Dans une perspective de contrôle renforcé de l’espace numérique, le Gabon franchit une étape décisive avec un texte qui instaure une régulation stricte des réseaux sociaux et des plateformes digitales, bouleversant les usages en ligne et posant de nouveaux défis en matière de libertés, de responsabilité et de protection des publics.

Le Gabon durcit son cadre juridique du numérique avec l’adoption de l’ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 février 2026, publiée le mercredi 8 avril. Le texte, composé de 55 articles répartis en 11 chapitres, redéfinit en profondeur les règles d’usage des réseaux sociaux et des plateformes numériques dans le pays.

Fin de l’anonymat et traçabilité renforcée des utilisateurs 

Parmi les principales mesures, l’ordonnance met fin à l’anonymat en ligne. Toute personne souhaitant accéder à une plateforme numérique doit désormais fournir son nom, son domicile et son Numéro d’identification personnel (NIP). Les fournisseurs de services numériques sont également tenus de vérifier l’identité des utilisateurs résidant sur le territoire gabonais, instaurant ainsi un dispositif de traçabilité renforcée des activités en ligne.

Le texte introduit également un durcissement de la responsabilité des utilisateurs. Ces derniers deviennent pleinement responsables des contenus qu’ils publient, tandis qu’une responsabilité dite « solidaire » est instaurée pour les actions de diffusion ou de partage massif de contenus jugés illicites. Les administrateurs de groupes sur les réseaux sociaux sont, eux aussi, directement concernés, avec une obligation de modération et de signalement des dérives au sein de leurs communautés.

Encadrement de l’intelligence artificielle et protection des publics sensibles 

L’encadrement de l’intelligence artificielle constitue un autre volet central de la réforme. L’ordonnance impose la transparence sur les contenus générés par des systèmes automatisés et interdit les deepfakes lorsqu’ils portent atteinte à la dignité des personnes ou sont utilisés à des fins de manipulation. L’usurpation d’identité via des outils d’IA est également considérée comme une circonstance aggravante.

Sur le plan de la protection des mineurs, la majorité numérique est fixée à 16 ans. En dessous de cet âge, l’accès aux réseaux sociaux est conditionné par une autorisation parentale. Les plateformes sont tenues de mettre en place des mécanismes de vérification d’âge et de filtrage des contenus sensibles, notamment les contenus violents ou à caractère pornographique.

Le dispositif introduit par ailleurs une procédure de régulation accélérée, permettant à une autorité judiciaire d’ordonner en urgence le retrait de contenus ou la suspension de comptes dans un délai de 24 heures, ainsi qu’un droit de réponse obligatoire sous 48 heures en cas de mise en cause.

Enfin, le volet répressif est particulièrement renforcé. Les sanctions prévues incluent des amendes pouvant atteindre 50 millions FCFA (≈ 89 415 $) pour les opérateurs défaillants, ainsi que des peines de prison pour les infractions les plus graves liées à la cybersécurité ou à la diffusion de contenus illicites. Les acteurs du numérique disposent toutefois d’une période transitoire de 12 mois pour se conformer à ces nouvelles exigences.

Une réforme dans un contexte de régulation renforcée 

Cette nouvelle architecture juridique s’inscrit dans un contexte plus large de réformes engagées ces derniers mois dans le pays en matière de gouvernance numérique et de régulation de l’espace public numérique. Depuis près de deux mois, l’accès aux réseaux sociaux est suspendu, une situation liée à des mesures restrictives prises par la Haute Autorité de la Communication.

Dans ce climat de resserrement du contrôle numérique, l’ordonnance apparaît comme une tentative de formalisation et de structuration du cadre légal. Mais elle soulève plusieurs défis majeurs. Sa mise en œuvre suppose d’importants moyens techniques pour les plateformes et les opérateurs, notamment en matière de vérification d’identité et de modération automatisée. La question de la protection des données personnelles et du respect de la vie privée se pose également, dans un contexte où la centralisation des identités numériques devient obligatoire.

Autre enjeu, la capacité réelle des acteurs du numérique à se conformer dans les délais impartis, alors que plusieurs plateformes internationales fonctionnent selon des standards globaux parfois difficiles à adapter à des exigences nationales spécifiques.

Samira Njoya

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Liberté sur Internet : où se situe l’Afrique en 2026

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Au cours des deux dernières années, l’Afrique s’est illustrée comme le principal contributeur à la bonne performance financière du groupe Orange. Le continent, qui regorge encore d’un potentiel inexploité, est aujourd’hui placé au cœur de la stratégie quinquennale de croissance du groupe de télécommunications.

Alors que ses marchés historiques européens arrivent à maturité, Orange déplace son centre de gravité vers la région Afrique et Moyen-Orient. Le groupe français de télécommunications y annonce plus de 5 milliards d’euros d’investissements entre 2026 et 2028, le doublement de sa base fibre et la construction de plus de 15 000 nouveaux sites télécoms en zones rurales, dans le cadre de son nouveau plan stratégique, baptisé « Trust the Future ».

Présenté à la presse internationale le mercredi 8 avril 2026 à Casablanca, au Maroc, ce plan, qui fait de la confiance son axe principal, s’articule autour de trois ambitions destinées à tirer parti de la solidité de sa base de clients : la proximité client, la croissance par l’innovation et l’excellence à grande échelle. Pour Christel Heydemann (photo), directrice générale du groupe, il s’agit de rassurer les consommateurs sur la disponibilité, la qualité, l’utilité et la fiabilité des services offerts par Orange dans la région, notamment en matière de connectivité à haut débit, socle de la transformation numérique.

« Dans un monde où la complexité numérique et les risques augmentent, les attentes en matière de qualité de service, de sécurité et de simplicité évoluent rapidement, tandis que l’IA transforme chaque secteur. Dans ce contexte, la confiance devient un critère décisif de choix. Trust the Future concrétise l’avantage d’Orange en matière de confiance grâce à des réseaux fiables, une cybersécurité intégrée, des pratiques responsables en matière de données et d’IA, ainsi que des expériences utilisateur fluides. La confiance est la fondation sur laquelle le Groupe construira son avenir », apprend-on.

La connectivité comme socle 

Les grandes ambitions de croissance d’Orange en Afrique s’appuient sur les dynamiques de transformation profonde dont le continent est aujourd’hui l’un des principaux foyers. Le mobile y constitue déjà un levier essentiel de développement économique et social. L’écosystème mobile représente ainsi 7,7 % du produit intérieur brut (PIB), soit 220 milliards de dollars en 2024, et pourrait atteindre 270 milliards USD d’ici à 2030 selon la GSM Association (GSMA).

Cette dynamique repose sur plusieurs tendances de fond : une population jeune et en forte expansion, une progression rapide des usages numériques, une adoption croissante des services fondés sur la data ainsi que des réseaux 4G et 5G, un essor continu des services financiers mobiles et une demande accrue de solutions utiles, accessibles et ancrées dans les usages locaux.

Dans le cadre de cette nouvelle relation de confiance fondée sur la proximité client, la croissance par l’innovation et l’excellence à grande échelle, Orange vise plus de 40 millions de nouveaux utilisateurs 4G et 5G d’ici 2028. En 2025, l’opérateur revendiquait 179 millions de clients sur ses 17 marchés africains ainsi qu’en Jordanie, soit une hausse de 14 millions d’abonnés en un an. Il comptait également plus de 90 millions de clients 4G, tandis que la 5G était disponible sur 7 marchés : l’Égypte, le Maroc, la Tunisie, la Jordanie, le Sénégal, le Botswana et Madagascar. Le parc fibre et haut débit fixe totalisait, lui, 4,8 millions de clients.

Consolider le rôle de l’Afrique

La montée en puissance du groupe en Afrique ne concerne pas seulement les réseaux. Orange entend aussi faire du continent un terrain de croissance pour ses services à plus forte valeur ajoutée : finance mobile, super-app, cloud, cybersécurité, intelligence artificielle et services aux entreprises. Dans sa présentation, le groupe affiche une ambition de croissance à deux chiffres dans le B2B, avec un accent particulier sur les services informatiques, tandis que l’IA et les modèles de langage doivent irriguer à la fois les réseaux et les offres commerciales.

L’idée est claire : ne plus seulement connecter, mais capter une part croissante de la valeur numérique produite sur le continent, dont l’importance stratégique apparaît déjà dans les résultats financiers du groupe. En 2025, la zone Afrique et Moyen-Orient a été le principal contributeur à la progression d’Orange, avec 8,4 milliards d’euros de revenus, en hausse de 12,2 %. L’EBITDAaL (résultat opérationnel courant avant prise en compte des dotations aux amortissements ou dépréciations des immobilisations corporelles et incorporelles, et de l’impact des charges liées aux rémunérations sous forme de stock-options/actions) a également progressé de 13,9 %.

Cependant, les ambitions africaines d’Orange ne sont pas à l’abri de vents contraires. Le dernier bulletin semestriel du Groupe de la Banque mondiale sur la situation économique en Afrique subsaharienne, publié le 8 avril 2026, prévoit que la croissance se maintiendra à 4,1 % en 2026 (soit le même rythme qu’en 2025), tout en constatant une intensification des risques de dégradation.

Le renchérissement des combustibles, des denrées alimentaires et des engrais, conjugué au durcissement des conditions financières, risque fortement de tirer l’inflation à la hausse, de perturber l’activité économique et de toucher plus durement les ménages les plus vulnérables, qui consacrent une part plus importante de leurs revenus à l’alimentation et à l’énergie.

Muriel EDJO

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Super app Max it : « En 2028, nous souhaitons gagner 50 millions d’utilisateurs actifs mensuels supplémentaires » Yvan Delègue (Orange)

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À Casablanca, Orange a dévoilé les ambitions de sa super application Max it, destinée à devenir l’un des principaux moteurs de croissance du groupe en Afrique et au Moyen-Orient. Avec déjà 23 millions d’utilisateurs actifs par mois, la plateforme veut changer de dimension d’ici 2028.

Orange accélère sa transformation dans le cadre de sa nouvelle stratégie de croissance 2026-2030, baptisée « Trust the Future », présentée à la presse internationale le 8 avril 2026 à Casablanca, au Maroc. Longtemps perçu comme un opérateur télécoms classique, le groupe français mise désormais sur les services numériques pour ouvrir un nouveau cycle de croissance, avec l’Afrique et le Moyen-Orient comme priorités.

Au cœur de cette ambition : Max it, sa super application développée depuis Casablanca, présentée comme l’un des leviers pour générer de nouveaux revenus et supplanter ceux issus des télécommunications traditionnelles.  Pour l’étape 2028 de notre plan stratégique, nous souhaitons gagner 50 millions d’utilisateurs mensuels actifs supplémentaires sur Max it. Max it accompagnera également Orange Money dans son objectif d’enregistrer 20 millions de clients mensuels actifs supplémentaires dans la zone, ainsi qu’un million de nouveaux consommateurs pour Orange Energies », affirme Yvan Delègue (photo), directeur du programme Max it.

Un objectif à la hauteur des ambitions du groupe, qui entend faire de Max it une porte d’entrée unique vers une gamme de services du quotidien : gestion de ligne mobile, paiements, contenus numériques, achats de services et accès à une marketplace intégrée.

Une riche gamme de services et partenaires

Déployée dans 16 pays, la super application revendique déjà 23 millions d’utilisateurs actifs par mois. Parmi eux, 8 millions ont recours aux services financiers intégrés via Orange Money, tandis que la solution de mobile money du groupe totalise 47 millions d’utilisateurs actifs dans la région. Max it appuie également l’offre Orange Energies, disponible dans 13 pays et permet déjà à près de 1 million de clients d’acheter et de recharger leur électricité depuis l’application.

Pour Orange, l’intérêt de cette super application repose sur une logique simple : intégrer plusieurs usages dans un même environnement numérique. L’utilisateur n’a plus besoin de multiplier les applications ou les interfaces. Il peut consulter son compte, effectuer un paiement, accéder à du divertissement (vidéo à la demande, compétitions sportives en direct, gaming, séries TV, etc.) ou acheter un service sans sortir de l’écosystème Orange. Cette convergence permet au groupe de fluidifier l’expérience client et de renforcer la fidélisation.

Yvan Delègue insiste sur la capacité de Max it à soutenir une stratégie de « bundles », c’est-à-dire d’offres combinant connectivité et contenus. Orange peut, par exemple, associer un forfait data à un service de streaming sportif pour encourager l’usage, tout en limitant la crainte de surconsommation de data chez l’abonné.

Ce repositionnement intervient alors que la région Afrique-Moyen-Orient devient le principal moteur de performance du groupe. En 2025, Orange y a réalisé 8,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en progression de 12,2 %, faisant de cette zone le premier contributeur à la croissance globale de l’entreprise. Le pari d’Orange s’appuie aussi sur des fondamentaux démographiques et économiques favorables : l’Afrique, dont la population pourrait atteindre 2,5 milliards d’habitants en 2050, concentre un fort potentiel de développement des usages numériques.

L’IA pour plus d’inclusion

Au-delà de la seule performance commerciale, Orange veut faire de Max it une plateforme ouverte, capable d’accueillir aussi bien des partenaires internationaux que des commerçants locaux. L’enjeu est double : enrichir l’offre de services pour les utilisateurs et offrir de la visibilité à des acteurs économiques cherchant à capter une clientèle déjà massifiée. Dans cette optique, Max it tend à se positionner comme un véritable agrégateur de services numériques, susceptible de structurer des écosystèmes locaux autour du paiement, de la consommation de contenus et des services essentiels.

Pour tenir son cap d’ici 2028, Orange compte sur deux leviers majeurs : l’élargissement de son réseau de partenaires et l’intégration plus poussée de l’intelligence artificielle. Le groupe veut utiliser l’IA pour personnaliser les services, en proposant à chaque utilisateur l’offre la plus pertinente au moment opportun. Il évoque également des interfaces vocales adaptées aux langues locales, afin de réduire certaines barrières à l’adoption numérique dans plusieurs marchés africains.

Avec Max it, Orange ne vend donc plus seulement de la connectivité. Le groupe cherche à se placer à l’intersection des télécoms, de la finance numérique, de l’énergie et des services marchands. En clair, devenir un acteur technologique intégré capable de capter une part plus large de la valeur numérique sur le continent.

Muriel EDJO

Lire aussi: Afrique : Orange Digital Center, un atout au c HYPERLINK "https://www.wearetech.africa/fr/fils/actualites/afrique-orange-digital-center-un-atout-au-c-ur-de-la-strategie-de-confiance-d-orange"œur HYPERLINK "https://www.wearetech.africa/fr/fils/actualites/afrique-orange-digital-center-un-atout-au-c-ur-de-la-strategie-de-confiance-d-orange" de la stratégie de confiance d’Orange

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Porté par l’essor d’Internet mobile et des usages numériques, le gaming connaît une croissance rapide en Afrique. Dans ce contexte, le Sénégal entend capter une part de ce marché en structurant son écosystème et en soutenant des initiatives comme Efest Africa.

L’Association Sénégalaise des Gamers et le ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique ont signé, le vendredi 13 février à Dakar, une convention de partenariat pour l’organisation d’Efest Africa. Cet accord encadre la préparation de cet événement international dédié au gaming, à l’esport, à l’innovation technologique et à la transformation numérique au Sénégal.

Présent lors de la signature, Alioune Sall a indiqué que ce cadre de coopération vise à renforcer le positionnement du pays comme hub technologique émergent sur le continent. L’accord prévoit la conception, la promotion et l’organisation de l’événement, avec pour objectifs de valoriser les initiatives publiques et privées, de promouvoir les start‑up locales, d’attirer des investisseurs internationaux et de stimuler l’employabilité des jeunes dans les secteurs du numérique et du gaming.

L’initiative s’inscrit dans la vision gouvernementale visant à faire de Dakar un pôle africain de l’innovation à travers le New Deal Technologique. L’événement doit également favoriser la mise en réseau entre entrepreneurs, mentors, institutions et partenaires. Dans le cadre de la convention, SENGAMES assurera la coordination générale du projet, la mobilisation de partenaires et la stratégie de communication, tandis que le ministère garantira le portage institutionnel, l’accompagnement technique et la participation aux instances de gouvernance.

La signature intervient alors que le gaming s’impose progressivement comme un segment émergent de l’économie numérique sénégalaise. Selon une étude publiée en 2025 par SENGAMES, le marché national des jeux vidéo est estimé à environ 49 milliards FCFA (88,5 millions USD), en incluant les dépenses en jeux, microtransactions et connectivité. Le pays compterait par ailleurs environ 1,7 million de joueurs réguliers, soit près d’un habitant sur dix. Dans ce contexte, des initiatives comme Efest Africa visent à structurer davantage l’écosystème national, à promouvoir la création de contenus locaux et à attirer des investissements dans un secteur encore émergent mais en forte progression.

À l’échelle continentale, le développement du gaming et de l’esport s’appuie sur la croissance d’une population jeune et connectée, ainsi que sur l’amélioration de l’accès à Internet mobile. Selon l’éditeur de jeux Carry1st et le cabinet d’études Newzoo, les principaux marchés africains restent dominés par l’Égypte, le Nigeria et l’Afrique du Sud, qui concentrent plus de la moitié de la valeur du marché, portés notamment par l’adoption rapide des smartphones et l’amélioration de la connectivité.

Samira Njoya

Edité par Sèna D. B. de Sodji

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Les nouveaux médias (réseaux sociaux, blogs, plateformes vidéo) constituent désormais, en Afrique comme ailleurs, les espaces privilégiés d’information des jeunes. Face à la propagation de la désinformation, des discours de haine et de multiples dérives sur ces canaux longtemps délaissés, la régulation est devenue une urgente nécessité.

Réuni en Conseil des ministres le mercredi 7 janvier 2026, le gouvernement du Sénégal a adopté le projet de loi portant création du Conseil national de régulation des médias (CNRM). Cette nouvelle institution qui doit succéder au Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) mis en place en 2006, marque une profonde refonte du cadre légal pour mieux répondre aux mutations numériques et aux nouveaux usages de l’information.

Selon le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall, cette réforme du régulateur vise à « adapter la régulation aux mutations technologiques, protéger les droits, renforcer la responsabilité des acteurs et consolider la démocratie ». Le texte juridique s’inscrira « dans les bonnes pratiques internationales en matière de régulation des médias et de communication numérique, en tenant compte des recommandations des instances régionales et internationales ».

En deux décennies, le paysage médiatique africain, notamment sénégalais s’est en effet métamorphosé sous l’effet de la numérisation, de la montée en puissance des plateformes sociales et de la multiplication des créateurs de contenus indépendants. Désormais, la régulation veut s’étendre à un espace public hybride, où la frontière entre médias traditionnels et numériques s’estompe. Le CNRM aura pour mission de superviser les plateformes numériques et les créateurs de contenu diffusant de l’information au public.

Cette approche s’inscrit dans une dynamique mondiale où les États cherchent à concilier protection des libertés et responsabilité numérique, face aux défis que posent les fake news et la manipulation de l’opinion sur Internet. « Lorsqu’ils participent à l’espace public de l’information, ils doivent être soumis à des principes de responsabilité, au même titre que les médias traditionnels », explique Habibou Dia, directeur de la communication au ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique. Cette orientation vise à établir un cadre équitable, à promouvoir une éthique commune et à lutter contre la désinformation, tout en préservant la liberté d’expression.

L’adoption du projet de loi en Conseil des ministres n’est qu’un premier jalon. Le texte sera prochainement soumis à l’Assemblée nationale pour examen et adoption définitive. Sa mise en œuvre concrète marquera l’entrée du Sénégal dans une nouvelle ère de la régulation médiatique : celle d’un modèle intégré, inclusif et adapté à l’économie numérique.

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Moderniser l'enseignement supérieur et booster la recherche est l’un des objectifs que s’est fixés la Guinée pour se doter d’une jeunesse compétente et entreprenante. Le gouvernement voit dans le recours au numérique un atout pour l’atteinte de ses objectifs.

Sous la présidence de la ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique, Rose Pola Pricemou (photo), la Guinée a officiellement lancé fin décembre 2025 « Univ Connect ». Ce projet d’interconnexion par fibre optique des institutions d’enseignement supérieur (IES), piloté par l’Agence nationale du service universel des télécommunications et du numérique (ANSUTEN), vise à doter les campus du pays d’une infrastructure Internet plus rapide, plus stable et mieux sécurisée.

« Cette initiative constitue une étape déterminante dans l’accompagnement de l’évolution numérique du secteur éducatif en Guinée, et permettra à nos établissements d’offrir des services académiques à la hauteur des standards internationaux », a déclaré l’ANSUTEN.

Sur le plan opérationnel, 13 sites sont déjà raccordés à la fibre nationale, selon les informations communiquées lors du lancement. 9 sont déjà totalement fonctionnels, et 4 sont en cours de mise en service. Quatre sites supplémentaires sont par ailleurs annoncés en phase de déploiement. À terme, le programme prévoit la connectivité et l’interconnexion de 17 institutions d’enseignement supérieur, afin de constituer un réseau universitaire haut débit et sécurisé à l’échelle du pays.

Selon l’ANSUTEN, ce projet s'inscrit dans la dynamique de la transformation numérique impulsée par le gouvernement dans le cadre du programme socio-économique durable Simandou 2040. Il vise à renforcer l'accès à une infrastructure numérique moderne et fiable pour les universités et établissements d’enseignement supérieur privés à travers la Guinée.

Au-delà de l’accès Internet, l’enjeu est de créer un véritable « réseau académique » permettant aux établissements de partager des ressources et de moderniser leurs services. Univ Connect doit faciliter l’accès aux bibliothèques numériques, aux plateformes d’apprentissage en ligne et aux outils de recherche, tout en améliorant la qualité des échanges entre près de 80 000 enseignants, chercheurs et étudiants.

L’interconnexion ouvre la voie à des usages plus intensifs : visioconférence, cours hybrides, collaboration interuniversitaire, accès aux bases de données scientifiques et hébergement d’applications pédagogiques. À moyen terme, ce socle pourrait soutenir des plateformes nationales de recherche et d’innovation.

Reste un défi de pérennité. L’impact à long terme de ce réseau universitaire dépendra de l’entretien des équipements, de la robustesse des réseaux internes sur les campus, de la disponibilité énergétique et de la mise en place de standards de cybersécurité. Autrement dit, la fibre n’est qu’un socle : pour atteindre les standards internationaux visés, il faudra aussi une gouvernance durable.

Muriel EDJO

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Selon GSMA, le Sénégal affiche une couverture 4G quasi généralisée, atteignant 97 % de la population, et une 5G couvrant environ 39 %, principalement dans les grandes agglomérations. Les zones rurales demeurent mal couvertes.

Le Sénégal accélère sa marche vers la connectivité universelle. Lors de son message à la nation le mercredi 31 décembre 2025, le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye a annoncé un programme de déploiement d’antennes satellitaires au cours de l’année 2026. Cet investissement contribuera à l’accès gratuit à Internet pour près d’un million de personnes, a-t-il déclaré. La mesure devrait profiter en priorité aux zones rurales et aux quartiers périphériques faiblement couverts par les réseaux télécoms.

Dans son étude « Stimuler la transformation numérique de l’économie au Sénégal. Opportunité, recommandations politiques et rôle du mobile », dévoilée le 5 décembre 2025, l’Association mondiale des opérateurs mobiles (GSMA) indique que le Sénégal affiche une couverture 4G quasi généralisée, atteignant 97 % de la population, et une 5G couvrant environ 39 %, principalement dans les grandes agglomérations. Sur une population d’environ 18 millions d’habitants, environ 9,9 millions de personnes utilisent des services mobiles, soit près de 52 % de la population totale. Seuls 8,16 millions de Sénégalais utilisent l’internet mobile haut débit, soit près de 42 % de la population.

Le choix d’antennes satellite répond à une contrainte simple : raccorder tout le territoire par fibre optique prend du temps et coûte cher. Les solutions récentes, portées par des constellations en orbite basse, promettent une mise en service plus rapide, y compris dans les zones difficiles d’accès. Pour l’instant, aucune précision n’a été apportée sur le modèle d’usage de ces antennes. Mais l’impact réel du service internet qu’elles promettent laisse entrevoir plusieurs possibilités.

Plusieurs gains en perspective

Dans l’éducation, l’enjeu est majeur. Un accès régulier peut donner aux enseignants des ressources actualisées, faciliter les cours à distance et offrir aux élèves des bibliothèques numériques et des exercices interactifs. Pour les étudiants éloignés des campus, la connexion devient un facteur de réussite autant qu’un gain financier, en réduisant la dépendance aux cybercafés et aux forfaits.

Côté santé, la télémédecine pourrait gagner du terrain : télé-expertise entre postes de santé et hôpitaux, transmission plus rapide de dossiers, suivi de patients chroniques et formation continue du personnel. Dans les zones enclavées, l’internet devient aussi un outil d’alerte et de coordination, utile en cas d’épidémie ou d’urgence.

L’enjeu est aussi économique. Pour les micro-entrepreneurs, l’accès gratuit ouvre la porte au commerce en ligne, aux paiements numériques, au marketing via les réseaux sociaux et à l’information sur les prix agricoles ou les opportunités de marché. Les administrations y voient un accélérateur de la dématérialisation : état civil, démarches sociales, informations fiscales, alertes et communication de proximité.

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A la veille de la grande finale de l’Orange EA SPORTS FC™ 26 qui s’est déroulée à Casablanca à l’espace Sacré-Cœur les 19 et 20 décembre, la directrice Communication commerciale, Marque et Sponsoring d’Orange Afrique et Moyen-Orient (OMEA), est revenue sur l’évolution du tournoi, les ambitions d’Orange et son impact dans l’écosystème esportif africain, avec sa vision résolument inclusive et responsable.

Avant, c’était le tournoi Orange eSport Experience. Aujourd’hui, on parle d’Orange EA SPORTS FC™ 26. Qu'est-ce qui a changé à part le nom, et pourquoi ?

Effectivement, le tournoi Orange eSport Experience a existé pendant sept ans, avec plusieurs éditions. Aujourd’hui, nous avions besoin d’apporter davantage de valeur à ce tournoi. C’est ainsi que nous avons saisi l’opportunité d’un partenariat avec EA Sports, un acteur essentiel du gaming. Ce partenariat nous permet d’augmenter la crédibilité et la visibilité de notre compétition, mais aussi d’offrir à nos gamers le tout nouveau jeu EA Sports FC 26, sur lequel ils vont compétir.

La nouvelle formule réunit 15 pays d'Afrique (sur les 17 filiales Orange), auxquels s'ajoute La Réunion, qui s'allie à Orange Afrique et Moyen-Orient (OMEA) pour cette édition. C’est une innovation. L'objectif est de montrer que l'Afrique ainsi que ses jeunes talents ont toute leur place sur la scène mondiale du eSport. Ce partenariat avec un leader du gaming va nous y aider.

Au niveau de la stratégie d'Orange pour le développement de l’eSport en Afrique et au Moyen-Orient, comment cette édition s'inscrit-elle dans cette stratégie ?

C'est une continuité. L'ambition d'Orange dans l’eSport depuis 2016 est d'abord cohérente avec notre activité de fourniture d'accès Internet, le haut débit étant fondamental pour les jeux en ligne et la diffusion des tournois. Le second objectif est l'inclusion. Pendant longtemps, nos champions locaux avaient des difficultés à accéder aux tournois internationaux. L'un de nos objectifs initiaux était de promouvoir l’eSport, de structurer les écosystèmes locaux et de le rendre accessible à tous.

Grâce aux tournois Orange eSport Experience organisés dans de nombreux pays depuis 2018, nous avons permis aux joueurs de se confronter entre eux et de gagner en visibilité. Cela a participé à l'émergence ou au renforcement d'écosystèmes existants qui aboutissent aujourd'hui à la création de fédérations dans plusieurs pays. Nous restons en droite ligne de cette ambition initiale : promouvoir l'eSport, faire émerger les talents locaux, leur offrir des expériences qualitatives et les confronter à l'international.

« Nous restons en droite ligne de cette ambition initiale : promouvoir l'eSport, faire émerger les talents locaux, leur offrir des expériences qualitatives et les confronter à l'international. »

L'aspect inclusion est également central dans notre vision responsable et éthique. Nous voulons rendre l'eSport accessible à tous les jeunes et plus inclusif en termes de genre. D'ailleurs, lors de notre finale à Casablanca, nous accueillerons des eSportives, notamment du Cameroun et du Maroc.

Quel est aujourd’hui le bilan chiffré de cet engagement d'Orange dans l'eSport depuis son lancement ?

Nous avons organisé cinq éditions panafricaines depuis 2018, permettant à nos sportifs de se rencontrer et d'évoluer. Le bilan est positif à plusieurs niveaux. Nous avons contribué à la structuration d'écosystèmes embryonnaires dans nos pays, en travaillant avec des associations locales. Aujourd'hui, on observe la création de fédérations dans plusieurs pays comme le Cameroun ou le Sénégal et d’autres. Orange a fortement participé à cette émergence et à cette professionnalisation.

En termes de chiffres, le gaming est la première industrie mondiale du divertissement devant le cinéma et la musique. Sur l’Afrique, bien que nous n’ayons pas beaucoup d’études, nous notons que le eSport est en plein développement en Afrique. Statista évoque plus de 420 millions de joueurs d'ici 2026 et un taux de pénétration des gamers à 27% sur le continent. Orange, en tant qu'opérateur majeur dans la zone Afrique et Moyen-Orient, veut continuer à participer activement à cette dynamique.

« Nous notons que le eSport est en plein développement en Afrique. Statista évoque plus de 420 millions de joueurs d'ici 2026 […] »

Pour cet événement, quels moyens sont déployés pour garantir une expérience exceptionnelle pour les joueurs et les spectateurs, compte tenu de la dispersion géographique ?

Les technologies de pointe que nous apportons aux jeunes esportifs sont d'abord le haut débit, via la fibre et la 5G que nous déployons sur nos marchés. Elles permettent aux joueurs de compétir avec une latence minimale et de rendre les tournois visibles. Au-delà de cette connectivité de base, nous utilisons nos plateformes comme Max it, présente sur 16 marchés avec 22 millions d'utilisateurs actifs pour promouvoir le eSport.

Notre super application Max it va davantage intégrer le eSport et le gaming. Par exemple, le tournoi de Casablanca sera diffusé en direct en streaming sur Max it. Nous prévoyons d'y développer un "corner" dédié avec des contenus pertinents : streaming de matchs, offres, mais aussi des contenus éducatifs et exclusifs réalisés avec des gamers internationaux connus pour conseiller nos talents locaux. L'idée est d'apporter une vraie valeur ajoutée à cette communauté à travers Max it.

La grande finale aura lieu à Casablanca les 19 et 20 décembre. Quels sont les enjeux pour les vainqueurs locaux qui représentent leur pays, et quel impact régional attendez-vous de cet événement ?

Pour nos champions, c'est d'abord un enjeu national ; ils font vibrer la fibre patriotique, d'autant que ce tournoi est focalisé sur le football virtuel (EA Sports FC 26), en cohérence avec notre engagement historique dans le football. À titre individuel, cela leur permet de se bonifier.

En termes de perspectives, tous les champions présents sont d'office qualifiés pour un futur tournoi EA SPORTS FC™ Mobile prévu mi-2026. Cette compétition réunira, au-delà des pays d'OMEA, des pays européens d'Orange, permettant à nos champions de se mesurer à des joueurs du monde entier.

Par ailleurs, le super gagnant du tournoi actuel bénéficiera aussi d'un voyage VIP au Real Madrid.

La visibilité est également un enjeu majeur, avec une diffusion sur Max it, YouTube et FCM TV (la chaîne d'EA Sports FC).

Concernant l'impact régional, cette large diffusion multiplie l'audience et nous espérons susciter des vocations. Organiser un tel tournoi à la veille de la Coupe d'Afrique des Nations TotalEnergies Maroc 2026 démontre l'importance du eSport pour Orange. Nous souhaitons confirmer notre engagement à soutenir cet écosystème, sa réglementation et favoriser la création de fédérations, pour porter nos champions au plus haut niveau international.

Orange parle d'une vision d'« eSport responsable », soutenue par le programme #ForGoodConnection. Que signifie concrètement cet engagement et quelles actions sont menées en marge de la compétition ?

Le programme #ForGoodConnection nous permet de sensibiliser au cyberharcèlement. Il y a environ deux ans, Orange a lancé en Europe des "safe zones" dans certains jeux : des zones virtuelles où un joueur victime de harcèlement peut trouver des contacts d’associations par exemple et un accompagnement.

Notre approche responsable se concentre donc sur l'inclusion de tous et la sensibilisation au cyberharcèlement ainsi qu'à l'usage responsable des écrans, une problématique importante dans l'eSport. #ForGoodConnection est un programme permanent, intégré dans ce tournoi mais qui s'étend sur toute l'année.

Notre action concrète dans ce tournoi a été d'intégrer des joueuses dans le tournoi pour promouvoir l'inclusion des femmes dans le eSport.

« Notre action concrète dans ce tournoi a été d'intégrer des joueuses dans le tournoi pour promouvoir l'inclusion des femmes dans le eSport. »

Quels défis avez-vous relevés pour organiser un tournoi regroupant 15 pays d'Afrique et La Réunion ?

L'héritage et l'expérience des précédentes éditions d'Orange eSport Experience nous ont été précieux. Nos équipes, basées à Londres, à Casablanca (OMEA) et dans les pays, se sont aguerries à l'organisation d'événements eSport. Nous nous sommes aussi appuyés sur une agence spécialisée. Ce travail d'équipe et cette synergie nous ont permis de surmonter les obstacles pour créer ce bel événement.

Les défis logistiques étaient nombreux, notamment l'obtention des visas pour amener tous les joueurs au Maroc, mais ils ont quasiment tous obtenu des visas. Organiser cet événement juste avant la CAN TotalEnergies Maroc 2026 ajoutait une certaine complexité. En nous y prenant à temps et grâce à l'expérience collective, nous avons pu relever ces défis.

Au-delà des joueurs professionnels, comment Orange parvient-elle à impliquer et fédérer les communautés locales et les amateurs dans chaque pays ?

Les phases nationales sont souvent organisées de manière très professionnelle dans des salles qui accueillent du public, créant ainsi un événement local. Ces finales nationales sont aussi fréquemment diffusées sur les plateformes locales, touchant un public plus large d'amateurs.

Dans certains pays, nous sponsorisons également des salles publiques de jeu où nous organisons des activités de sensibilisation et des « activations » autour de petits matchs. L'objectif est de promouvoir globalement l'eSport auprès d'un public large et de ne pas en faire un écosystème réservé aux seuls professionnels.

Quelles sont les perspectives d'Orange dans l'eSport en Afrique ?

La grande perspective, c'est le tournoi international prévu pour juin-juillet 2026. Ce sera la prochaine étape majeure : un tournoi EA SPORTS FC™ Mobile qui rassemblera non seulement les pays d'Afrique et du Moyen-Orient d'Orange, mais aussi certaines de nos filiales européennes. Cela créera une véritable rencontre internationale, offrant à nos champions africains une vitrine et une expérience de compétition à une échelle globale. Le projet est en cours de finalisation, mais il incarne parfaitement la suite de notre engagement à inspirer la jeunesse, à renforcer la notoriété du eSport et à soutenir l’innovation et la passion.

Propos recueillis par Muriel Edjo

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La transformation numérique de l’Afrique repose sur l’articulation de multiples composantes stratégiques. L’absence d’un seul de ces maillons compromettrait l’entrée du continent dans l’ère 4.0. C’est pour garantir cette cohérence que Smart Africa œuvre à fédérer l’ensemble des parties prenantes.

Le Transform Africa Summit (TAS) 2025, organisé à Conakry, a été, jeudi 13 novembre, le théâtre d’une série de pré-engagements stratégiques destinés à soutenir davantage la transformation numérique du continent. En une journée, Smart Africa a conclu plusieurs mémorandums d’entente (MoU) et un contrat avec des partenaires publics et privés autour d’un même cap : renforcer la souveraineté numérique africaine et préparer l’émergence d’un marché unique numérique d’ici 2030. Au cœur de ces accords : la jeunesse, l’innovation, l’inclusion financière, les données, les compétences numériques, la gestion des domaines Internet et le leadership féminin.

La jeunesse en première ligne

Le premier axe fort concerne la jeunesse. Un MoU renforce la collaboration entre Smart Africa et YouthConnekt Africa pour appuyer la transformation numérique portée par les jeunes sur le continent. L’accord s’appuie sur des structures déjà en place — les Smart Africa Youth Chapters et les YouthConnekt Country Chapters — afin de favoriser la collaboration entre jeunes innovateurs, développer le mentorat et l’entrepreneuriat, et encourager l’émergence de solutions numériques africaines. Les deux institutions prévoient de co-organiser des programmes lors de leurs grands rendez-vous, notamment le Transform Africa Summit et le YouthConnekt Africa Summit, pour donner davantage de visibilité aux initiatives des jeunes et renforcer leur contribution à l’économie numérique africaine.

Paiements numériques

Autre pilier de ces annonces : la finance digitale. Un accord majeur lie désormais Smart Africa et Visa autour d’une vision commune : faire des services digitaux et des paiements électroniques un puissant levier de développement économique. Ce MoU, signé entre Lacina Koné (photo, à droite), directeur de Smart Africa, et Mina Abdo (photo, à gauche), responsable des partenariats pour l’Afrique subsaharienne chez Visa, couvre notamment la numérisation des services publics, l’extension des infrastructures de paiement digital, la promotion de l’inclusion financière, le soutien au e-commerce et à la facilitation des échanges, ainsi que l’appui à l’innovation et à l’entrepreneuriat dans les pays membres. L’objectif est de consolider l’économie numérique africaine et de contribuer à la réalisation d’un marché unique numérique africain à l’horizon 2030, en facilitant les transactions électroniques au sein et entre les États.

Un pilote pour l’échange sécurisé de données

Au-delà des paiements, la circulation sécurisée des données est identifiée comme une brique centrale du futur marché unique numérique. Smart Africa a signé un contrat avec Ascend Digital Solutions pour piloter la plateforme Smart Africa Data Exchange (SADX). La solution vise à mettre en place un système d’échange de données sécurisé, interopérable et fondé sur des standards ouverts. Cette plateforme doit permettre des services transfrontaliers plus fluides, une vérification d’identité numérique fiable et un partage sécurisé de données entre États. Un pilote sera déployé dans trois États membres — le Bénin, le Ghana et le Rwanda — dans le cadre de la Smart Africa Trust Alliance (SATA). Elle constitue une étape décisive vers l’extension, à l’échelle continentale, de services numériques transfrontaliers.

Former aux compétences du futur

La transformation numérique reste illusoire sans compétences adaptées. Un autre MoU, signé entre Smart Africa et le gouvernement gambien, encadre le déploiement de la Smart Africa Digital Academy (SADA) dans le pays. Ce partenariat vise à structurer et coordonner les programmes de renforcement des capacités numériques, impliquer l’ensemble des parties prenantes nationales et aligner ces efforts avec les priorités de transformation digitale de la Gambie. SADA Gambie ciblera en priorité les décideurs publics, les jeunes, les femmes et les agents du secteur public. L’ambition est de mettre en place des mécanismes pérennes de formation continue, adossés aux infrastructures nationales, avec un système de suivi-évaluation pour mesurer concrètement l’impact des actions.

Noms de domaine et cybersécurité

La souveraineté numérique passe aussi par la maîtrise des ressources critiques de l’Internet, à commencer par les noms de domaine. Smart Africa a signé un MoU avec l’Africa Top Level Domains Organisation (AFTLD) pour consolider cet enjeu souvent méconnu. L’accord prévoit le renforcement des capacités autour de la gestion des domaines nationaux de premier niveau (ccTLD), l’harmonisation des politiques, la promotion de l’innovation dans cet écosystème et le renforcement de la cybersécurité liée à la gestion des noms de domaine. Il vise également à porter une voix africaine plus unifiée dans la gouvernance mondiale de l’Internet, un enjeu stratégique pour la maîtrise des ressources numériques critiques du continent.

Genre et leadership

Un MoU entre Smart Africa et Women Political Leaders place explicitement le genre au cœur de la transformation numérique africaine. L’accord vise à promouvoir une transformation numérique sensible au genre, renforcer le leadership numérique des femmes, soutenir leur entrepreneuriat numérique et accroître leur influence dans les politiques et la gouvernance du numérique. Les activités envisagées incluent des programmes de leadership, des initiatives conjointes, la production d’analyses basées sur les données et l’organisation d’événements de haut niveau centrés sur la place des femmes dans le digital.

Avec cette série de signatures au TAS 2025, Conakry s’est imposé comme le décor d’un nouveau chapitre de la coopération numérique africaine. Smart Africa y confirme son rôle de plateforme panafricaine de mise en synergie des États, du secteur privé et des organisations internationales. Reste désormais à transformer ces engagements en réalisations concrètes, dans les capitales, les régions et les territoires du continent.

Muriel EDJO

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IA en Afrique : des acteurs majeurs s’unissent pour des modèles de langage inclusifs et souverains

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Au cours de l'année écoulée, l'intelligence artificielle (IA) et son potentiel transformateur ont retenu l'attention du monde entier. Le potentiel de l'IA pour contribuer à la réalisation des objectifs de développement durable (ODD) à l'horizon 2030 est désormais bien établi. En Afrique, il devient urgent de s’approprier pleinement la technologie.

L’Association mondiale des opérateurs télécoms (GSMA) s’est alliée aux six sociétés de téléphonie mobile majeures d’Afrique (Airtel, Axian Telecom, Ethio Telecom, MTN, Orange, Vodacom) pour lancer une collaboration panafricaine ambitieuse. Baptisée « AI Language Models in Africa, By Africa, For Africa », cette initiative, dévoilée le mardi 21 octobre à Kigali, au Rwanda, en marge du Mobile World Congress, a pour mission de développer des modèles de langage inclusifs, conçus pour et par le continent. Objectif : garantir que les langues, les cultures et les savoirs africains trouvent leur juste place dans l’avenir numérique mondial.

Angela Wamola, responsable Afrique chez GSMA, a déclaré que « la diversité linguistique et culturelle de l'Afrique est l'une de nos plus grandes forces, mais elle a trop souvent été négligée dans le développement des systèmes d'IA mondiaux. Cette initiative vise à transformer ce défi en opportunité : renforcer les capacités africaines en matière d'IA, favoriser l'innovation dans les industries locales et veiller à ce que l'Afrique façonne l'avenir numérique selon ses propres conditions. En travaillant ensemble, nous pouvons rendre l'IA plus inclusive, plus pertinente et plus représentative du monde dans lequel nous vivons ».

Orange, qui devance la coalition sur cette problématique, jouera un rôle déterminant dans les travaux. Le 27 novembre 2024, la société française avait signé un partenariat avec OpenAI et Meta pour développer des intelligences artificielles capables de reconnaître et d’interagir avec les langues africaines. Les fruits de cette collaboration devaient non seulement permettre à Orange d’améliorer son service client en langues maternelles africaines, rendant ainsi l’expérience utilisateur plus fluide et accessible, mais aussi contribuer à des projets non commerciaux, notamment dans les secteurs de la santé publique et de l’éducation.

Combler le fossé linguistique numérique

La coalition formée par GSMA, qui réunit également des acteurs du numérique ainsi que des laboratoires de recherche et des start-up innovantes comme African Population for Health Research Center (APHRC), Cassava Technologies, Masakhane African Languages Hub, The World Sandbox Alliance, Lelapa AI, Pawa AI, Qhala, entend combler un fossé critique en matière de données, de puissance de calcul, de talents et de politiques publiques.

La grande majorité des modèles de langage dominants sont aujourd'hui entraînés sur un nombre restreint de langues dites globales, laissant la riche diversité linguistique de l'Afrique – avec ses milliers de langues – gravement sous-représentée. Ce « fossé linguistique » actuel de l'IA marginalise des milliards d'utilisateurs potentiels. Sans modèles adaptés, les populations africaines ne peuvent pas bénéficier pleinement des avancées de l'IA dans des domaines essentiels comme l'éducation, la santé, l'agriculture ou les services publics.

Une proportion croissante de la population est connectée et utilise l'Internet mobile, et le taux de pénétration des smartphones devrait atteindre 88 % d'ici 2030, créant ainsi de nouvelles opportunités pour l'inclusion numérique et l'utilisation de services basés sur l'IA. L'Afrique ne représente que 2,5 % du marché mondial de l'IA, mais selon des estimations récentes, l'IA pourrait faire progresser l'économie africaine de 2900 milliards de dollars d'ici 2030, soit l'équivalent d'une augmentation de 3 % de la croissance annuelle du produit intérieur brut (PIB).

Une étude de faisabilité menée par la GSMA et ses partenaires a confirmé la viabilité technique et économique de modèles de langage conçus localement. La clé du succès réside dans la coordination des efforts pour éviter la dispersion des énergies. La coalition s'organisera donc en groupes de travail thématiques – données, calcul, talents, politiques – et rendra publics ses progrès lors des prochains événements de la GSMA.

Un enjeu de souveraineté et de pertinence locale

Au-delà du symbole, cette initiative représente un enjeu stratégique pour le développement et la souveraineté numérique du continent. Maîtriser les données, les modèles de base et les normes techniques est essentiel pour réduire la dépendance aux plateformes et technologies externes.

Surtout, des modèles entraînés sur des données africaines permettront le développement d'applications ancrées dans les réalités locales. On peut ainsi imaginer des assistants vocaux comprenant le wolof, le swahili ou l'amharique, des outils de triage médical adaptés aux contextes locaux, des contenus pédagogiques contextualisés ou des agents de service public accessibles à tous, y compris dans les langues les plus parlées. GSMA déplore le fait « qu'en Afrique, plus de 2000 langues sont parlées, mais seule une fraction d'entre elles sont prises en charge par les systèmes numériques ou les modèles d'IA. Ce manque d'inclusion risque d'aggraver les fractures numériques et économiques existantes ».

Quatre chantiers prioritaires pour un développement durable

Le plan de cette alliance repose sur quatre chantiers essentiels, avec des défis à chaque niveau. D'abord, les données : il s'agit de rassembler des millions de mots et de phrases dans nos langues africaines, dans le respect strict du consentement et de l'anonymisation, en incluant aussi bien les langues principales que les dialectes locaux et même la langue parlée, sans favoriser uniquement les villes ou les élites. Ensuite, la puissance informatique : entraîner ces intelligences artificielles demande des ordinateurs extrêmement puissants et coûteux ; l'idée est donc que les partenaires mettent leurs ressources en commun pour réduire les coûts et garantir la sécurité des informations. Le troisième défi est celui des talents : il faut former des experts africains en intelligence artificielle et leur offrir des carrières suffisamment attractives pour qu'ils restent sur le continent et fassent grandir cette nouvelle industrie, au-delà des simples projets tests. Enfin, les règles du jeu : les gouvernements doivent aider en créant un cadre juridique clair qui encourage l'innovation et les investissements, tout en protégeant les données des citoyens et en s'assurant que ces nouvelles technologies profitent à tous.

Une feuille de route claire et un appel à la collaboration

Les effets attendus sont structurés dans le temps : des prototypes et benchmarks spécifiques à court terme, des applications sectorielles concrètes à moyen terme (bots clients, outils pour créateurs), et, à long terme, l'émergence d'une capacité africaine autonome en IA, capable de porter des champions locaux et d’irriguer tout l’écosystème.

Les conditions de réussite identifiées incluent une gouvernance transparente, des financements allant au-delà du stade du prototype, une forte interopérabilité technique pour éviter des initiatives isolées et une transparence absolue sur les performances et les biais des modèles.

La coalition lance un appel solennel à l'ensemble de l'écosystème – start-up, universités, industries créatives, société civile, bailleurs de fonds et grandes entreprises technologiques – pour contribuer à cet effort collectif par des données, de la puissance de calcul, des compétences, des cas d'usage ou un soutien financier.

Muriel EDJO

Edité par Sèna D. B. de Sodji

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