Paiement des impôts en ligne, demandes de passeport dématérialisées, etc. le continent accélère la numérisation des services publics pour moderniser ses administrations et améliorer la relation avec les citoyens. Mais derrière les progrès affichés, le continent avance encore à plusieurs vitesses.
Les plateformes unifiées de services publics gagnent progressivement du terrain en Afrique. Inspirés des modèles d’e‑gouvernement développés en Europe, en Asie ou au Moyen‑Orient, plusieurs pays africains accélèrent désormais la centralisation de leurs démarches administratives sur des portails numériques uniques. L’objectif est de simplifier l’accès des citoyens aux services publics, réduire les délais administratifs et améliorer l’efficacité des administrations dans un contexte de forte progression des usages numériques.
Des exemples concrets...
Cette dynamique s’est récemment renforcée dans plusieurs pays du continent. Le Burkina Faso a lancé récemment une nouvelle plateforme centralisée de services publics numériques destinée à regrouper progressivement différentes démarches administratives en ligne. À ce stade, la plateforme propose déjà 1672 fiches pratiques, 95 procédures dématérialisées et mobilise 183 institutions publiques.
Le Sénégal accélère également le développement de ses services numériques à travers le « New Deal Technologique », avec l’ambition de connecter davantage les administrations et de faciliter l’accès aux procédures administratives en ligne. Le pays a aussi lancé en mars dernier son guichet unique de services publics baptisée « e‑Sénégal ».
Le Rwanda reste l’un des modèles les plus avancés du continent avec la plateforme Irembo, qui donne accès à plusieurs centaines de services administratifs, allant des actes d’état civil aux demandes de permis ou aux paiements publics.
D’autres pays africains ont également multiplié les initiatives ces dernières années. Le Kenya a développé le portail eCitizen, devenu l’un des principaux points d’accès aux services administratifs numériques du pays. Au Bénin, les autorités ont renforcé le portail national de services publics permettant d’effectuer en ligne certaines démarches liées aux documents administratifs ou aux services fiscaux. Le pays indique avoir délivré plus de 10,5 millions de documents numériques en 2025 et précise que 75 % des services publics sont désormais accessibles en ligne.
Une progression encore très inégale sur le continent
Cette accélération intervient dans un contexte où les États africains cherchent à moderniser leurs administrations et à améliorer la qualité des services publics. Selon le rapport « UN E‑Government Survey 2024 » publié par l’Organisation des Nations unies (ONU), l’indice africain de développement de l’e‑gouvernement (EGDI) est passé de 0,4054 en 2022 à 0,4247 en 2024, soit une progression de 4,8 %. Le continent affiche ainsi la deuxième plus forte progression mondiale après l’Asie.
Mais derrière cette progression continentale, les écarts restent importants entre les pays. Des États comme le Rwanda, l’Afrique du Sud, Maurice ou encore le Maroc figurent parmi les administrations numériques les plus avancées du continent grâce à des investissements soutenus dans les infrastructures et les services publics en ligne. À l’inverse, plusieurs pays accusent encore des retards importants dans la centralisation numérique des services administratifs.
Le Cameroun, par exemple, reste confronté à une forte fragmentation de ses plateformes publiques, avec de nombreuses démarches encore largement manuelles malgré plusieurs projets de transformation numérique lancés ces dernières années. D’autres pays comme le Tchad, la République centrafricaine ou le Soudan du Sud demeurent freinés par des déficits d’infrastructures télécoms, une faible connectivité Internet et des capacités administratives limitées. Dans certains cas, les plateformes existantes restent peu utilisées par les citoyens en raison du manque d’interopérabilité entre administrations ou de la faible numérisation des procédures internes.
La sécurité et la confiance constituent désormais des enjeux majeurs
Les enjeux autour des plateformes unifiées dépassent désormais la simple modernisation administrative. Pour les gouvernements, ces outils permettent aussi d’améliorer la collecte des recettes publiques, de renforcer la transparence des procédures, de limiter certaines formes de corruption administrative et de faciliter les interactions entre l’État, les citoyens et les entreprises.
La question de la sécurité et de la fiabilité des données devient également centrale, alors que les administrations africaines gèrent un volume croissant d’informations sensibles liées à l’identité, à la fiscalité ou aux services sociaux. Les États doivent notamment renforcer leurs capacités en cybersécurité afin de protéger les plateformes publiques contre les risques de fraude, de piratage ou de fuite de données personnelles.
Samira Njoya
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