Portés par la croissance du mobile money et du commerce digital, les systèmes de paiement instantané se multiplient en Afrique. Ils répondent à un besoin de rapidité, de réduction des coûts et de traçabilité des flux, dans des économies encore largement dominées par le cash.

La Banque de la République du Burundi (BRB) a lancé, le jeudi 23 avril à Bujumbura, le système de paiement instantané « BurundiPay », une nouvelle infrastructure destinée à moderniser les transactions financières dans le pays. L’initiative vise à fluidifier les transactions, renforcer l’inclusion financière et réduire la dépendance aux espèces. Concrètement, BurundiPay permet d’effectuer des transferts d’argent et des paiements en temps réel, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, aussi bien depuis des comptes bancaires que des portefeuilles mobiles.

La principale innovation réside dans l'interopérabilité totale. Désormais, les banques commerciales, institutions de microfinance et opérateurs de paiement sont connectés au sein d’un même système, facilitant les transactions entre réseaux jusque-là cloisonnés. Cette évolution met fin à certaines pratiques contraignantes, comme le retrait préalable d’espèces pour transférer des fonds entre établissements différents.

Le dispositif repose sur des standards internationaux, notamment la norme ISO 20022, garantissant un haut niveau de sécurité et une compatibilité avec les systèmes financiers mondiaux. Il s’intègre également aux infrastructures existantes du pays, telles que le système de règlement brut en temps réel (RTGS) ou encore la chambre de compensation automatisée, consolidant ainsi l’architecture globale des paiements.

Au-delà de ses performances techniques, BurundiPay mise sur l’accessibilité pour favoriser son adoption à grande échelle. Dans un pays où le taux de pénétration d’Internet demeure limité autour de 30 % selon les données officielles — la plateforme a été pensée pour fonctionner aussi bien sur smartphones que sur des téléphones basiques via des codes USSD. Cette approche inclusive vise à étendre l’accès aux services financiers aux populations encore faiblement bancarisées, notamment en milieu rural.

Financé avec le soutien de la Banque mondiale à travers le Projet d’Appui aux Fondations de l’Économie Numérique (PAFEN), ce système positionne le Burundi comme le 22e pays africain à se doter d’une infrastructure de paiement instantané. Une avancée qui s’aligne sur les tendances observées sur le continent, où la numérisation des services financiers constitue un levier clé de transformation économique.

Le succès de BurundiPay dépendra de son appropriation par les acteurs du marché et par les usagers. Son déploiement pourrait accélérer l’intégration financière, soutenir le développement du commerce numérique et renforcer la transparence des flux économiques, autant d’éléments essentiels pour accompagner les ambitions de croissance et de modernisation du pays.

Samira Njoya

Edité par : Feriol Bewa

Lire aussi:  Burundi : une stratégie nationale de l’IA adossée à six piliers 

Inclusionfinancière et numérique : le pari des paiements instantanés interopérables

Posted On lundi, 27 avril 2026 10:29 Written by

Evelyne Akoto, Juriste engagée sur les enjeux de gouvernance publique et d'éthique de l'intelligence artificielle.

« Ne suspends pas tes vêtements là où ton ami suspend les siens si vous n'êtes pas de la même taille. » (Proverbe soussou)

Alors que plusieurs États africains envisagent de restreindre l’accès des jeunes aux réseaux sociaux, une question demeure : comment préparer les futurs citoyens numériques si l’on se contente d’interdire sans instruire ?

Le 25 mars 2026, Meta et Google ont été reconnus coupables de négligence dans la conception de leurs plateformes. Cette affaire remet sur le tapis une question posée il y a soixante ans par Marshall McLuhan, un philosophe canadien des médias : « que se passe-t-il lorsque le véritable impact d'un média ne réside pas dans ce qu'il véhicule, mais dans la manière dont il restructure nos sens ? »

Selon McLuhan, le contenu médiatique est « le morceau de viande juteux que le cambrioleur apporte pour détourner l'attention du chien de garde qu'est notre esprit ». Or, nous avons tendance à confondre le message et le médium. Dans le cas des réseaux sociaux, le médium n'est pas Instagram, YouTube ou TikTok ; c’est plutôt la curation algorithmique des contenus conçue pour capter l’attention des utilisateurs et utilisatrices, et ce, au service d’un modèle économique financé par la publicité. Le « massage » procuré à nos sens par ces sélections de contenus est une accoutumance graduelle à des mécanismes stimulus-réponse. Il y a les notifications qui déclenchent des pics de dopamine, de subtiles récompenses qui incitent à consulter sans cesse ses comptes au cours d’une journée, un flux infini de vidéos qui neutralise toute envie d’arrêter le visionnement. Une plateforme peut héberger des contenus salutaires tout en créant de mauvaises habitudes de navigation, si son architecture a été conçue pour prolonger le temps de connexion et anticiper les comportements des utilisateurs.

Bernard Stiegler a décrit la technologie comme étant un pharmakon, c’est-à-dire à la fois un poison et un remède. Dans de nombreux pays africains, les réseaux sociaux ne sont pas seulement un passe-temps, mais des outils désormais incontournables de l'économie informelle, du partage des actualités locales et d'initiatives citoyennes. Néanmoins, la nature toxique du modèle est tout aussi évidente ; le sensationnalisme est favorisé dans les fils d’actualité au détriment de contenus garantissant la cohésion sociale désirée par les gouvernements. La pensée critique des utilisateurs, notamment les plus jeunes, est inhibée avant même qu’ils ne soient en mesure d’acquérir les compétences nécessaires pour filtrer les informations au lieu de les absorber passivement. Selon Stiegler, l’enjeu de la technologie est de créer des « milieux associés » : des environnements où les usagers développent leur autonomie intellectuelle pour ce qui est de l’usage du numérique. Or, en Afrique, l’absence, voire la fragilité, de tels milieux constitue le cœur du problème.

Afin de réglementer les réseaux sociaux, certains pays africains ont commencé à s’inspirer de mesures adoptées ailleurs telles que l’imposition de limites d’âge pour l’accès. Au Gabon, l'ordonnance n° 0011/PR/2026 fixe la majorité numérique à seize ans et impose une responsabilité juridique stricte aux plateformes. Elle exige notamment qu’elles soient connectées aux registres gouvernementaux d’identification des individus, une démarche qui fait sourciller dans une économie numérique fondée sur la monétisation des données personnelles. Le Sénégal songerait aussi à limiter l’accès aux réseaux sociaux en deçà d’un certain âge. Cependant, ces initiatives soulèvent la question suivante : est-ce faisable ou souhaitable de faire comme certains pays occidentaux sans disposer au préalable des infrastructures technologiques, des mécanismes de suivi d’application de la loi et surtout des cadres éducatifs sur lesquels reposent ces restrictions ?

Certes, fixer la majorité numérique à seize ans retarde l'exposition des jeunes aux réseaux sociaux, mais la mesure ne les prépare pas pour autant au monde, où ces plateformes sont désormais utilisées même à des fins professionnelles, et dans lequel ils seront immergés dès l’âge de dix-sept ans. L'UNICEF met d’ailleurs en garde contre des restrictions draconiennes, la protection des jeunes devant aller de pair avec la littératie numérique « Drawing a Line in Digital Spaces, Analyse Rapide, 13 mars 2026 ». Par conséquent, l'interdiction seule des réseaux sociaux aux jeunes ne saurait donc constituer à elle seule une réponse suffisante aux dérives résultant de ces médiums.

Sur le continent, l'éducation aux médias et à l’information (EMI) se résume souvent à des ateliers de sensibilisation à la cybersécurité ; il ne s’agit donc pas de réelles sessions de littératie numérique. Une véritable EMI destinée à la jeunesse devrait couvrir deux dimensions : les relations avec les autres (protection de la vie privée, vérification des informations, cyberintimidation, etc.) et le développement d’une autonomie individuelle face aux environnements numériques. En effet, une personne peut très bien identifier une fausse information tout en étant victime de la manipulation de ses sens par les plateformes. Ainsi, enseigner les logiques sous-jacentes au fonctionnement d’une plateforme est beaucoup plus utile que de seulement en présenter les fonctionnalités à un utilisateur.

Le verdict californien de mars 2026 devrait conduire les décideurs politiques africains à reconnaître qu’une politique numérique réaliste pour la jeunesse ne peut se limiter à des restrictions. Les États doivent investir dans des programmes scolaires d’EMI adéquats, qui permettront notamment aux jeunes d'acquérir les compétences nécessaires pour s'orienter, vivre et travailler dans le monde numérique d’aujourd’hui sans en subir les travers. L’enjeu n’est pas seulement de transmettre des aptitudes, mais surtout de mettre en œuvre une littératie numérique réflexive qui permette aux usagers de comprendre durablement les environnements numériques dans lesquels ils évoluent.

Biographie

Juriste, Evelyne Akoto travaille sur les enjeux de gouvernance publique et d'éthique de l'intelligence artificielle. Elle se concentre notamment sur les violences basées sur le genre facilitées par la technologie ainsi que la littératie numérique et en IA en Afrique de l’Ouest francophone. Ses analyses explorent la façon dont les transformations technologiques redéfinissent les rapports sociaux, surtout à la croisée des inégalités de genre, de la technologie et des droits humains.

Lire aussi:

Réseaux sociaux : au Gabon, les utilisateurs doivent désormais s’identifier formellement

Les restrictions d’accès aux réseaux sociaux et à Internet coûtent 1,74 milliard $ à l’Afrique subsaharienne en 2023 

Posted On lundi, 27 avril 2026 10:24 Written by

À mesure que l’intelligence artificielle s’intègre dans divers domaines d’activité, les besoins en compétences adaptées s’intensifient. La formation apparaît ainsi comme un enjeu clé pour soutenir l’appropriation de ces outils et leur déploiement à grande échelle.

L’Algérie renforce son dispositif de formation aux technologies émergentes. La ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels, Nacima Arhab, et le ministre de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, Noureddine Ouadah, ont procédé, dimanche 26 avril à l’Institut national spécialisé de formation professionnelle d’El Rahmania (Alger), au lancement du programme national de formation en intelligence artificielle (IA).

Selon les autorités, cette initiative vise à faire des compétences locales un levier central d’adaptation aux mutations technologiques et de soutien à l’économie de la connaissance. L’objectif est de former, dans des délais courts, des profils capables de s’intégrer rapidement dans l’environnement numérique, mais aussi de concevoir des solutions adaptées aux besoins des entreprises et du marché national.

Une formation intensive orientée vers la pratique

Le dispositif repose sur une approche pédagogique axée sur l’apprentissage par la pratique. Le cycle de formation, d’une durée totale de 12 semaines (8 semaines intensives et 4 semaines de projets concrets), est précédé d’un programme de formation des formateurs lancé le 15 janvier 2026 afin de garantir la qualité de l’encadrement.

Cette orientation vise à rapprocher la formation des réalités du terrain et à accélérer la professionnalisation des apprenants. Les participants sont ainsi amenés à travailler sur des cas réels, notamment en collaboration avec des start-up, en mobilisant les outils et modèles d’intelligence artificielle les plus récents.

Une stratégie nationale pour accélérer les compétences numériques

L’initiative s’inscrit dans la future stratégie nationale de transformation numérique que les autorités prévoient de déployer à court terme. Celle-ci ambitionne de former jusqu’à 500 000 spécialistes TIC (technologies de l'information et de la communication) et de réduire significativement la fuite des talents qualifiés.

Dans ce cadre, l’Algérie cherche à renforcer sa souveraineté technologique et à capter une part de la valeur générée par l’intelligence artificielle. Les autorités visent ainsi une contribution de l’IA pouvant atteindre près de 7 % du PIB à l’horizon 2027. Pour soutenir cette ambition, plusieurs leviers sont mobilisés, notamment la mise en place de mécanismes de financement dédiés, le développement de pôles de formation d’excellence et la démocratisation de l’accès aux technologies numériques.

Au-delà de la formation, le programme s’intègre dans une stratégie visant à structurer un écosystème d’innovation. À ce titre, un incubateur d’entreprises a été inauguré au sein de l’institut pour accompagner les porteurs de projets et encourager la création de start-up technologiques.

Samira Njoya

Edité par Sèna D. B. de Sodji

Lire aussi:

L’Algérie mise sur l’IA pour générer 7 % de son PIB d’ici 2027

Posted On lundi, 27 avril 2026 08:06 Written by

Le commerce électronique gagne du terrain en Afrique, soutenu par la numérisation des services et l’évolution des habitudes d’achat. Cette dynamique pousse les opérateurs traditionnels à repenser leur positionnement pour rester compétitifs.

Le ministre d’État chargé des TIC et de l’Orientation nationale, Godfrey Baluku Kabbyanga, a officiellement lancé le mardi 21 avril à Kampala la plateforme de commerce électronique PostCom portée par l’opérateur postal public Posta Uganda. Cette initiative place désormais la poste au cœur de la stratégie numérique du pays, en élargissant son rôle au‑delà des services logistiques traditionnels vers un écosystème de vente en ligne intégré.

PostCom fonctionne comme une marketplace nationale permettant aux particuliers et aux petites et moyennes entreprises de vendre et d’acheter des produits en ligne. La plateforme s’appuie sur le réseau physique de Posta Uganda pour assurer la logistique et la livraison sur l’ensemble du territoire. Elle offre également une interface numérique sécurisée destinée à faciliter les transactions et à connecter les vendeurs locaux à une clientèle plus large, y compris à l’international.

Dans un contexte de forte progression du commerce électronique en Afrique, ce type d’initiative répond à un marché en pleine expansion. Le secteur africain de l’e‑commerce est estimé à environ 55 milliards de dollars en 2024 et pourrait dépasser 110 milliards de dollars d’ici 2029, porté par la montée du mobile money, l’urbanisation et l’élargissement de l’accès à Internet. En Ouganda, les pouvoirs publics misent sur le numérique pour stimuler la croissance économique, avec une contribution potentielle estimée à plusieurs milliards de dollars à l’horizon 2030 grâce à la numérisation des services et du commerce.

Face à la domination des plateformes privées internationales, PostCom se distingue par son ancrage public et son intégration logistique. Contrairement aux marketplaces classiques, la plateforme combine commerce en ligne et infrastructure postale existante, permettant de réduire les coûts de livraison et de renforcer l’accès au e‑commerce dans les zones rurales. Cette approche vise également à soutenir les PME locales en leur offrant un canal de distribution national structuré, dans un environnement où la logistique reste l’un des principaux freins au commerce en ligne.

À terme, les autorités ougandaises ambitionnent de faire de PostCom un levier central de l’économie numérique nationale. Le projet s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation digitale visant à renforcer l’inclusion économique, moderniser les échanges commerciaux et positionner l’Ouganda comme un acteur émergent du commerce numérique en Afrique de l’Est. La plateforme ouvre également aux vendeurs l’accès à un marché international, leur permettant de toucher des clients dans près de 192 pays grâce à l’infrastructure postale mondiale.

Samira Njoya

Lire aussi:

 L’Ouganda inaugure un premier point d’échange Internet pour réduire les coûts du trafic local 

Posted On vendredi, 24 avril 2026 12:42 Written by

Porté par une population de plus de 100 millions d’habitants, le marché du commerce de détail en Égypte figure parmi les plus dynamiques du Moyen-Orient. Dans ce secteur concurrentiel, les enseignes accélèrent leur transformation numérique pour améliorer leurs performances et répondre à l’évolution des usages.

Orange Egypt et Circle K ont annoncé, mercredi 22 avril, la conclusion d’un partenariat visant à accompagner la modernisation du réseau de distribution de l’enseigne de retail, présente à travers plus de 200 points de vente dans le pays. Cet accord positionne l’opérateur télécom comme partenaire de transformation numérique de Circle K, dans un contexte de numérisation croissante du secteur de la distribution en Égypte.

Dans le cadre de ce partenariat, Orange fournira un ensemble de solutions de connectivité et d’infrastructures numériques, incluant l’accès à Internet haut débit et une interconnexion sécurisée entre les différents points de vente. L’objectif est d’assurer une meilleure continuité des opérations, tout en optimisant les performances et la gestion des activités commerciales sur l’ensemble du réseau.

Le projet intègre également le déploiement de la technologie SD-WAN, une solution avancée de gestion de réseau permettant une orchestration plus flexible et centralisée des flux de données entre les sites. Cette architecture vise à renforcer la sécurité, améliorer la stabilité des services et optimiser l’efficacité opérationnelle de l’entreprise.

Présente sur le marché égyptien à travers un réseau de magasins de proximité et de stations-service, Circle K figure parmi les principaux acteurs du retail de proximité. L’enseigne, qui fait partie d’un groupe international opérant dans plus de 20 pays, s’appuie sur une forte capacité de distribution et un volume important de clients servis quotidiennement grâce à son réseau étendu. Son modèle repose sur la vente de produits de consommation courante et de services rapides, avec une stratégie d’expansion continue sur les marchés urbains et périurbains.

Dans un marché de détail égyptien parmi les plus importants du Moyen-Orient, porté par une population de plus de 100 millions d’habitants, ce partenariat prend une dimension stratégique pour les deux groupes. Il s’inscrit dans la dynamique de numérisation des réseaux de distribution, où la connectivité et les systèmes d’information deviennent des leviers essentiels de performance et d’expansion.

Pour Mohamed Shebl, directeur commercial d’Orange Egypt, cette collaboration confirme la capacité de l’opérateur à répondre aux exigences des marques internationales. « Grâce à ce partenariat, nous continuons à exploiter les innovations de pointe pour améliorer la compétitivité et optimiser l’efficacité opérationnelle, conformément à notre vision de mener la transformation numérique du secteur des entreprises vers des modèles plus avancés et plus durables, tout en soutenant les objectifs de la stratégie numérique égyptienne et “Vision Égypte 2030” », a-t-il précisé.

Samira Njoya

Lire aussi:

Internet, mobile money, IA, cloud… : Orange fait de l’Afrique le moteur clé de sa croissance d’ici 2030

Posted On vendredi, 24 avril 2026 08:28 Written by

Alors que le capital-risque poursuit sa consolidation en Afrique, la région SADC tente de combler son retard en matière de financement technologique. Le Botswana mise sur un fonds dédié pour soutenir les start-up et stimuler l’émergence d’un écosystème plus compétitif.

L’écosystème du capital-risque en Afrique australe vient de franchir un nouveau palier. Le Botswana Tech Fund (BTF) a annoncé, le mardi 21 avril, le lancement d’un fonds de 50 millions de livres sterling (environ 67,5 millions de dollars) destiné à soutenir les start-up technologiques de la région. Basé à Gaborone, le fonds est soutenu par Pula Investments, le family office de Stephen Lansdown, cofondateur du groupe britannique Hargreaves Lansdown.

Le fonds est structuré pour intervenir à différents stades de développement, des jeunes entreprises en phase de pré-amorçage (pre-seed) jusqu’aux sociétés en phase de croissance avancée (scale-up). Sa première phase de déploiement comprend des investissements de démarrage ainsi que des prises de participation dans des entreprises plus matures. Il prévoit également des opérations sur le marché secondaire, une approche encore peu répandue sur le continent, mais destinée à améliorer la liquidité des investisseurs et des fondateurs.

Le lancement du BTF intervient dans un contexte de structuration progressive de l’écosystème du capital-risque en Afrique australe, où le financement des start-up reste marqué par un déficit structurel, notamment dans les technologies applicatives et les infrastructures numériques. La région demeure fortement dépendante des capitaux étrangers, malgré une montée en puissance progressive des initiatives locales.

Le fonds mise notamment sur les atouts du Botswana, dont un taux de pénétration Internet estimé à environ 80 %, ainsi que sur un environnement institutionnel stable en matière de gouvernance. Ces facteurs sont considérés comme des leviers pour attirer les investissements technologiques dans une région qui représente un marché potentiel de plus de 370 millions d’habitants, au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).

Selon plusieurs analyses de marché (Partech Africa et Briter Bridges), les start-up africaines ont levé environ 3 à 4 milliards de dollars américains en 2025, après un pic supérieur à 6 milliards en 2022. Cette tendance confirme une phase de normalisation du capital-risque, marquée par une sélection plus rigoureuse des projets et une concentration des financements sur les marchés les plus matures, notamment le Nigeria, le Kenya, l’Afrique du Sud et l’Égypte.

Dans ce contexte, le Botswana Tech Fund entend repositionner l’Afrique australe sur la carte du capital-risque, en structurant des financements mieux adaptés aux besoins des entrepreneurs et en facilitant l’accès au capital pour les fondateurs.

Samira Njoya

Edité par Sèna D. B. de Sodji

Lire aussi:

L’Université du Botswana lance son premier programme de réalité virtuelle  

Posted On jeudi, 23 avril 2026 15:26 Written by

Engagé dans des réformes pour accélérer sa transformation numérique, le Burkina Faso ouvre progressivement son marché aux innovations technologiques. Cette dynamique attire des investisseurs étrangers par des opportunités dans l’IA, la santé et les drones.

Le ministère burkinabè de la Transition digitale, représenté par son Secrétaire général, Borlli Michel Some (photo, à droite), a accueilli le mercredi 22 avril une importante délégation d’investisseurs italiens conduite par l’ambassadrice du Burkina Faso en Italie, Cyrille Ganou/Badolo (photo, à gauche). Cette rencontre marque une étape clé dans la stratégie nationale visant à interconnecter l’ensemble de l’administration et à éliminer les « zones blanches » sur le territoire.

Les échanges ont porté sur plusieurs solutions technologiques adaptées aux réalités locales. Les investisseurs ont notamment présenté des projets liés à l’utilisation de drones pour l’accès aux soins et aux campagnes de vaccination en zone rurale, ainsi que des systèmes de gestion des données médicales. La délégation, composée d’acteurs issus des secteurs de la technologie, de l’agriculture et de l’énergie, a exprimé son intérêt pour le développement de partenariats public‑privé.

Souveraineté et transfert de compétences

Les autorités burkinabè ont toutefois insisté sur la nécessité d’inscrire ces collaborations dans une logique de souveraineté technologique. Pour le pays, la priorité est accordée à des partenariats intégrant la formation, le co‑développement et l’appropriation des technologies, afin de renforcer les capacités locales. L’objectif est notamment de s’appuyer sur les ressources humaines nationales pour assurer la gestion des infrastructures et des données stratégiques.

Le défi de l’énergie numérique

Le lien entre numérique et énergie a également été au cœur des échanges. Pour atteindre l’objectif « zéro zone blanche » d’ici 2030, le Burkina Faso mise sur des solutions solaires innovantes pour alimenter les infrastructures télécoms en milieu rural. Les autorités ont invité les investisseurs italiens à proposer des technologies durables capables de soutenir cette expansion du réseau, indispensable à la modernisation des services publics.

Cette rencontre intervient dans un contexte d’accélération des projets numériques au Burkina Faso, avec des priorités telles que l’identité numérique et l’intégration de technologies émergentes, dans l’objectif d’améliorer l’efficacité des services publics.

Samira Njoya

Edité par Sèna D. B. de Sodji

Lire aussi:

 Sécurité aux frontières : le Burkina Faso numérise la fiche de voyage

 Le Burkina Faso engage la modernisation numérique du radiodiffuseur public

Posted On jeudi, 23 avril 2026 10:01 Written by

Face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle, le Burundi pose les bases d’un cadre national pour encadrer son développement. Avec une stratégie dédiée, les autorités cherchent à structurer l’écosystème local et à capter les gains économiques liés à l’exploitation des données.

Le Burundi accélère son positionnement sur les technologies émergentes. Le pays a validé, le mercredi 22 avril à Bujumbura, sa Stratégie nationale sur l’intelligence artificielle pour la période 2025‑2030. Portée par le ministère des Finances, du Budget et de l’Économie numérique avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement, cette feuille de route vise à faire de l’intelligence artificielle un outil opérationnel au service de la gouvernance, de la croissance et de la modernisation des services publics.

Une stratégie structurée autour de six priorités

Le premier pilier concerne la gouvernance. Il prévoit la création d’organes de pilotage, l’élaboration d’une charte d’éthique et l’adaptation du cadre réglementaire, afin d’encadrer le développement de l’IA. Cette dimension est complétée par un volet spécifique consacré à l’éthique, à l’inclusion et à la durabilité, avec des mécanismes de contrôle des algorithmes, la prise en compte des langues locales et la promotion d’une IA responsable.

Sur le plan technique, la stratégie met l’accent sur le renforcement des infrastructures numériques et des capacités de gestion des données. Elle prévoit notamment la modernisation des centres de données, la mise en place de hubs sectoriels et le développement de solutions de cloud souverain, en parallèle de l’extension des réseaux télécoms.

Le développement du capital humain constitue un autre axe central. Le gouvernement ambitionne d’adapter les formations universitaires aux métiers de l’IA, de former plus de 1000 agents publics et de soutenir l’émergence de talents, notamment à travers des programmes ciblant les jeunes et les femmes.

En parallèle, un accent particulier est mis sur l’innovation et l’entrepreneuriat. La stratégie prévoit la création de mécanismes de financement dédiés, l’installation d’incubateurs dans plusieurs villes et la mise en place d’incitations pour soutenir l’émergence de start‑up spécialisées dans l’intelligence artificielle.

Enfin, l’approche retenue privilégie des applications concrètes. Une quinzaine de projets pilotes doivent être déployés dans des secteurs clés comme la santé, avec des outils d’aide au diagnostic et de télémédecine, ou l’agriculture, via des systèmes d’alerte climatique et de conseil aux producteurs. L’objectif est de démontrer rapidement l’impact de ces technologies sur la productivité et les services publics.

Un positionnement encore en construction

Malgré ces ambitions, le Burundi part d’un niveau de maturité encore limité en matière d’infrastructures numériques et de valorisation des données. Comme dans plusieurs économies africaines, les enjeux portent sur la disponibilité des données, l’interopérabilité des systèmes et la mise en place de cadres réglementaires adaptés. La stratégie adoptée vise précisément à structurer ces fondations, en alignant les investissements, les compétences et les usages autour d’une vision cohérente. Elle s’inscrit également dans la Vision 2040‑2060 du pays, qui identifie le numérique comme un moteur de transformation économique.

Une fois mise en œuvre, cette stratégie permettra au pays de rejoindre des États africains ayant déjà structuré leur approche de l’intelligence artificielle, comme le Rwanda, le Sénégal, le Maroc ou le Bénin. Dans un contexte de compétition autour de la donnée et des technologies avancées, l’enjeu sera désormais de traduire cette ambition en déploiements concrets capables de générer des gains économiques mesurables.

Samira Njoya

Edité par Sèna D. B. de Sodji

Lire aussi:

Transformation numérique : la Banque mondiale évalue les progrès du PAFEN au Burundi

Posted On jeudi, 23 avril 2026 06:35 Written by

En janvier 2025, les autorités sénégalaises ont décidé d'investir 206 millions USD pour financer leur stratégie numérique pour l'éducation sur la période 2025-2029. Des actions concrètes commencent à prendre corps.

Le Sénégal a annoncé lundi 20 avril le lancement d’une bibliothèque numérique nationale dédiée aux élèves. Cette plateforme vise à faciliter l’accès aux ressources pédagogiques et à assurer la continuité des apprentissages, dans un contexte de perturbations régulières du calendrier scolaire.

Accessible en ligne sur différents supports (smartphones, tablettes, ordinateurs), la bibliothèque propose un ensemble de contenus couvrant plusieurs niveaux d’enseignement, du préscolaire au secondaire. Les ressources, validées par des enseignants, incluent des cours, des exercices interactifs et des outils de révision. Deux solutions composent l’offre : Senkala, axée sur les évaluations et les exercices, et Promet, dédiée aux contenus pédagogiques et à l’apprentissage autonome.

L’initiative vise, d’une part, à garantir la continuité pédagogique en permettant aux élèves de poursuivre leur apprentissage en dehors de la salle de classe. D’autre part, elle s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’éducation, en intégrant les technologies numériques au cœur des méthodes d’enseignement. Au-delà de l’accès aux contenus, la plateforme ambitionne de réduire les inégalités éducatives, notamment entre zones urbaines et rurales.

Toutefois, l’accès à Internet à domicile reste profondément inégal au Sénégal, selon une enquête de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) publiée en juillet 2025. Si 43,8 % des ménages dakarois disposent d’une connexion, ce taux tombe à 16,3 % dans les autres zones urbaines et à moins de 3 % en milieu rural. Les données de DataReportal, qui évaluent l’accès à Internet mobile, sont cependant plus élevées. À la fin de l’année 2025, le Sénégal comptait 11,5 millions d’internautes, soit un taux de pénétration de 60,6 %.

Adoni Conrad Quenum (Agence Ecofin)

Lire aussi:

Le Congo renforce sa coopération avec la Russie dans les compétences numériques

Posted On mercredi, 22 avril 2026 18:52 Written by

Les autorités zambiennes souhaitent généraliser l’accès à Internet dans le pays, dans le cadre des aspirations de transformation numérique. Cette ambition concerne non seulement les particuliers, mais aussi les établissements publics tels que les écoles et les hôpitaux.

Le gouvernement zambien prévoit de connecter 2500 écoles supplémentaires à Internet d’ici la fin de l’année 2026. L’initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation numérique du système éducatif.

Dans ce cadre, les entreprises de télécommunications et les institutions financières zambiennes se sont engagées la semaine dernière à soutenir le ministère de l’Éducation dans l’extension de la connectivité Internet dans les écoles à travers le pays. Cet engagement a été pris lors d’une réunion de concertation avec les partenaires consacrée à la connectivité scolaire.

« La collaboration a permis à des salles de classe autrefois limitées en ressources d’introduire aujourd’hui les apprenants aux outils numériques. Les enseignants élargissent leurs méthodes. Les élèves accèdent à des connaissances qui dépassent largement leur environnement immédiat », a déclaré Noriana Muneku, secrétaire permanente chargée de l’Administration au ministère de l’Éducation.

Cette initiative intervient dans un contexte où les autorités zambiennes misent sur la technologie pour soutenir le développement socio-économique dans l’ensemble des secteurs. Dans le domaine de l’éducation, cette ambition est mise en œuvre en partenariat avec des acteurs privés et des organisations internationales.

Le ministère de l’Éducation estime notamment que les écoles peuvent tirer parti d’un large éventail d’outils TIC pour communiquer, créer, diffuser, stocker et gérer l’information de manière efficace. Les technologies de l’information et de la communication offrent aux apprenants un accès à une vaste gamme de ressources éducatives en ligne, telles que des manuels numériques, des livres électroniques et des logiciels éducatifs spécialisés, disponibles à tout moment et depuis n’importe quel lieu.

« Contrairement aux méthodes d’enseignement traditionnelles, qui peuvent limiter le rythme d’apprentissage, l’intégration des TIC permet aux élèves d’apprendre à leur propre rythme et selon leur propre emploi du temps, leur offrant ainsi la flexibilité nécessaire pour concilier études, activités personnelles ou engagements professionnels », indique le ministère dans son « Education Statistics Bulletin 2025 ».

Dans cette dynamique, le gouvernement a mis en place la plateforme « Digital Learning Passport » en collaboration avec l’UNESCO, l’UNICEF et Microsoft. Elle propose une large gamme de contenus éducatifs, incluant des leçons interactives, des supports audio et vidéo ainsi que des ressources pédagogiques numérisées alignées sur le programme scolaire. En 2024, plus de 300 000 élèves y accédaient pour étudier des matières telles que l’anglais, les mathématiques, les sciences et les études sociales.

Selon les données du ministère de l’Éducation, 8 239 écoles sur les 13 987 que compte le pays disposaient d’un accès à Internet pour des usages administratifs à fin 2025. Cependant, seules 5487 écoles bénéficiaient d’un accès destiné à l’enseignement et à l’apprentissage, tandis que 3276 disposaient d’une connexion jugée fiable.

Cette initiative soulève toutefois plusieurs interrogations, notamment sur la généralisation effective de la connectivité dans les écoles, la fiabilité et la pérennité des réseaux, la disponibilité des équipements TIC, ainsi que les capacités des enseignants et des élèves à utiliser ces outils. L’accès à l’électricité reste également un enjeu majeur : en 2025, 5812 écoles ne disposaient d’aucune alimentation électrique. 

Isaac K. Kassouwi

Edité par Sèna D. B. de Sodji

Lire aussi:

Numérique : la Zambie renforce les capacités des fonctionnaires gouvernementaux

Posted On mercredi, 22 avril 2026 08:53 Written by
Page 1 sur 186

Please publish modules in offcanvas position.