Du secteur des assurances aux fintechs dédiées à l’énergie propre, il trace sa voie. Le Zimbabwéen déploie une infrastructure numérique qui optimise la distribution de technologies propres dans plusieurs pays d’Afrique australe.

Simbarashe Gwenzi (photo) est un entrepreneur panafricain zimbabwéen. Il est cofondateur et directeur général de SoshoPay, une entreprise technologique qui développe des outils numériques destinés à faciliter l’accès à l’énergie propre et aux équipements productifs en Afrique.

Fondée en 2023, la start-up est basée au Royaume-Uni, et déploie aujourd'hui ses solutions au Zimbabwe, en Afrique du Sud et en Zambie. Sa plateforme permet à ses partenaires de gérer l'intégralité du parcours client, depuis l'inscription initiale jusqu'au suivi des paiements et de l'utilisation des machines. Dans ce modèle, les partenaires conservent la responsabilité du financement, de la distribution des produits et de la relation commerciale.

Pour optimiser cette gestion, SoshoPay intègre des outils d'enregistrement, des systèmes de suivi des équipements et des tableaux de bord analytiques. Ces fonctionnalités offrent aux institutions financières et aux distributeurs une visibilité inédite sur les habitudes de consommation et de paiement de leurs usagers, leur permettant d'affiner leurs services et de prendre des décisions stratégiques plus éclairées.

La surveillance à distance des installations financées constitue un autre atout majeur de la plateforme, aidant les partenaires à rationaliser leurs opérations techniques. De plus, SoshoPay propose des outils d'intégration fluides qui se connectent directement aux systèmes de paiement et aux infrastructures logicielles déjà existantes chez ses clients.

Axée sur l'émancipation économique des petites structures, l'entreprise affiche déjà des résultats concrets. Selon les données de son site institutionnel, la plateforme a permis d'accompagner plus de 568 petites et moyennes entreprises, dont la moitié sont dirigées par des femmes. Elle assure le suivi de plus de 400 000 dollars d'actifs et maintient un taux de réussite des paiements exceptionnel de 98 %.

Profil d'un financier devenu serial entrepreneur de la tech

Le parcours de Simbarashe Gwenzi combine une expertise fine de la finance et de la tech. Il est diplômé de l’Université du Zimbabwe où il a obtenu en 2014 un bachelor en économie. Il est aussi titulaire d’un master en sciences actuarielles, gestion des risques et assurance obtenu en 2018 à la National University of Science and Technology.

Sa carrière débute dès 2012 en tant qu'analyste des risques de crédit chez KM Financial Solutions. Il met ensuite ses compétences au service du secteur des assurances en devenant analyste de données chez Heritage Life en 2018, avant d'occuper un poste similaire chez le commerçant Verimark entre 2020 et 2021.

Parallèlement à sa carrière de cadre, l'homme d'affaires a multiplié les initiatives entrepreneuriales. Dès 2016, il cofonde Nanosoft IT Solutions, une entreprise technologique qu'il dirige jusqu'en 2021. Toujours engagé dans l'écosystème du financement, Simbarashe Gwenzi est également le fondateur et membre du conseil d'administration de YEC Fund, une institution de microfinance dédiée au soutien des entreprises.

Melchior Koba

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Pour les usines et les centres de santé, sécuriser l’approvisionnement électrique tout en réduisant la facture carbone est le nouveau défi industriel. Un entrepreneur s’attaque à cette équation complexe à travers des solutions de surveillance énergétique centralisée.

Tobechukwu Arize est un entrepreneur nigérian installé à San Francisco, aux États-Unis. Il est cofondateur et directeur général de PowerLabs, une entreprise spécialisée dans la gestion et l’optimisation de l’énergie.

Fondée en 2023, PowerLabs développe des solutions qui permettent aux utilisateurs de mieux comprendre leur consommation énergétique, de réduire leurs dépenses et d’améliorer la continuité de leurs activités. L’entreprise repose sur deux principaux outils complémentaires.

Le premier est un capteur appelé Pai Enterprise Sensor. Cet équipement est conçu pour surveiller l’ensemble des sources d’énergie utilisées par une organisation à partir d’un seul dispositif. Le second est le Pai Enterprise Dashboard, une plateforme qui rassemble dans une interface unique les informations relatives à la consommation et aux performances énergétiques. Ces outils permettent d’obtenir une vue d’ensemble de l’utilisation de l’électricité et d’identifier les possibilités d’amélioration.

L’entreprise s’adresse notamment aux usines, aux hôpitaux, aux salles de sport et à d’autres organisations dont les activités dépendent fortement d’une alimentation électrique fiable. Ses solutions sont conçues pour aider ces structures à limiter leurs coûts énergétiques tout en réduisant les interruptions qui peuvent affecter leur fonctionnement quotidien.

Tobechukwu Arize est diplômé du Trinity College Dublin (Irlande), où il a obtenu un bachelor en économie et gestion. Il fait ses premières armes dans le secteur dès 2014, lors d’un stage chez ResourceKraft Energy Management Solutions, une entreprise spécialisée dans les technologies de gestion de l’énergie.

Il consolide ensuite son expertise au sein du géant américain Google pendant sept ans, entre 2015 et 2022. Il y a successivement occupé les fonctions de responsable analytique au Nigeria, gestionnaire de comptes en Afrique, directeur du marketing produit pour le continent, avant de piloter la stratégie et les opérations à l’échelle mondiale.

Juste avant de cofonder sa propre entreprise, Tobechukwu Arize a mis ses compétences au service de Google X, une filiale et centre de recherche et développement d’Alphabet Inc. (société mère de Google), de 2022 à 2023. Il y a été responsable du développement des partenariats et de la stratégie de commercialisation.

Melchior Koba

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Avec un déficit de 220 MW à Libreville, le Gabon fait face à un défi énergétique majeur pour ses ambitions technologiques. La mobilisation de financements pour injecter 200 MW dans le réseau est désormais la condition première au fonctionnement du futur data center IA.

Le Gabon a conclu, le mercredi 11 mars, une mission économique à Washington visant à sécuriser les bases énergétiques de son futur écosystème numérique. Conduite par le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, et le ministre du Pétrole et du Gaz, Clotaire Kondja, la délégation gabonaise a rencontré investisseurs et institutions américaines afin d’explorer des solutions de financement pour accroître la capacité électrique du pays.

Coordonnée par l’entreprise technologique américaine Cybastion, la mission visait notamment à mobiliser 200 MW supplémentaires de production d’électricité, considérés comme nécessaires pour soutenir les projets industriels et numériques en cours. Lors d’une table ronde organisée par la Chambre de commerce des USA, les responsables gabonais ont présenté aux entreprises américaines les opportunités d’investissement dans les infrastructures énergétiques de leur pays.

Selon les autorités, la région de Libreville fait face à un déficit énergétique estimé à environ 220 MW, un manque de capacité qui limite l’expansion des infrastructures numériques à forte intensité énergétique. Dans ce contexte, la sécurisation de nouvelles sources d’électricité constitue une condition préalable au développement du centre de données national dédié à l’intelligence artificielle, conçu pour héberger et traiter localement les données publiques et privées du pays, afin de réduire la dépendance aux infrastructures étrangères et renforcer la souveraineté numérique.

Ce projet s’inscrit dans le cadre du partenariat stratégique conclu en janvier dernier entre le gouvernement gabonais et Cybastion pour développer les infrastructures numériques nationales. L’accord prévoit notamment la construction d’un data center de nouvelle génération à Libreville, destiné à héberger et traiter localement les données publiques et privées du pays, afin de réduire la dépendance aux infrastructures étrangères et renforcer la souveraineté numérique.

Au-delà des infrastructures, le partenariat comprend également un volet de développement des compétences. À travers le programme Africa DigiEmpower, mis en œuvre avec la Cisco Networking Academy, environ 1000 jeunes Gabonais devraient être formés aux métiers du numérique et de la cybersécurité.

Samira Njoya

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Favorisée par l’absence d’infrastructures électriques adéquates, l’Afrique devient le terrain de jeu des innovations les plus agiles. L’adoption de solutions solaires transforme actuellement des millions de vies. Mais cette mutation reste fragile, au regard de diverses contraintes qui persistent.

L’Afrique demeure l’épicentre de la pauvreté énergétique mondiale. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), sur les 730 millions de personnes qui n’avaient toujours pas accès à l’électricité dans le monde, la grande majorité se trouvait en Afrique subsaharienne. Le groupe de la Banque africaine de développement (BAD) évoque plus de 600 millions d’Africains, soit environ la moitié de la population du continent. « Pour ces personnes, la vie quotidienne est un combat éclairé par la faible lueur des lampes à pétrole ou le ronronnement intermittent des groupes électrogènes au diesel. Ces solutions palliatives sont non seulement coûteuses, mais aussi polluantes, perpétuant un cycle de pauvreté et de dégradation de l’environnement. Au rythme actuel de l’électrification et avec la croissance démographique rapide de l’Afrique, le nombre de personnes privées d’électricité restera largement inchangé si nous ne prenons pas des mesures audacieuses et immédiates », déplore la BAD. Compte tenu des enjeux de productivité, d’éducation et de santé sur le continent, l’électrification décentralisée par le solaire est devenue plus stratégique que jamais, d’après l’AIE.

Bien que le Groupe de la Banque mondiale et la Banque africaine de développement se soient associés pour favoriser l’accès de 300 millions de personnes à l’électricité en Afrique d’ici 2030 dans le cadre de l’initiative « Mission 300 », la Banque mondiale reconnaît que l’énergie solaire hors réseau est le moyen le plus rapide et le plus rentable d’alimenter 41 % des personnes dans le monde vivant sans accès à l’énergie d’ici 2030. Cette solution a desservi 561 millions de personnes en 2023 et assuré 55 % des nouveaux raccordements en Afrique subsaharienne entre 2020 et 2022. Par rapport au raccordement au réseau ou au mini-réseau, le solaire hors réseau est une solution moins coûteuse, qui peut être mise en œuvre plus rapidement pour répondre aux niveaux de demande actuels, soutient la Banque mondiale.

Le solaire transforme des vies

Aujourd’hui, face aux défis que rencontrent les réseaux électriques nationaux (faible couverture, capacités limitées, vétusté des équipements, cherté des tarifs), les solutions solaires hors réseau créent une valeur économique mesurable. Dans son rapport « Off-Grid Solar Market Trends Report 2024 », la Banque mondiale estime que les générateurs fournissent près de 9 % de l’électricité en Afrique subsaharienne, ce qui coûte aux ménages entre 28 et 50 milliards de dollars par an en carburant, auxquels s’ajoutent 10 à 20 % supplémentaires en frais d’entretien. Les kits et appareils solaires réduisent les coûts énergétiques des ménages, prolongent les heures d’activité des commerces, sécurisent la chaîne du froid et augmentent les revenus des petites entreprises. L’électricité change la vie : elle offre de la lumière pour étudier, de la ventilation et de la réfrigération pour la santé et l’alimentation, l’information via la radio ou la télévision éducative, et une sécurité accrue la nuit. Les pompes solaires renforcent la résilience face aux sécheresses et soutiennent la productivité agricole, tandis que la réfrigération réduit les pertes post-récolte et permet une meilleure conservation des vaccins et médicaments dans les centres de santé. Le Programme d’aide à la gestion du secteur énergétique (ESMAP) indique que ses analyses montrent que ces « usages productifs » se diffusent rapidement dans les chaînes de valeur locales (agroalimentaire, artisanat, services).

« Les systèmes solaires hors réseau permettent aux ménages, aux entreprises et aux agriculteurs d’utiliser l’électricité de manière productive et de générer des revenus. Dans une enquête menée auprès de plus de 79 000 clients hors réseau dans 31 pays, 86 % des utilisateurs de pompes à eau solaires ont vu leur productivité augmenter et 60 % ont étendu leurs surfaces cultivées, ce qui a entraîné une augmentation des revenus pour 88 % d’entre eux. De même, 88 % des réfrigérateurs ont été utilisés à des fins productives, 81 % des utilisateurs déclarant une amélioration de leur qualité de vie. En 2023, plus de 3 millions de personnes utilisaient leur système solaire domestique pour gérer une entreprise », explique l’ESMAP. Le modèle de financement Pay-as-you-go (PAYGo), ou paiement à l’usage, a fortement contribué à l’expansion du secteur de l’énergie solaire hors réseau (OGS), notamment en Afrique subsaharienne. Le client verse un acompte initial, entre en possession de l’équipement solaire, puis continue à verser des paiements réguliers sur une période donnée jusqu’au solde total. Les paiements sont généralement effectués via Mobile Money (argent mobile), un canal largement disponible en Afrique subsaharienne, bien que d’autres méthodes incluent les cartes à gratter, du crédit de communication et le paiement en espèces.

Au cœur de cette nouvelle manière d’apporter de l’électricité à un prix abordable à des millions d’Africains, on trouve une diversité d’acteurs de terrain qui ont vu le potentiel transformateur du solaire en Afrique et se mobilisent.

Un secteur privé engagé

Entre 2018 et 2024, les start-up spécialisées dans le solaire hors réseau se sont renforcées en Afrique, consolidant l’accès du continent à l’électricité. Bien que le financement capté par ces entreprises soit passé de 194 millions de dollars à 192 millions de dollars en 2024, après avoir atteint 425 millions de dollars en 2023, le dynamisme du secteur ne s’est toutefois pas émoussé. Sun King fait partie des nombreuses start-up qui s’illustrent en Afrique au cours des dernières années. La société, qui revendique la fourniture d’énergie solaire à 30 % des ménages kenyans grâce à ses produits, a signé en juillet 2024 un accord de titrisation de 156 millions de dollars avec ABSA, Citi, The Co-operative Bank of Kenya, KCB Bank et Stanbic Bank Kenya. Cet accord s’ajoute à celui de 130 millions de dollars effectué en 2023 pour permettre la fourniture de 3,7 millions de produits solaires au Kenya. De son côté, Bboxx s’est consolidé au fil des cinq dernières années. En acquérant PEG en 2022, la société a étendu son empreinte en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Mali. Sa présence dans une dizaine de pays lui permet de fournir ses produits solaires à plus de 2,5 millions de personnes.

Même le groupe télécoms Orange a fait de l’énergie solaire hors réseau une priorité stratégique. Il faut dire qu’en favorisant l’accès à l’énergie, la société soutient aussi l’accès à ses offres Internet mobile et Mobile Money. À travers Orange Energies, l’opérateur revendiquait plus de 600 000 foyers connectés en 2024, soit près de 4 millions de personnes avec accès à l’énergie dans 13 pays. Avec un positionnement de partenaire de tous les producteurs d’énergie, Orange Energies a développé une plateforme IoT, Orange Smart Energies, qui permet le PAYGo et le smart metering. Ainsi, Orange peut collaborer avec l’ensemble des producteurs d’énergie, qu’ils soient vendeurs de kits solaires, opérateurs nationaux d’électricité (utilities) ou constructeurs de mini-réseaux. En ajoutant la brique digitale, Orange Energies offre la possibilité à tous les ménages de prépayer leur énergie à leur rythme, en fonction de leurs revenus. En collaboration avec ses partenaires comme Koolboks, Biolite, Sun King, Solar Run, Orange Energies propose une diversité de produits tels que des panneaux solaires, des batteries intelligentes pour stocker l’électricité et optimiser la consommation, des lampes LED, des prises USB et des accessoires adaptés aux besoins des ménages ruraux, avec un catalogue de matériels variés allant du ventilateur au congélateur, en passant par la télévision et la radio.

L’expertise d’Orange Energies dans l’électrification solaire va plus loin et lui a valu la reconnaissance d’organisations internationales et locales. En juin 2024, la société a remporté un appel d’offres de l’AFD de 150 000 euros pour accélérer l’électrification rurale de plus de 400 localités en Côte d’Ivoire, dans le cadre du projet MAX, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France. En septembre 2024, la Banque mondiale et la GIZ lui ont confié un contrat de 360 000 dollars pour équiper 8000 foyers hors réseau en solutions solaires autonomes au plus tard en juin 2025, dans des zones prioritaires identifiées par la Banque mondiale au Liberia. Orange Energies a également signé un partenariat public-privé avec l’État guinéen (Agence Guinéenne d’Électrification Rurale – AGER) et le développeur de mini-réseaux IPT PowerTech pour la construction d’un mini-réseau ABC qui va alimenter six localités en électricité : Kalenko, Siguiri, Yèndè Milimou, Nongoa, Ouendé Kènèma et Fangamandou, avec un modèle de prépaiement connecté pour les clients.

En clair : le solaire hors réseau en Afrique n’est plus une expérimentation. C’est un secteur industriel, financier et social, qui électrifie, crée des revenus et redessine le quotidien. Pour que cette promesse dure, plusieurs défis doivent être traités de front.

Des risques persistent toutefois

Le marché seul ne suffira pas à électrifier l’Afrique rurale. Pour atteindre les ménages les plus pauvres et les zones les plus difficiles, il faut de l’argent public — subventions directes, garanties, financements concessionnels. Les estimations du secteur indiquent qu’il faudrait environ 3,6 milliards de dollars par an jusqu’en 2030 pour électrifier, via le solaire hors réseau, les centaines de millions de personnes pour lesquelles c’est la solution la moins coûteuse. Environ 40 % de cette somme devrait être sous forme de subventions ciblées, pour abaisser le prix final dans les zones les plus reculées et les contextes fragiles et touchés par les conflits. Il reste à mobiliser ces fonds.

Le modèle de paiement progressif (PAYGo), bien qu’il permette d’étaler le coût d’un kit solaire, se heurte de plein fouet à l’extrême pauvreté. Seule une minorité de ménages ruraux est en mesure de supporter une mensualité, même modeste. La facture s’alourdit dans les zones reculées ou en proie aux conflits, où les surcoûts logistiques peuvent augmenter le prix final de 57 %. Ainsi, seulement 22 % des ménages non raccordés à l’électricité dans le monde peuvent assumer le remboursement mensuel d’un kit solaire via PAYGo — un taux qui chute à 16 % en Afrique subsaharienne. Confrontés à cette barrière financière, de nombreux foyers se rabattent encore sur des solutions de court terme (bougies, lampes à pétrole, groupes électrogènes partagés), dont le coût à long terme s’avère pourtant plus élevé.

Cette précarité des ménages affecte directement la santé financière des entreprises et met en péril leur pérennité. Le taux de recouvrement des paiements PAYGo stagne autour de 62 %, et un client sur quatre rencontre des difficultés de paiement. Par ailleurs, la plupart des start-up solaires s’endettent en devises étrangères (dollars ou euros) mais sont remboursées en monnaie locale, ce qui les expose à un risque de change important.

À ces défis s’ajoutent l’inflation et l’effondrement de certaines monnaies locales, qui entraînent des hausses de prix. Au Nigeria, par exemple, le coût de lanternes solaires de base a augmenté de 91 % à 300 % en monnaie locale en 2023, annulant les baisses de prix des composants sur les marchés internationaux.

Enfin, la dépendance aux importations et l’absence de filière locale posent un défi structurel. Sans assemblage local, sans réseau de maintenance fiable et sans accès à des pièces détachées abordables, les systèmes tombent fréquemment en panne, et les foyers se retrouvent de nouveau privés d’électricité. La prolifération de produits solaires bas de gamme — représentant près de 70 % des ventes — sape la confiance des consommateurs. Le manque de compétences techniques pour l’installation, la maintenance et le dépannage, en particulier dans les zones isolées, complète cette liste d’obstacles qui entrave le déploiement massif des solutions solaires hors réseau.

Muriel EDJO

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Le royaume mise sur le numérique et l’énergie verte pour consolider sa compétitivité et renforcer son rôle régional. À travers des investissements dans les infrastructures technologiques et la formation, le pays ambitionne de créer un hub d’innovation et de souveraineté technologique dans le Sud.

La ville de Dakhla (région Dakhla-Oued Eddahab) va accueillir un data center alimenté par des énergies renouvelables et un Institut Jazari consacré à l’intelligence artificielle et à la transition énergétique. Deux partenariats ont été signés le vendredi 15 novembre entre Amal El Fallah Seghrouchni, ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, et les autorités de la région.

Le premier accord vise la création du data center « Igoudar Dakhla », de nouvelle génération, avec des capacités d’hébergement, de stockage et de traitement de données pour des besoins nationaux et internationaux. Le projet repose sur des infrastructures cloud avancées, des compétences numériques locales et des solutions de refroidissement naturel, permettant de réduire la consommation énergétique. Avec une capacité annoncée de 500 mégawatts, il sera entièrement alimenté par une ferme solaire et éolienne, dans le cadre de l’initiative Digital for Sustainable Development (D4SD).

Le second accord concerne la création de l’Institut Jazari de l’intelligence artificielle et de la transition énergétique, un institut dédié à la formation, à la recherche et à l’innovation dans les domaines de l’IA, de l’Internet des objets et de leurs applications énergétiques. Il proposera des plateformes de recherche et d’expérimentation, un accompagnement pour les start-up et impliquera des étudiants et des chercheurs dans des projets appliqués sur les énergies renouvelables, le dessalement, l’hydrogène vert et les réseaux électriques intelligents.

Ces initiatives s’inscrivent dans le développement intégré de la région Dakhla-Oued Eddahab, visant à positionner le Maroc comme un hub numérique arabo-africain et à renforcer sa connectivité internationale, en particulier à l’approche de la Coupe du monde 2030. Elles mettent également l’innovation et le capital humain au cœur de la stratégie numérique et énergétique du royaume.

Sur le plan économique, ce data center s’inscrit dans un marché en forte croissance. Le marché marocain des centres de données devrait générer 766,81 millions USD en 2025, selon Statista, avec une progression annuelle estimée à 6,35 % entre 2025 et 2030, pour atteindre environ 1,04 milliard USD. De plus, le royaume représenterait 35 % de la nouvelle capacité énergétique prévue pour les data centers en Afrique, selon ResearchAndMarkets.

La mise en œuvre de ces projets devrait permettre au Maroc de renforcer sa souveraineté numérique, de stimuler la création d’emplois qualifiés dans le secteur technologique et de soutenir le développement d’une chaîne de valeur régionale autour du cloud, de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité.

Samira Njoya

Edité par Sèna D. B. de Sodji

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La start-up nigériane Rana Energy a levé 3 millions $ en pré-amorçage pour développer sa plateforme d’énergie propre alimentée par l’intelligence artificielle. Soutenue par Techstars, EchoVC Eco et FSDH Asset Management, elle gère un réseau solaire virtuel permettant aux entreprises de réduire leurs coûts et leur dépendance au diesel, avec une expansion prévue au Ghana et en Zambie.

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Le secteur des télécommunications fait partie des plus gros consommateurs d’énergie, majoritairement issue de sources fossiles. Face à cette réalité, les opérateurs cherchent activement des alternatives plus durables afin de réduire leur impact environnemental.

Orange Moyen-Orient et Afrique (OMEA) a solarisé plus de 12 000 sites en 2024, soit une hausse de plus de 50 % par rapport à 2023, selon son rapport de responsabilité sociétale « Cultiver l’impact ». Désormais, 25 % des installations de l’entreprise dans la zone sont alimentées par l’énergie solaire. L'opérateur se positionne ainsi pour atteindre son objectif Net Zéro Carbone d’ici 2040, grâce à des investissements massifs dans les énergies renouvelables et l’économie circulaire.

« Chez OMEA, nous nous engageons à développer un numérique responsable, inclusif et durable, en utilisant pour la satisfaction de nos besoins un maximum d’énergies renouvelables et en incitant nos fournisseurs à en faire de même », déclare la société dans son rapport.

Cette stratégie de solarisation a permis à l’entreprise d’économiser plus de 35 millions de litres de carburant et d’éviter l’émission de plus de 80 000 tonnes de CO₂ équivalent (CO₂éq.) Par ailleurs, la part d’énergie renouvelable dans la consommation globale d’OMEA atteint désormais 35,6 %, soit une progression de plus de 4 points par rapport à 2023.

Dans le cadre de son objectif climatique, Orange s’est engagé à réduire de 90 % ses émissions de CO₂éq. sur l’ensemble de ses activités. Cela inclut les émissions directes, liées à l’usage d’énergies fossiles, et les émissions indirectes, issues de la consommation d’électricité et de l’ensemble de la chaîne de valeur, fournisseurs comme clients. Les 10 % d’émissions résiduelles seront compensés par des projets de séquestration via des puits de carbone naturels, notamment par la restauration et la protection d’écosystèmes.

Mais au-delà des impacts environnementaux, la solarisation du réseau présente aussi des enjeux économiques et opérationnels majeurs, sur un continent où les opérateurs télécoms sont particulièrement exposés aux défis énergétiques. Ces défis incluent des coupures de courant fréquentes, un accès limité au réseau électrique, des coûts énergétiques élevés et des obstacles logistiques à l’adoption des énergies renouvelables. À cela s’ajoute une forte dépendance au diesel, qui entraîne des coûts importants et des inconvénients opérationnels pour les opérateurs.

Étant une source d’énergie renouvelable, le solaire offre une solution adaptée pour compenser le manque d’accès à une électricité fiable, en fournissant une énergie propre, disponible localement et renouvelable. Cela garantit la disponibilité du réseau de l’opérateur même dans des zones où le réseau électrique est limité ou indisponible.

Orange MEA comptait 161 millions de clients dans 17 pays fin décembre 2024. La société a enregistré un chiffre d’affaires de 770 millions d’euros (soit 895,45 millions de dollars américains), en hausse de 11 % par rapport à 2023. Elle a investi 1,4 milliard de dollars pour développer ses infrastructures et ses technologies.

En accélérant la solarisation de son réseau, Orange MEA illustre sa volonté de conjuguer performance opérationnelle, responsabilité environnementale et résilience énergétique sur l’ensemble du continent.

Isaac K. Kassouwi

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La start-up sud-africaine Open Access Energy (OAE) a levé 1,8 million de dollars pour accélérer le développement de ses plateformes d’échange d’électricité basées sur l’intelligence artificielle. Un financement, soutenu par E3 Capital, Equator VC et Factor E Ventures, pour répondre à la demande croissante pour des solutions énergétiques flexibles et décentralisées en Afrique du Sud.

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Après ses études, il s’est installé au Gabon pour y développer des solutions technologiques adaptées aux besoins locaux. Son travail vise à améliorer l’accès aux services d’électricité grâce aux outils numériques.

Basé au Gabon, Birane Ndiaye (photo) est un expert en communication et entrepreneur technologique. Il est le fondateur et directeur général d’Orema Technology, une start-up lancée en 2018, spécialisée dans les solutions connectées pour le secteur de l’énergie.

Orema Technology développe des outils basés sur l’Internet des objets (IoT) afin de moderniser la gestion des compteurs électriques à prépaiement, notamment ceux de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG), commercialisés sous le nom d’EDAN. L’entreprise a conçu un boîtier intelligent, relié à une application mobile, permettant aux usagers de consulter leur consommation, de recharger leur crédit et de suivre leur utilisation en temps réel, le tout à distance depuis un smartphone.

« Acheter du crédit EDAN et recharger son compte pendant la saison des pluies alors que c’est crucial nous a vraiment fait réfléchir. Comme tous les compteurs EDAN sont installés à l’extérieur des concessions, nous nous sommes dit qu’il fallait trouver une solution qui convienne à tout le monde. Le numérique était la clé à notre problème », a expliqué Birane Ndiaye, évoquant la genèse du projet en 2019.

Birane Ndiaye est titulaire d’un diplôme en relations publiques, publicité et communication appliquée obtenu à l’université de Johannesburg en Afrique du Sud. Entre 2016 et 2017, il a travaillé comme directeur général de la Société équatoriale des Mines (SEM) au Gabon.

Melchior Koba

Edité par Sèna D. B. de Sodji

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Il parie sur l’innovation technologique pour transformer la façon dont les ménages utilisent l’électricité. À travers sa start-up, il ambitionne de rendre l’énergie plus propre, plus intelligente et accessible à tous. 

Jon Kornik (photo) est un entrepreneur en série et expert en finance originaire d’Afrique du Sud. Il est cofondateur et président-directeur général de Plentify, une start-up spécialisée dans l’énergie intelligente, dont l’objectif est de rendre l’électricité propre et abordable accessible à tous. 

Fondée en 2017, Plentify conçoit des technologies innovantes qui connectent les appareils domestiques à des sources d’énergie plus économiques et respectueuses de l’environnement. L’entreprise développe des solutions intelligentes et durables qui favorisent les économies d’énergie et contribuent à la construction de systèmes énergétiques plus résilients. 

Parmi ses produits phares figure HotBot, un contrôleur intelligent destiné aux geysers. Il optimise leur consommation énergétique et inclut un système de détection des fuites, réduisant ainsi les risques d’éclatement, souvent coûteux. SolarBot, une autre innovation, analyse les données météorologiques, les calendriers de délestage et les habitudes de consommation afin d’optimiser la production solaire des utilisateurs. 

Avant Plentify, Jon Kornik a lancé en 2008 Selador Capital, une société de capital-risque social dédiée à la création d’entreprises rentables en Afrique du Sud. La même année, il fonde le bureau Afrique subsaharienne de South Pole Carbon Asset Management, une société spécialisée dans le développement d’actifs carbone et le conseil climatique. 

Jon Kornik est diplômé de l’Université du Cap, où il a obtenu en 2005 un master en finance. Il détient aussi un master en entreprise sociale et entrepreneuriat obtenu en 2011 à la Columbia Business School. 

Il débute sa carrière en 2006 chez McKinsey & Company en tant qu’analyste commercial. En 2011, il rejoint Google en tant que responsable énergie et développement durable, avant d’être promu en 2014 directeur du département d’accès à l’énergie et d’investissements, un poste qu’il occupe jusqu’en 2016. 

Melchior Koba

Edité par Sèna D. B. de Sodji

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