Grâce à des partenariats technologiques et à une approche axée sur le numérique, les autorités kényanes ambitionnent de transformer en profondeur l’expérience touristique et son impact économique. Le pays s’inscrit désormais dans une nouvelle dynamique pour son secteur touristique, dans une volonté de renforcer la compétitivité du pays sur la scène internationale et de diversifier ses leviers de croissance.

Le Kenya a officiellement lancé sa nouvelle stratégie touristique baptisée « Magical Kenya – The Origin of Wonder », une feuille de route ambitieuse qui vise à doubler le nombre de visiteurs internationaux, de 3 à 5 millions, et à accroître de moitié les revenus du tourisme, en s’appuyant sur la transformation numérique et des partenariats technologiques globaux.

Au cœur de cette stratégie, un partenariat structurant a été signé le vendredi 29 mai entre Google Kenya et la ministre du Tourisme et de la Faune, Rebecca Miano (photo, à gauche). Cet accord, formalisé par un protocole de collaboration, prévoit des investissements conjoints autour de trois axes majeurs : le renforcement des compétences numériques et l’autonomisation des jeunes, le déploiement d’infrastructures d’intelligence artificielle via Google Cloud, ainsi que l’amélioration de la visibilité internationale du Kenya grâce à Google Ads et à l’exploitation de données de marché.

Le programme, qui sera mis en œuvre entre mai et décembre 2026, s’appuiera sur des partenaires d’exécution tels que The Africa Growth Lab et Action Lab. Il sera structuré en plusieurs phases, allant de la construction des bases technologiques et organisationnelles à l’activation des infrastructures cloud du ministère, jusqu’au déploiement de campagnes marketing à l’échelle mondiale.

Cette initiative s’inscrit dans une ambition plus large : transformer l’industrie touristique kényane en un moteur de croissance économique plus compétitif et plus digitalisé.

Le Kenya, terre d’attractivité

Pour accompagner cette transformation, un groupe de travail de 22 membres a été mis en place. Sa mission est de repenser le positionnement de la marque « Magical Kenya », de renforcer l’attractivité internationale du pays et de proposer des stratégies innovantes pour dynamiser les arrivées touristiques et l’emploi des jeunes. Lors de la cérémonie de signature, la ministre Rebecca Miano a salué cette collaboration stratégique, soulignant le rôle central du numérique dans la diversification de l’offre touristique. Selon elle, l’intégration des technologies permettra de mieux valoriser les 47 comtés du pays à travers la cartographie des expériences touristiques et la création de parcours plus personnalisés pour les visiteurs.

Avec ce partenariat, le Kenya confirme son positionnement comme l’un des pays africains les plus avancés dans l’intégration des technologies numériques au service du développement économique. En misant sur l’intelligence artificielle, le cloud et le marketing digital, Nairobi entend renforcer sa compétitivité face aux grandes destinations touristiques mondiales.

Le pari est cohérent avec les dynamiques continentales : plusieurs destinations africaines — Tanzanie, Rwanda, Afrique du Sud — ont accéléré leurs investissements dans le marketing digital et les plateformes de réservation. Le Kenya, fort de sa notoriété internationale, entend désormais convertir cette image en flux monétaires mieux structurés, en s’appuyant sur la puissance de distribution et d’analyse de données que Google peut offrir.

Reste à en mesurer les effets concrets d’ici fin 2026, date à laquelle les premières campagnes mondiales devraient être pleinement opérationnelles.

Muriel EDJO

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Alors que SpaceX, Amazon et d’autres géants misent des milliards de dollars sur des constellations de satellites en orbite basse pour étendre l’accès à Internet, le volume de débris potentiels augmente dans le ciel. Dans cet entretien, le chef du département des services spatiaux à l’Union internationale des télécommunications (UIT) décrypte les logiques économiques, les questions de souveraineté, la gestion des ressources orbitales et les risques croissants de pollution spatiale, dans un contexte où l’Afrique cherche aussi à se faire sa place.

De grandes compagnies comme SpaceX, Amazon, investissent aujourd’hui des milliards dans des constellations de satellites en orbite basse terrestre (LEO) qui couvrent notamment l’Afrique. Au-delà des annonces sur la connectivité universelle, quels sont les enjeux de cet investissement ?

Ces grandes compagnies pensent qu'il y a un marché profitable dans l'extension de la connectivité à des foyers ou à des personnes qui ne sont pas bien couvertes par des moyens terrestres. Elles estiment que le plan d'affaires est correct pour investir de l'ordre de 5 à 6 milliards de dollars. Au-delà des annonces philanthropiques sur la connectivité universelle, elles sont persuadées qu'il y a un marché viable.

Un acteur comme SpaceX croit à la viabilité du marché sur deux segments : le segment individuel pour les personnes qui ont suffisamment de moyens pour payer un abonnement, et une forte demande côté entreprise, notamment dans les secteurs des transports maritimes et aériens. Actuellement, si vous prenez l'avion, la connectivité large bande n'est pas bonne. Les nouvelles constellations apportent un meilleur débit à cette solution. C'est pareil pour les transports maritimes, tant pour le suivi des marchandises que pour les bateaux de croisière. Un grand paquebot, c'est 3000 voyageurs et 2000 membres d'équipage, soit 5000 personnes dans un petit village qu'il faut connecter. Le seul moyen de leur fournir un accès WiFi suffisant, c'est par liaisons satellites. Ce marché existe, il est très important et soutient l'aspect économique de ces opérateurs.

Un autre type d'acteur, comme Amazon, y voit un intérêt économique indirect. Pour Amazon, augmenter la connectivité, c'est aussi augmenter le nombre de personnes qui peuvent utiliser les services Amazon en ligne. Même si le business de la connectivité n'est pas extrêmement rentable, cela peut être contrebalancé par l'apport de clients à d'autres branches d'Amazon qui, elles, deviennent rentables. Derrière la stratégie d'Amazon, il y a quelque chose de plus que simplement la connectivité : créer davantage de base clientèle.

N’y a-t-il pas également des enjeux géopolitiques, de défense ?

Pour ce qui est des aspects géopolitiques et militaires dans le développement de ces constellations, très honnêtement, je ne le vois pas trop en ce moment. Quand il y a une solution technologique de communication, souvent les militaires sont intéressés pour la tester et l'utiliser. Mais ce serait faux de dire que ce sont les militaires qui ont poussé le développement de ces solutions. En revanche, une fois que c'est lancé, l'idée de limiter les dépendances est en jeu. La Chine comme l'Union européenne ne souhaitent pas être dépendantes des sociétés américaines. Cela crée d'autres projets.

On revient à cette question de souveraineté. Chaque pays, ne voulant pas dépendre totalement des technologies de son voisin pour communiquer, développe sa propre flotte de satellites pour garantir la sécurité de ses communications. De plus en plus de pays souhaitent avoir une infrastructure satellitaire minimum, non pas pour couvrir tous leurs besoins, mais au moins un minimum vital toujours disponible. Récemment, en Afrique, les ministres de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) se sont mis d'accord pour développer un projet commun de satellites géostationnaires partagés entre 16 pays. L'Algérie, l'Angola, l'Égypte ont aussi leurs propres satellites.

Cependant, tous les pays ne développeront pas une constellation comme le fait l'Union européenne, parce que c'est vraiment très cher. Une constellation, contrairement aux satellites géostationnaires positionnés au-dessus de votre pays, tourne autour de toute la Terre. Il y a une grande partie du temps où elle ne vous sert pas. Soit on fait des partenariats internationaux pour diminuer les investissements, soit on est un très gros bloc économique qui peut se le permettre. Nous voyons plutôt des demandes pour accéder à l'orbite géostationnaire, où un seul satellite est déjà un très grand premier pas.

SpaceX annonce des milliers de satellites, Amazon et OneWeb leurs propres chiffres. Cette logique de compétition est-elle compatible avec la vision de l'UIT en matière de gestion durable de l'orbite basse terrestre quand l’on sait que de nombreux pays notamment en Afrique en auront aussi besoin ?

Il y a ces batailles de communication sur les chiffres, et puis la réalité de ce que les régulateurs et les sociétés mettent réellement en œuvre, qui est assez loin des annonces. OneWeb avait annoncé 40 000 satellites, puis est revenu à 3000, puis maintenant 600. Ce genre de bataille de chiffres est beaucoup lié à la communication pour les investisseurs. Beaucoup d'investisseurs sont plus impressionnés par les chiffres que par les règles techniques.

Si vous prenez SpaceX, ils ont annoncé que leur constellation Starlink finale devrait faire environ 30 000 satellites. Mais le régulateur américain, la FCC, a autorisé seulement 15 000 : une première tranche de 7500, puis une deuxième. Le régulateur lui-même ne va pas à la même limite. À l'UIT, les actions restent compatibles avec la gestion de l'orbite, même si elles sont différentes de la communication grand public. Les déploiements réels sont bien plus restreints, même s'ils sont de l'ordre de plusieurs milliers de satellites.

Notre cadre juridique permet ce genre de déploiement avec des garde-fous : éviter d'accaparer le spectre sans l'utiliser — vous êtes obligés de les utiliser ou de les perdre — et empêcher qu'une situation de monopole se crée. Nos traités disposent que le partage des fréquences doit se faire sur des bases techniques. Les pays ont toujours la possibilité de répondre aux pressions anticoncurrentielles en s'appuyant sur ces critères techniques.

Il y a aussi quelque chose de contre-intuitif : plus une constellation est grande, plus il est facile de partager les spectres et les orbites avec elle. Plus il y a de satellites, plus vous aurez de satellites en visibilité depuis un point de la Terre. Un nouvel arrivant peut toujours dire : "Toi, tu communiques avec ce satellite, et moi avec celui qui est loin dans le ciel." Si la constellation se réduit, le nombre de satellites visibles est plus bas, et il est plus difficile d'éviter les brouillages. D'un point de vue de partage des ressources, les grandes constellations ne sont pas nécessairement négatives.

Ce qui est plus problématique, c'est la pollution de l'espace. Plus d'objets dans l'espace, c'est potentiellement plus de débris. La probabilité d'avoir des débris qui s'échappent augmente avec le nombre de satellites. Le problème des grandes constellations est plus environnemental que lié au partage des ressources. Pour l'instant, la situation n'est pas si critique, c'est donc un bon moment pour prendre des mesures correctives.

À partir de quel moment peut-on dire que l'orbite basse terrestre est saturée ?

C'est une question complexe. Il n'existe pas une orbite basse terrestre, mais une multitude, entre environ 200 km et 2000 km d'altitude. Dans cet intervalle, il y a de grandes différences. Certaines altitudes sont particulièrement prisées, notamment entre 600 et 900 km. Plus vous descendez vers 200 km, plus l’atmosphère freine vos satellites et peut les désorbiter assez vite. Au-delà de 900 km, les performances du satellite doivent être plus grandes pour communiquer avec la Terre, c'est moins intéressant. Il y a donc un focus sur l'intervalle 600-900 km, qui commence à être vraiment congestionné.

Le reste de l'orbite n'est pas vraiment congestionné. Au-dessus de 900 km, il n'y a pas tant de satellites. En dessous de 600 km, SpaceX a annoncé qu'ils allaient baisser leurs satellites jusqu'à 550 km, mais autour de 400 km, au niveau de la station spatiale internationale, il n'y a pas tant de satellites. L'orbite basse en général n'est pas congestionnée, mais il y a un pic autour de 600-900 km, un peu dû à un effet de mode. Aller un peu plus haut sera très naturel parce que c'est simplement une orbite un peu moins bonne, mais quand même très bonne.

En termes de capacité, la dernière étude réalisée par le MIT estimait qu'on pouvait mettre environ 1,8 million de satellites autour de la Terre sans se collisionner. Mais cela ne garantit pas qu'ils peuvent fonctionner sans se brouiller au niveau radio. Pour que sur Terre on puisse distinguer deux satellites, il faut qu'ils soient assez éloignés dans l'espace pour qu'il y ait suffisamment de discrimination angulaire. Cette contrainte est généralement suffisante pour garantir qu'ils ne se brouilleront pas. Le nombre réel est donc probablement moins élevé, mais on en est encore loin : dans l'orbite basse la plus chargée, on est autour de 10 000 satellites. Il y a encore des zones d'orbites basses qui ne sont vraiment pas utilisées. Peut-être pas la meilleure place, mais quand même une très bonne place.

Qui est responsable de la dépollution spatiale ?

Sur la gestion du trafic spatial, il n'y a aucun traité. Il y a des travaux au sein du Comité des utilisations pacifiques de l'espace extra-atmosphérique (COPUOS) pour préparer des lignes directrices, notamment pour éviter de créer des débris. Mais pour l'instant, cela reste des lignes directrices, pas un traité.

Côté UIT, nous nous focalisons sur l'évitement de la création des débris en garantissant que les différents acteurs aient des moyens concrets de se parler. La situation actuelle est que non seulement le nombre d'objets dans l'espace augmente, mais surtout le nombre d'acteurs qui les contrôlent augmente beaucoup. SpaceX gère 10 000 satellites, mais c'est un seul interlocuteur, ce qui est assez simple pour discuter des évitements de collision. Mais de plus en plus d'acteurs accèdent à l'espace : des PME, des startups, des universités. Plusieurs universités africaines ont lancé des satellites d'étudiants. L'un des défis est que pour chaque satellite, y compris quand il ne fonctionne plus, il faut trouver quelqu'un avec qui parler. Nous essayons de garantir que les acteurs peuvent toujours se parler, qu'ils aient les points de contact, et que s'il y a des problèmes géopolitiques, nous servons de tiers parti en transmettant les messages.

En l'absence de traité contraignant, comment se passent les relations avec les opérateurs de satellites pour la gestion des débris ?

Cela dépend beaucoup des compagnies. Les grosses sociétés ont un intérêt économique et opérationnel à maintenir l'orbite propre, parce que si elles polluent l'orbite, c'est leur propre orbite qu'elles salissent, celle qu'elles pourraient utiliser dans le futur. Elles ne sont pas réticentes, elles ont le même intérêt que nous.

Le plus grand défi concerne les start-ups qui lancent un satellite pour tester un composant pendant un an ou 18 mois, puis la mission est finie, et elles n'ont pas l'intention de continuer. Là, c'est beaucoup plus compliqué de leur faire comprendre que ce satellite ne peut pas rester éternellement dans l'espace, car une fois inutilisé, il se transforme en débris. C'est plus ça le danger actuel que celui posé par les méga-constellations.

Pour ces petites sociétés, il faut essayer de les convaincre a priori, avant le lancement, de lancer sur des orbites relativement basses, de telle sorte que la force naturelle de réentrée dans l'atmosphère fera ré-entrer le satellite au bout d'un certain temps, même sans dépense supplémentaire. Ils sont généralement assez réceptifs à l'argument si cela ne leur coûte pas plus cher et qu'il s'agit simplement de planification a priori. Encore faut-il qu'ils soient au courant avant le lancement.

Beaucoup d'États prennent des mesures nationales. Aux États-Unis, la Commission fédérale des communications (FCC) impose de faire rentrer les satellites dans les 5 ans suivant la fin de leur vie opérationnelle, bien meilleur que l'obligation précédente de 25 ans. Comme le plus grand nombre de satellites est envoyé depuis un petit nombre d'États, si ces États ont des conditions nationales similaires, cela a à peu près le même effet qu'un traité. Mais vous avez raison, cela reste une pièce manquante.

Comment se passe votre relation avec les astronomes qui se plaignent que les trains de satellites brouillent leur travail d'observation ?

Nous ne traitons pas de l'astronomie optique, celle qui utilise les rayons lumineux. Pour l'astronomie radio, le sujet va être débattu l'année prochaine lors de la Conférence mondiale des radiocommunications 2027. Un des points étudie la mise en place de zones de silence radio. Actuellement, cela existe autour des grands radiotélescopes : autour de ces sites, vous n'avez pas le droit d'utiliser le WiFi ou votre téléphone mobile. La discussion portera sur l'extension de ce silence radio à l'espace : quand les satellites sont au-dessus de ces zones, ils ne doivent pas émettre. Les États membres décideront l'année prochaine.

Quelles sont les mesures urgentes à adopter pour améliorer le contrôle de la pollution spatiale ?

La mesure la plus urgente est de s'assurer qu'un satellite, même après sa vie opérationnelle, ne devienne pas un objet qui n'a plus de propriétaire sur Terre. Il ne faudrait pas qu'il y ait des objets dont plus personne n'est responsable. Si plus personne n'en est responsable, les lois internationales sont telles que vous ne savez plus quoi faire de cet objet. L'objet reste toujours sous la responsabilité de l'État qui l'a initialement lancé. Si du jour au lendemain, parce qu'il a fini sa vie, ce satellite n'est plus géré par quelqu'un, cela pose un très gros problème. On n'a pas le droit de le retirer.

La chose la plus importante serait de garantir qu'il n'y ait plus de satellites orphelins, que tant qu'ils sont dans l'espace, il y ait un point de contact quelque part qui puisse donner des informations sur le satellite, son état ou sa construction. Quand vous pouvez discuter avec la personne sur Terre, vous pouvez décider de faire quelque chose. Mais s'il n'y a personne à qui parler, l'objet se promène sans qu'on sache quoi faire avec, risquant des collisions.

Comment fonctionne l'attribution des ressources spatiales aux pays ? Des pays développés peuvent-ils négocier directement avec des États ayant moins de capacités financières pour occuper leurs ressources spatiales ?

La première chose est de mettre en place le cadre. Une fois le cadre établi, le mécanisme de l'UIT n'interdit pas les accords bilatéraux entre pays, ou qu'une société d'un pays vienne voir un État et lui dise : « Tu as ces ressources. » Cela n'est pas interdit, mais c'est dans le cadre établi par l'UIT.

Toutes les ressources dans l'espace extra-atmosphérique sont régies par le traité de l'espace des Nations Unies, qui date des années 60. Ce traité indique que tout ce qui est au-delà de l'atmosphère terrestre n'est pas sujet à appropriation souveraine. Aucun État ne peut réclamer la souveraineté sur une partie de l'espace. Les ressources planifiées pour les États au sein de l'UIT ne sont pas une valeur locative, c'est un droit d'utilisation. La communauté internationale reconnaît que vous pouvez utiliser ces ressources et que vous avez le droit d'être protégé des brouillages. Cela suffit pour exploiter un système.

Les États ne peuvent pas vendre ou louer ces ressources. En revanche, rien n'interdit à une société privée dont le siège est à l'étranger d'établir une filiale dans un État, et que cette filiale demande une licence d'exploitation pour utiliser les ressources de l'État de manière privée. Ce n'est pas vraiment une cession, c'est juste que l'État décide d'utiliser ses ressources via une société privée. Tant qu'il y a cet accord, c'est conforme au droit international.

Faut-il obligatoirement être membre de l'UIT pour accéder à ces ressources ?

Oui, il faut être membre de l'UIT. Seuls les membres peuvent bénéficier de ce mécanisme. Mais la question ne se pose pas vraiment car nous avons 194 États membres. Tous les pays des Nations Unies sont membres de l'UIT. Même le Pape est membre de l'UIT. Il y a seulement un très petit nombre d'États non-membres, comme le Kosovo, qui n'est pas reconnu par un nombre suffisant d'États. Même la Palestine a un statut particulier de quasi-État et a le droit d'accéder aux ressources. Tous les États, à peu près, ont accès aux ressources.

Pour les pays africains en retard dans la compétition spatiale, y a-t-il un risque que leurs ressources non utilisées leur soient retirées ?

Non, je n'y crois pas du tout. Chaque pays a une voix à l'UIT, et les pays en développement ont la majorité. Les pays d'Afrique coordonnent leur position au sein de l'Union africaine des télécommunications. Ils ont des positions communes, rassemblant autour d'une cinquantaine d'États, soit le quart du monde. Avec les pays d'Asie et d'Amérique du Sud, ils feraient un front très large qui aurait la majorité.

Cependant, si vous n'avez pas de satellite pour exploiter ces ressources, elles restent immatérielles. C'est pourquoi plusieurs initiatives existent en Afrique pour développer des satellites : le projet des 16 pays de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), la création de l'Agence spatiale africaine en Égypte pour mutualiser les fonds. Les régulateurs africains ont aussi été parmi les premiers à développer des cadres réglementaires permettant l'utilisation de services comme Starlink. Les citoyens ont ainsi accès à ces ressources, avant même certains pays européens qui refusent encore la technologie. Historiquement, les pays développés n'ont pas commencé par des satellites nationaux, mais par des organisations régionales en mutualisant les fonds.

Aujourd'hui, la technologie tend-t-elle vers les satellites en orbite basse ou plutôt géostationnaires ?

La tendance actuelle est ce que l'industrie satellitaire appelle le multi-orbite : des équipements au sol capables de communiquer à la fois avec les satellites en orbite basse et en orbite géostationnaire, sans changer d'équipement. L'avantage serait de combiner les avantages des deux orbites.

L'une des limitations de l'orbite basse est que la capacité de communication de la constellation est la même au-dessus d'une grande ville ou au-dessus de la mer où il n'y a personne. Il y a donc des hotspots qui ne sont pas très bien desservis parce qu'il y a une telle concentration d'utilisateurs. L'orbite géostationnaire peut combler cela, car elle peut focaliser la capacité sur des endroits précis. L'idée est d'utiliser l'orbite basse là où il n'y a pas beaucoup d'utilisateurs, et l'orbite géostationnaire là où elle serait saturée.

Starlink a déjà des petites zones où le service est noté « actuellement pas disponible », parce que la constellation a atteint son maximum et ne peut pas prendre plus de clients sans dégrader les débits. C'est déjà un éclairage sur cette problématique. Le grand défi technologique est de créer un seul équipement qui communique soit avec un satellite à 600 km, soit avec un satellite à 36 000 km. La différence est telle que ce n'est pas du tout les mêmes puissances, c'est assez compliqué.

Propos recueillis par Muriel EDJO

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Alors que plusieurs États africains envisagent de restreindre l’accès des jeunes aux réseaux sociaux, une question demeure : comment préparer les futurs citoyens numériques si l’on se contente d’interdire sans instruire ?

Le 25 mars 2026, Meta et Google ont été reconnus coupables de négligence dans la conception de leurs plateformes. Cette affaire remet sur le tapis une question posée il y a soixante ans par Marshall McLuhan, un philosophe canadien des médias : « que se passe-t-il lorsque le véritable impact d'un média ne réside pas dans ce qu'il véhicule, mais dans la manière dont il restructure nos sens ? »

Selon McLuhan, le contenu médiatique est « le morceau de viande juteux que le cambrioleur apporte pour détourner l'attention du chien de garde qu'est notre esprit ». Or, nous avons tendance à confondre le message et le médium. Dans le cas des réseaux sociaux, le médium n'est pas Instagram, YouTube ou TikTok ; c’est plutôt la curation algorithmique des contenus conçue pour capter l’attention des utilisateurs et utilisatrices, et ce, au service d’un modèle économique financé par la publicité. Le « massage » procuré à nos sens par ces sélections de contenus est une accoutumance graduelle à des mécanismes stimulus-réponse. Il y a les notifications qui déclenchent des pics de dopamine, de subtiles récompenses qui incitent à consulter sans cesse ses comptes au cours d’une journée, un flux infini de vidéos qui neutralise toute envie d’arrêter le visionnement. Une plateforme peut héberger des contenus salutaires tout en créant de mauvaises habitudes de navigation, si son architecture a été conçue pour prolonger le temps de connexion et anticiper les comportements des utilisateurs.

Bernard Stiegler a décrit la technologie comme étant un pharmakon, c’est-à-dire à la fois un poison et un remède. Dans de nombreux pays africains, les réseaux sociaux ne sont pas seulement un passe-temps, mais des outils désormais incontournables de l'économie informelle, du partage des actualités locales et d'initiatives citoyennes. Néanmoins, la nature toxique du modèle est tout aussi évidente ; le sensationnalisme est favorisé dans les fils d’actualité au détriment de contenus garantissant la cohésion sociale désirée par les gouvernements. La pensée critique des utilisateurs, notamment les plus jeunes, est inhibée avant même qu’ils ne soient en mesure d’acquérir les compétences nécessaires pour filtrer les informations au lieu de les absorber passivement. Selon Stiegler, l’enjeu de la technologie est de créer des « milieux associés » : des environnements où les usagers développent leur autonomie intellectuelle pour ce qui est de l’usage du numérique. Or, en Afrique, l’absence, voire la fragilité, de tels milieux constitue le cœur du problème.

Afin de réglementer les réseaux sociaux, certains pays africains ont commencé à s’inspirer de mesures adoptées ailleurs telles que l’imposition de limites d’âge pour l’accès. Au Gabon, l'ordonnance n° 0011/PR/2026 fixe la majorité numérique à seize ans et impose une responsabilité juridique stricte aux plateformes. Elle exige notamment qu’elles soient connectées aux registres gouvernementaux d’identification des individus, une démarche qui fait sourciller dans une économie numérique fondée sur la monétisation des données personnelles. Le Sénégal songerait aussi à limiter l’accès aux réseaux sociaux en deçà d’un certain âge. Cependant, ces initiatives soulèvent la question suivante : est-ce faisable ou souhaitable de faire comme certains pays occidentaux sans disposer au préalable des infrastructures technologiques, des mécanismes de suivi d’application de la loi et surtout des cadres éducatifs sur lesquels reposent ces restrictions ?

Certes, fixer la majorité numérique à seize ans retarde l'exposition des jeunes aux réseaux sociaux, mais la mesure ne les prépare pas pour autant au monde, où ces plateformes sont désormais utilisées même à des fins professionnelles, et dans lequel ils seront immergés dès l’âge de dix-sept ans. L'UNICEF met d’ailleurs en garde contre des restrictions draconiennes, la protection des jeunes devant aller de pair avec la littératie numérique « Drawing a Line in Digital Spaces, Analyse Rapide, 13 mars 2026 ». Par conséquent, l'interdiction seule des réseaux sociaux aux jeunes ne saurait donc constituer à elle seule une réponse suffisante aux dérives résultant de ces médiums.

Sur le continent, l'éducation aux médias et à l’information (EMI) se résume souvent à des ateliers de sensibilisation à la cybersécurité ; il ne s’agit donc pas de réelles sessions de littératie numérique. Une véritable EMI destinée à la jeunesse devrait couvrir deux dimensions : les relations avec les autres (protection de la vie privée, vérification des informations, cyberintimidation, etc.) et le développement d’une autonomie individuelle face aux environnements numériques. En effet, une personne peut très bien identifier une fausse information tout en étant victime de la manipulation de ses sens par les plateformes. Ainsi, enseigner les logiques sous-jacentes au fonctionnement d’une plateforme est beaucoup plus utile que de seulement en présenter les fonctionnalités à un utilisateur.

Le verdict californien de mars 2026 devrait conduire les décideurs politiques africains à reconnaître qu’une politique numérique réaliste pour la jeunesse ne peut se limiter à des restrictions. Les États doivent investir dans des programmes scolaires d’EMI adéquats, qui permettront notamment aux jeunes d'acquérir les compétences nécessaires pour s'orienter, vivre et travailler dans le monde numérique d’aujourd’hui sans en subir les travers. L’enjeu n’est pas seulement de transmettre des aptitudes, mais surtout de mettre en œuvre une littératie numérique réflexive qui permette aux usagers de comprendre durablement les environnements numériques dans lesquels ils évoluent.

Biographie

Juriste, Evelyne Akoto travaille sur les enjeux de gouvernance publique et d'éthique de l'intelligence artificielle. Elle se concentre notamment sur les violences basées sur le genre facilitées par la technologie ainsi que la littératie numérique et en IA en Afrique de l’Ouest francophone. Ses analyses explorent la façon dont les transformations technologiques redéfinissent les rapports sociaux, surtout à la croisée des inégalités de genre, de la technologie et des droits humains.

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Dans une perspective de contrôle renforcé de l’espace numérique, le Gabon franchit une étape décisive avec un texte qui instaure une régulation stricte des réseaux sociaux et des plateformes digitales, bouleversant les usages en ligne et posant de nouveaux défis en matière de libertés, de responsabilité et de protection des publics.

Le Gabon durcit son cadre juridique du numérique avec l’adoption de l’ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 février 2026, publiée le mercredi 8 avril. Le texte, composé de 55 articles répartis en 11 chapitres, redéfinit en profondeur les règles d’usage des réseaux sociaux et des plateformes numériques dans le pays.

Fin de l’anonymat et traçabilité renforcée des utilisateurs 

Parmi les principales mesures, l’ordonnance met fin à l’anonymat en ligne. Toute personne souhaitant accéder à une plateforme numérique doit désormais fournir son nom, son domicile et son Numéro d’identification personnel (NIP). Les fournisseurs de services numériques sont également tenus de vérifier l’identité des utilisateurs résidant sur le territoire gabonais, instaurant ainsi un dispositif de traçabilité renforcée des activités en ligne.

Le texte introduit également un durcissement de la responsabilité des utilisateurs. Ces derniers deviennent pleinement responsables des contenus qu’ils publient, tandis qu’une responsabilité dite « solidaire » est instaurée pour les actions de diffusion ou de partage massif de contenus jugés illicites. Les administrateurs de groupes sur les réseaux sociaux sont, eux aussi, directement concernés, avec une obligation de modération et de signalement des dérives au sein de leurs communautés.

Encadrement de l’intelligence artificielle et protection des publics sensibles 

L’encadrement de l’intelligence artificielle constitue un autre volet central de la réforme. L’ordonnance impose la transparence sur les contenus générés par des systèmes automatisés et interdit les deepfakes lorsqu’ils portent atteinte à la dignité des personnes ou sont utilisés à des fins de manipulation. L’usurpation d’identité via des outils d’IA est également considérée comme une circonstance aggravante.

Sur le plan de la protection des mineurs, la majorité numérique est fixée à 16 ans. En dessous de cet âge, l’accès aux réseaux sociaux est conditionné par une autorisation parentale. Les plateformes sont tenues de mettre en place des mécanismes de vérification d’âge et de filtrage des contenus sensibles, notamment les contenus violents ou à caractère pornographique.

Le dispositif introduit par ailleurs une procédure de régulation accélérée, permettant à une autorité judiciaire d’ordonner en urgence le retrait de contenus ou la suspension de comptes dans un délai de 24 heures, ainsi qu’un droit de réponse obligatoire sous 48 heures en cas de mise en cause.

Enfin, le volet répressif est particulièrement renforcé. Les sanctions prévues incluent des amendes pouvant atteindre 50 millions FCFA (≈ 89 415 $) pour les opérateurs défaillants, ainsi que des peines de prison pour les infractions les plus graves liées à la cybersécurité ou à la diffusion de contenus illicites. Les acteurs du numérique disposent toutefois d’une période transitoire de 12 mois pour se conformer à ces nouvelles exigences.

Une réforme dans un contexte de régulation renforcée 

Cette nouvelle architecture juridique s’inscrit dans un contexte plus large de réformes engagées ces derniers mois dans le pays en matière de gouvernance numérique et de régulation de l’espace public numérique. Depuis près de deux mois, l’accès aux réseaux sociaux est suspendu, une situation liée à des mesures restrictives prises par la Haute Autorité de la Communication.

Dans ce climat de resserrement du contrôle numérique, l’ordonnance apparaît comme une tentative de formalisation et de structuration du cadre légal. Mais elle soulève plusieurs défis majeurs. Sa mise en œuvre suppose d’importants moyens techniques pour les plateformes et les opérateurs, notamment en matière de vérification d’identité et de modération automatisée. La question de la protection des données personnelles et du respect de la vie privée se pose également, dans un contexte où la centralisation des identités numériques devient obligatoire.

Autre enjeu, la capacité réelle des acteurs du numérique à se conformer dans les délais impartis, alors que plusieurs plateformes internationales fonctionnent selon des standards globaux parfois difficiles à adapter à des exigences nationales spécifiques.

Samira Njoya

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Au cours des deux dernières années, l’Afrique s’est illustrée comme le principal contributeur à la bonne performance financière du groupe Orange. Le continent, qui regorge encore d’un potentiel inexploité, est aujourd’hui placé au cœur de la stratégie quinquennale de croissance du groupe de télécommunications.

Alors que ses marchés historiques européens arrivent à maturité, Orange déplace son centre de gravité vers la région Afrique et Moyen-Orient. Le groupe français de télécommunications y annonce plus de 5 milliards d’euros d’investissements entre 2026 et 2028, le doublement de sa base fibre et la construction de plus de 15 000 nouveaux sites télécoms en zones rurales, dans le cadre de son nouveau plan stratégique, baptisé « Trust the Future ».

Présenté à la presse internationale le mercredi 8 avril 2026 à Casablanca, au Maroc, ce plan, qui fait de la confiance son axe principal, s’articule autour de trois ambitions destinées à tirer parti de la solidité de sa base de clients : la proximité client, la croissance par l’innovation et l’excellence à grande échelle. Pour Christel Heydemann (photo), directrice générale du groupe, il s’agit de rassurer les consommateurs sur la disponibilité, la qualité, l’utilité et la fiabilité des services offerts par Orange dans la région, notamment en matière de connectivité à haut débit, socle de la transformation numérique.

« Dans un monde où la complexité numérique et les risques augmentent, les attentes en matière de qualité de service, de sécurité et de simplicité évoluent rapidement, tandis que l’IA transforme chaque secteur. Dans ce contexte, la confiance devient un critère décisif de choix. Trust the Future concrétise l’avantage d’Orange en matière de confiance grâce à des réseaux fiables, une cybersécurité intégrée, des pratiques responsables en matière de données et d’IA, ainsi que des expériences utilisateur fluides. La confiance est la fondation sur laquelle le Groupe construira son avenir », apprend-on.

La connectivité comme socle 

Les grandes ambitions de croissance d’Orange en Afrique s’appuient sur les dynamiques de transformation profonde dont le continent est aujourd’hui l’un des principaux foyers. Le mobile y constitue déjà un levier essentiel de développement économique et social. L’écosystème mobile représente ainsi 7,7 % du produit intérieur brut (PIB), soit 220 milliards de dollars en 2024, et pourrait atteindre 270 milliards USD d’ici à 2030 selon la GSM Association (GSMA).

Cette dynamique repose sur plusieurs tendances de fond : une population jeune et en forte expansion, une progression rapide des usages numériques, une adoption croissante des services fondés sur la data ainsi que des réseaux 4G et 5G, un essor continu des services financiers mobiles et une demande accrue de solutions utiles, accessibles et ancrées dans les usages locaux.

Dans le cadre de cette nouvelle relation de confiance fondée sur la proximité client, la croissance par l’innovation et l’excellence à grande échelle, Orange vise plus de 40 millions de nouveaux utilisateurs 4G et 5G d’ici 2028. En 2025, l’opérateur revendiquait 179 millions de clients sur ses 17 marchés africains ainsi qu’en Jordanie, soit une hausse de 14 millions d’abonnés en un an. Il comptait également plus de 90 millions de clients 4G, tandis que la 5G était disponible sur 7 marchés : l’Égypte, le Maroc, la Tunisie, la Jordanie, le Sénégal, le Botswana et Madagascar. Le parc fibre et haut débit fixe totalisait, lui, 4,8 millions de clients.

Consolider le rôle de l’Afrique

La montée en puissance du groupe en Afrique ne concerne pas seulement les réseaux. Orange entend aussi faire du continent un terrain de croissance pour ses services à plus forte valeur ajoutée : finance mobile, super-app, cloud, cybersécurité, intelligence artificielle et services aux entreprises. Dans sa présentation, le groupe affiche une ambition de croissance à deux chiffres dans le B2B, avec un accent particulier sur les services informatiques, tandis que l’IA et les modèles de langage doivent irriguer à la fois les réseaux et les offres commerciales.

L’idée est claire : ne plus seulement connecter, mais capter une part croissante de la valeur numérique produite sur le continent, dont l’importance stratégique apparaît déjà dans les résultats financiers du groupe. En 2025, la zone Afrique et Moyen-Orient a été le principal contributeur à la progression d’Orange, avec 8,4 milliards d’euros de revenus, en hausse de 12,2 %. L’EBITDAaL (résultat opérationnel courant avant prise en compte des dotations aux amortissements ou dépréciations des immobilisations corporelles et incorporelles, et de l’impact des charges liées aux rémunérations sous forme de stock-options/actions) a également progressé de 13,9 %.

Cependant, les ambitions africaines d’Orange ne sont pas à l’abri de vents contraires. Le dernier bulletin semestriel du Groupe de la Banque mondiale sur la situation économique en Afrique subsaharienne, publié le 8 avril 2026, prévoit que la croissance se maintiendra à 4,1 % en 2026 (soit le même rythme qu’en 2025), tout en constatant une intensification des risques de dégradation.

Le renchérissement des combustibles, des denrées alimentaires et des engrais, conjugué au durcissement des conditions financières, risque fortement de tirer l’inflation à la hausse, de perturber l’activité économique et de toucher plus durement les ménages les plus vulnérables, qui consacrent une part plus importante de leurs revenus à l’alimentation et à l’énergie.

Muriel EDJO

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Super app Max it : « En 2028, nous souhaitons gagner 50 millions d’utilisateurs actifs mensuels supplémentaires » Yvan Delègue (Orange)

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À Casablanca, Orange a dévoilé les ambitions de sa super application Max it, destinée à devenir l’un des principaux moteurs de croissance du groupe en Afrique et au Moyen-Orient. Avec déjà 23 millions d’utilisateurs actifs par mois, la plateforme veut changer de dimension d’ici 2028.

Orange accélère sa transformation dans le cadre de sa nouvelle stratégie de croissance 2026-2030, baptisée « Trust the Future », présentée à la presse internationale le 8 avril 2026 à Casablanca, au Maroc. Longtemps perçu comme un opérateur télécoms classique, le groupe français mise désormais sur les services numériques pour ouvrir un nouveau cycle de croissance, avec l’Afrique et le Moyen-Orient comme priorités.

Au cœur de cette ambition : Max it, sa super application développée depuis Casablanca, présentée comme l’un des leviers pour générer de nouveaux revenus et supplanter ceux issus des télécommunications traditionnelles.  Pour l’étape 2028 de notre plan stratégique, nous souhaitons gagner 50 millions d’utilisateurs mensuels actifs supplémentaires sur Max it. Max it accompagnera également Orange Money dans son objectif d’enregistrer 20 millions de clients mensuels actifs supplémentaires dans la zone, ainsi qu’un million de nouveaux consommateurs pour Orange Energies », affirme Yvan Delègue (photo), directeur du programme Max it.

Un objectif à la hauteur des ambitions du groupe, qui entend faire de Max it une porte d’entrée unique vers une gamme de services du quotidien : gestion de ligne mobile, paiements, contenus numériques, achats de services et accès à une marketplace intégrée.

Une riche gamme de services et partenaires

Déployée dans 16 pays, la super application revendique déjà 23 millions d’utilisateurs actifs par mois. Parmi eux, 8 millions ont recours aux services financiers intégrés via Orange Money, tandis que la solution de mobile money du groupe totalise 47 millions d’utilisateurs actifs dans la région. Max it appuie également l’offre Orange Energies, disponible dans 13 pays et permet déjà à près de 1 million de clients d’acheter et de recharger leur électricité depuis l’application.

Pour Orange, l’intérêt de cette super application repose sur une logique simple : intégrer plusieurs usages dans un même environnement numérique. L’utilisateur n’a plus besoin de multiplier les applications ou les interfaces. Il peut consulter son compte, effectuer un paiement, accéder à du divertissement (vidéo à la demande, compétitions sportives en direct, gaming, séries TV, etc.) ou acheter un service sans sortir de l’écosystème Orange. Cette convergence permet au groupe de fluidifier l’expérience client et de renforcer la fidélisation.

Yvan Delègue insiste sur la capacité de Max it à soutenir une stratégie de « bundles », c’est-à-dire d’offres combinant connectivité et contenus. Orange peut, par exemple, associer un forfait data à un service de streaming sportif pour encourager l’usage, tout en limitant la crainte de surconsommation de data chez l’abonné.

Ce repositionnement intervient alors que la région Afrique-Moyen-Orient devient le principal moteur de performance du groupe. En 2025, Orange y a réalisé 8,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en progression de 12,2 %, faisant de cette zone le premier contributeur à la croissance globale de l’entreprise. Le pari d’Orange s’appuie aussi sur des fondamentaux démographiques et économiques favorables : l’Afrique, dont la population pourrait atteindre 2,5 milliards d’habitants en 2050, concentre un fort potentiel de développement des usages numériques.

L’IA pour plus d’inclusion

Au-delà de la seule performance commerciale, Orange veut faire de Max it une plateforme ouverte, capable d’accueillir aussi bien des partenaires internationaux que des commerçants locaux. L’enjeu est double : enrichir l’offre de services pour les utilisateurs et offrir de la visibilité à des acteurs économiques cherchant à capter une clientèle déjà massifiée. Dans cette optique, Max it tend à se positionner comme un véritable agrégateur de services numériques, susceptible de structurer des écosystèmes locaux autour du paiement, de la consommation de contenus et des services essentiels.

Pour tenir son cap d’ici 2028, Orange compte sur deux leviers majeurs : l’élargissement de son réseau de partenaires et l’intégration plus poussée de l’intelligence artificielle. Le groupe veut utiliser l’IA pour personnaliser les services, en proposant à chaque utilisateur l’offre la plus pertinente au moment opportun. Il évoque également des interfaces vocales adaptées aux langues locales, afin de réduire certaines barrières à l’adoption numérique dans plusieurs marchés africains.

Avec Max it, Orange ne vend donc plus seulement de la connectivité. Le groupe cherche à se placer à l’intersection des télécoms, de la finance numérique, de l’énergie et des services marchands. En clair, devenir un acteur technologique intégré capable de capter une part plus large de la valeur numérique sur le continent.

Muriel EDJO

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Porté par l’essor d’Internet mobile et des usages numériques, le gaming connaît une croissance rapide en Afrique. Dans ce contexte, le Sénégal entend capter une part de ce marché en structurant son écosystème et en soutenant des initiatives comme Efest Africa.

L’Association Sénégalaise des Gamers et le ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique ont signé, le vendredi 13 février à Dakar, une convention de partenariat pour l’organisation d’Efest Africa. Cet accord encadre la préparation de cet événement international dédié au gaming, à l’esport, à l’innovation technologique et à la transformation numérique au Sénégal.

Présent lors de la signature, Alioune Sall a indiqué que ce cadre de coopération vise à renforcer le positionnement du pays comme hub technologique émergent sur le continent. L’accord prévoit la conception, la promotion et l’organisation de l’événement, avec pour objectifs de valoriser les initiatives publiques et privées, de promouvoir les start‑up locales, d’attirer des investisseurs internationaux et de stimuler l’employabilité des jeunes dans les secteurs du numérique et du gaming.

L’initiative s’inscrit dans la vision gouvernementale visant à faire de Dakar un pôle africain de l’innovation à travers le New Deal Technologique. L’événement doit également favoriser la mise en réseau entre entrepreneurs, mentors, institutions et partenaires. Dans le cadre de la convention, SENGAMES assurera la coordination générale du projet, la mobilisation de partenaires et la stratégie de communication, tandis que le ministère garantira le portage institutionnel, l’accompagnement technique et la participation aux instances de gouvernance.

La signature intervient alors que le gaming s’impose progressivement comme un segment émergent de l’économie numérique sénégalaise. Selon une étude publiée en 2025 par SENGAMES, le marché national des jeux vidéo est estimé à environ 49 milliards FCFA (88,5 millions USD), en incluant les dépenses en jeux, microtransactions et connectivité. Le pays compterait par ailleurs environ 1,7 million de joueurs réguliers, soit près d’un habitant sur dix. Dans ce contexte, des initiatives comme Efest Africa visent à structurer davantage l’écosystème national, à promouvoir la création de contenus locaux et à attirer des investissements dans un secteur encore émergent mais en forte progression.

À l’échelle continentale, le développement du gaming et de l’esport s’appuie sur la croissance d’une population jeune et connectée, ainsi que sur l’amélioration de l’accès à Internet mobile. Selon l’éditeur de jeux Carry1st et le cabinet d’études Newzoo, les principaux marchés africains restent dominés par l’Égypte, le Nigeria et l’Afrique du Sud, qui concentrent plus de la moitié de la valeur du marché, portés notamment par l’adoption rapide des smartphones et l’amélioration de la connectivité.

Samira Njoya

Edité par Sèna D. B. de Sodji

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Les nouveaux médias (réseaux sociaux, blogs, plateformes vidéo) constituent désormais, en Afrique comme ailleurs, les espaces privilégiés d’information des jeunes. Face à la propagation de la désinformation, des discours de haine et de multiples dérives sur ces canaux longtemps délaissés, la régulation est devenue une urgente nécessité.

Réuni en Conseil des ministres le mercredi 7 janvier 2026, le gouvernement du Sénégal a adopté le projet de loi portant création du Conseil national de régulation des médias (CNRM). Cette nouvelle institution qui doit succéder au Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) mis en place en 2006, marque une profonde refonte du cadre légal pour mieux répondre aux mutations numériques et aux nouveaux usages de l’information.

Selon le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall, cette réforme du régulateur vise à « adapter la régulation aux mutations technologiques, protéger les droits, renforcer la responsabilité des acteurs et consolider la démocratie ». Le texte juridique s’inscrira « dans les bonnes pratiques internationales en matière de régulation des médias et de communication numérique, en tenant compte des recommandations des instances régionales et internationales ».

En deux décennies, le paysage médiatique africain, notamment sénégalais s’est en effet métamorphosé sous l’effet de la numérisation, de la montée en puissance des plateformes sociales et de la multiplication des créateurs de contenus indépendants. Désormais, la régulation veut s’étendre à un espace public hybride, où la frontière entre médias traditionnels et numériques s’estompe. Le CNRM aura pour mission de superviser les plateformes numériques et les créateurs de contenu diffusant de l’information au public.

Cette approche s’inscrit dans une dynamique mondiale où les États cherchent à concilier protection des libertés et responsabilité numérique, face aux défis que posent les fake news et la manipulation de l’opinion sur Internet. « Lorsqu’ils participent à l’espace public de l’information, ils doivent être soumis à des principes de responsabilité, au même titre que les médias traditionnels », explique Habibou Dia, directeur de la communication au ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique. Cette orientation vise à établir un cadre équitable, à promouvoir une éthique commune et à lutter contre la désinformation, tout en préservant la liberté d’expression.

L’adoption du projet de loi en Conseil des ministres n’est qu’un premier jalon. Le texte sera prochainement soumis à l’Assemblée nationale pour examen et adoption définitive. Sa mise en œuvre concrète marquera l’entrée du Sénégal dans une nouvelle ère de la régulation médiatique : celle d’un modèle intégré, inclusif et adapté à l’économie numérique.

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Moderniser l'enseignement supérieur et booster la recherche est l’un des objectifs que s’est fixés la Guinée pour se doter d’une jeunesse compétente et entreprenante. Le gouvernement voit dans le recours au numérique un atout pour l’atteinte de ses objectifs.

Sous la présidence de la ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique, Rose Pola Pricemou (photo), la Guinée a officiellement lancé fin décembre 2025 « Univ Connect ». Ce projet d’interconnexion par fibre optique des institutions d’enseignement supérieur (IES), piloté par l’Agence nationale du service universel des télécommunications et du numérique (ANSUTEN), vise à doter les campus du pays d’une infrastructure Internet plus rapide, plus stable et mieux sécurisée.

« Cette initiative constitue une étape déterminante dans l’accompagnement de l’évolution numérique du secteur éducatif en Guinée, et permettra à nos établissements d’offrir des services académiques à la hauteur des standards internationaux », a déclaré l’ANSUTEN.

Sur le plan opérationnel, 13 sites sont déjà raccordés à la fibre nationale, selon les informations communiquées lors du lancement. 9 sont déjà totalement fonctionnels, et 4 sont en cours de mise en service. Quatre sites supplémentaires sont par ailleurs annoncés en phase de déploiement. À terme, le programme prévoit la connectivité et l’interconnexion de 17 institutions d’enseignement supérieur, afin de constituer un réseau universitaire haut débit et sécurisé à l’échelle du pays.

Selon l’ANSUTEN, ce projet s'inscrit dans la dynamique de la transformation numérique impulsée par le gouvernement dans le cadre du programme socio-économique durable Simandou 2040. Il vise à renforcer l'accès à une infrastructure numérique moderne et fiable pour les universités et établissements d’enseignement supérieur privés à travers la Guinée.

Au-delà de l’accès Internet, l’enjeu est de créer un véritable « réseau académique » permettant aux établissements de partager des ressources et de moderniser leurs services. Univ Connect doit faciliter l’accès aux bibliothèques numériques, aux plateformes d’apprentissage en ligne et aux outils de recherche, tout en améliorant la qualité des échanges entre près de 80 000 enseignants, chercheurs et étudiants.

L’interconnexion ouvre la voie à des usages plus intensifs : visioconférence, cours hybrides, collaboration interuniversitaire, accès aux bases de données scientifiques et hébergement d’applications pédagogiques. À moyen terme, ce socle pourrait soutenir des plateformes nationales de recherche et d’innovation.

Reste un défi de pérennité. L’impact à long terme de ce réseau universitaire dépendra de l’entretien des équipements, de la robustesse des réseaux internes sur les campus, de la disponibilité énergétique et de la mise en place de standards de cybersécurité. Autrement dit, la fibre n’est qu’un socle : pour atteindre les standards internationaux visés, il faudra aussi une gouvernance durable.

Muriel EDJO

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Selon GSMA, le Sénégal affiche une couverture 4G quasi généralisée, atteignant 97 % de la population, et une 5G couvrant environ 39 %, principalement dans les grandes agglomérations. Les zones rurales demeurent mal couvertes.

Le Sénégal accélère sa marche vers la connectivité universelle. Lors de son message à la nation le mercredi 31 décembre 2025, le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye a annoncé un programme de déploiement d’antennes satellitaires au cours de l’année 2026. Cet investissement contribuera à l’accès gratuit à Internet pour près d’un million de personnes, a-t-il déclaré. La mesure devrait profiter en priorité aux zones rurales et aux quartiers périphériques faiblement couverts par les réseaux télécoms.

Dans son étude « Stimuler la transformation numérique de l’économie au Sénégal. Opportunité, recommandations politiques et rôle du mobile », dévoilée le 5 décembre 2025, l’Association mondiale des opérateurs mobiles (GSMA) indique que le Sénégal affiche une couverture 4G quasi généralisée, atteignant 97 % de la population, et une 5G couvrant environ 39 %, principalement dans les grandes agglomérations. Sur une population d’environ 18 millions d’habitants, environ 9,9 millions de personnes utilisent des services mobiles, soit près de 52 % de la population totale. Seuls 8,16 millions de Sénégalais utilisent l’internet mobile haut débit, soit près de 42 % de la population.

Le choix d’antennes satellite répond à une contrainte simple : raccorder tout le territoire par fibre optique prend du temps et coûte cher. Les solutions récentes, portées par des constellations en orbite basse, promettent une mise en service plus rapide, y compris dans les zones difficiles d’accès. Pour l’instant, aucune précision n’a été apportée sur le modèle d’usage de ces antennes. Mais l’impact réel du service internet qu’elles promettent laisse entrevoir plusieurs possibilités.

Plusieurs gains en perspective

Dans l’éducation, l’enjeu est majeur. Un accès régulier peut donner aux enseignants des ressources actualisées, faciliter les cours à distance et offrir aux élèves des bibliothèques numériques et des exercices interactifs. Pour les étudiants éloignés des campus, la connexion devient un facteur de réussite autant qu’un gain financier, en réduisant la dépendance aux cybercafés et aux forfaits.

Côté santé, la télémédecine pourrait gagner du terrain : télé-expertise entre postes de santé et hôpitaux, transmission plus rapide de dossiers, suivi de patients chroniques et formation continue du personnel. Dans les zones enclavées, l’internet devient aussi un outil d’alerte et de coordination, utile en cas d’épidémie ou d’urgence.

L’enjeu est aussi économique. Pour les micro-entrepreneurs, l’accès gratuit ouvre la porte au commerce en ligne, aux paiements numériques, au marketing via les réseaux sociaux et à l’information sur les prix agricoles ou les opportunités de marché. Les administrations y voient un accélérateur de la dématérialisation : état civil, démarches sociales, informations fiscales, alertes et communication de proximité.

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