Alors que les crypto‑actifs gagnent du terrain en Afrique, le Zimbabwe rejoint les pays du continent qui structurent progressivement ce marché. Une réforme visant à renforcer la surveillance d’un écosystème en forte croissance mais encore largement informel.
Le gouvernement du Zimbabwe a annoncé qu’il allait obliger les entreprises opérant dans le secteur des crypto‑monnaies à s’enregistrer auprès des autorités financières, dans le cadre d’un dispositif destiné à encadrer un marché jusque‑là largement informel.
Selon des règlements émis par le ministre des Finances, Mthuli Ncube, et rapportés par Reuters, les sociétés impliquées dans l’achat, la vente, le transfert ou la conservation d’actifs numériques devront désormais s’inscrire chaque année auprès de la Financial Intelligence Unit (FIU), un organisme de lutte contre le blanchiment d’argent hébergé au sein de la Banque de réserve du Zimbabwe.
L’enregistrement sera assorti de frais de 500 USD pour la première inscription et de 400 USD pour le renouvellement annuel. Toute exploitation sans enregistrement sera considérée comme une infraction, marquant la volonté des autorités de placer le secteur sous un cadre de surveillance formelle.
Cette décision intervient après plusieurs années de restrictions sur les crypto‑actifs dans le pays. Dès 2018, les autorités avaient limité les activités liées aux monnaies numériques, poussant une grande partie des échanges vers des circuits informels et des plateformes de pair‑à‑pair.
Sur le plan continental, cette évolution s’inscrit dans un contexte de forte progression de l’adoption des crypto‑actifs en Afrique subsaharienne. Selon une étude publiée en septembre par la société Chainalysis, spécialisée dans l’analyse de données relatives à la blockchain, les transactions en cryptomonnaies ont atteint 205 milliards USD en Afrique subsaharienne entre juillet 2024 et juin 2025, portées notamment par les transferts transfrontaliers et les usages liés aux remittances.
Dans de nombreux pays africains, les crypto‑monnaies sont de plus en plus utilisées comme alternative aux circuits bancaires traditionnels, notamment en raison des coûts élevés des transferts internationaux. La Banque mondiale indique que les frais de transferts en Afrique subsaharienne figurent parmi les plus élevés au monde, dépassant régulièrement 6 % du montant envoyé.
Le Zimbabwe rejoint ainsi une tendance plus large de structuration du secteur des actifs numériques sur le continent. En Afrique du Sud, les prestataires crypto sont encadrés par la Financial Sector Conduct Authority (FSCA), tandis qu’au Nigeria, la Securities and Exchange Commission (SEC) a mis en place un régime d’enregistrement progressif des plateformes d’échange.
Au Kenya, une loi sur les Virtual Asset Service Providers (VASP) prévoit un cadre de supervision partagé entre la Banque centrale et l’autorité des marchés financiers, illustrant une approche hybride de la régulation des actifs numériques.
Samira Njoya
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