Confronté au sous-emploi des jeunes, le Kenya mise sur l’externalisation pour créer des emplois numériques et séduire les investisseurs, avec l’ambition de devenir une référence africaine des services aux entreprises.
Dans une démarche inédite, quatre opérateurs majeurs de l’externalisation des services aux entreprises ont lancé cette semaine « The Outsourcing Alliance of Kenya » (OAK). Cette coalition privée vise à structurer et accélérer le développement des Global Business Services, incluant le BPO et les services informatiques externalisés. L’annonce a été faite le jeudi 5 février par le ministère de l’Information, des Communications et de l’Économie numérique sur son compte X, marquant une nouvelle étape pour un secteur appelé à jouer un rôle central dans la création d’emplois.
𝐊𝐞𝐧𝐲𝐚'𝐬 𝐆𝐥𝐨𝐛𝐚𝐥 𝐁𝐮𝐬𝐢𝐧𝐞𝐬𝐬 𝐒𝐞𝐫𝐯𝐢𝐜𝐞𝐬 𝐒𝐞𝐜𝐭𝐨𝐫 𝐑𝐞𝐚𝐜𝐡𝐞𝐬 𝐍𝐞𝐰 𝐌𝐢𝐥𝐞𝐬𝐭𝐨𝐧𝐞𝐬 𝐰𝐢𝐭𝐡 𝐋𝐚𝐮𝐧𝐜𝐡 𝐨𝐟 𝐎𝐮𝐭𝐬𝐨𝐮𝐫𝐜𝐢𝐧𝐠 𝐀𝐥𝐥𝐢𝐚𝐧𝐜𝐞
— Ministry of Info, Comms & The Digital Economy KE (@MoICTKenya) February 5, 2026
The Outsourcing Alliance of Kenya (OAK) was officially launched on February 3, 2026, signaling… pic.twitter.com/NjaNNt3g7M
Le lancement officiel s’est déroulé en présence de représentants du gouvernement. Selon Kenyan Wall Street, l’alliance regroupe notamment CCI Kenya, CloudFactory Kenya, Teleperformance Kenya et Sama Kenya. Elle ambitionne de fédérer plus de vingt membres d’ici au deuxième trimestre 2026 et de contribuer à la création de 100 000 emplois sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
Le secrétaire principal chargé des TIC et de l’Économie numérique, John Tanui, a rappelé dans un discours lu lors de l’événement que l’expansion des Global Business Services constitue un levier pour offrir des opportunités inclusives aux jeunes. Il a souligné le rôle catalyseur de l’État à travers des politiques ciblées, des cadres réglementaires adaptés et des mesures facilitant l’accès aux marchés internationaux. Le gouvernement s’appuie notamment sur des programmes de formation comme Ajira Digital et Jitume, qui visent à former massivement les jeunes Kényans aux compétences recherchées par le marché mondial de l’outsourcing, selon le ministère de l’Économie numérique.
Cette initiative intervient alors que le Kenya enregistre un taux de chômage d’environ 5,2 % en 2025, avec une situation particulièrement difficile pour les jeunes. Dans le même temps, la pénétration d’internet atteint 48 % en 2025, un taux encore perfectible, mais en nette progression, qui constitue un facteur déterminant pour le développement des services numériques et de l’outsourcing.
Félicien Houindo Lokossou
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Une infrastructure nationale bien structurée est un pilier de la transformation numérique. Sans mesures de sécurité adaptées, les bénéfices attendus restent fragiles.
Les autorités tchadiennes ont confié à Techso Group la mission de sécuriser le data center national, en amont de son lancement. Un accord tripartite a été signé le jeudi 5 février entre l’entreprise, l’Agence de développement des TIC (ADETIC) et l’Agence nationale de sécurité informatique et de certification électronique (ANSICE).
Le partenariat porte sur un audit de sécurité ainsi que sur la certification du site et des équipements, afin d’assurer leur conformité aux normes en vigueur en matière de protection des infrastructures critiques. « Il s’agit de garantir la fiabilité, l’intégrité et la résilience du data center national », a déclaré Nadjma Saleh Kebzabo (photo, au centre), directrice générale adjointe de l’ANSICE.
Par ailleurs, l’accord prévoit également l’opérationnalisation des 100 micro-centres de données déployés dans les différentes institutions de l’État. « Interconnectés au data center national, ces dispositifs permettront d’asseoir une architecture numérique unifiée, sécurisée et performante, au service de la dématérialisation des procédures administratives et de l’amélioration de la qualité du service public », a déclaré l’ADETIC dans un communiqué.
Cette initiative intervient dans un contexte marqué, selon les autorités tchadiennes, par des « défis croissants liés à la cybercriminalité et à la protection des données sensibles ». En effet, la transformation numérique s’accélère à travers le continent, avec de nombreux pays misant sur l’intégration des TIC dans les secteurs pour soutenir le développement socio-économique. Le Tchad, par exemple, accorde une place importante au numérique dans son plan de développement « Tchad Connexion 2030 ».
Il est notamment prévu 1,5 milliard de dollars d’investissements dans le numérique. Cela vise à hisser le pays parmi les principales économies numériques d’Afrique et à étendre significativement la couverture des réseaux afin de connecter la majorité de la population. Le programme prévoit également la numérisation et l’interconnexion de l’ensemble des services publics et parapublics, pour offrir aux citoyens un accès complet aux services d’e‑gouvernement. Le désenclavement numérique figure aussi parmi les priorités des autorités.
Cependant, l’Union internationale des télécommunications (UIT) estime que la cybersécurité est une condition incontournable si les pays veulent pleinement tirer parti des opportunités que présentent les TIC pour le développement. L’organisation a d’ailleurs classé le Tchad dans l’avant-dernier palier (Tier 4) pour son Indice global de cybersécurité en 2024. Le pays a enregistré une performance jugée relativement bonne dans les piliers du cadre réglementaire et de la coopération. Il doit toutefois redoubler d’efforts en ce qui concerne les mesures techniques, organisationnelles et de développement des capacités.
Pour le moment, le Tchad se classe 189e sur 193 à l’Indice de développement de l’e-gouvernement des Nations unies (EGDI) avec un score de 0,1785 sur 1. Le pays se situe en dessous de la moyenne en Afrique (0,4247) et de la moyenne mondiale (0,6382).
Isaac K. Kassouwi
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Malgré leur popularité auprès du public, de nombreux artistes ivoiriens tirent peu de revenus de la diffusion numérique de leurs œuvres. Les autorités entendent corriger cette situation en structurant la monétisation des contenus numériques, afin de garantir une rémunération plus équitable.
Le gouvernement ivoirien a annoncé sa volonté de faire de la monétisation des contenus numériques une réalité à l’horizon 2026, en réponse aux attentes des acteurs de la culture, de la musique et des médias. La ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, a engagé, le lundi 2 février, des discussions avec la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) ainsi que plusieurs partenaires du secteur, afin de définir des mécanismes de valorisation des contenus numériques produits localement.
Concrètement, la démarche vise à mettre en place un cadre réglementaire et opérationnel permettant de capter et de redistribuer une part significative des revenus issus de l’écoute en ligne, du streaming musical, de la vidéo et des contenus audiovisuels. L’exécutif entend ainsi structurer un écosystème dans lequel les plateformes numériques, locales comme internationales, rémunèrent les artistes et créateurs selon des règles claires, tout en renforçant la régulation des droits d’auteur et des contrats de distribution.
La question revêt une dimension économique croissante. Selon le « Global Music Report 2025 » de la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI), l’Afrique subsaharienne a enregistré en 2024 une croissance de 22,6 % des revenus de la musique enregistrée, atteignant un niveau record de 110 millions USD, soit près de cinq fois la croissance mondiale, estimée à 4,8 % sur la même période.
En Côte d’Ivoire, les plateformes de streaming musical telles que Boomplay, Spotify, Apple Music ou Deezer gagnent progressivement du terrain. Les modèles de rémunération varient toutefois selon les plateformes et les marchés. À titre indicatif, un million d’écoutes sur Spotify peut générer environ 1,2 million FCFA (environ 2155 USD) pour les ayants droit, illustrant le potentiel économique du streaming, mais aussi les écarts persistants de revenus.
Malgré une audience numérique en expansion, la monétisation demeure limitée pour de nombreux artistes d’Afrique francophone. Une part importante de la valeur créée continue d’échapper aux créateurs locaux, en raison de structures contractuelles peu favorables et de cadres réglementaires encore insuffisamment adaptés aux réalités du numérique.
L’initiative ivoirienne s’inscrit, par ailleurs, dans un contexte plus large de développement de l’économie numérique nationale. Le pays dispose d’une infrastructure mobile relativement solide. Au premier trimestre 2025, le taux de couverture 4G atteignait 76,88 %, facilitant l’accès aux services numériques et aux plateformes de diffusion de contenus.
En structurant la monétisation des contenus numériques, Abidjan cherche à intégrer davantage l’économie créative dans le secteur formel, à renforcer les revenus des artistes et producteurs locaux et à positionner la culture numérique comme un levier de croissance économique et d’emplois, alors que les marchés du streaming et des contenus numériques poursuivent leur dynamique d’expansion sur le continent africain.
Samira Njoya
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En juin 2025, Onafriq avait déjà annoncé un partenariat avec PAPSS pour lancer un service de paiement transfrontalier, d’abord testé sur les transactions sortantes vers le Ghana. L’entreprise déploie désormais un nouveau pilote pour les paiements quittant le Nigeria à destination du Ghana.
Le lundi 2 février, Onafriq Nigeria Payments, fintech agréée par la Banque centrale nigériane, a annoncé un partenariat avec le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS). Ce partenariat vise à piloter un service qui permet d’envoyer de l’argent d’un portefeuille ou d’un compte au Nigeria vers un bénéficiaire au Ghana. L’enjeu est de faciliter les paiements entre les deux pays en monnaies locales, sans passer par le dollar, afin de soutenir le commerce intra-africain dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
PAPSS, adopté comme plateforme de référence pour la mise en œuvre de la ZLECAf, fonctionne comme une infrastructure commune qui fait circuler et équilibre les paiements entre banques, fintechs et opérateurs de mobile money africains. Il offre une alternative aux circuits traditionnels de correspondants bancaires, souvent plus lents et plus coûteux pour les paiements entre pays. En s’appuyant sur cette plateforme, Onafriq transforme le portefeuille mobile et les comptes bancaires qu’elle connecte en portes d’entrée vers un réseau panafricain de paiements en temps réel.
Ce que cela change pour les petits acteurs du commerce
Aujourd’hui, une PME qui importe du Ghana vers le Nigeria ou inversement utilise le plus souvent des canaux bancaires internationaux, avec plusieurs niveaux de frais, des délais de traitement de plusieurs jours et un passage quasi systématique par le dollar ou l’euro. Ces contraintes pèsent davantage sur les petites entreprises, qui ont moins de marge pour absorber les coûts de change et les retards de paiement.
Le pilote Onafriq–PAPSS propose des paiements quasi instantanés en monnaie locale entre le Nigeria et le Ghana, via des interfaces de portefeuille ou d’application bancaire déjà connues des utilisateurs. Mxolisi Msutwana, directeur général d’Onafriq pour l’Afrique occidentale anglophone, explique : « c’est ainsi que nous ouvrons des couloirs commerciaux bidirectionnels, que nous réduisons les coûts pour les entreprises et que nous donnons aux entreprises africaines les moyens dont elles ont besoin pour commercer en toute confiance dans leur propre devise. La vision est continentale, mais elle commence par des mesures concrètes comme celle-ci ».
Ositadimma Ugwu, directeur des systèmes d’information chez PAPSS, ajoute : « avec cette mesure, nous remettons en question cette mentalité, en donnant aux Nigérians la possibilité d’envoyer de l’argent à leurs voisins aussi facilement qu’ils envoient un SMS ».
Une pièce clé dans la mise en œuvre de la ZLECAf
Selon le rapport « Africa Trade Report 2025 » d’Afreximbank, le commerce intra-africain a atteint 220,3 milliards de dollars en 2024, soit une hausse de 12,4 % par rapport à 2023, mais il reste inférieur au potentiel estimé à 296,3 milliards de dollars. Les auteurs estiment que la ZLECAf peut aider à combler cet écart, à condition d’améliorer aussi les infrastructures financières. Dans ce contexte, des solutions comme PAPSS, associées à des réseaux privés de paiement de masse, sont présentées comme des outils concrets pour transformer les accords commerciaux en échanges réels, soutenant ainsi la mise en œuvre du mandat de la ZLECAf.
« Le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) réduit la dépendance aux devises étrangères et améliore l’efficacité du commerce intra-africain, tandis que les écosystèmes nationaux de paiement numérique connaissent une expansion rapide, générant des milliards de dollars de revenus annuels », révèle Afreximbank dans son rapport.
Melchior Koba
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Partenaire de Zipline depuis près d’une décennie, le Rwanda a été l’un des premiers pays au monde à adopter la livraison autonome par drone. Cette collaboration historique prend désormais une nouvelle dimension, avec l’élargissement des usages et de la couverture du service.
Le Rwanda a signé, le jeudi 6 février, un accord d’expansion stratégique avec Zipline afin de devenir le premier pays au monde à disposer d’un réseau national de livraison autonome par drones, incluant le tout premier réseau urbain de livraison par drone en Afrique. Cet accord intervient dans le cadre de la subvention de 150 millions de dollars accordée à Zipline par le Département d’État américain, dont le Rwanda est le premier bénéficiaire.
« Le Rwanda et Zipline travaillent ensemble depuis des années pour exploiter la technologie au service de notre peuple. Nous avons été témoins de l’impact extraordinaire de la livraison par drone – économiser du temps, économiser de l’argent et sauver des vies. Grâce à ce partenariat, nous allons désormais étendre la livraison urbaine, en apportant ces avantages à encore plus de collectivités », a déclaré Paula Ingabire, ministre rwandaise des TIC et de l’Innovation.
Concrètement, le Rwanda sera le premier pays africain à déployer le système de livraison urbaine de Zipline, Platform 2 (P2). Cette technologie permet des livraisons rapides, silencieuses et extrêmement précises dans des environnements urbains denses comme Kigali, qui concentre à elle seule près de 40 % de la demande nationale de soins de santé. La plateforme est déjà utilisée aux États‑Unis pour livrer des dizaines de milliers de produits de détail et alimentaires directement à domicile ou dans des espaces publics.
L’accord prévoit également le renforcement du réseau existant avec l’ouverture d’un troisième centre de distribution longue distance dans le district de Karongi, en complément des hubs de Muhanga et Kayonza. Cette nouvelle infrastructure permettra d’étendre les livraisons au‑delà de la forêt de Nyungwe, notamment vers les districts frontaliers de la République démocratique du Congo, améliorant ainsi l’équité territoriale dans l’accès aux produits médicaux essentiels.
Au‑delà de la logistique, Zipline ambitionne d’installer au Rwanda son premier centre international d’essais dédié à l’intelligence artificielle et à la robotique. Ce centre de recherche et développement servira à tester de nouveaux systèmes de sécurité, des logiciels logistiques de nouvelle génération et les performances des aéronefs dans diverses conditions climatiques. Il vise également la formation de talents locaux et la création d’emplois hautement qualifiés dans les technologies avancées.
Ce nouvel accord s’inscrit dans une coopération de long terme entre le Rwanda et Zipline. Présente dans le pays depuis 2016, la société américaine a vu son partenariat renouvelé à plusieurs reprises, dont un contrat de 61 millions de dollars signé en décembre 2022. Celui‑ci prévoit l’extension des sites de livraison en zones rurales et urbaines, avec l’objectif de tripler les volumes et d’atteindre près de 2 millions de livraisons d’ici 2029, pour plus de 200 millions de kilomètres parcourus par des drones autonomes.
Selon les données communiquées par l’entreprise, cette collaboration avec Zipline a contribué à une baisse de 51 % de la mortalité maternelle dans les zones couvertes. Par ailleurs, l’intégration en temps réel des données de livraison dans les systèmes nationaux de santé et d’urgence a permis de renforcer la capacité de surveillance épidémiologique et la réactivité face aux crises sanitaires.
Samira Njoya
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Face à la pénurie de médecins et à la demande croissante de soins spécialisés, l’Afrique explore la chirurgie robotique pour optimiser les compétences disponibles. Le Maroc, en multipliant les initiatives, entend se positionner à l’avant-garde de cette révolution médicale sur le continent.
Le jeudi 29 janvier, le Maroc a inauguré ses premiers services publics de chirurgie robotique au Centre hospitalier universitaire (CHU) Mohammed VI d’Agadir, avec les premières interventions assistées par robot réalisées dans un établissement public. Cette annonce est survenue la veille de l’inauguration, à Casablanca, de la Mohammed VI Interventional Simulation and Robotic Surgery School (M6 ISRSS), école dédiée à la formation en chirurgie robotique et en simulation interventionnelle. Ces deux initiatives successives illustrent une stratégie nationale visant à moderniser le système de santé et à réduire les disparités régionales en matière d’accès aux soins spécialisés.
Un déficit de médecins qui pèse sur l’offre de soins spécialisés
Cette démarche répond à un déficit structurel de médecins et de chirurgiens. En 2023, le royaume affichait une densité médicale de 7,8 à 7,9 médecins pour 10 000 habitants, inférieure au seuil critique de 2,5 médecins pour 1000 habitants recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En 2025, le ministère de la Santé a estimé le besoin supplémentaire en ressources humaines à plus de 96 000 professionnels, dont 32 000 médecins et 64 000 infirmiers, afin de faire face à la demande croissante de soins spécialisés.
L’introduction de la chirurgie robotique vise à compenser partiellement cette pénurie en optimisant l’utilisation des compétences existantes. Les systèmes robotisés permettent aux chirurgiens d’intervenir avec une précision accrue et ouvrent la voie à des modèles d’intervention à distance et de supervision inter-hospitalière, rendus possibles par des infrastructures numériques fiables.
Le Maroc a déjà démontré sa capacité à opérer à distance. En 2024, une prostatectomie radicale a été réalisée entre Casablanca et Shanghai, à plus de 12 000 km. L’année suivante, une nouvelle téléchirurgie a été menée avec succès entre Casablanca et Tanger, confirmant la faisabilité technique de ces interventions au niveau national.
Un marché mondial en forte croissance
L’investissement marocain s’inscrit dans un contexte mondial de forte expansion de la chirurgie robotique. Selon Mordor Intelligence, le marché mondial est estimé à 8,31 milliards USD en 2025 et devrait atteindre 12,83 milliards USD d’ici 2030, avec un taux de croissance annuel moyen de 9,07 %. Cette croissance est portée par la demande des populations vieillissantes pour des interventions moins invasives et plus précises, ainsi que par la consolidation hospitalière favorisant les plateformes de chirurgie à forte utilisation. En Afrique, le marché reste dominé par l’Afrique du Sud et l’Égypte, mais le Maroc pourrait en profiter grâce à ses nouvelles infrastructures et à l’expertise croissante de ses équipes médicales.
Un investissement stratégique pour le pays
Le projet de robot chirurgical Revo-i au CHU d’Agadir représente un investissement public de 26,35 millions de dirhams (≈ 2,9 millions USD). Il s’inscrit dans une stratégie visant à rapprocher les soins spécialisés des citoyens, à réduire les déplacements médicaux et à renforcer l’offre régionale et nationale. La plateforme sert également de centre de formation et de supervision pour les équipes hospitalières, garantissant un déploiement progressif et sécurisé de la technologie.
Le lancement de la M6 ISRSS complète cette démarche. L’école propose le premier diplôme universitaire de chirurgie robotique, couvrant plusieurs spécialités : urologie, chirurgie générale, gynécologie et chirurgie thoracique, et forme des chirurgiens et techniciens capables de maintenir un niveau homogène de qualité des soins, même lorsque les compétences spécialisées ne sont pas disponibles localement. Cette approche permet aussi d’améliorer l’attractivité des carrières hospitalières et de limiter la fuite des talents vers le secteur privé ou l’étranger.
Si la chirurgie robotique ne peut à elle seule combler le déficit de médecins et d’infirmiers, elle constitue un levier stratégique pour moderniser l’offre de soins spécialisés. En combinant investissement technologique, formation avancée et premières expérimentations de téléchirurgie, le Maroc cherche à bâtir un système de santé plus résilient, capable d’absorber les tensions liées à la pénurie de praticiens tout en s’alignant sur les standards internationaux.
Samira Njoya
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À la tête de ce ministère, sa prédécesseure Rose Pola Pricemou a marqué le développement du numérique guinéen. Mourana Soumah prend ses fonctions avec la mission de consolider ces acquis et de déployer des projets numériques à l’échelle nationale.
Mourana Soumah (photo) est désormais ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation. Il a été nommé le lundi 2 février par décret présidentiel signé par le président guinéen Mamadi Doumbouya. Il prend la tête d’un ministère élargi, issu de la fusion entre le ministère de l’Information et de la Communication, précédemment dirigé par Fana Soumah, et celui des Postes, Télécommunications et de l’Économie numérique, anciennement occupé par Rose Pola Pricemou.
Formé en sciences économiques à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, Mourana Soumah est titulaire d’un master en gestion de la politique économique (CERDI-Université d’Auvergne, France) et d’un diplôme du cycle international de l’ENA Paris-Strasbourg, option Économie et finances publiques. Il a également suivi de nombreuses formations spécialisées auprès d’institutions internationales, notamment au FMI, à Bercy, à la BCEAO, au Canada et au Maroc.
Une longue expérience en finance
Avant cette nomination, Mourana Soumah occupait le portefeuille de l’Économie et des Finances depuis mars 2024, pilotant des réformes majeures pour moderniser la gestion financière de l’État, assainir la trésorerie publique et renforcer la crédibilité budgétaire. Il a également représenté la Guinée auprès du FMI, de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, tout en présidant ou siégeant dans plusieurs comités stratégiques nationaux, tels que le Comité stratégique Simandou et le Comité de pilotage du C2D.
Avant son entrée au gouvernement, il a occupé des postes clés au sein de l’administration financière, notamment comme directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique (DGTCP) de 2021 à 2024, après avoir dirigé l’Agence comptable centrale des dépôts du Trésor et participé à plusieurs comités stratégiques rattachés à la Primature, au ministère des Finances et au ministère du Budget. Il a contribué à des réformes telles que la mise en place du Compte unique du Trésor (CUT), du Système comptable intégré de l’État (SCIE) et du Système national de paiements, illustrant son engagement pour une gestion publique modernisée.
Des attentes fortes
À son nouveau poste, Mourana Soumah est attendu pour apporter une vision moderne et intégrée de la communication publique, accélérer la transformation numérique de l’administration, renforcer la souveraineté numérique et stimuler l’innovation comme levier de croissance économique, de transparence et d’inclusion. Les chantiers prioritaires en cours incluent l’extension de la connectivité aux zones encore non desservies, où plus de 600 zones blanches ont été identifiées, le développement des usages numériques dans l’éducation et les services publics, ainsi que le renforcement de la cybersécurité et de l’hébergement local des données.
Dans un pays où 14,2 millions de connexions mobiles ont été enregistrées en 2025, soit environ 95 % de la population selon DataReportal, et où la pénétration Internet atteint près de 26,5 % (environ 4 millions d’utilisateurs), la structuration de l’écosystème numérique demeure un enjeu central pour l’inclusion digitale et l’accès à l’information. La Guinée a également connu une croissance rapide des abonnements à l’Internet mobile, avec une hausse de près de 97,4 % ces dernières années, illustrant l’expansion des usages numériques et l’urgence de ces chantiers.
Samira Njoya
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Les autorités sénégalaises ambitionnent de généraliser l’accès à Internet dans le cadre de leur stratégie nationale de transformation numérique. Pour atteindre cet objectif, l’exécutif mise sur la technologie satellitaire, alors qu’environ 40 % de la population n’utilise pas encore Internet.
Le gouvernement sénégalais entend s’appuyer sur Starlink, qui vient d’annoncer le lancement de ses activités commerciales au Sénégal, pour offrir une connexion gratuite à un million de personnes d’ici juin 2026. Selon l’Agence de presse sénégalaise (APS), citant un communiqué du ministère de la Communication et de l’Économie numérique, les autorités ont négocié l’acquisition de 5000 terminaux de la société américaine à un tarif préférentiel.
Pour l’exécutif, l’arrivée de Starlink constitue une avancée stratégique majeure vers l’accès universel à Internet. Grâce à sa constellation de satellites en orbite basse, la technologie doit permettre de réduire significativement les zones blanches en complétant ou en prolongeant la couverture des réseaux terrestres, notamment dans les régions difficiles d’accès.
Les secteurs ciblés incluent en priorité les zones blanches à travers des solutions de Wi-Fi communautaire, l’éducation, l’enseignement supérieur, la formation professionnelle, les collectivités territoriales, les zones frontalières ainsi que le plan Diomaye pour la Casamance. L’initiative devrait permettre de réduire significativement les coûts de connectivité pour ces acteurs, tout en leur offrant un accès à une connexion très haut débit, fiable et performante.
Cette démarche s’inscrit dans l’objectif du gouvernement de démocratiser l’accès au haut et très haut débit sur l’ensemble du territoire national, en particulier dans les zones rurales et isolées où le déploiement des réseaux terrestres reste un défi économique et technique. L’exécutif a notamment fait de la technologie satellitaire un levier stratégique dans la réalisation de cette ambition, qui s’inscrit dans le cadre plus large de la transformation numérique, avec l’intégration des TIC dans tous les secteurs d’activité pour accélérer le développement socio-économique.
Pourtant, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), les réseaux 2G, 3G et 4G couvraient déjà la quasi-totalité du territoire sénégalais en 2023. Mais une étude menée en 2025 dans le cadre du Projet d’accélération de l’économie numérique au Sénégal (PAENS) nuance ce constat : 24 % des localités ne disposent d’aucun réseau, soit près de 18 858 habitants, 37 % connaissent des pertes fréquentes de signal, seulement 52 % bénéficient d’une couverture 4G, tandis que certaines zones restent limitées à la 2G.
Les résultats de l’étude montrent que ces insuffisances affectent également les infrastructures sociales, notamment les écoles et les centres de santé situés dans les zones reculées, freinant l’accès aux services essentiels. En matière d’usage, DataReportal estime le taux de pénétration d’Internet au Sénégal à 60,6 % à fin 2025.
L’initiative soulève cependant plusieurs interrogations, notamment sur sa capacité à se généraliser à l’ensemble du territoire et sur son impact réel sur l’adoption de l’Internet par les populations. Même si des obstacles comme le coût ou la couverture réseau sont atténués, d’autres facteurs peuvent limiter l’utilisation. Il s’agit notamment de la possession d’appareils compatibles avec le Wi-Fi, les compétences numériques des utilisateurs, la disponibilité de contenus pertinents, ainsi que les questions de sécurité, d’éthique et de normes sociales.
Isaac K. Kassouwi
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Avec plus de neuf objectifs sur dix atteints en 2025, le ministère burkinabè chargé du numérique présente un bilan solide. Connectivité, services publics en ligne et inclusion numérique figurent au cœur des avancées, alors que de nouveaux chantiers structurants sont annoncés pour 2026.
Le Burkina Faso a enregistré une avancée significative dans la mise en œuvre de son contrat d’objectifs 2025, avec un taux de réalisation de 91 % au sein du ministère de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques. Ces résultats ont été présentés lors de la séance d’évaluation tenue le mardi 3 février, sous la présidence du Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo.
Selon le communiqué officiel du ministère, l’année 2025 aura été une année « charnière » pour le département chargé de la transition digitale et des postes, tant par l’ampleur des chantiers engagés que par les résultats concrets obtenus. En matière de connectivité, 370 nouvelles localités ont été raccordées au réseau de téléphonie, offrant pour la première fois à leurs populations un accès effectif aux services de téléphonie et à Internet, contribuant ainsi à la réduction de la fracture numérique.
Au-delà de l’extension de la connectivité, plusieurs réalisations structurantes ont marqué l’année écoulée. La modernisation de l’administration publique s’est accélérée avec 272 plateformes de services en ligne développées ou en cours de déploiement, dont 146 déjà opérationnelles, facilitant l’accès des citoyens et des entreprises aux services publics. Sur le plan de l’inclusion numérique, un contrat d’objectifs entre l’État et La Poste a été signé pour la construction de 20 « Zama Tchéy » ou Maisons du citoyen, destinées à accompagner notamment les populations les plus vulnérables dans l’utilisation des services numériques.
Pour 2026, le ministère entend capitaliser sur ces acquis. Les priorités incluent la mise en place d’un système d’enrôlement pour l’identification unique électronique de la personne, avec l’objectif d’enregistrer sept millions de personnes d’ici la fin de l’année. La poursuite du chantier « zéro zone blanche », avec la couverture de 750 nouvelles localités, la construction d’un réseau dédié à l’administration publique, ainsi que le développement d’outils nationaux de messagerie et de collaboration numériques, figurent également parmi les actions prévues.
Parallèlement, un centre de supervision des infrastructures numériques a été lancé en janvier 2026 afin de renforcer la capacité du pays à protéger et à gérer ses systèmes numériques critiques. Pour la mise en œuvre de l’ensemble de ces projets, le ministère a mobilisé un budget de 61 milliards de francs CFA, soit environ 109,7 millions de dollars.
Malgré ces avancées, le Burkina Faso reste confronté à des défis structurels, notamment en matière de pénétration d’Internet et d’accès équitable à des services numériques de qualité sur l’ensemble du territoire. Selon DataReportal, le pays comptait 5,42 millions d’utilisateurs d’Internet à la fin de 2025, pour un taux de pénétration de 22,4 %. À la même période, 29,3 millions de connexions mobiles étaient actives, soit 121 % de la population totale, illustrant un important potentiel de développement des usages numériques.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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En donnant accès à des ressources vocales multilingues, Google veut favoriser l’émergence d’outils d’IA adaptés aux réalités locales, avec des applications potentielles dans l’éducation, la mobilité, les services financiers et la communication numérique.
Google a annoncé lundi 2 février le lancement de WAXAL, une base de données vocale conçue pour faciliter le développement de technologies d’intelligence artificielle adaptées à l’Afrique subsaharienne. L’ensemble des données couvre 21 langues, dont le yoruba, acholi, hausa, luganda, malagasy et shona, et contient plus de 11 000 heures d’enregistrements audio provenant de près de 2 millions d’enregistrements individuels.
« Nous voulions capturer la façon dont les gens parlent vraiment, alors nous avons demandé aux participants de décrire différentes images dans leur langue maternelle. Nous avons également enregistré des acteurs vocaux professionnels en studio pour créer l’audio de haute qualité nécessaire à la technologie du texte à la parole », a expliqué Google dans un communiqué.
Selon Google, WAXAL comprend 1 250 heures de discours transcrits pour la reconnaissance automatique de la parole et plus de 20 heures d’enregistrements studio pour la synthèse vocale (text-to-speech). La collecte a été réalisée en collaboration avec des partenaires africains, notamment l’Université Makerere en Ouganda, l’Université du Ghana et Digital Umuganda au Rwanda. Des experts régionaux ont assuré la qualité des enregistrements pour les applications professionnelles.
La mise à disposition de WAXAL se fait en licence ouverte sur la plateforme Hugging Face, ce qui permet aux chercheurs et développeurs d’accéder librement aux données. L’objectif affiché est double : stimuler l’innovation dans les technologies vocales en Afrique et contribuer à la préservation numérique des langues locales.
Selon les estimations de l’UNESCO, l’Afrique compte entre 1500 et 3000 langues distinctes, mais la majorité des outils numériques ne prend en charge que quelques langues principales. L’absence de données de qualité constitue un frein majeur à l’essor des assistants vocaux, des applications éducatives ou des outils de transcription automatique sur le continent.
Outre WAXAL, plusieurs projets locaux en Afrique cherchent à combler le déficit de données vocales. Au Bénin, l’initiative « JaimeMaLangue » mobilise les citoyens pour construire une base nationale en langues locales ; des jeux de données comme African Voices (Nigeria) ou African Next Voices (Mali) enrichissent les corpus pour des langues sous-représentées. Des programmes universitaires en Afrique de l’Est développent des ressources pour le luganda, le swahili et d’autres langues, contribuant ainsi à un écosystème plus robuste pour les technologies vocales africaines.
Samira Njoya
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Présentée comme une solution au déficit de financement des travailleurs de l’économie des plateformes en Afrique, GoCab cherche à accélérer son passage à l’échelle. La fintech s’appuie sur cette nouvelle levée de fonds pour renforcer son modèle de mobilité inclusive et électrique.
Dans un communiqué publié le mardi 3 février, la fintech GoCab, spécialisée dans la mobilité et le financement de véhicules, a annoncé la clôture d’un tour de table de 45 millions de dollars. L’opération comprend 15 millions de dollars en fonds propres et 30 millions de dollars en dette, et vise à accélérer le déploiement de solutions de mobilité électrique et inclusive sur plusieurs marchés africains.
Menée par E3 Capital et Janngo Capital, la levée de fonds a également réuni KawiSafi Ventures et Cur8 Capital. Selon l’entreprise, les ressources mobilisées serviront à renforcer ses activités sur ses marchés actuels, à s’implanter dans de nouvelles villes à forte croissance et à augmenter la part de véhicules électriques au sein de sa flotte. GoCab prévoit par ailleurs de déployer des outils basés sur l’intelligence artificielle pour le scoring, l’optimisation de flotte et la gestion des risques.
« En Afrique, des millions de personnes restent exclues à la fois de la mobilité et du financement. Ce tour de table nous permet de changer d’échelle tout en élargissant l’accès à un financement éthique et en accélérant la transition vers la mobilité électrique », souligne Azamat Sultan, cofondateur et président exécutif de GoCab.
Fondée en 2024 par Azamat Sultan et Hendrick Ketchemen, deux anciens professionnels de la banque d’investissement spécialisés en finance structurée et en marchés émergents, GoCab s’est donné pour objectif de répondre à l’accès limité au financement et à la propriété de véhicules pour les travailleurs de l’économie des plateformes. L’entreprise propose un modèle permettant aux chauffeurs et livreurs de générer des revenus réguliers tout en accédant progressivement à la propriété de leur véhicule.
Après 18 mois d’activité, GoCab est présente sur cinq marchés africains et revendique plus de 17 millions de dollars de revenus annuels récurrents. L’entreprise emploie aujourd’hui plus de 120 personnes issues de 18 nationalités. Elle accompagne plusieurs milliers de chauffeurs et entend contribuer à la structuration de systèmes de mobilité urbaine plus durables.
Dans un contexte où l’Afrique compte une population croissante de travailleurs de l’économie des plateformes, encore largement exclue des systèmes financiers traditionnels, GoCab ambitionne de s’imposer comme un acteur clé de la mobilité durable. À moyen terme, l’entreprise vise le déploiement de 10 000 véhicules opérationnels et l’atteinte de 100 millions de dollars de revenus annuels récurrents, en s’appuyant sur un modèle combinant financement éthique, technologie et transition énergétique.
Samira Njoya
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Les compétences numériques sont considérées comme un socle de la transformation numérique. Par exemple, il est estimé à environ 230 millions le nombre d’emplois qui nécessiteront des compétences numériques d’ici 2030.
La South African Broadcasting Corporation (SABC), le radiodiffuseur public sud‑africain, s’est associée à Microsoft South Africa pour former les citoyens aux compétences numériques et à l’intelligence artificielle (IA). Les contenus de formation seront diffusés via SABC Plus, une plateforme de streaming gratuite qui revendique plus de 1,9 million d’utilisateurs enregistrés.
« L’IA peut être un puissant vecteur d’opportunités. En nous associant à la SABC, nous visons à intégrer les compétences numériques et en IA dans le quotidien de millions de Sud‑Africains. Cette initiative permet aux apprenants, aux enseignants et aux demandeurs d’emploi d’accéder à des parcours pratiques et certifiés qui les préparent à la main‑d’œuvre de demain. Démocratiser les compétences en IA n’est pas seulement un objectif, c’est notre responsabilité pour façonner une économie numérique plus inclusive », a déclaré Tiara Pathon, directrice des compétences IA pour Microsoft Elevate en Afrique du Sud.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme Microsoft Elevate, qui vise à doter les individus et les organisations des compétences et outils nécessaires pour prospérer dans une économie axée sur l’IA. Elle prolonge également l’AI Skills Initiative, lancée en 2025, par laquelle Microsoft s’était engagé à former un million de Sud‑Africains d’ici 2026. À ce jour, le groupe indique avoir touché 4 millions d’apprenants, formé 1,4 million de personnes et délivré des certifications à près de 500 000 citoyens, illustrant l’ampleur de l’impact déjà enregistré.
Le programme intervient dans un contexte de transformation numérique marqué par une demande croissante en compétences numériques sur le marché du travail. Selon la Banque mondiale, 230 millions d’emplois nécessiteront des compétences numériques en Afrique subsaharienne d’ici 2030. Microsoft s’appuie également sur le Future of Jobs Report 2025 du Forum économique mondial, qui classe les compétences en IA et en données parmi les plus recherchées à l’horizon 2030. LinkedIn indique de son côté que les recrutements liés à l’IA ont progressé de 25 % sur un an, tandis que les offres d’emploi exigeant une maîtrise de l’IA ont augmenté de 70 %, bien au‑delà des seuls profils techniques.
En Afrique du Sud, le AI Diffusion Report de Microsoft montre que l’adoption de l’IA est passée de 19,3 % au premier semestre 2025 à 21,1 % au second, soit une hausse de 1,8 point. La plateforme de recrutement Pnet souligne par ailleurs que la demande en compétences liées à l’IA dans la nation arc‑en‑ciel a progressé de 352 % entre janvier 2019 et juillet 2025.
Cette initiative soulève toutefois des interrogations quant à son efficacité réelle. Sur les 1,9 million d’utilisateurs enregistrés sur SABC Plus, seulement 25 % sont actifs, ce qui limite mécaniquement la portée effective du programme. En outre, si l’accès à la plateforme est gratuit, son utilisation suppose une connexion Internet, encore inégalement accessible, notamment pour les populations vivant dans des zones mal couvertes ou disposant de moyens financiers limités. Enfin, les personnes ne disposant pas d’équipements numériques adaptés restent de facto exclues du dispositif.
Isaac K. Kassouwi
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Dans plusieurs pays africains, l’accès au financement demeure l’un des principaux obstacles à la concrétisation des projets entrepreneuriaux. Parmi les facteurs en cause figurent la faiblesse du montage des dossiers et la complexité des procédures.
Le Fonds de garantie de l’entrepreneuriat au Congo (Fogec) a lancé, le mardi 3 février à Kinshasa, une plateforme numérique dédiée à l’élaboration des plans d’affaires et à la dématérialisation du processus de soumission des dossiers de financement. Baptisée Bokeli, l’initiative s’inscrit dans les efforts des autorités congolaises pour améliorer l’accompagnement des porteurs de projets et renforcer l’accès des PME et des start‑up au crédit.
Accessible via l’adresse https://bokeli.fogec.cd/, la plateforme permet aux entrepreneurs de structurer leurs projets à travers des outils numériques dédiés à la conception de business plans, à la préparation des dossiers financiers et à leur transmission aux structures concernées. Elle vise notamment à standardiser les informations requises par les institutions financières et à réduire les contraintes administratives qui freinent l’instruction des demandes de financement.
À travers ce dispositif, le Fogec entend répondre à l’un des principaux obstacles identifiés dans l’écosystème entrepreneurial congolais : la difficulté pour de nombreux porteurs de projets à présenter des dossiers techniquement solides et conformes aux exigences des banques et des mécanismes de garantie. L’institution rappelle que sa mission consiste à faciliter l’accès au financement des PME, des start‑up et des artisans, en apportant des garanties aux projets jugés viables, dans un contexte où l’insuffisance de garanties reste un frein majeur au crédit bancaire.
Cette initiative intervient dans un environnement marqué par une montée progressive de l’entrepreneuriat, portée notamment par une population jeune de plus en plus engagée dans la création d’activités économiques. Toutefois, le dynamisme entrepreneurial peine encore à se traduire par des financements structurés. Selon les données de Partech Africa, qui recense les opérations de levées de fonds supérieures à 100 000 USD sur le continent, les start‑up de la RDC ont levé 2 millions USD en 2024, après 1 million USD en 2023, des montants qui restent modestes au regard du potentiel du marché congolais. Du côté du Fogec, en cinq années d’existence, l’institution revendique l’accompagnement de près de 300 projets pour un montant global avoisinant 3,2 millions USD.
Dans ce contexte, les difficultés liées à la formalisation des projets, à la qualité des plans d’affaires et à la complexité des procédures figurent parmi les facteurs régulièrement cités par les acteurs du secteur financier. En mettant à disposition un outil numérique dédié à ces étapes clés, le Fogec cherche à renforcer la bancabilité des projets et à fluidifier l’interaction entre entrepreneurs, structures de garantie et institutions financières, dans l’objectif de soutenir plus efficacement le développement du tissu productif national.
Samira Njoya
Alors que les start‑up algériennes peinent encore à accéder à des financements privés structurés, les autorités boursières misent sur un levier inédit pour rapprocher l’écosystème entrepreneurial du marché financier.
Les start‑up labellisées peuvent lever des fonds à la Bourse d’Alger sans payer les frais d’introduction, grâce à un dispositif exceptionnel valable jusqu’en 2028. La mesure a été annoncée le dimanche 1ᵉʳ février par la Commission d’Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse (COSOB), en coordination avec la Société de Gestion de la Bourse des Valeurs (SGBV) et Algérie Clearing.
Le mécanisme cible les opérations réalisées via le compartiment « Croissance », un segment du marché des titres de capital destiné aux entreprises à fort potentiel. Les start‑up éligibles bénéficient d’une exonération totale des frais liés à l’obtention du visa sur les documents d’information, à l’admission à la cote, ainsi qu’à l’administration, la conservation et la gestion des titres.
Le dispositif s’applique aux levées de fonds plafonnées à 500 millions de dinars algériens (3,85 millions USD) et couvre toutes les opérations engagées entre 2026 et 2028. En supprimant ces coûts d’entrée, souvent dissuasifs pour les jeunes entreprises, les autorités cherchent à lever un frein majeur à l’accès au marché boursier comme source de financement alternatif. Le paysage entrepreneurial algérien compte aujourd’hui plus de 7800 start‑up enregistrées sur le portail officiel startup.dz, dont environ 2300 ont obtenu le label officiel « start‑up ».
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de soutien à l’entrepreneuriat et à l’innovation, présentés par les pouvoirs publics comme des leviers essentiels de diversification de l’économie nationale. Elle intervient dans un contexte où la Bourse d’Alger reste de taille modeste, avec seulement huit titres cotés à la fin du premier semestre 2025, incluant les récentes introductions de la Banque de Développement Local (BDL) et de la start‑up Moustachir.
À ce jour, Moustachir demeure la seule start‑up algérienne à avoir accédé à la cote. Introduite en 2024, l’entreprise avait fixé des objectifs ambitieux : un chiffre d’affaires supérieur à 55 millions de dinars en 2025, avec une trajectoire projetée au‑delà de 187 millions de dinars à l’horizon 2028. En moins de deux ans, la start‑up s’est déjà implantée sur plusieurs marchés du Moyen‑Orient, notamment à Oman et aux Émirats arabes unis.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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