisateurs peuvent également s’en servir pour signaler des préoccupations, envoyer des alertes ou encore identifier les contacts utiles au sein des services publics. Cette approche s’inscrit dans une logique de gouvernance participative en facilitant la remontée d’informations des citoyens vers l’administration.
L’outil contribue ainsi à plusieurs objectifs stratégiques : rapprochement de l’administration des citoyens, amélioration de l’accès à l’information publique, renforcement de la participation citoyenne et accélération du traitement des requêtes. Il s’appuie sur les usages numériques déjà largement répandus dans le pays, en particulier les applications de messagerie instantanée.
Pour utiliser le service, les citoyens doivent enregistrer le numéro WhatsApp dédié, puis envoyer le mot‑clé « Emy 101 » afin d’accéder aux différentes fonctionnalités proposées. Le service est également accessible via Messenger, tandis qu’un numéro vert, le 101, est mis à disposition pour compléter le dispositif.
Le lancement d’EMY 101 s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation numérique engagée par la Côte d’Ivoire. Le pays multiplie ces dernières années les initiatives visant à moderniser les services publics et améliorer leur accessibilité, dans un contexte où le numérique devient un levier clé de gouvernance et de développement. À travers ce type d’outils, les autorités ivoiriennes entendent renforcer l’efficacité de l’action publique tout en favorisant une administration plus transparente, réactive et centrée sur les besoins des citoyens.
Samira Njoya
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Avec un taux de pénétration d’Internet encore limité et des enjeux croissants de cybersécurité, la Côte d’Ivoire cherche à consolider son économie numérique. Le gouvernement affiche pour 2026 une feuille de route centrée sur l’inclusion, la confiance et l’innovation.
La Côte d’Ivoire entend accélérer sa transformation numérique en 2026 autour de cinq priorités stratégiques : l’élargissement de l’accès à Internet, la digitalisation de la collecte des recettes publiques, le développement des compétences et de l’inclusion numérique, le renforcement de la cybersécurité et la promotion de l’innovation technologique. Ces orientations ont été présentées le mardi 17 mars à Abidjan par le ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara (photo, au centre), à l’occasion de la rentrée budgétaire de son département.
Rentrée budgétaire 2026 :Budget : 83,275 milliards FCFA (+37 %)
— MTNIT (@MTNIT_CI) March 18, 2026
5 axes stratégiques :
📌Accès à Internet
📌Recettes de l'État
📌Inclusion numérique
📌Cybersécurité
📌Innovation technologique
Djibril Ouattara : La « juste dépense » comme boussole#TransitionNumérique pic.twitter.com/DJRAnJkwwf
Doté d’un budget de 83,2 milliards FCFA (145,5 millions $) pour 2026, en hausse par rapport aux 68,6 milliards FCFA de 2025, le ministère entend faire du numérique un levier central de modernisation de l’économie et d’amélioration des services publics. Les autorités misent notamment sur les paiements électroniques pour optimiser les recettes de l’État, tout en soutenant l’émergence d’un écosystème innovant et inclusif.
Ces priorités s’inscrivent dans un contexte de progression de l’usage du numérique dans le pays. Selon les données de DataReportal, le taux de pénétration d’Internet en Côte d’Ivoire atteignait environ 40,7 % à fin 2025, laissant entrevoir un potentiel important d’élargissement de l’accès, notamment dans les zones rurales encore peu desservies. Parallèlement, la montée en puissance des services numériques s’accompagne d’une exposition accrue aux risques cybernétiques, dans un environnement où les attaques informatiques ciblant les administrations et les entreprises se multiplient sur le continent.
Dans ce contexte, le renforcement de la cybersécurité apparaît comme un enjeu stratégique pour instaurer la confiance dans l’économie numérique. Les autorités ivoiriennes cherchent ainsi à consolider un cadre sécurisé, condition indispensable au développement des services en ligne, à l’attractivité des investissements et à la croissance des usages numériques.
Au-delà des ambitions affichées, la capacité à traduire ces priorités en résultats concrets dépendra de l’efficacité de l’exécution budgétaire et de la coordination entre les acteurs publics et privés, dans un environnement où les enjeux d’inclusion, de compétences et de confiance numérique restent déterminants pour l’essor du secteur.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Face aux limites de son système d’information économique, l’Algérie veut centraliser les données sur ses produits et services. L’objectif est de mieux orienter l’offre locale vers les marchés extérieurs et soutenir la diversification des exportations.
L’Algérie envisage de se doter d’un fichier numérique national exhaustif recensant l’ensemble des biens et services produits localement, afin de mieux structurer son offre exportable. Le projet a été au cœur d’une réunion de coordination présidée mardi 17 mars à Alger par le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig (photo, au centre).
#Commerce_extérieur
— Algérie Presse Service وكالة الأنباء الجزائرية (@Algerie_aps) March 17, 2026
Vers la création d’un fichier numérique des services et produits fabriqués en #Algérie
🔗https://t.co/P1BG0KZTZj pic.twitter.com/nc3L8uxHdg
Ce dispositif vise à mettre en place une base de données centralisée et actualisée, permettant d’orienter plus efficacement les produits algériens vers les marchés extérieurs et d’en améliorer la visibilité. Il devrait également faciliter l’identification des capacités productives nationales, dans un contexte où les informations restent encore dispersées entre plusieurs administrations. Cette initiative s’inscrit dans un contexte de diversification économique, alors que les hydrocarbures représentent encore près de 90 % des recettes d’exportation du pays. Dans ce cadre, la structuration et la valorisation de l’offre locale apparaissent comme des leviers essentiels pour renforcer la présence des produits algériens à l’international. Le projet devrait également permettre aux différents secteurs d’identifier plus précisément leurs besoins en biens et services, contribuant ainsi à une meilleure coordination des politiques publiques. Les autorités espèrent, à terme, disposer d’un outil capable de soutenir une stratégie d’exportation plus ciblée et d’améliorer la compétitivité des entreprises locales.
Samira Njoya
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Malgré un écosystème de start‑up parmi les plus dynamiques d’Afrique, le Kenya reste confronté à des contraintes d’accès au financement pour ses jeunes entreprises. Les autorités cherchent à lever ces obstacles afin de soutenir la croissance et l’industrialisation du numérique.
Le Kenya muscle le financement de son écosystème technologique en s'attaquant au verrou du crédit local. Le mardi 17 mars à Nairobi, le Fonds d’équipement des Nations unies (FENU) et la Co‑operative Bank of Kenya ont acté un mécanisme de garantie de portefeuille de prêts. Ce dispositif, intégré au programme DigiKen, est conçu pour rassurer les banques face au risque perçu des jeunes pousses numériques et des plateformes en pleine croissance.
𝐋𝐚𝐮𝐧𝐜𝐡 𝐨𝐟 𝐅𝐢𝐧𝐚𝐧𝐜𝐢𝐧𝐠 𝐅𝐚𝐜𝐢𝐥𝐢𝐭𝐲 𝐭𝐨 𝐔𝐧𝐥𝐨𝐜𝐤 𝐆𝐫𝐨𝐰𝐭𝐡 𝐟𝐨𝐫 𝐈𝐧𝐝𝐢𝐠𝐞𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐃𝐢𝐠𝐢𝐭𝐚𝐥 𝐏𝐥𝐚𝐭𝐟𝐨𝐫𝐦𝐬 𝐚𝐧𝐝 𝐌𝐒𝐌𝐄𝐬
— Ministry of Info, Comms & The Digital Economy KE (@MoICTKenya) March 17, 2026
Nairobi, Kenya – 17th March, 2026
The Ministry of Information, Communications and the Digital Economy today… pic.twitter.com/rWoBshALxJ
Le dispositif repose sur un mécanisme de partage des risques, permettant d’encourager les banques à accorder des prêts à des entreprises numériques en phase de croissance. En réduisant l’exposition des établissements financiers, l’initiative entend lever l’un des principaux obstacles au développement des start‑up sur le continent : l’accès au financement.
Un écosystème numérique en forte structuration
Ce mécanisme intervient dans un contexte de montée en puissance de l’économie numérique kényane. Le pays s’est imposé ces dernières années comme l’un des principaux hubs technologiques d’Afrique, porté par un écosystème dynamique de start‑up, notamment dans les fintechs, les plateformes de services et le commerce numérique.
Cette dynamique est confirmée par les classements internationaux. Selon l’indice StartupBlink de mars 2026, le Kenya figure parmi les écosystèmes de start‑up les plus performants du continent, avec 612 start‑up répertoriées, consolidant ainsi son statut de pôle régional d’innovation. Les investissements publics dans les infrastructures ont également contribué à cette évolution. Selon les autorités, plus de 40 000 kilomètres de fibre optique ont déjà été déployés à travers le pays, tandis que la plateforme gouvernementale eCitizen revendique plus de 16 millions d’utilisateurs, avec environ 500 000 connexions quotidiennes.
Lever les contraintes de financement des start‑up
Malgré ces progrès, l’accès au financement reste un défi majeur pour les jeunes entreprises numériques. Souvent perçues comme risquées en raison de modèles économiques encore émergents, elles peinent à mobiliser des capitaux auprès des banques traditionnelles. Le mécanisme mis en place vise ainsi à corriger cette défaillance du marché en mobilisant des partenaires publics et privés autour d’un modèle de financement innovant. En partageant les risques, les acteurs impliqués espèrent stimuler l’octroi de crédits et accompagner le passage à l’échelle des entreprises locales.
Samira Njoya
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Selon la Banque mondiale, le secteur forestier est le premier employeur privé au Gabon, avec près de 15 000 emplois. Les autorités cherchent désormais à renforcer la gouvernance de cette filière stratégique, notamment à travers des outils numériques de suivi.
Le gouvernement gabonais a annoncé, le jeudi 12 mars la mise en place d’une centrale numérique de données destinée à assurer la traçabilité complète des grumes, de la forêt au port d’exportation. L’annonce a été faite par le ministre des Eaux et forêts, Maurice Ntossui Allogo, lors d’une communication consacrée à la modernisation de la filière bois et à l’amélioration du suivi des ressources naturelles du pays.
Le dispositif prévu reposera sur la digitalisation et la centralisation des données forestières. Il permettra notamment le suivi de chaque arbre dès la phase d’aménagement, avec l’intégration de la géolocalisation GPS avant la coupe, le cubage du bois extrait, ainsi que le contrôle des quantités envoyées aux usines, transformées puis exportées. L’objectif est également d’harmoniser les informations entre les différentes administrations impliquées, notamment les services des Eaux et Forêts et ceux des Douanes.
Cette initiative intervient dans un contexte marqué par des incohérences dans les statistiques du secteur. Selon les données communiquées par le ministère, 1,5 million de m³ de grumes ont généré plus de 42 milliards FCFA (73,5 millions $) en 2024, contre plus de 3 millions de m³ en 2025 pour seulement 31 milliards FCFA de recettes. Des écarts que les autorités jugent difficiles à expliquer et qui mettent en évidence des insuffisances dans le système actuel de suivi et de contrôle des données.
En mettant en place cette centrale numérique, les autorités entendent renforcer la transparence, améliorer la fiabilité des statistiques, réduire les risques de fraude et consolider la souveraineté forestière du Gabon. À terme, l’outil devrait permettre un meilleur contrôle de la chaîne de valeur, de la production à l’exportation, et soutenir une gestion plus efficace et durable des ressources naturelles.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Dans un contexte de diversification économique, le Botswana cherche à renforcer la compétitivité de ses zones économiques spéciales. Le développement d’infrastructures numériques apparaît comme un levier clé pour attirer les investisseurs et moderniser ces espaces.
L’opérateur Orange Botswana et l’Autorité des zones économiques spéciales (SEZA) ont scellé, le vendredi 13 mars, un partenariat stratégique pour moderniser les infrastructures numériques des pôles d'investissement du pays. Ce protocole d’accord définit un cadre de collaboration axé sur l’innovation technique et le déploiement de solutions connectées sur mesure.
« La connectivité numérique est désormais un facteur essentiel de la compétitivité économique. Grâce à cette collaboration, nous visons à renforcer les capacités en matière de TIC et de télécommunications dans ces zones afin que les entreprises qui y opèrent puissent bénéficier de solutions numériques modernes », a indiqué la directrice générale d’Orange Botswana, Nene Maiga (photo, à gauche).
Le cœur de ce partenariat repose sur l'intégration de technologies de pointe dans les zones économiques. Orange Botswana prévoit notamment d'y déployer des services basés sur l’Internet des objets (IoT) pour la gestion des services publics, des systèmes de sécurité intelligente, ainsi que des solutions de connectivité avancées. L'objectif est de transformer ces espaces en écosystèmes intelligents, capables de répondre aux exigences de productivité des investisseurs internationaux.
Ce partenariat s’inscrit dans la stratégie du Botswana visant à diversifier son économie au-delà du secteur minier, en misant sur l’industrialisation et l’attraction d’investissements étrangers. Les zones économiques spéciales constituent à cet égard des instruments clés de politique économique. Elles offrent un cadre réglementaire et fiscal incitatif destiné à attirer des entreprises industrielles, logistiques et de services. Dans un contexte de transformation numérique, leur compétitivité repose de plus en plus sur la qualité des infrastructures technologiques, notamment la connectivité, les plateformes numériques et les services intelligents.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Avec plus de deux millions d’enfants hors école et un enseignement supérieur en quête de modernisation, le gouvernement malien mise sur un partenariat avec Orange Mali pour accélérer la transition numérique des campus.
Lors d’une audience accordée le vendredi 13 mars au nouveau directeur général d’Orange Mali, M. Leyti N’Diaye, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, M. Bouréma Kansaye, a réaffirmé la volonté du gouvernement d’approfondir la collaboration avec l’opérateur télécom. D’après le communiqué officiel du gouvernement malien, quatre chantiers ont structuré les discussions, à savoir la connectivité des universités, la digitalisation de l’enseignement, le développement de bibliothèques numériques et la création d’une Université numérique. Ce dernier projet, présenté comme prioritaire, vise à « moderniser et à élargir l’accès à l’enseignement supérieur au Mali ».
Le ministre a mis l’accent sur l’importance stratégique d’Orange Mali dans le développement numérique du pays, saluant la qualité du partenariat existant entre l’opérateur et son département. Le directeur général, lui, a présenté sa visite comme une démarche de prise de contact destinée à consolider cette coopération. Au‑delà du protocole, l’ambition est plus large. Connectivité des campus, ressources documentaires en ligne et enseignement à distance doivent, ensemble, réduire le manque d’accès, l’obsolescence pédagogique et le décalage persistant entre formations et emplois.
Un pari sur l’avenir dans un contexte éducatif sous pression
Cette initiative prend forme dans un contexte marqué par de profondes fragilités. Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), plus de deux millions d’enfants maliens âgés de 5 à 17 ans ne vont toujours pas à l’école, et plus de la moitié des jeunes de 15 à 24 ans sont analphabètes. La situation s’est aggravée avec l’insécurité. D’après les données de la Cellule de planification et de statistiques du secteur de l’éducation, 2036 écoles étaient fermées en juin 2025, privant de scolarisation quelque 610 800 enfants.
À l’université, la pression est tout aussi forte. Selon le Bulletin statistique de la Direction générale de l’enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (DGESRS), les effectifs des établissements publics sont passés de 88 379 étudiants en 2019-2020 à 147 855 en 2021-2022, soit une progression de près de 39 % en deux ans. Une croissance rapide, mais encore trop peu inclusive. La part des femmes dans l’enseignement supérieur, bien qu’en hausse, ne dépassait pas 37,98 % en 2021-2022.
Le taux brut de scolarisation dans l’enseignement supérieur au Mali reste parmi les plus bas du continent. L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) l’estimait à 3 % pour les femmes et 6 % pour les hommes en 2019, dernières données disponibles pour le Mali. À titre de comparaison, ce taux atteignait 9 % en Afrique subsaharienne, loin des 42 % à l’échelle mondiale en 2024. Un écart qui mesure l’ampleur du chemin à parcourir. Les États généraux de l’éducation, tenus en janvier 2024, avaient d’ailleurs conclu à la nécessité d’une transformation fondamentale du système, notamment sur la qualité de l’enseignement, l’intégration des technologies et la formation des enseignants.
Le partenariat avec Orange Mali, s’il se concrétise, pourrait constituer un premier pas dans cette direction. Si l’élan est réel, les modalités concrètes, les échéances et les budgets restent à préciser, et c’est la formalisation d’un cadre opérationnel qui dira si cet accord de principe se traduit en actes.
Félicien Houindo Lokossou
Edité par Sèna D. B. de Sodji