Grâce à des partenariats technologiques et à une approche axée sur le numérique, les autorités kényanes ambitionnent de transformer en profondeur l’expérience touristique et son impact économique. Le pays s’inscrit désormais dans une nouvelle dynamique pour son secteur touristique, dans une volonté de renforcer la compétitivité du pays sur la scène internationale et de diversifier ses leviers de croissance.

Le Kenya a officiellement lancé sa nouvelle stratégie touristique baptisée « Magical Kenya – The Origin of Wonder », une feuille de route ambitieuse qui vise à doubler le nombre de visiteurs internationaux, de 3 à 5 millions, et à accroître de moitié les revenus du tourisme, en s’appuyant sur la transformation numérique et des partenariats technologiques globaux.

Au cœur de cette stratégie, un partenariat structurant a été signé le vendredi 29 mai entre Google Kenya et la ministre du Tourisme et de la Faune, Rebecca Miano (photo, à gauche). Cet accord, formalisé par un protocole de collaboration, prévoit des investissements conjoints autour de trois axes majeurs : le renforcement des compétences numériques et l’autonomisation des jeunes, le déploiement d’infrastructures d’intelligence artificielle via Google Cloud, ainsi que l’amélioration de la visibilité internationale du Kenya grâce à Google Ads et à l’exploitation de données de marché.

Le programme, qui sera mis en œuvre entre mai et décembre 2026, s’appuiera sur des partenaires d’exécution tels que The Africa Growth Lab et Action Lab. Il sera structuré en plusieurs phases, allant de la construction des bases technologiques et organisationnelles à l’activation des infrastructures cloud du ministère, jusqu’au déploiement de campagnes marketing à l’échelle mondiale.

Cette initiative s’inscrit dans une ambition plus large : transformer l’industrie touristique kényane en un moteur de croissance économique plus compétitif et plus digitalisé.

Le Kenya, terre d’attractivité

Pour accompagner cette transformation, un groupe de travail de 22 membres a été mis en place. Sa mission est de repenser le positionnement de la marque « Magical Kenya », de renforcer l’attractivité internationale du pays et de proposer des stratégies innovantes pour dynamiser les arrivées touristiques et l’emploi des jeunes. Lors de la cérémonie de signature, la ministre Rebecca Miano a salué cette collaboration stratégique, soulignant le rôle central du numérique dans la diversification de l’offre touristique. Selon elle, l’intégration des technologies permettra de mieux valoriser les 47 comtés du pays à travers la cartographie des expériences touristiques et la création de parcours plus personnalisés pour les visiteurs.

Avec ce partenariat, le Kenya confirme son positionnement comme l’un des pays africains les plus avancés dans l’intégration des technologies numériques au service du développement économique. En misant sur l’intelligence artificielle, le cloud et le marketing digital, Nairobi entend renforcer sa compétitivité face aux grandes destinations touristiques mondiales.

Le pari est cohérent avec les dynamiques continentales : plusieurs destinations africaines — Tanzanie, Rwanda, Afrique du Sud — ont accéléré leurs investissements dans le marketing digital et les plateformes de réservation. Le Kenya, fort de sa notoriété internationale, entend désormais convertir cette image en flux monétaires mieux structurés, en s’appuyant sur la puissance de distribution et d’analyse de données que Google peut offrir.

Reste à en mesurer les effets concrets d’ici fin 2026, date à laquelle les premières campagnes mondiales devraient être pleinement opérationnelles.

Muriel EDJO

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Posted On mardi, 02 juin 2026 02:25 Written by

Face à l’ampleur croissante des exigences budgétaires et administratives des systèmes de protection sociale, les États sont contraints de repenser en profondeur leurs outils de gestion. À Maurice, cette dynamique engage un chantier stratégique où la transformation numérique devient autant un levier de performance qu’un enjeu de gouvernance publique.

À Maurice, la transformation numérique du système de sécurité sociale est officiellement engagée après treize années d’attente. Le gouvernement a officiellement lancé, le mercredi 27 mai, le programme de numérisation des dossiers des bénéficiaires des prestations sociales, dans le cadre du projet « Bulk Scanning of Beneficiary Files ». Une opération de grande ampleur qui vise à intégrer plus de 10,5 millions de documents au futur système E‑Social Security.

L’initiative intervient dans un contexte où la protection sociale représente l’un des principaux postes de dépenses publiques du pays. Selon les données officielles, les dépenses consacrées à ce secteur ont atteint 91,4 milliards de roupies (1,9 milliard de dollars) durant l’exercice budgétaire 2024‑2025, soit 37,4 % des dépenses totales de l’État et 12,8 % du produit intérieur brut (PIB). À juin 2025, le nombre de bénéficiaires de la Pension de Retraite de Base s’élevait à 279 559 personnes.

Jusqu’à présent, la gestion administrative de ces prestations reposait largement sur des archives papier. Dans certains bureaux de la Sécurité sociale, les dossiers s’accumulaient du sol au plafond, compliquant le travail quotidien des agents chargés du traitement des pensions, aides sociales et contributions des affiliés, explique le ministre de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, Ashok Subron.

Une administration appelée à gagner en efficacité

Le projet prévoit la numérisation progressive de l’ensemble des dossiers liés aux pensions, aides sociales, prestations destinées aux personnes en situation de handicap ainsi qu’aux affiliés du National Pension Scheme (NPS) et du National Solidarity Fund (NSF). Les autorités estiment qu’environ 18 mois seront nécessaires pour finaliser l’intégration complète des données.

Chaque mois, près de 800 000 paiements sont effectués au profit d’au moins 350 000 bénéficiaires. Dans ce contexte, la dématérialisation des procédures apparaît comme un levier majeur d’amélioration de la qualité du service public.

L’accès instantané aux informations devrait permettre de réduire les délais de traitement des demandes, réduire les erreurs liées aux traitements manuels et améliorer les conditions de travail du personnel. Pour les autorités, la modernisation de la sécurité sociale doit contribuer à rendre l’action publique à la fois plus efficace et plus accessible.

Un outil au service de la soutenabilité du système

Au‑delà des gains opérationnels, le projet répond également à des préoccupations financières de long terme.

La réforme intervient alors que Maurice engage une restructuration progressive de son système de retraite. Le budget 2025‑2026 prévoit notamment un relèvement graduel de l’âge d’éligibilité à la Pension de Retraite de Base, de 60 à 65 ans, afin de tenir compte du vieillissement de la population et des contraintes budgétaires croissantes.

Plusieurs observateurs soulignent depuis plusieurs années les fragilités structurelles du financement des retraites et des aides sociales – la contribution sociale généralisée instaurée en pleine crise sanitaire – qui se heurte désormais à des défis de soutenabilité budgétaire, d’équité intergénérationnelle et de cohérence économique.

Dans ce contexte, la mise en place d’une base de données centralisée pourrait permettre un meilleur suivi des bénéficiaires, une identification plus rapide des doublons ou anomalies administratives et une plus grande visibilité sur les flux financiers. Des éléments devenus essentiels pour piloter un dispositif représentant plus d’un tiers des dépenses publiques nationales.

Une pièce supplémentaire dans la stratégie numérique de l’État

Le projet E‑Social Security s’inscrit également dans la feuille de route numérique du gouvernement mauricien, qui place la modernisation administrative, la transparence et la gouvernance publique au cœur de son programme.

La démarche rejoint une tendance observée dans plusieurs pays africains, où les gouvernements investissent dans la création de registres sociaux numériques afin d’améliorer le ciblage des aides publiques, de réduire les erreurs d’inclusion ou d’exclusion et de renforcer l’efficacité des politiques sociales.

Pour Maurice, l’enjeu dépasse donc la simple numérisation d’archives. Il s’agit de bâtir une infrastructure de données capable d’accompagner l’évolution future du système de protection sociale et de soutenir les décisions publiques dans un contexte de pression démographique et budgétaire croissante.

Les défis de la transition numérique

La réussite du projet dépendra toutefois de plusieurs facteurs.

La cybersécurité constitue l’un des principaux défis. La centralisation de données sensibles concernant plusieurs centaines de milliers de citoyens exige des dispositifs robustes de protection contre les cyberattaques et les fuites d’informations.

Les autorités devront également veiller au respect de la confidentialité des données personnelles, à l’accompagnement des agents publics dans l’adoption des nouveaux outils et à l’accessibilité des services numériques pour les populations les plus vulnérables, notamment les personnes âgées.

Si ces conditions sont réunies, la numérisation de la sécurité sociale pourrait devenir l’un des projets emblématiques de la modernisation administrative mauricienne et contribuer à renforcer l’efficacité d’un système qui constitue l’un des principaux piliers de la solidarité nationale.

Muriel EDJO

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Posted On mardi, 02 juin 2026 02:19 Written by

Entre ambitions de souveraineté numérique et besoin urgent de compétences, la Côte d’Ivoire place l’IA au cœur de sa stratégie de développement. Le pays entend accélérer la formation de talents et structurer un écosystème technologique capable d’accompagner sa transformation économique.

La Côte d’Ivoire prévoit de créer une université publique dédiée à l’intelligence artificielle (IA) dans le cadre de son Plan national de développement (PND) 2026‑2030, présenté récemment par le ministre du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba (photo). L’initiative vise à aligner le système éducatif sur les besoins d’une économie de plus en plus fondée sur la donnée, l’automatisation et les technologies émergentes.

Cette future université s’intègre à un programme plus large de renforcement de l’enseignement supérieur. Les autorités ivoiriennes prévoient en effet la construction de nouveaux établissements à Abengourou, Daoukro et Dabou, ainsi que la création de plusieurs instituts universitaires de technologie. L’objectif est double : accroître les capacités d’accueil et orienter davantage les formations vers les secteurs jugés prioritaires pour la croissance, notamment le numérique, l’agro‑industrie, les mines, la santé et les services.

Au‑delà de l’expansion du système universitaire, cette initiative s’inscrit dans la mise en œuvre de la stratégie nationale de l’intelligence artificielle à l’horizon 2030. Ce cadre, lancé par les autorités l’année dernière, ambitionne de positionner l’IA comme un levier de souveraineté numérique et de compétitivité économique. Il prévoit notamment la création de centres d’excellence dédiés à l’IA au sein des universités et institutions techniques, chargés de la formation avancée, de la recherche appliquée et de l’innovation.

Les curricula envisagés couvriront plusieurs domaines clés, dont la science des données, l’apprentissage automatique, le traitement du langage naturel, la vision par ordinateur et les systèmes intelligents. L’enjeu est de structurer une offre de compétences adaptée aux besoins du marché, dans un contexte où la demande en profils spécialisés reste largement supérieure à l’offre disponible.

Le PND 2026‑2030, doté d’un budget de plus de 114 800 milliards de francs CFA (environ 204 milliards USD), prévoit également des investissements majeurs dans les infrastructures numériques. Ceux‑ci portent notamment sur l’extension de la fibre optique, le développement de centres de données et le déploiement de solutions technologiques résilientes, en parallèle à la numérisation progressive de l’administration publique.

Dans ce dispositif, l’université dédiée à l’intelligence artificielle apparaît comme un maillon structurant d’un écosystème en construction. Elle devrait contribuer à rapprocher davantage la formation académique du secteur productif, tout en renforçant les capacités de recherche et l’émergence de solutions technologiques locales.

Samira Njoya

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Posted On mardi, 02 juin 2026 02:16 Written by

Longtemps freiné par le déficit d’infrastructures et la faible numérisation de ses services publics, le Tchad multiplie les démarches pour attirer des partenaires technologiques internationaux. Une mission menée aux États‑Unis illustre cette volonté.

Le Tchad intensifie ses démarches pour nouer des partenariats avec les grandes entreprises technologiques mondiales. En mission à Washington du samedi 23 au dimanche 31 mai, une délégation gouvernementale conduite par le ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation, Haliki Choua Mahamat, a mené de nombreux échanges avec plusieurs acteurs américains du numérique, des infrastructures et de la santé connectée. L’objectif est de mobiliser des expertises et des investissements capables d’accélérer la transformation numérique du pays.

Au cours de cette mission, les autorités tchadiennes ont rencontré des représentants du Département d’État américain, du Département du Commerce ainsi que plusieurs entreprises technologiques de premier plan, parmi lesquelles InterSystems, Starlink, Cybastion, Vertiv et 19Labs. Les discussions ont porté sur plusieurs projets structurants liés à l’amélioration de la connectivité, à la modernisation des infrastructures numériques, à la cybersécurité, à la numérisation des services publics et au développement de la santé numérique.

L’un des dossiers les plus sensibles a concerné les services satellitaires de Starlink. Face aux responsables de l’entreprise de SpaceX, les autorités tchadiennes ont soulevé la question de la qualité du service fourni au Tchad ainsi que celle des tarifs pratiqués, jugés supérieurs à ceux pratiqués sur d’autres marchés africains. Pour N’Djamena, l’amélioration de l’accès à Internet reste un enjeu crucial dans un pays où les infrastructures télécoms demeurent insuffisantes pour répondre à la demande croissante des administrations, des entreprises et des particuliers.

Cette offensive diplomatique intervient alors que le gouvernement tchadien cherche à faire du numérique l’un des leviers de diversification économique du pays. Malgré des progrès enregistrés ces dernières années, le Tchad figure encore parmi les pays les moins avancés du continent en matière de connectivité et de développement numérique. Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), le taux de pénétration d’Internet demeure inférieur à la moyenne africaine, tandis que l’accès aux services numériques reste particulièrement limité dans les zones rurales.

Les autorités misent également sur le numérique pour moderniser le système de santé. Les échanges avec plusieurs institutions américaines spécialisées ont notamment porté sur la numérisation des cinq centres hospitaliers universitaires du pays, des 23 hôpitaux régionaux et de plus de 1000 centres de santé. L’ambition est d’améliorer la gestion des données médicales, le suivi des patients et l’accès aux soins grâce aux technologies numériques.

Au‑delà des infrastructures, le gouvernement tchadien cherche aussi à renforcer les compétences locales. Les discussions engagées avec les partenaires américains incluent des programmes de formation et de transfert de technologies destinés à développer un vivier national de compétences dans les domaines du numérique, de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité. Un enjeu crucial pour un pays qui souhaite réduire sa dépendance technologique et bâtir un écosystème numérique capable de soutenir sa stratégie de modernisation économique.

Avec cette mission de prospection, le Tchad cherche ainsi à se positionner sur la carte des partenariats technologiques internationaux. Reste désormais à transformer les discussions engagées à Washington en projets concrets capables d’améliorer durablement la connectivité, les services publics et la compétitivité de l’économie nationale.

Samira Njoya

Edité par Sèna D. B. de Sodji

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Posted On lundi, 01 juin 2026 06:49 Written by

Face aux fraudes, aux pertes financières et aux pannes qui fragilisent son réseau électrique, le Cameroun doit impérativement moderniser son système. L’adoption de compteurs intelligents s’impose comme une nécessité pour sécuriser les revenus, fiabiliser la facturation et stabiliser l’offre.

Le ministère camerounais de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) a annoncé, le mercredi 27 mai, le lancement du déploiement de 20 000 compteurs intelligents. Ce projet s’inscrit dans le cadre du Programme de réformes du secteur de l’électricité (PRSEC‑PforR) et soutenu par la Banque mondiale. Il vise à améliorer le suivi des consommations, réduire les pertes techniques et renforcer la fiabilité de la facturation.

Le dispositif repose sur une infrastructure de comptage avancée (Advanced Metering Infrastructure – AMI), capable de transmettre automatiquement les données de consommation électrique. Selon le MINEE, cette technologie permettra un suivi en temps réel des usages énergétiques et une meilleure détection des anomalies, des fraudes et des pertes non techniques qui pèsent sur les finances du secteur.

Le projet est piloté par l’Unité de coordination du programme sous la tutelle du MINEE, en collaboration avec la Société camerounaise d’électricité (Socadel, ex‑Eneo). Après les tests techniques réalisés entre janvier et février 2026, les équipements ont été réceptionnés en avril, ouvrant la voie au déploiement progressif des compteurs. Un centre de données est également en cours d’installation à Douala afin de centraliser et sécuriser les informations issues des compteurs intelligents.

Cette initiative s’inscrit dans le Plan de redressement du secteur de l’électricité (PRSEC) déployé sur la période 2024‑2026, évalué à près de 400 milliards FCFA (710 millions $). Le programme bénéficie notamment d’un financement de 180 milliards FCFA de la Banque mondiale et de 48 milliards FCFA de la Banque africaine de développement.

Au‑delà des compteurs intelligents, le PRSEC prévoit plusieurs chantiers destinés à améliorer la qualité du service électrique, parmi lesquels l’extension du réseau, le renforcement des postes de transformation, le remplacement de plus de 50 000 poteaux en bois et la migration progressive de 1,5 million de compteurs postpayés vers des compteurs prépayés.

Pour les pouvoirs publics, la numérisation du comptage constitue donc un levier stratégique afin d’améliorer la gouvernance énergétique, sécuriser les revenus des opérateurs et accompagner la hausse de la demande électrique liée à la croissance urbaine et industrielle du pays.

Samira Njoya

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Posted On vendredi, 29 mai 2026 09:03 Written by

Faute de garanties bancaires, le déficit de financement freine de nombreuses entreprises sur le continent. En convertissant les flux financiers quotidiens en données analysables, les solutions numériques permettent aux institutions financières d'évaluer le risque de crédit.

Les paiements numériques prennent de plus en plus d'importance dans les activités des entreprises, surtout les petites. Une étude de la Banque mondiale publiée en janvier 2026 montre qu’ils ne servent pas seulement à gagner du temps, et qu'ils sont aussi liés à de meilleures chances d’obtenir un crédit.

Intitulé « Firm Credit Constraints and Electronic Payments: A Global Analysis », le rapport rappelle qu’une banque ne prête pas à une entreprise dont elle ignore les revenus réels, les habitudes de paiement et la solidité commerciale. En Afrique, où une majorité des transactions entre entreprises se fait encore en liquide, les vendeurs et commerçants restent, aux yeux des banques, des inconnus financiers. Sans statistiques de leurs ventes, sans historique vérifiable, ils n'obtiennent pas de crédit, même quand leur activité est florissante.

Menée sur un échantillon de 48 581 entreprises dans 101 pays, l’étude quantifie précisément cet obstacle. Sur l'ensemble des pays étudiés, 14,78 % des entreprises n'ont aucun accès au financement externe, et 16,23 % d'autres n'y ont accès que partiellement. En tout, plus de 30 % des entreprises du secteur privé formel dans le monde sont privées du crédit dont elles auraient besoin pour leur croissance.

Le rôle inattendu des paiements numériques

Le rapport constate que les entreprises qui reçoivent leurs paiements par voie numérique (virement bancaire, mobile money, carte, etc.) ont nettement plus de chances d'obtenir un crédit que celles qui les font exclusivement en espèces.

Le mécanisme est simple. Lorsqu'un client paie par mobile money ou par virement, la transaction laisse une trace numérique : date, montant, fréquence. Ces données, accumulées sur des mois ou des années, donnent aux banques une perception du chiffre d'affaires. Elles peuvent remplacer dans une certaine mesure, les documents comptables que la plupart des petites entreprises africaines ne produisent pas.

Recevoir des paiements numériquement réduits en moyenne de 3,3 points de pourcentage la probabilité qu'une entreprise soit totalement exclue du crédit. C'est l'équivalent de 22 % de la moyenne observée dans l'étude.

La Banque mondiale précise également que c'est bien le fait de recevoir des paiements numériques qui compte, et non celui d'en envoyer. La raison est que les encaissements renseignent directement sur ce que vend une entreprise et sur ce que lui rapporte son activité. C'est cette information-là qui intéresse les banques au moment d'accorder un prêt.

Les plus petites entreprises en profitent le plus

L'impact est d'autant plus grand que l'entreprise est petite et peu connue des banques. Pour les entreprises de moins de 20 salariés, la réduction de la probabilité d'être exclues du crédit atteint 4 points de pourcentage, contre moins de 2 points pour les grandes entreprises. Les entreprises sans comptabilité formelle, sans innovation déclarée ou avec une faible productivité bénéficient également davantage de l'adoption des paiements numériques.

Au niveau des pays, l'effet est encore plus marqué dans les économies les plus pauvres et les moins bien équipées en matière de registres de crédit. Dans les pays à faible revenu, l'impact des paiements numériques sur l'accès au crédit est près de trois fois plus élevé que dans les pays riches, selon le rapport.

Là où les outils traditionnels d'évaluation des emprunteurs font défaut, l'historique numérique des transactions joue un rôle de substitut précieux.

L'Afrique, terrain privilégié de cette transformation

L'Afrique présente une configuration rare dans le monde : un déficit de services bancaires formels, mais une adoption massive des paiements mobiles. Selon le rapport annuel de l'Association mondiale des opérateurs de téléphonie mobile (GSMA) publié en mars 2026, plus de 1,4 milliards USD a transité par les comptes de mobile money en Afrique en 2025, soit une hausse de plus de 27 % en un an. Le continent abrite 52 % de tous les comptes de mobile money dans le monde et concentre 66 % de la valeur mondiale de ces transactions.

Ces flux représentent une mine d'informations sur la santé financière des entreprises, une mine encore largement inexploitée par les établissements bancaires. Certaines fintechs ont d'ailleurs commencé à s'en emparer. En Afrique de l’Est, 4G Capital utilise les données d'usage du mobile pour accorder des prêts aux petits entrepreneurs. Au Nigeria, des plateformes comme Moniepoint combinent encaissement numérique et crédit aux PME sur la base de leur historique de paiement.

La condition indispensable : l’interconnexion entre systèmes de paiements

Pour que les données de paiement deviennent réellement utiles aux banques, il faut qu'elles soient lisibles et consolidées. Or, un commerçant qui reçoit des paiements via plusieurs opérateurs différents génère des données dispersées, difficiles à agréger. L'interopérabilité, c'est-à-dire la capacité des différents systèmes de paiement à communiquer entre eux, est donc une condition technique du changement.

Des progrès importants sont en cours. Selon le rapport « State of Inclusive Instant Payment Systems in Africa 2025 » d'AfricaNenda Foundation, publié conjointement avec la Banque mondiale, 36 systèmes de paiement instantané étaient actifs en Afrique en 2024, et ils ont traité 64 milliards de transactions pour une valeur totale de 2000 milliards USD. AfricaNenda Foundation souligne leur interopérabilité croissante. « La moitié des systèmes de paiement instantané (IPS) africains relient désormais les banques, les opérateurs de paiement mobile et les fintechs via des plateformes inter-domaines ».

Dans les pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la Banque centrale a fixé au mardi 30 juin 2026 la date limite pour que toutes les institutions financières rejoignent la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI‐SPI), une plateforme commune de paiement instantané lancée en septembre 2025. Un pas décisif vers la fluidité des échanges, et potentiellement vers un crédit plus accessible.

Ce que cela implique pour les décideurs

L'étude offre aux gouvernements africains un argument solide : soutenir l'adoption des paiements numériques par les entreprises n'est pas seulement une politique de modernisation, mais aussi une politique de financement du secteur privé.

Trois leviers se dégagent : accélérer la mise en place de systèmes de paiement interopérables ; encourager les banques à exploiter les données transactionnelles pour évaluer les demandes de crédit ; et définir des règles claires sur l'utilisation de ces données, afin que les entreprises puissent les partager en toute confiance.

Melchior Koba

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Posted On vendredi, 29 mai 2026 07:38 Written by

Alors que les transferts de la diaspora représentent des milliards de dollars chaque année vers l’Afrique centrale, une fintech congolaise s’ouvre à l’international via une solution numérique de paiement. L’objectif est de rendre les envois d’argent plus rapides, plus accessibles et moins coûteux pour les utilisateurs.

La fintech panafricaine DigiPay Group et la société européenne de technologie financière Belmoney ont annoncé le jeudi 28 mai le lancement de DigiTransfer, une application mobile destinée aux transferts d’argent depuis la France et la Belgique vers la République du Congo et la République démocratique du Congo (RDC).

Disponible sur Android et iOS, la plateforme permet d’envoyer des fonds directement vers des portefeuilles mobiles et des comptes bancaires. Les deux partenaires indiquent que les transactions sont exécutées en quelques minutes grâce aux réseaux Visa et Mastercard et au cadre réglementaire européen de la société Belmoney, agréée comme établissement de paiement par la Banque nationale de Belgique.

Cette initiative intervient dans un contexte de forte croissance des flux financiers de la diaspora africaine. Selon les données de la Banque mondiale, les transferts de fonds vers la RDC dépassent 3,2 milliards USD par an. Mais ces opérations restent parmi les plus coûteuses au monde pour les utilisateurs africains. D’après le Migration Data Portal, le coût moyen des transferts vers l’Afrique subsaharienne s’élève encore à près de 8 %, bien au‑dessus de l’objectif de 3 % fixé par les Nations unies dans les Objectifs de développement durable.

Les fintechs misent désormais sur les infrastructures numériques et les portefeuilles mobiles pour réduire ces coûts et accélérer les paiements transfrontaliers. En Afrique centrale, où le taux de bancarisation demeure relativement faible, les services de mobile money connaissent une progression rapide et deviennent progressivement un canal privilégié pour les transferts de la diaspora. DigiPay affirme avoir déjà traité plus de 4,2 millions de transactions depuis 2020 à travers ses différentes solutions de paiement.

Pour Belmoney, ce partenariat illustre également la montée en puissance du modèle « Remittance‑as‑a‑Service » (RaaS), qui permet à des fintechs ou opérateurs locaux de lancer rapidement des services de transfert internationaux en s’appuyant sur une infrastructure réglementaire déjà existante. Les deux entreprises prévoient d’étendre progressivement ce corridor de paiement à d’autres pays européens afin de capter une part croissante du marché des transferts vers l’Afrique.

Samira Njoya

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Posted On jeudi, 28 mai 2026 13:09 Written by

Alors que la Côte d’Ivoire accélère le déploiement de sa stratégie nationale de l’intelligence artificielle et de la gouvernance des données, le gouvernement entend renforcer son administration numérique. Dans ce contexte, le recours à une expertise de premier plan s’avère indispensable.

Le ministère ivoirien de la Transition numérique et de la Digitalisation a lancé le mardi 26 mai un appel à candidatures pour le recrutement de six cadres expérimentés pour renforcer la mise en œuvre des projets numériques de l’État. Les postes ouverts concernent trois conseillers techniques spécialisés en innovation et IA, cybersécurité et confiance numérique, ainsi qu’en affaires juridiques, régulation et économie du numérique. Le ministère recrute également un Directeur des Systèmes d’Information (DSI), un Directeur de la Transformation Digitale de l’Administration et un Directeur du Développement des Infrastructures Numériques et des Postes.

Selon les fiches de poste publiées par le ministère, les conseillers techniques auront pour mission d’assister le ministre et le directeur de cabinet dans leurs domaines d’expertise respectifs. Ils seront notamment chargés d’apporter un appui technique et stratégique à la prise de décision, d’évaluer les dossiers soumis au cabinet ministériel et de contribuer à l’élaboration des orientations du département dans les domaines du numérique, de l’IA, de la cybersécurité ou encore du droit du numérique.

Le futur Directeur des Systèmes d’Information sera chargé de définir et piloter les schémas directeurs des systèmes d’information du ministère afin d’accompagner la modernisation de l’administration et la transformation digitale, ainsi que la sécurisation des données publiques. De son côté, le Directeur de la Transformation Digitale de l’Administration devra coordonner les projets de digitalisation des services publics et assurer leur cohérence avec les orientations gouvernementales.

Enfin, le futur Directeur du Développement des Infrastructures Numériques et des Postes sera chargé de concevoir et mettre en œuvre les politiques de développement des infrastructures numériques et postales, avec pour objectif d’améliorer l’accessibilité et la qualité des services télécoms et TIC sur l’ensemble du territoire national.

Les candidatures doivent être transmises via l’adresse électronique officielle du ministère : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Samira Njoya

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Posted On jeudi, 28 mai 2026 10:16 Written by

Face à la hausse du trafic passagers, le Ghana investit dans la modernisation de ses contrôles aéroportuaires. Le pays déploie de nouvelles technologies de sécurité et les services frontaliers afin de réduire les délais et soutenir son ambition de hub régional en Afrique de l’Ouest.

Le Ghana accélère la modernisation de ses infrastructures aéroportuaires avec le déploiement de scanners de sécurité 3D avancés dans les terminaux 2 et 3 de l’aéroport international Kotoka d’Accra. L’annonce a été faite le lundi 25 mai par le président John Dramani Mahama lors de la cérémonie de lancement de la nouvelle plateforme nationale d’e‑visa. Les nouvelles technologies visent à réduire les files d’attente et les délais de traitement dans les terminaux.

Le gouvernement ghanéen prévoit également l’installation, à partir d’août 2026, de nouveaux équipements qui permettront aux voyageurs de garder ordinateurs portables, liquides et appareils électroniques dans leurs bagages lors des contrôles de sûreté. Les passagers n’auront également plus à retirer leurs chaussures et leurs ceintures pendant les inspections.

Selon les autorités, ces réformes s’inscrivent dans un programme plus large de modernisation des procédures aéroportuaires, intégrant des systèmes d’information avancée sur les passagers (API) et des outils d’analyse des données voyageurs (PNR) afin d’améliorer les contrôles basés sur le renseignement tout en fluidifiant les déplacements. Accra a aussi confirmé la gratuité des visas électroniques pour plusieurs voyageurs africains et l’extension prochaine du système numérique aux permis de travail et de résidence.

Ces investissements interviennent dans un contexte de forte progression du trafic aérien au Ghana. Selon les chiffres communiqués par les autorités aéroportuaires, le nombre de passagers est passé de 1,8 million en 2022 à 2,5 millions en 2025, soit une hausse d’environ 39 % en trois ans dans cet aéroport. Cette croissance exerce une pression accrue sur les infrastructures existantes, notamment aux heures de pointe où les congestions affectent l’enregistrement, l’immigration, les contrôles de sécurité et la gestion des bagages. Pour accompagner cette montée en charge, le pays prévoit également l’extension de la piste de l’aéroport de Kumasi, la construction d’une nouvelle tour de contrôle à Accra et le développement de nouveaux aéroports régionaux.

Le Ghana rejoint ainsi plusieurs pays africains qui investissent massivement dans les infrastructures aéroportuaires intelligentes et la numérisation des services frontaliers. Le Maroc, le Rwanda, l’Éthiopie ou encore le Kenya ont multiplié ces dernières années les projets liés aux contrôles biométriques, aux plateformes numériques de voyage et aux technologies destinées à fluidifier les flux de passagers. Dans un contexte de concurrence croissante entre hubs régionaux africains, la qualité de l’expérience aéroportuaire devient progressivement un critère stratégique pour attirer compagnies aériennes, investisseurs, touristes et événements internationaux.

Pour Accra, l’enjeu dépasse la seule modernisation technologique. Les autorités veulent renforcer le positionnement du Ghana comme porte d’entrée régionale pour l’Afrique de l’Ouest et soutenir l’attractivité du pays auprès des entreprises internationales. La simplification des formalités migratoires, l’amélioration des infrastructures et la numérisation des services publics sont également perçues comme des leviers pour accompagner la montée en puissance des échanges commerciaux continentaux dans le cadre de la Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf).

Samira Njoya

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Posted On jeudi, 28 mai 2026 10:13 Written by

Le numérique s’impose désormais comme un levier stratégique pour la population africaine, en particulier pour la jeunesse. Toutefois, pour en tirer pleinement parti, l’enjeu central reste la formation et le développement des compétences adaptées aux besoins du marché.

Le gouvernement nigérian a signé un accord de partenariat avec l’edtech américaine Coursera afin de doter les jeunes de compétences numériques compétitives à l’échelle mondiale. Baptisée « Digital Training Academy (DTA) », cette initiative s’inscrit dans les efforts du pays pour accélérer la formation aux métiers du numérique.

Le partenariat a été signé par Maruf Tunji Alausa (photo, à droite), ministre de l’Éducation du Nigeria, la semaine dernière, en marge de l’édition 2026 du Forum mondial de l’éducation qui s’est tenu à Londres, au Royaume-Uni.

« Grâce à ce programme, les jeunes Nigérians recevront une formation de haut niveau dans des domaines très demandés tels que l’intelligence artificielle, la science des données, la cybersécurité, le cloud computing, l’ingénierie logicielle, ainsi que d’autres secteurs numériques clés. Ils obtiendront également des certifications reconnues internationalement et valorisées par les employeurs du monde entier », a déclaré M. Alausa dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux le jeudi 21 mai.

Le programme sera mis en œuvre en partenariat avec la National Open University of Nigeria (NOUN) et le Yaba College of Technology (YABATECH), combinant un accès national avec un accompagnement et un mentorat adaptés aux besoins du marché. Dans le cadre de cette initiative, le gouvernement a entièrement financé 36 000 licences Coursera et Pluralsight dès la première année.

La signature de ce partenariat est intervenue quelques jours après l’annonce d’une initiative devant permettre de former 50 000 jeunes aux compétences numériques. L’exécutif, en collaboration avec Ericsson, avait déjà lancé en février 2026 le programme Connect NextGen Innovation Hackathon, une formation numérique intensive de quatre mois destinée à 50 000 jeunes.

En février 2026, Young Advocates for a Sustainable and Inclusive Future, une organisation de la société civile axée sur le développement durable et l’inclusion, a annoncé son intention de former 15 000 jeunes Nigérians issus de milieux défavorisés via la plateforme IBM SkillsBuild.

Ces différentes initiatives dénotent de la volonté des autorités d’autonomiser les jeunes en misant sur le numérique. Cette approche intervient dans un contexte de transformation numérique qui redéfinit progressivement le marché du travail. La Banque mondiale estime par exemple qu’environ 230 millions d’emplois en Afrique subsaharienne nécessiteront des compétences numériques d’ici 2030. Au Nigeria, entre 35 % et 45 % des emplois devraient requérir ce type de compétences sur la période.

Pour rappel, 23 % des Nigérians âgés de 18 à 35 ans étaient sans emploi tout en étant à la recherche d’un travail, selon une enquête d’Afrobarometer publiée en juin 2025. L’étude indique que 32 % de cette tranche d’âge ne recherchait pas de travail.

Isaac K. Kassouwi

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Posted On mercredi, 27 mai 2026 07:54 Written by
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