Du secteur des assurances aux fintechs dédiées à l’énergie propre, il trace sa voie. Le Zimbabwéen déploie une infrastructure numérique qui optimise la distribution de technologies propres dans plusieurs pays d’Afrique australe.
Simbarashe Gwenzi (photo) est un entrepreneur panafricain zimbabwéen. Il est cofondateur et directeur général de SoshoPay, une entreprise technologique qui développe des outils numériques destinés à faciliter l’accès à l’énergie propre et aux équipements productifs en Afrique.
Fondée en 2023, la start-up est basée au Royaume-Uni, et déploie aujourd'hui ses solutions au Zimbabwe, en Afrique du Sud et en Zambie. Sa plateforme permet à ses partenaires de gérer l'intégralité du parcours client, depuis l'inscription initiale jusqu'au suivi des paiements et de l'utilisation des machines. Dans ce modèle, les partenaires conservent la responsabilité du financement, de la distribution des produits et de la relation commerciale.
Pour optimiser cette gestion, SoshoPay intègre des outils d'enregistrement, des systèmes de suivi des équipements et des tableaux de bord analytiques. Ces fonctionnalités offrent aux institutions financières et aux distributeurs une visibilité inédite sur les habitudes de consommation et de paiement de leurs usagers, leur permettant d'affiner leurs services et de prendre des décisions stratégiques plus éclairées.
La surveillance à distance des installations financées constitue un autre atout majeur de la plateforme, aidant les partenaires à rationaliser leurs opérations techniques. De plus, SoshoPay propose des outils d'intégration fluides qui se connectent directement aux systèmes de paiement et aux infrastructures logicielles déjà existantes chez ses clients.
Axée sur l'émancipation économique des petites structures, l'entreprise affiche déjà des résultats concrets. Selon les données de son site institutionnel, la plateforme a permis d'accompagner plus de 568 petites et moyennes entreprises, dont la moitié sont dirigées par des femmes. Elle assure le suivi de plus de 400 000 dollars d'actifs et maintient un taux de réussite des paiements exceptionnel de 98 %.
Profil d'un financier devenu serial entrepreneur de la tech
Le parcours de Simbarashe Gwenzi combine une expertise fine de la finance et de la tech. Il est diplômé de l’Université du Zimbabwe où il a obtenu en 2014 un bachelor en économie. Il est aussi titulaire d’un master en sciences actuarielles, gestion des risques et assurance obtenu en 2018 à la National University of Science and Technology.
Sa carrière débute dès 2012 en tant qu'analyste des risques de crédit chez KM Financial Solutions. Il met ensuite ses compétences au service du secteur des assurances en devenant analyste de données chez Heritage Life en 2018, avant d'occuper un poste similaire chez le commerçant Verimark entre 2020 et 2021.
Parallèlement à sa carrière de cadre, l'homme d'affaires a multiplié les initiatives entrepreneuriales. Dès 2016, il cofonde Nanosoft IT Solutions, une entreprise technologique qu'il dirige jusqu'en 2021. Toujours engagé dans l'écosystème du financement, Simbarashe Gwenzi est également le fondateur et membre du conseil d'administration de YEC Fund, une institution de microfinance dédiée au soutien des entreprises.
Melchior Koba
Alors que les crypto‑actifs gagnent du terrain en Afrique, le Zimbabwe rejoint les pays du continent qui structurent progressivement ce marché. Une réforme visant à renforcer la surveillance d’un écosystème en forte croissance mais encore largement informel.
Le gouvernement du Zimbabwe a annoncé qu’il allait obliger les entreprises opérant dans le secteur des crypto‑monnaies à s’enregistrer auprès des autorités financières, dans le cadre d’un dispositif destiné à encadrer un marché jusque‑là largement informel.
Selon des règlements émis par le ministre des Finances, Mthuli Ncube, et rapportés par Reuters, les sociétés impliquées dans l’achat, la vente, le transfert ou la conservation d’actifs numériques devront désormais s’inscrire chaque année auprès de la Financial Intelligence Unit (FIU), un organisme de lutte contre le blanchiment d’argent hébergé au sein de la Banque de réserve du Zimbabwe.
L’enregistrement sera assorti de frais de 500 USD pour la première inscription et de 400 USD pour le renouvellement annuel. Toute exploitation sans enregistrement sera considérée comme une infraction, marquant la volonté des autorités de placer le secteur sous un cadre de surveillance formelle.
Cette décision intervient après plusieurs années de restrictions sur les crypto‑actifs dans le pays. Dès 2018, les autorités avaient limité les activités liées aux monnaies numériques, poussant une grande partie des échanges vers des circuits informels et des plateformes de pair‑à‑pair.
Sur le plan continental, cette évolution s’inscrit dans un contexte de forte progression de l’adoption des crypto‑actifs en Afrique subsaharienne. Selon une étude publiée en septembre par la société Chainalysis, spécialisée dans l’analyse de données relatives à la blockchain, les transactions en cryptomonnaies ont atteint 205 milliards USD en Afrique subsaharienne entre juillet 2024 et juin 2025, portées notamment par les transferts transfrontaliers et les usages liés aux remittances.
Dans de nombreux pays africains, les crypto‑monnaies sont de plus en plus utilisées comme alternative aux circuits bancaires traditionnels, notamment en raison des coûts élevés des transferts internationaux. La Banque mondiale indique que les frais de transferts en Afrique subsaharienne figurent parmi les plus élevés au monde, dépassant régulièrement 6 % du montant envoyé.
Le Zimbabwe rejoint ainsi une tendance plus large de structuration du secteur des actifs numériques sur le continent. En Afrique du Sud, les prestataires crypto sont encadrés par la Financial Sector Conduct Authority (FSCA), tandis qu’au Nigeria, la Securities and Exchange Commission (SEC) a mis en place un régime d’enregistrement progressif des plateformes d’échange.
Au Kenya, une loi sur les Virtual Asset Service Providers (VASP) prévoit un cadre de supervision partagé entre la Banque centrale et l’autorité des marchés financiers, illustrant une approche hybride de la régulation des actifs numériques.
Samira Njoya
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Dans un contexte marqué par les difficultés économiques et les perturbations du système financier au Soudan, cette fintech cherche à proposer une alternative financière accessible aux particuliers et aux commerçants.
Cashi est une solution fintech développée par une start-up soudanaise. Elle a mis en place une plateforme de services financiers numériques destinée à faciliter les paiements et les transactions quotidiennes sur mobile. Basée dans la ville de Khartoum, la start-up, lancée en 2016, est dirigée par sa PDG, Tarneem Saeed (photo).
La solution permet notamment d’effectuer des transferts d’argent, des paiements de factures et des achats de crédits téléphoniques depuis une application mobile. L’objectif est de simplifier l’accès aux services financiers numériques dans un environnement où les infrastructures bancaires traditionnelles font face à de fortes contraintes.
La plateforme cible aussi bien les particuliers que les commerçants souhaitant numériser certaines opérations de paiement. Elle mise sur une interface mobile simplifiée afin d’élargir l’usage des transactions électroniques dans le pays.
Cashi s’inscrit dans une dynamique d’essor des fintech africaines cherchant à accélérer l’adoption des paiements numériques. Au Soudan, ces solutions prennent une dimension particulière en raison des difficultés d’accès aux services financiers classiques et des besoins croissants en outils de paiement dématérialisés.
« Alors que le Soudan était en proie à des conflits et à des difficultés, Cashi est devenu une bouée de sauvetage. Elle a rendu possibles des services que le système bancaire traditionnel ne pouvait pas offrir », explique la start-up.
À terme, des plateformes comme Cashi pourraient accélérer l’adoption des services financiers numériques au Soudan et réduire la dépendance aux transactions en espèces, encore largement dominantes dans l’économie locale.
Adoni Conrad Quenum
Edité par M.F. Vahid Codjia
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En Côte d’Ivoire, la fintech Green Pay se positionne sur le marché des paiements marchands avec une solution visant à faciliter l’acceptation de différents moyens de paiement au sein d’un même écosystème.
Green Pay est une solution fintech développée par une jeune pousse ivoirienne. Elle propose une infrastructure permettant aux commerçants de recevoir des paiements via le mobile money, les cartes bancaires, les paiements par code QR ou encore les portefeuilles électroniques, sans avoir à multiplier les terminaux ni les intégrations techniques.
Basée à Abidjan, la start-up a été lancée en 2019 par Anouar Traboulsi et Hervé Tairou. Elle a pour objectif de « créer un vaste réseau de points d’acceptation à la disposition des abonnés mobiles pour les paiements marchands ».
Dans un contexte marqué par la coexistence de plusieurs systèmes de paiement sur le continent, allant du mobile money aux réseaux bancaires traditionnels, Green Pay mise sur l’interopérabilité comme levier d’inclusion financière et de modernisation du commerce de détail.
La solution s’adresse principalement aux commerçants, aux chaînes de distribution et aux prestataires de services confrontés à une fragmentation des moyens de paiement. Elle permet également la gestion de services additionnels tels que le paiement de factures, les transferts d’argent ou encore la génération de rapports d’activité.
Le modèle repose sur un réseau de terminaux et de points d’acceptation connectés, conçu pour élargir l’accès aux services financiers numériques, notamment dans les zones où l’infrastructure bancaire reste limitée. L’un des principaux enjeux pour ce type de solution demeure son adoption à grande échelle par les commerçants ainsi que sa capacité à intégrer durablement les principaux acteurs du mobile money et du secteur bancaire au sein d’un même environnement technique.
Le développement de Green Pay intervient dans un contexte d’accélération des paiements numériques en Afrique de l’Ouest, porté par la diffusion croissante des smartphones et la progression des usages du paiement mobile. À terme, ce type de plateforme pourrait contribuer à réduire le recours aux paiements en espèces et à structurer davantage les flux financiers dans le commerce informel et formel sur le continent. D’autres fintechs africaines, comme Djamo, FeexPay et CinetPay, s’inscrivent dans cette dynamique.
Adoni Conrad Quenum
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Face à l’essor du travail indépendant et de l’économie transfrontalière en Afrique, la compétitivité des PME repose désormais sur des infrastructures financières et managériales agiles. Cet entrepreneur s’empare de ces problématiques pour proposer une nouvelle vision de la productivité connectée.
Entrepreneur et stratège fintech kényan, Mark Ikaba (photo) est fondateur et directeur général de BorderPay. La start-up propose une plateforme financière conçue pour simplifier les flux financiers internationaux des particuliers et des entreprises.
Lancée en 2023, BorderPay cible un large public de professionnels et de particuliers : travailleurs indépendants, entrepreneurs, étudiants, télétravailleurs et créateurs de contenu. La fintech s’attaque directement aux frictions traditionnelles des transferts de fonds transfrontaliers, à savoir les frais prohibitifs, les délais de traitement excessifs et les restrictions géographiques.
La plateforme se distingue par ses fonctionnalités de gestion de comptes et de portefeuilles multidevises (notamment en dollars américains, euros et livres sterling). Depuis une interface unique, les utilisateurs peuvent détenir, envoyer et recevoir des fonds à l’échelle mondiale, convertir des devises instantanément pour retraits ou paiements, et transférer de l’argent vers des comptes bancaires aux États-Unis, en Europe et au Royaume-Uni.
Pour compléter son offre, BorderPay intègre des cartes virtuelles destinées aux achats en ligne internationaux. Elle mise également sur une forte interopérabilité avec les réseaux de mobile money, permettant d’alimenter un compte ou de retirer des fonds dans plus de vingt pays africains.
Titulaire d’un diplôme d’État en technologie de l’information obtenu en 2016 à la Mik Technology GS, Mark Ikaba a également fondé en 2025 CasaFlow. Cette nouvelle entreprise développe un système d’exploitation propulsé par l’intelligence artificielle pour les entreprises modernes. L’outil automatise la gestion post-réunion en traduisant les échanges en actions concrètes : mise à jour instantanée des systèmes de gestion de relation client, modification de contrats, attribution de tâches et centralisation de la mémoire organisationnelle.
Melchior Koba
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Alors que le cloisonnement des systèmes de paiement freine encore l’expansion commerciale du continent, l’interopérabilité s’impose désormais comme le principal levier de la croissance numérique. C’est précisément ce segment stratégique que cet entrepreneur a décidé d’explorer.
Oumar Rafiou Barry (photo) est un entrepreneur originaire de Guinée et basé aux États-Unis. Il est cofondateur et directeur général de Cauridor, une entreprise spécialisée dans les services de paiement qui ambitionne de faciliter les échanges financiers entre l’Afrique et le reste du monde.
Fondée en 2022, Cauridor relie différents acteurs du secteur financier au sein d’un même réseau. Elle travaille avec des opérateurs de transfert d’argent, des banques, des entreprises de télécommunications, des sociétés financières et de nombreux commerçants. Grâce à cette approche, elle permet à ses partenaires de proposer des services de paiement et de transfert d’argent à leurs propres clients à travers plusieurs pays africains.
Cauridor intervient également dans les paiements transfrontaliers. Elle aide les entreprises internationales à recevoir des paiements provenant d’Afrique tout en permettant aux entreprises africaines d’accepter des règlements de leurs clients. L’entreprise propose aussi des solutions destinées aux organisations qui doivent verser de l’argent à un grand nombre de personnes.
Avant de lancer Cauridor, Oumar Barry s’est forgé une solide expérience dans la fintech. Il a fondé Ez Money Transfer en 2011 (qu’il a dirigé jusqu’en 2013), puis BnB Transfer Corp en 2014, une entreprise dont il a assuré la direction générale jusqu’en 2022.
Aujourd’hui, son expertise l’amène à siéger au conseil d’administration de la fintech canadienne ChargeAutomation et d’Ulendo, une société de services informatiques spécialisée dans l’automatisation industrielle.
Diplômé de l’université de Toronto, il y a obtenu un doctorat en génie mécanique. Il a amorcé sa carrière professionnelle en 2008 chez Hydro One, une entreprise de transport et de distribution d’électricité en Ontario (Canada), où il a travaillé comme ingénieur design jusqu’en 2015.
Melchior Koba
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En Afrique subsaharienne, la réduction des coûts de transaction et l’interopérabilité des réseaux restent des défis majeurs pour le commerce. Pour surmonter ces obstacles, un entrepreneur congolais mise sur des infrastructures agiles pour faciliter les transferts internationaux.
Gachlem Ngassaki‑Zoni (photo) est un entrepreneur congolais, fondateur et directeur général de DigiPay Group. Cette fintech panafricaine est spécialisée dans les paiements numériques et les transferts d’argent.
Fondée en 2020, DigiPay ambitionne de fluidifier les échanges financiers. L’entreprise permet d’envoyer, de recevoir et de gérer des paiements en temps réel en s’appuyant sur un vaste réseau de partenaires comprenant des opérateurs de services financiers mobiles, des banques et des réseaux internationaux de paiement.
L’offre de l’entreprise repose sur plusieurs services complémentaires. L’entreprise propose notamment des solutions de transfert d’argent pour des envois de fonds entre l’Afrique et de nombreuses destinations à travers le monde. Ces services s’adressent aussi bien aux particuliers souhaitant soutenir leurs proches qu’aux entrepreneurs ayant besoin d’effectuer des paiements internationaux. La société revendique la rapidité, la simplicité et la sécurité de ces opérations.
DigiPay commercialise également une gamme de cartes de paiement numériques, DigiCard, destinées aux particuliers, aux travailleurs indépendants et aux entreprises. Ces cartes permettent de réaliser des achats, de régler des abonnements ou encore de gérer des dépenses professionnelles.
Gachlem Ngassaki‑Zoni est le fondateur et directeur général de Gachlem.com, une société immobilière lancée en 2022. Il est aussi actionnaire de Noki Noki Services, une entreprise congolaise de livraison express de courses.
Titulaire d’un master en économie et gestion obtenu en 2019 à l’université Paris 1 Panthéon‑Sorbonne, il a consolidé son expertise sectorielle avant de s’installer à son compte, notamment en occupant le poste de directeur régional pour l’Afrique occidentale et centrale chez TerraPay, spécialiste des paiements transfrontaliers.
Melchior Koba
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Les failles dans le suivi des récoltes et les flux de trésorerie freinent durablement le développement des producteurs. Face à ce défi, une Kényane propose un modèle de formalisation pour sécuriser l’écosystème agricole.
L’entrepreneure kényane Gatwĩri Njogu‑Mokaya (photo), cofondatrice et directrice générale de VunaPay, pilote une start‑up spécialisée dans l’accompagnement des coopératives et des petits exploitants agricoles.
Fondée en 2023, l’entreprise aide les producteurs à sécuriser leurs revenus grâce à une gestion plus efficace et transparente de leurs activités. En collaborant étroitement avec les coopératives, VunaPay optimise la collecte des récoltes, la centralisation des données et le versement des revenus.
La solution développée par VunaPay repose sur trois principaux services. Le premier concerne la collecte des productions agricoles. L’entreprise met à disposition des outils qui permettent d’automatiser et de simplifier l’enregistrement des récoltes lors de leur livraison aux coopératives. Cette approche vise à réduire les tâches manuelles et à faire gagner du temps aux organisations agricoles.
Le deuxième service est consacré à la gestion des informations. VunaPay permet aux coopératives de conserver des données précises et actualisées sur les agriculteurs, les quantités de produits livrées ainsi que les stocks disponibles. Cette centralisation des informations contribue à améliorer le suivi des activités et à renforcer la transparence au sein des coopératives.
Le troisième pilier de l’entreprise concerne les paiements. VunaPay a été créée pour répondre à un problème fréquent dans le secteur agricole : les retards de paiement. L’entreprise propose ainsi un système qui permet aux agriculteurs de recevoir leurs paiements plus rapidement après la livraison de leurs produits. Cette approche améliore leur trésorerie et leur donne un accès plus rapide à leurs revenus.
Avant de se lancer dans l’entrepreneuriat, Gatwĩri Njogu‑Mokaya a enrichi son parcours académique et professionnel à l’international. Diplômée de la Michigan State University, où elle a obtenu un master en technologie médicale et médecine légale clinique, elle y fait ses premières armes dès 2001 comme chargée du service à la clientèle pour l’Institut des politiques publiques et de la recherche sociale.
De 2017 à 2022, elle évolue au sein du géant américain Oracle, leader mondial de l’IA et de l’infrastructure cloud. Elle y a successivement occupé les postes de responsable du développement commercial pour le secteur public en Afrique, de directrice de la stratégie sectorielle et de la transformation, puis de directrice du développement commercial et de l’expérience client pour le continent.
Melchior Koba
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Faute de garanties bancaires, le déficit de financement freine de nombreuses entreprises sur le continent. En convertissant les flux financiers quotidiens en données analysables, les solutions numériques permettent aux institutions financières d'évaluer le risque de crédit.
Les paiements numériques prennent de plus en plus d'importance dans les activités des entreprises, surtout les petites. Une étude de la Banque mondiale publiée en janvier 2026 montre qu’ils ne servent pas seulement à gagner du temps, et qu'ils sont aussi liés à de meilleures chances d’obtenir un crédit.
Intitulé « Firm Credit Constraints and Electronic Payments: A Global Analysis », le rapport rappelle qu’une banque ne prête pas à une entreprise dont elle ignore les revenus réels, les habitudes de paiement et la solidité commerciale. En Afrique, où une majorité des transactions entre entreprises se fait encore en liquide, les vendeurs et commerçants restent, aux yeux des banques, des inconnus financiers. Sans statistiques de leurs ventes, sans historique vérifiable, ils n'obtiennent pas de crédit, même quand leur activité est florissante.
Menée sur un échantillon de 48 581 entreprises dans 101 pays, l’étude quantifie précisément cet obstacle. Sur l'ensemble des pays étudiés, 14,78 % des entreprises n'ont aucun accès au financement externe, et 16,23 % d'autres n'y ont accès que partiellement. En tout, plus de 30 % des entreprises du secteur privé formel dans le monde sont privées du crédit dont elles auraient besoin pour leur croissance.
Le rôle inattendu des paiements numériques
Le rapport constate que les entreprises qui reçoivent leurs paiements par voie numérique (virement bancaire, mobile money, carte, etc.) ont nettement plus de chances d'obtenir un crédit que celles qui les font exclusivement en espèces.
Le mécanisme est simple. Lorsqu'un client paie par mobile money ou par virement, la transaction laisse une trace numérique : date, montant, fréquence. Ces données, accumulées sur des mois ou des années, donnent aux banques une perception du chiffre d'affaires. Elles peuvent remplacer dans une certaine mesure, les documents comptables que la plupart des petites entreprises africaines ne produisent pas.
Recevoir des paiements numériquement réduits en moyenne de 3,3 points de pourcentage la probabilité qu'une entreprise soit totalement exclue du crédit. C'est l'équivalent de 22 % de la moyenne observée dans l'étude.
La Banque mondiale précise également que c'est bien le fait de recevoir des paiements numériques qui compte, et non celui d'en envoyer. La raison est que les encaissements renseignent directement sur ce que vend une entreprise et sur ce que lui rapporte son activité. C'est cette information-là qui intéresse les banques au moment d'accorder un prêt.
Les plus petites entreprises en profitent le plus
L'impact est d'autant plus grand que l'entreprise est petite et peu connue des banques. Pour les entreprises de moins de 20 salariés, la réduction de la probabilité d'être exclues du crédit atteint 4 points de pourcentage, contre moins de 2 points pour les grandes entreprises. Les entreprises sans comptabilité formelle, sans innovation déclarée ou avec une faible productivité bénéficient également davantage de l'adoption des paiements numériques.
Au niveau des pays, l'effet est encore plus marqué dans les économies les plus pauvres et les moins bien équipées en matière de registres de crédit. Dans les pays à faible revenu, l'impact des paiements numériques sur l'accès au crédit est près de trois fois plus élevé que dans les pays riches, selon le rapport.
Là où les outils traditionnels d'évaluation des emprunteurs font défaut, l'historique numérique des transactions joue un rôle de substitut précieux.
L'Afrique, terrain privilégié de cette transformation
L'Afrique présente une configuration rare dans le monde : un déficit de services bancaires formels, mais une adoption massive des paiements mobiles. Selon le rapport annuel de l'Association mondiale des opérateurs de téléphonie mobile (GSMA) publié en mars 2026, plus de 1,4 milliards USD a transité par les comptes de mobile money en Afrique en 2025, soit une hausse de plus de 27 % en un an. Le continent abrite 52 % de tous les comptes de mobile money dans le monde et concentre 66 % de la valeur mondiale de ces transactions.
Ces flux représentent une mine d'informations sur la santé financière des entreprises, une mine encore largement inexploitée par les établissements bancaires. Certaines fintechs ont d'ailleurs commencé à s'en emparer. En Afrique de l’Est, 4G Capital utilise les données d'usage du mobile pour accorder des prêts aux petits entrepreneurs. Au Nigeria, des plateformes comme Moniepoint combinent encaissement numérique et crédit aux PME sur la base de leur historique de paiement.
La condition indispensable : l’interconnexion entre systèmes de paiements
Pour que les données de paiement deviennent réellement utiles aux banques, il faut qu'elles soient lisibles et consolidées. Or, un commerçant qui reçoit des paiements via plusieurs opérateurs différents génère des données dispersées, difficiles à agréger. L'interopérabilité, c'est-à-dire la capacité des différents systèmes de paiement à communiquer entre eux, est donc une condition technique du changement.
Des progrès importants sont en cours. Selon le rapport « State of Inclusive Instant Payment Systems in Africa 2025 » d'AfricaNenda Foundation, publié conjointement avec la Banque mondiale, 36 systèmes de paiement instantané étaient actifs en Afrique en 2024, et ils ont traité 64 milliards de transactions pour une valeur totale de 2000 milliards USD. AfricaNenda Foundation souligne leur interopérabilité croissante. « La moitié des systèmes de paiement instantané (IPS) africains relient désormais les banques, les opérateurs de paiement mobile et les fintechs via des plateformes inter-domaines ».
Dans les pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la Banque centrale a fixé au mardi 30 juin 2026 la date limite pour que toutes les institutions financières rejoignent la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI‐SPI), une plateforme commune de paiement instantané lancée en septembre 2025. Un pas décisif vers la fluidité des échanges, et potentiellement vers un crédit plus accessible.
Ce que cela implique pour les décideurs
L'étude offre aux gouvernements africains un argument solide : soutenir l'adoption des paiements numériques par les entreprises n'est pas seulement une politique de modernisation, mais aussi une politique de financement du secteur privé.
Trois leviers se dégagent : accélérer la mise en place de systèmes de paiement interopérables ; encourager les banques à exploiter les données transactionnelles pour évaluer les demandes de crédit ; et définir des règles claires sur l'utilisation de ces données, afin que les entreprises puissent les partager en toute confiance.
Melchior Koba
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L’accès au financement reste l’un des principaux obstacles pour les acteurs de la chaîne de valeur agricole. Un entrepreneur ougandais a choisi de relever ce défi en concevant une solution numérique innovante capable de transformer la gestion et la solvabilité des coopératives.
Sserubiri Uhuru (photo) est un entrepreneur ougandais évoluant à l’intersection de la fintech et de l’agritech. Il est cofondateur et directeur général d’eMaisha Pay, une solution numérique conçue pour les exportateurs, coopératives et commerçants agricoles.
Fondée en 2021, eMaisha Pay vise à aider ces acteurs à mieux organiser leurs opérations, à payer rapidement leurs fournisseurs et à obtenir plus facilement des financements, sans recourir à des garanties immobilières.
La plateforme convertit les activités commerciales en indicateurs de solvabilité. Elle permet aux entreprises d’enregistrer leurs fournisseurs, de suivre les paiements, de documenter les livraisons agricoles et de conserver un historique détaillé des opérations. Ces données servent ensuite à démontrer la capacité de l’entreprise à gérer son activité et à rembourser un financement.
Le fonctionnement repose sur plusieurs étapes : enregistrement des fournisseurs et partenaires agricoles, paiements groupés via mobile money pour rémunérer rapidement plusieurs producteurs, suivi des récoltes et des livraisons, ainsi que des mouvements de marchandises dans les entrepôts. Grâce à ces données, les entreprises disposent d’un historique numérique de leurs activités.
eMaisha Pay propose aussi un système de financement basé sur les commandes commerciales et un tableau de bord permettant de suivre paiements, fournisseurs et volumes de produits traités. La plateforme centralise les informations essentielles pour faciliter la gestion quotidienne des activités agricoles et assurer une meilleure traçabilité des opérations.
Sserubiri Uhuru est diplômé en ingénierie chimique de la Kyambogo University. Son aventure entrepreneuriale commence en 2018 avec la création de Cabral Tech, une plateforme numérique reliant les petits agriculteurs aux marchés, dont il a été directeur général jusqu’en 2021.
Melchior Koba
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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