La gestion des paiements reste un défi pour de nombreuses entreprises, entre dispersion des outils et manque de visibilité sur les flux. Dans ce contexte, de nouvelles solutions cherchent à structurer et simplifier ces opérations essentielles.
Joachim Ukaegbu (photo) est un ingénieur logiciel et entrepreneur camerounais. Il est cofondateur et directeur général de Fapshi, une plateforme de paiement conçue pour aider les entreprises à encaisser et gérer leurs finances de manière simple et structurée.
Fondée en 2022, Fapshi propose une suite d’outils permettant aux entreprises de collecter des paiements, de gérer leurs fonds au quotidien, d’envoyer de l’argent vers plusieurs comptes et de suivre l’ensemble de leurs opérations depuis une interface unique. La plateforme offre la possibilité d’être testée avant une utilisation en conditions réelles, sans frais d’installation. La facturation s’applique uniquement aux transactions réussies.
Fapshi permet de recevoir différents types de paiements via des liens facilement partageables avec des clients ou une communauté. Une fois diffusés, ces liens centralisent les paiements dans l’interface, facilitant ainsi la collecte pour des contributions, des dons, des ventes, des inscriptions ou tout autre type de flux.
La solution peut être intégrée à un site web ou à une application existante. Elle met l’accent sur une gestion pratique et efficace de l’activité financière des entreprises. Au-delà de la collecte, Fapshi permet également d’envoyer des fonds et d’organiser des retraits en toute simplicité.
Par ailleurs, Joachim Ukaegbu travaille actuellement comme ingénieur logiciel chez OpenMRS, un système open source de gestion des dossiers médicaux conçu pour les environnements à ressources limitées. Il est diplômé de l’Université de Buea, au Cameroun, où il a obtenu en 2022 un master en ingénierie logicielle. Entre 2018 et 2022, il a travaillé comme ingénieur logiciel et développeur web dans plusieurs entreprises, notamment chez LibreHealth, une organisation spécialisée dans le développement de solutions informatiques pour le secteur de la santé.
Melchior Koba
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Entre crise du pouvoir d’achat et essor des technologies de paiement, l’innovation s’invite dans la vie quotidienne des salariés. Une start-up égyptienne incarne ce nouvel élan fintech.
Mostafa Ashour (photo) est un informaticien de formation et un entrepreneur égyptien. Il est cofondateur et directeur général de NowPay, une plateforme de services financiers destinée aux entreprises et à leurs employés.
Fondée en 2019, NowPay se présente comme une solution visant à améliorer le bien-être financier des salariés en réduisant les difficultés de trésorerie qu’ils peuvent rencontrer au cours du mois. Son objectif est d’offrir plus de flexibilité dans l’accès au salaire.
Le modèle repose sur un partenariat avec l’entreprise. Celle-ci s’inscrit sur la plateforme, puis ses employés créent un compte dans l’application NowPay. Ils peuvent ensuite formuler des demandes d’avance à tout moment. L’entreprise règle la start-up pour les montants avancés, qui sont déduits du salaire lors du versement mensuel.
Au-delà de l’accès anticipé au salaire, la solution permet également de payer instantanément de nombreuses factures courantes : téléphone mobile, internet, électricité, ligne fixe, eau ou autres services domestiques. L’application offre aussi la possibilité d’envoyer de l’argent à d’autres utilisateurs, notamment à des collègues, de façon totalement dématérialisée et sécurisée.
Parallèlement, Mostafa Ashour est cofondateur et associé gérant de Tryvin, une société spécialisée dans le développement de logiciels. Il occupe également le poste de responsable de marché chez Microsoft. Titulaire d’un bachelor en ingénierie informatique obtenu à l’Université du Caire, il a commencé sa carrière professionnelle en 2004 comme ingénieur logiciel chez The Steel Network, une entreprise américaine du secteur de la construction.
Melchior Koba
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Dans un contexte où l’accès aux services financiers reste limité pour des millions d’Africains, certaines initiatives misent sur la technologie pour combler ce déficit. Au Kenya, Rafode développe une approche hybride à la croisée de la fintech, de l’inclusion financière et de l’énergie propre.
Rafode est une solution développée par une start-up kényane. Elle se présente comme une institution de microfinance non bancaire, ciblant principalement les populations rurales et les micro-entrepreneurs exclus du système financier traditionnel.
Son modèle repose sur l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour digitaliser ses opérations et étendre ses services à grande échelle. Basée à Kisumu, l’entreprise est dirigée par Antony Mayodi (photo).
Concrètement, Rafode propose une gamme de produits financiers, allant des prêts individuels et de groupe aux crédits destinés à l’acquisition d’actifs ou au financement de l’éducation. Mais la spécificité de la solution réside dans son intégration avec des produits d’énergie renouvelable.
La start-up facilite notamment l’accès à des kits solaires ou à des équipements de cuisson propres et non polluants, proposés à crédit à des ménages souvent non connectés au réseau électrique.
Le modèle repose en grande partie sur des mécanismes de financement innovants, comme les prêts groupés où les bénéficiaires se portent mutuellement garants. Par ailleurs, Rafode s’appuie sur le mobile money pour distribuer les fonds et collecter les remboursements, renforçant ainsi l’efficacité et la traçabilité des transactions.
Au-delà de l’accès au crédit, la plateforme vise à générer un impact social plus large, en soutenant les petites entreprises, l’agriculture et l’accès à l’énergie dans les zones rurales.
À terme, Rafode illustre une tendance de fond sur le continent : l’émergence de solutions fintech hybrides, capables de combiner inclusion financière, transition énergétique et développement local. Cette approche pourrait inspirer d’autres marchés africains confrontés aux mêmes défis structurels.
Adoni Conrad Quenum
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Dans un contexte où de nombreuses petites entreprises africaines fonctionnent encore avec des outils rudimentaires, la start-up nigériane Timart propose une solution pour moderniser leur gestion quotidienne.
Timart est une solution numérique développée par une start-up nigériane. Elle propose une application tout-en-un permettant aux entreprises de gérer leurs opérations depuis une seule interface. La plateforme intègre plusieurs fonctionnalités clés : gestion des stocks, suivi des ventes, comptabilité, facturation, gestion des créances clients et suivi des dépenses. La start-up, basée à Minna, a été lancée en 2021 par Muhammad Ndako (photo).
L’un des éléments différenciants de la plateforme réside dans son approche « offline-first ». Conçue pour s’adapter aux réalités africaines, l’application fonctionne même sans connexion Internet, avec une synchronisation automatique dès que le réseau est disponible. Elle a déjà été téléchargée plus de 100 000 fois, selon les données du Play Store.
« De nombreuses PME fonctionnent avec une gestion des stocks inefficace et une connexion Internet peu fiable, ce qui entraîne des pertes de stock, des fraudes et des pertes de revenus. Nous avons constaté que beaucoup de PME africaines s'appuient encore sur des méthodes traditionnelles, comme le papier et le stylo, ou sur des pratiques informelles pour gérer leurs activités, ce qui rend difficile le suivi des stocks, la détection des pertes ou l'évaluation des performances », a déclaré M. Ndako à Disrupt Africa.
Timart intègre également des outils de paiement via des terminaux de point de vente connectés, permettant de sécuriser les transactions et de réduire les risques de fraude, notamment liés aux faux justificatifs de paiement.
Au-delà de la gestion opérationnelle, la solution mise sur l’exploitation des données pour aider les entreprises à mieux piloter leur activité. Les utilisateurs peuvent accéder à des rapports en temps réel, suivre leurs performances et prendre des décisions plus éclairées.
À terme, Timart ambitionne de s’étendre à d’autres marchés africains et d’enrichir son offre avec des services financiers intégrés. Cette stratégie s’inscrit dans une tendance de fond : la numérisation progressive des PME africaines, considérées comme un moteur clé de croissance économique.
Adoni Conrad Quenum
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Il explore la frontière entre finance et technologie pour repenser la relation entre prêteurs et emprunteurs. Son défi est d’utiliser l’IA pour anticiper les difficultés sans exclure les plus vulnérables du système de crédit.
Kaveer Beharee (photo) est un entrepreneur sud‑africain. Il est cofondateur et directeur général d’Ubiquity AI, une entreprise de technologie financière dédiée au développement de solutions d’accompagnement pour les personnes fragilisées sur le plan financier ainsi que pour les institutions qui les soutiennent.
Fondée en 2024, Ubiquity AI s’est donnée pour mission de promouvoir l’inclusion financière en aidant les clients en difficulté à se maintenir dans le circuit du crédit plutôt que d’en être exclus. L’entreprise se distingue des sociétés de recouvrement traditionnelles en agissant en amont, avant que les impayés ne deviennent critiques, afin de limiter les pertes, les coûts de recouvrement et les provisions pour créances douteuses des prêteurs.
Au cœur de son offre se trouve SimONE, un agent conversationnel conçu selon les principes des sciences du comportement pour accompagner les personnes en situation de vulnérabilité financière. L’agent identifie les clients à risque, les aide à prévenir ou gérer les retards de paiement et propose des solutions plus efficaces et moins coûteuses que les équipes internes ou les agences de recouvrement externes.
Ubiquity AI collabore avec des banques, des organismes de crédit et d’autres acteurs du secteur financier pour améliorer leurs performances en matière de recouvrement et de prévention du surendettement. L’entreprise travaille notamment avec ResolvSA, une société de services externalisés, afin d’offrir une expérience client fluide qui combine expertise humaine et technologie.
Kaveer Beharee est diplômé de l’Université de Johannesburg, où il a obtenu en 2001 un bachelor en économie. De 2006 à 2008, il a occupé le poste de responsable de la stratégie chez Draftfcb, un réseau international d’agences de publicité. Entre 2012 et 2014, il a siégé au comité provincial du Black Management Forum, une organisation sud‑africaine œuvrant à renforcer les compétences de ses membres en gestion et en leadership.
Melchior Koba
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Avec Entersekt, Schalk Nolte combat la fraude financière mondiale
Alors que la sécurité des paiements devient un enjeu stratégique pour les banques, un entrepreneur sud‑africain imagine une réponse technologique qui attire déjà l’attention internationale.
Schalk Nolte (photo) est un entrepreneur sud‑africain. Il est un cofondateur et le directeur général d’Entersekt, une entreprise spécialisée dans la sécurisation des opérations financières en ligne et mobiles pour les banques et les acteurs du secteur des services financiers.
Fondée en 2008, Entersekt accompagne les banques, les coopératives de crédit, les émetteurs de cartes et autres institutions financières dans la réduction des pertes liées à la fraude, l’augmentation des revenus, le respect des réglementations et l’amélioration de l’expérience client.
L’entreprise affirme aujourd’hui détenir plus de 120 brevets technologiques saluant ses innovations en matière de sécurité numérique, de paiements et d’expérience utilisateur. Elle revendique aujourd’hui plus de 210 clients répartis dans 70 pays, plus de 850 banques émettrices de cartes, 550 000 marchands et environ 360 millions d’utilisateurs de ses solutions logicielles.
Entersekt articule son offre autour d’une plateforme unique répondant à plusieurs besoins des établissements financiers. Ses principaux domaines d’intervention incluent la prévention des escroqueries modernes, la protection contre la prise de contrôle de comptes et la sécurisation de l’accès aux services bancaires numériques. La plateforme contribue aussi à la fiabilisation des paiements en ligne grâce à des solutions conformes aux normes du marché et à alléger la charge des centres d’appels.
Schalk Nolte est diplômé de l’Université de Stellenbosch, où il a obtenu en 1999 un bachelor en génie électronique. Entre 2022 et 2024, il a été membre de YPO, une communauté mondiale de dirigeants d’entreprise, et il a siégé entre 2022 et 2023 au conseil d’administration de LaunchLab, l’incubateur de l’Université de Stellenbosch.
Melchior Koba
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Avec Electrum, le Sud-africain Dave Glass automatise la gestion des paiements bancaires
Il explore une approche nouvelle du marché locatif. Son objectif est de rendre la location plus fluide en repensant la façon dont les dépôts de garantie circulent entre locataires et propriétaires.
Ndaedzo Madume (photo) est un entrepreneur sud‑africain, fondateur et directeur général de GraceNineteen, une entreprise spécialisée dans les solutions financières appliquées à la location résidentielle. La société se distingue par son approche centrée sur le paiement et la gestion des dépôts de garantie des locataires.
Fondée en 2019 en Afrique du Sud, GraceNineteen développe des solutions d’investissement et de prêt destinées au marché des logements locatifs résidentiels. Son activité repose sur deux volets complémentaires : le financement des dépôts de garantie pour les locataires et la valorisation de ces dépôts par des placements destinés aux propriétaires ou aux gestionnaires de biens.
Concrètement, la plateforme avance le dépôt de garantie au propriétaire ou à l’agence pour le compte du locataire. Ce mécanisme permet à ce dernier d’accéder à un logement sans avoir à immobiliser immédiatement un capital important. Le locataire rembourse ensuite la start‑up par des mensualités jugées abordables, échelonnées sur une période définie.
Les taux d’intérêt appliqués varient selon le profil de risque du locataire et selon que le dépôt est ou non investi via GraceNineteen. Le taux annuel annoncé se situe entre 14 % et 27 %. L’entreprise met également en avant la possibilité de combiner le prêt avec son produit d’investissement, offrant ainsi aux clients l’opportunité de percevoir un rendement sur le montant du dépôt financé.
Ndaedzo Madume est titulaire d’un bachelor en finance obtenu en 2014 à l’université du KwaZulu‑Natal. Il est diplômé de l’université du Cap où il a obtenu en 2022 un master en finance d’entreprise et évaluations.
Sa carrière professionnelle commence chez Investec Asset Management, où il effectue un stage entre 2011 et 2013, avant de rejoindre Rand Merchant Bank en 2014 comme stagiaire en recherche. Il y travaillera jusqu’en 2021, occupant notamment la fonction d’analyste des risques de marché.
Melchior Koba
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Le paysage fintech africain évolue vite, porté par des entrepreneurs qui repensent les infrastructures bancaires. En Afrique du Sud, Dave Glass illustre cette volonté de construire des solutions fiables et plus adaptées aux besoins du grand public.
Dave Glass est un entrepreneur fintech sud-africain, cofondateur et président du Conseil d’administration d’Electrum, une plateforme de logiciels de paiement conçue pour les banques et les détaillants. Lancée en 2012, elle s’appuie sur des solutions hébergées dans le cloud pour simplifier la connexion entre services de paiement.
Elle permet notamment d’intégrer aisément les offres des fournisseurs, directement ou via des agrégateurs, à travers une seule interface. Ses fonctionnalités avancées, dont le routage intelligent, optimisent le choix des prestataires selon leur disponibilité et les accords commerciaux en vigueur.
Grâce à son architecture moderne et adaptée au contexte sud-africain, Electrum aide les entreprises à saisir rapidement de nouvelles opportunités dans le domaine des paiements. Utilisée par quatre grandes banques locales, la plateforme se distingue par sa rapidité, sa flexibilité, ainsi que sa profonde compréhension des cas d’usage du marché national.
Dave Glass est diplômé de l’université de Cape Town où il a obtenu en 2002 un bachelor en système d’information. Il est aussi titulaire d’un Master en Gestion des systèmes d’information obtenu en 2008 au Trinity College Dublin en Irlande.
Sa carrière débute en 2003 chez IQbusiness South Africa, en tant que consultant dans le domaine du management et de la transformation numérique. L’année suivante, il rejoint Standard Bank comme technologue.
En 2009, il devient responsable de projet de la fintech Touch Networks, avant d’être nommé, en 2010, responsable des services professionnels chez S1 Corporation, une entreprise technologique de solutions de paiement. En 2012, il occupe ce même poste chez ACI Worldwide, société internationale spécialisée dans les systèmes de paiement.
Melchior Koba
Edité par : Feriol Bewa
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Alors que le commerce en ligne et les services numériques s’accélèrent en Afrique, la maîtrise des paiements en devises étrangères devient cruciale. Certains acteurs voient dans ce défi une opportunité d’innovation durable.
David Nandwa (photo) est un jeune entrepreneur technologique kényan. Il est le fondateur et CEO de HoneyCoin, une start-up numérique spécialisée dans les solutions financières pour les entreprises.
Fondée en 2020, HoneyCoin met à la disposition des équipes financières un outil complet pour gérer, convertir et effectuer des paiements en devises étrangères. Elle vise à simplifier et fiabiliser les flux d’argent internationaux.
La plateforme permet aux utilisateurs de détenir des soldes en monnaies locales comme en actifs numériques, et d’utiliser les moyens de paiement locaux dans plus de 22 marchés pour encaisser ou régler leurs transactions. Elle leur offre également la possibilité de gérer leurs fonds, encaisser via des comptes bancaires ou des services d’argent mobile, effectuer des paiements vers des comptes ou portefeuilles locaux à la demande et de convertir instantanément d’une devise à une autre au sein même de leurs portefeuilles.
Pour les entreprises manipulant des montants importants, HoneyCoin propose un service dédié à la conversion et au règlement de gros volumes. Celui-ci donne accès à des réserves de liquidités sur plusieurs marchés, pouvant atteindre jusqu’à 5 millions de dollars par jour, pour échanger entre devises locales, stablecoins et dollars américains.
La plateforme permet également de créer des cartes virtuelles au nom de l’entreprise, facilitant la gestion des dépenses des équipes. Pour les sociétés souhaitant intégrer directement les fonctionnalités de paiement à leurs propres solutions, HoneyCoin met à disposition une interface de programmation (API) complète, avec des points d’accès bien documentés, des notifications automatiques d’événements et des bibliothèques prêtes à l’emploi pour plusieurs langages de développement.
David Nandwa est titulaire d’un certificat en technologie mobile obtenu en 2020 dans le cadre du programme Google Africa Developer Scholarship. Il est diplômé de l’université d’Arden au Royaume-Uni, où il a obtenu en 2022 un bachelor en informatique.
Il commence sa carrière professionnelle en 2016 comme ingénieur logiciel. Il a notamment collaboré avec Zapata Drinks, une plateforme d’e-commerce de boissons, basée en Tanzanie, et Eleza, une solution kényane de technologie agricole. Entre 2020 et 2021, il était le responsable de l’intégration des technologies de Flutterwave au sein d’équipes de développement et d’entreprises partenaires.
Melchior Koba
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Malgré son rôle moteur dans l’inclusion financière sur un continent où le taux de bancarisation reste faible, le mobile money voit son plein potentiel entravé par des freins structurels majeurs. Pourtant, ce service, qui s’enrichit au fil des ans de nouvelles offres, notamment bancaires, a le pouvoir de transformer l’économie domestique et la finance en Afrique.
Longtemps présenté comme l’innovation financière la plus inclusive du continent, le mobile money continue d’afficher une santé croissante. En 2025, près de 1 432 milliards de dollars américains ont transité par les comptes de mobile money en Afrique, soit une hausse d’environ 27 % par rapport à 2024, selon le rapport « The State of the Industry Report on Mobile Money 2026 », publié mardi 24 mars par l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA).
Le continent a concentré près de 66 % de la valeur financière mondiale des transactions par mobile money affichée à 2 091 milliards de dollars (+23 % sur un an). Sur un total mondial de 125 milliards de transactions par mobile money, l’Afrique a représenté environ 74 %. Soit près de 92 milliards d’opérations (+16 % par rapport à 2024)
Par ailleurs, le rapport souligne que l’Afrique abrite 52 % des comptes de mobile money dans le monde. Fin 2025, on y dénombrait ainsi environ 1,2 milliard de comptes (+18 % par rapport à 2024) pour 347 millions de comptes actifs mensuels, sur un total mondial d’environ 2,3 milliards (+13 %) pour 593 millions de comptes actifs sur 30 jours. Le continent reste donc l’épicentre de cette finance sur mobile. Mais ce succès masque une contradiction de plus en plus visible : le service progresse vite mais sa pleine appropriation par les populations et son impact véritable sur elles restent entravés.

Les freins à l’inclusion
Le premier frein est matériel. La Banque mondiale relève que 84 % des adultes des pays en développement possèdent bien un téléphone, mais qu’environ un quart d’entre eux utilisent encore un téléphone basique, « plus abordable, aux fonctionnalités réduites et sans navigateur internet. Seuls deux tiers des adultes possèdent donc un smartphone complet permettant l'accès aux applications et navigateurs ». En Afrique subsaharienne, ce taux tombe à 33 %. Or, dans cette région comme en Asie du Sud, la raison la plus souvent invoquée par ceux qui n’ont pas de smartphone reste son prix. L’Union internationale des télécommunications (UIT) souligne elle aussi que, sur le continent africain, l’un des principaux obstacles à l’adoption des services numériques demeure l’accessibilité financière — en particulier celle des terminaux.
Le deuxième frein est cognitif. Le rapport 2026 de la GSMA sur le mobile money est explicite : une faible culture financière numérique demeure un obstacle majeur à l’adoption et à l’usage du service. Dans les pays africains sondés où les blocages restent visibles, les chiffres sont parlants. En Éthiopie, parmi les personnes qui connaissent le mobile money mais n’ont pas de compte, 60 % des femmes et 54 % des hommes disent ne pas savoir utiliser le service ; 45 % des femmes et 50 % des hommes disent avoir du mal à utiliser le téléphone ou craignent de faire des erreurs. En Égypte, cette barrière touche 21 % des femmes et 15% des hommes ; au Nigeria, 22 % des femmes comme des hommes. À cela s’ajoute la contrainte d’équipement elle-même : en Éthiopie, 24 % des femmes interrogées citent l’absence de SIM ou de téléphone comme obstacle.
Au-delà, un service, un impact humain
Le paradoxe est là : le mobile money s’est d’abord imposé grâce aux téléphones les plus basiques. Mais aujourd’hui, sa nouvelle frontière exige davantage qu’un simple mobile. Les usages sont désormais nombreux et les fournisseurs de services s’appuient désormais davantage sur les super-applications que sur les codes USSD pour offrir plus de valeur : paiement de factures, réception d’aides sociales gouvernementales, micro-assurance, micro-crédit, micro-épargne, etc. Les plus dynamiques sont désormais les paiements marchands, en hausse de 42 % à 155 milliards de dollars en 2025, ainsi que les transferts interopérables entre banques et portefeuilles mobiles (167 milliards $). Autrement dit, le secteur ne se limite plus au simple transfert d’argent entre proches comme à ses débuts ; il progresse dans une phase plus sophistiquée, où l’utilisateur doit savoir naviguer entre interfaces, options, codes QR, cartes virtuelles, sécurité et preuves de transaction. Sans terminal adapté ni aisance numérique minimale, une partie des Africains risque de rester cantonnée aux usages les plus élémentaires, pendant que l’écosystème avance vers des services plus complexes.

Cette fracture a aussi un visage social et genré. Sans téléphones adaptés et sans compétences numériques de base, ce sont des millions d’Africains qui demeurent en marge des possibilités offertes par le Mobile Money. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, GSMA estime que les femmes restent 14 % moins susceptibles que les hommes d’utiliser l’internet mobile, laissant 885 millions de femmes encore déconnectées dont environ 60 % vivent en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne. Le risque qu’entretient cette situation est celui d’une inclusion financière à deux vitesses, inégalement maîtrisée dans les faits.
Pour libérer le potentiel du mobile money en Afrique, la réponse ne peut donc pas être seulement commerciale. Elle doit être industrielle, éducative et réglementaire. L’UIT plaide pour des smartphones d’entrée de gamme moins chers, des achats facilités par microcrédit ou paiement échelonné, une baisse du coût des téléphones et de la data, ainsi que l’intégration des compétences numériques de base dans les cursus et les programmes de formation. Le rapport de la GSMA va dans le même sens : il insiste sur la nécessité d’initiatives de culture financière numérique ciblant les femmes, les ruraux et les personnes âgées. La Banque mondiale, enfin, rappelle que le coût, la facilité d’usage et la sécurité doivent être traités ensemble. Le vrai défi africain n’est donc plus de prouver que le mobile money fonctionne ; il est de faire en sorte que chacun puisse réellement s’en servir.
Muriel Edjo
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