Durant la pandémie du coronavirus, la jeune entrepreneure a réussi à préserver les revenus de plus d’une centaine d’artisans marocains, à travers sa solution alternative qui leur a permis de continuer à vendre même sans ouvrir leurs boutiques et ateliers. Elle veut maintenant changer d’échelle.
Détentrice d’un diplôme de Commerce, option gestion de stratégie et marketing, obtenu à l’université McGill au Canada, Aida Kandil (photo) est la fondatrice de MyTindy. Très attachée au Maroc, son pays d’origine, elle lui témoigne cet amour à travers la plateforme numérique qui promeut à l’international l'artisanat local. Les visiteurs du monde entier peuvent y acheter bijoux, meubles, objets décoratifs, etc., directement auprès de l’artisan marocain et être livrés chez eux.
Aida Kandil a cofondé MyTindy en 2019 pour mettre en relation vendeurs et acheteurs. La start-up accompagne les artisans marocains dans leur transition numérique et la valorisation de leur activité. Elle leur fournit une formation pour mieux vendre leurs créations en tirant parti du pouvoir d’Internet tandis qu’elle s’occupe de la logistique pour la livraison des achats.
C’est en 2018 que la jeune entrepreneure, alors installée à Montréal au Canada et chargée de la stratégie de référencement en ligne pour une grande marque internationale, décide de tout quitter et de s’installer au Maroc. Après un an et un mois de service, Aida Kandil qui est née à Paris et a fait ses études entre la France, le Canada et le Maroc a voulu mettre les compétences et l’expérience acquises au fil des ans au profit d’un secteur qui l'a toujours captivé, l’artisanat marocain.
« Tout a commencé quand, à la fin de chaque séjour au Maroc, j’emportais avec moi des objets de décoration à mon retour au Canada. Mon entourage me demandait toujours où j’achetais mes produits et s’il y avait moyen de les commander, notamment en ligne. Aucune plateforme n’offrait cela à l’époque. Alors, une fois au Maroc, j’ai fait le tour des Habous pour demander aux artisans s’ils avaient des plateformes dédiées aux ventes internationales sur Internet et s’ils étaient intéressés par l’idée », révèle-t-elle sur l’origine de sa plateforme.
Aujourd’hui, Aida Kandil revendique un catalogue de 8 000 références proposées par 250 artisans sur sa MyTindy. Sa start-up, qui enregistre une clientèle à 70 % étrangère et très sensible au label écoresponsable, s’est même lancée dans des commandes personnalisées, généralement passées par des clients exigeants. L’activité qui a démarré avec des fonds propres à elle et à Chakib Yasmine, l’autre cofondateur, enregistre de plus en plus de succès. Depuis février 2022, MyTindy est d’ailleurs en quête d’investisseurs pour s’étendre dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.
Les trois années d’investissement d’Aida Kandil dans la valorisation de l’artisanat marocain lui ont déjà valu plusieurs distinctions au plan national et international. Avec MyTindy, elle a remporté, entre autres, le premier prix de la Startup for Good Région Méditerranée organisée par Emerging Valley en 2020, le prix de meilleure solution numérique des World Summit Awards 2020, le prix de meilleure solution numérique nationale pour un prix international dans la catégorie Affaires et commerce décerné par les World Summit Awards 2021.
Ruben Tchounyabe
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Si l’écosystème de la tech africaine enregistre la croissance la plus rapide au monde avec des levées de fonds records, il reste encore difficile pour les start-up, en phase de démarrage en particulier, d’avoir accès aux financements. Pour les entrepreneurs nigérians Benedict Afolami et Ose Eromosele, la solution se trouve dans Conectivest.
Le secteur de la finance n’a plus de secret pour Benedict Afolami (photo, à gauche) et Ose Eromosele (photo, à droite). Avec plus de 15 ans d'expérience professionnelle dans la technologie et la finance, ils ont eu le temps de remarquer les failles en matière de levée de fonds et le fossé qui existe entre les entrepreneurs et les investisseurs en Afrique. Bien que la tech africaine ait levé plus d'un milliard de dollars au cours des trois premiers mois de 2022, il est particulièrement difficile pour les jeunes pousses au stade de démarrage de lever des fonds. C’est ce constat qui les a poussés à fonder Conectivest pour s'attaquer au problème.
Benedict Afolami, cofondateur et directeur général, et Ose Eromosele, cofondateur et directeur financier, ont officiellement lancé Conectivest en juin 2021 avec pour objectif de faciliter les investissements en mettant en relation les entrepreneurs et les investisseurs. Selon eux, une levée de fonds réussie commence toujours par une connexion entre les investisseurs et les start-up.
« Il s'agit d'un espace de mise en réseau des investissements qui facilite la connexion entre fondateurs, la connexion entre investisseurs, la connexion entre plateformes et fondateurs et la connexion entre investisseurs et fondateurs », a expliqué Benedict Afolami.
Conectivest se présente sous forme d’un mini-réseau social qui relie l’ensemble des parties prenantes qui interviennent dans les levées de fonds. La plateforme offre ainsi un moyen rapide pour les fondateurs, hubs, accélérateurs et investisseurs de se connecter les uns aux autres et d'échanger. Elle aide les startupers à préparer leurs profils et les investisseurs à gérer leurs transactions et leurs investissements. Connectivest organise également des journées de démonstration hebdomadaires au cours desquelles les entrepreneurs prêts à lever des fonds rencontrent des investisseurs.
En moins d’un an, affirment-ils sur techbuild africa, ils ont réussi à intégrer plus de 350 investisseurs actifs axés sur l'Afrique, issus de trois grands groupes d'investissement, notamment LoftyInc Capital Management, Midlothian Angel Network et South-South-East Angel Network. Selon eux, ces investisseurs ont réalisé directement et indirectement, par le biais de Conectivest, plus de 50 transactions pour un montant total de 2,2 millions de dollars.
Aïsha Moyouzame
Pour Diekola Sulu, le diabète n’est pas une maladie fatale. Après avoir été diagnostiqué du diabète de type 2, il a décidé de faire usage de la technologie en créant ManageAm, une appli pour aider à une meilleure gestion de cette maladie.
En 2006, Diekola Sulu (photo) a été diagnostiqué avec un diabète de type 2. À l’époque, il ne faisait pas attention à son mode de vie et avait très peu d’informations sur la maladie jusqu’à ce qu’il voit son état de santé se détériorer, relate-t-il sur Ventures Africa. Il a donc commencé à s’éduquer sur sa condition et s’est rendu compte que le diabète pouvait être contrôlé. Cette prise de conscience a suscité en lui un nouvel objectif, celui de sensibiliser les populations et d’aider les personnes atteintes à mieux se prendre en charge.
Le fondateur de la Self Healthcare Empowerment Initiative (SHEI) a vécu au Royaume-Uni avant d’entamer une longue carrière de travail avec le gouvernement qatari où il était chargé de gérer et mettre en œuvre des programmes de soins de santé. Durant son parcours professionnel, il a découvert que son pays d'origine, le Nigéria, et les pays du Moyen-Orient avaient un problème commun de manque d’éducation, de médicaments et d’outils adéquats pour aider à diagnostiquer et à traiter la maladie.
En 2016, il a décidé de lancer SHEI afin de sensibiliser les populations. Cependant, il a réalisé que les activités sur le terrain ne permettaient pas d’atteindre le maximum de personnes. Pour lui, il devenait évident de faire usage des nouvelles technologies pour toucher un plus grand nombre de personnes à distance. En juillet 2018, il a lancé sur fonds propres et avec l’appui de partenaires stratégiques, l'application ManageAm.
La gestion du diabète demandant beaucoup d’efforts entre équilibrer les routines, suivre les analyses de sang, planifier l'exercice et le régime, les médicaments, gérer les taux de glycémie, ManageAM se veut une plateforme unique pour l'autogestion de la maladie. Elle aide ainsi les utilisateurs à atteindre leurs objectifs de santé à court et long terme. Elle permet également de calculer efficacement leurs progrès tout en facilitant la prise de décision pour un mode de vie sain, sans oublier de s'engager efficacement auprès de leur médecin pour le traitement et le suivi.
Dans un contexte où 24 millions d’Africains vivent avec le diabète, selon les données de 2021 de la Fédération internationale du diabète (FID), l'application ManageAm ambitionne de se positionner en tant qu’outil indispensable en matière de prévalence de cette maladie, et pour favoriser l'auto-éducation par le biais des appareils connectés.
Aïsha Moyouzame
En seulement 2 ans, Tamsir Ousmane Traoré a réussi à conquérir 7 marchés africains avec sa plateforme de logistique Logidoo. Il ambitionne d’introduire progressivement la technologie dans l’ensemble des opérations d’import-export en Afrique.
Né d’une famille d’entrepreneurs dans le domaine de la logistique, c’est tout naturellement que Tamsir Ousmane Traoré (photo) s’est lancé dans l’entrepreneuriat. Après des études supérieures en marketing et sciences de gestion au Maroc et une brillante carrière dans le supply chain en Afrique, il a décidé de retourner dans son pays natal, le Sénégal, en 2011. Son aventure entrepreneuriale, il la commence avec Tex Courrier dans la messagerie, Indilma dans l’événementiel, ou encore dans la distribution pharmaceutique avec Pharma Express.
Animé par l’envie d’innover en créant des solutions adaptées au contexte africain, il a lancé la plateforme d’e-logistique Logidoo en 2019. Elle permet aux utilisateurs d’expédier des colis à travers l’Afrique. La start-up gère la réception, le stockage, l’expédition des commandes et l’ensemble des procédures liées à l’importation et à l’exportation des colis. Sur Logidoo, les utilisateurs ont la possibilité de comparer les différentes options d’expédition et d'assurer la traçabilité des livraisons en ligne.
Selon le fondateur, la plateforme Logiboo, qui a affiché un chiffre d’affaires en croissance de 200 % en 2021, couvre les transports routier, aérien et maritime. Avec son entrée en 2020 au Maroc, il entend non seulement entamer sa conquête de la région MENA, mais aussi faire de l’axe Sénégal-Maroc une un chemin vers l’Afrique de l’Ouest pour les clients à la recherche d’une solution logistique fiable. Il entend profiter des opportunités qu’offre la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine) pour renforcer sa présence sur le continent.
L’entrepreneur, lauréat du Prix Orange Fab 2020, nourrit le projet ambitieux d’intégrer progressivement la technologie dans l’ensemble des opérations d’import-export en Afrique. Il a déjà réussi en seulement deux années à faire adopter sa solution au Sénégal, Mali, Guinée-Conakry, Gambie, Maroc et Mauritanie.
Aïsha Moyouzame
Si les mutilations génitales féminines (MGF) sont interdites dans de nombreux pays africains, cette pratique perdure dans certaines localités. Au Nigéria, Dirug Samuel veut lutter contre ce fléau par le biais des nouvelles technologies avec son application SmartRR.
Titulaire d’un diplôme en informatique de l'École polytechnique de l'État d'Adamawa au Nigéria, l’entrepreneur Dirug Samuel (photo) s’est formé à la Stallion Academy for Business and Leadership en ressources humaines. Depuis 2017, il fait ses preuves dans le secteur de la gestion des organisations à but non lucratif. A la tête de Big Family 360, une fondation d’aide aux personnes vulnérables, il est surtout connu pour son engagement dans la lutte contre les mutilations génitales féminines, et l'application mobile SmartRR qui aide les victimes à accéder à des services.
Celui qui a travaillé avec des ONG dans la lutte contre les violences basées sur le genre, dans le cadre de programmes humanitaires, a développé SmartRR afin de faciliter le signalement anonyme des MGF aux autorités, en utilisant le programme de cartographie des services de l'UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population). Selon lui, les MGF sont une violation des droits de l'homme, il utilise alors ses compétences en informatique au service de la lutte contre ce fléau et de la sensibilisation des familles.
Au-delà de venir en aide aux victimes, il entend sensibiliser les communautés pour les amener à dénoncer cette pratique traditionnelle qui consiste à retirer partiellement ou totalement les organes génitaux externes des filles et des jeunes femmes. « Grâce à la sensibilisation et aux innovations sur les dangers de la pratique des MGF, environ 40 à 50 % des femmes disent qu'elles ne voudraient pas que leurs filles en fassent l'expérience », avait-t-il affirmé.
Le fondateur de Big Family 360 a été récompensé lors du FGM Innovation Hacklab, dans le cadre du programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l'élimination des mutilations génitales féminines et du programme régional africain Spotlight Initiative (SIARP) en septembre 2021. Une reconnaissance qui le motive à réitérer son engagement à mettre fin aux MGF dans le pays.
« L'UNFPA et d'autres parties prenantes obtiennent de bons résultats dans la lutte contre les MGF au Nigeria », a-t-il assuré.
Aïsha Moyouzame
En un an à peine, Ahmed Ismail et ses associés ont réussi à faire de Bloom, une fintech proposant un service d’épargne, la première start-up du Soudan à intégrer l’accélérateur américain Y Combinator pour sa cohorte de 2022.
Ancien associé de la banque d'investissement Barclays, Ahmed Ismail (photo) est le PDG de Bloom, une solution financière digitale développée par Bloom Financial Technologies (UK) Limited par l'intermédiaire de sa succursale enregistrée au Soudan. Il a cofondé Bloom avec Youcef Oudjidane, Abdigani Diriye et Khalid Keenan, des entrepreneurs africains ayant étudié dans des universités réputées du Royaume-Uni et ayant travaillé chez Goldman, Amazon et IBM. Ensemble, ils ont décidé de mettre leur expérience combinée de l'ingénierie, de la banque d'investissement et du capital-risque, au service de la lutte contre l'inflation et la dévaluation de la monnaie du Soudan.
Au départ, ils avaient l'intention d'investir dans des marchés déjà bien établis en matière de banque numérique en Afrique, mais ont finalement décidé d'en construire une à la place, en choisissant le Soudan en raison de leur familiarité avec ce pays, et de leur envie d’avoir un impact dans un écosystème technologique ambigu. En 2021, ils ont lancé Bloom, une néobanque permettant aux Soudanais d'épargner en dollars américains et de dépenser dans leur monnaie locale, la livre soudanaise, parmi d'autres fonctionnalités comme les transferts de fonds et les cartes bancaires en dollars.
Leur objectif est d'aider les utilisateurs, généralement issus de la classe moyenne, à avoir accès à une épargne dans des devises stables et à des services financiers qui leur permettent de dépenser en devise locale, dans un contexte où l'inflation a dépassé 350 % en 2021. Étant donné que l'écosystème technologique du Soudan est très récent, Bloom est la deuxième start-up du pays financée par des fonds de capital-risque en plus de 30 ans, et la première soutenue par l’accélérateur américain Y Combinator dans le pays, représentant ainsi à l’international l'écosystème technologique soudanais. La start-up dit avoir 15 000 personnes sur sa liste d'attente.
Pour les fondateurs, figurer parmi les start-up du programme Y Combinator 2022 pourrait contribuer non seulement à attirer l'attention sur Bloom, mais aussi sur les opportunités qu’offrent d’autres pays sous-représentés dans des compétitions internationales comme le Soudan.
Aïsha Moyouzame
Fatim Cissé est la fondatrice de Dux (une entreprise spécialisée dans les NTIC et l'IA) et la DG d’IHS Towers Côte d’Ivoire. Première femme ivoirienne diplômée en intelligence artificielle, elle se donne pour mission de préparer les entreprises africaines à la 4e révolution industrielle.
Après ses études secondaires en Côte d’Ivoire, Fatim Cissé (photo) s’envole pour le Canada où elle obtient un master en ressources humaines et management à HEC Montréal en 2010. Six ans plus tard, elle obtient un diplôme en management de la Harvard Business School. En 2019, elle entre dans l’histoire en devenant la toute première femme ivoirienne à décrocher l’Executive Program en intelligence artificielle de la Singularity University située sur le campus de la Nasa. Sa carrière professionnelle, entamée en 2005, s'est faite dans de grandes entreprises étrangères comme Hewitt & Associates, Quintiles ou Centennial Marketing Group.
Alors qu’elle menait une brillante carrière professionnelle, elle décide de revenir sa Côte d’Ivoire natale, où elle prend la direction des ressources humaines de la filiale d’Ericsson en 2011. Motivée par l’envie de contribuer à sa manière au développement du pays, elle fonde Dux en 2018, entreprise spécialisée dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) et l’intelligence artificielle (IA). Dux facilite l’accès des entreprises africaines à des services numériques. La société propose aussi des formations dans les domaines de l’intelligence artificielle, la cybersécurité, le big data, et la data science, ainsi que des formations sur-mesure destinées aux entreprises.
Au-delà de sa carrière entrepreneuriale, elle mène également une carrière professionnelle riche dans le domaine des télécoms. En 2020, elle est nommée directrice générale d'IHS Towers Côte d’Ivoire, une multinationale d’infrastructures télécoms. Depuis 2019, elle multiplie les distinctions et est décorée de la médaille de chevalier de l'Ordre national de Côte d’Ivoire. En 2019 et 2020, elle est successivement incluse dans les deux premières éditions du Who's Who in Côte d'Ivoire, un ouvrage visant à mettre en avant les meilleurs talents ivoiriens.
L’entrepreneure, qui se donne pour mission de « préparer les organisations africaines à la 4e révolution industrielle », œuvre depuis lors à construire des partenariats solides basés sur la confiance avec les clients, en garantissant la sécurité, la fiabilité et l’efficacité de ses solutions technologiques.
« Nous avons une vision claire de ce que nous voulons être : leader dans l’intelligence artificielle sur notre continent, par le développement d’applications adaptées, la formation et le conseil en intelligence artificielle. Notre pensée progressiste et notre approche créative et pragmatique, associée à notre profonde compréhension des réalités locales nous distinguent de nos compétiteurs », soutient-elle.
Aïsha Moyouzame
Face aux enjeux du numérique, l’African Network Information Centre (AFRINIC), une structure de gestion des adresses IP basée à Maurice, entend contribuer à l’essor du digital sur le continent. Eddy Kayihura, le DG, a entamé cette année un vaste programme de mobilisation qui se déroulera dans une vingtaine de pays.
Pour 2022, Eddy Kayihura (photo) annonce que l'African Network Information Centre ambitionne de contribuer à l’essor du digital sur le continent africain. A cet effet, il a entamé une tournée africaine visant à mobiliser les membres d’AFRINIC vers un objectif commun : unir les forces afin d’offrir des services Internet plus sécurisés et stables en Afrique. Dans le cadre de ce programme de mobilisation, plus d’une vingtaine de pays seront parcourus par la délégation d’AFRINIC, des visites ayant déjà été opérées en Côte d’Ivoire et au Bénin, entre autres.
Le directeur général d’AFRINIC, qui a travaillé dans le secteur des technologies de l’information pendant plus de 20 ans, est détenteur d’une licence en technologies de l’information de l’Université du Rwanda et d’un MBA en commerce international de l’Oklahoma Christian University. Il a précisément travaillé pour la Bank of Kigali au Rwanda, où il a contribué aux étapes initiales de sa transformation numérique. Il a également occupé une fonction de management à la Broadband System Corporation, un fournisseur d’accès Internet au Rwanda. En novembre 2019, il a rejoint l’AFRINIC, avec pour mission de mener à bien la stratégie numérique de la structure.
L’AFRINIC est une organisation sans but lucratif qui gère les numéros Internet appartenant à l’Afrique. Elle fournit des blocs d’adresses IP et permet à ses membres d’obtenir leur propre identité numérique et de garantir l’origine de leurs échanges sur Internet. Pour mieux servir le continent, Eddy Kayihura entend, à travers cette tournée, réduire la distance et être présent dans les différents pays pour comprendre leurs spécificités, échanger avec les membres et comprendre leurs objectifs, challenges et ambition pour s’assurer, dit-il, que l’AFRINIC s’aligne avec les réalités de chaque état membre.
« Pour un meilleur service, il vaut mieux se rapprocher des pays pour les écouter et leur présenter de nouveaux produits. Nos membres sont les différents fournisseurs d’accès à Internet, les gouvernements et les acteurs du digital. Nous allons les rencontrer pour discuter des problématiques actuelles, mais aussi, voir comment mieux les servir », a-t-il expliqué.
Face au développement du digital, les problématiques autour de la criminalité en ligne et des usurpations de ressources sont plus que jamais d’actualité. A cet effet, il a révélé que de nouvelles technologies ont été mises en place par l’AFRINIC pour lutter contre ces problèmes, à l’instar de la version 6 d'Internet Protocol (IPV6) pour renouveler le stock des versions d’adresses IP qu’il décrit comme un des fondements du fonctionnement d’Internet. Il déplore cependant la lenteur dans l’adoption de cette nouvelle version, une des principales raisons de cette tournée, qui entend mener des échanges avec les membres afin de trouver les meilleures approches pour faciliter son adoption.
Depuis 2004, la structure basée à Maurice dessert quelque 2 000 membres en Afrique. Pour les années à venir, Eddy Kayihura prévoit d'en rajouter 900, à savoir 300 puis 600 membres supplémentaires. Le programme de mobilisation devrait permettre l’adhésion de nouveaux partenaires parmi les gouvernements et acteurs du numérique en Afrique.
Aïsha Moyouzame
Sa passion, née à la suite d’un évènement malheureux, le place aujourd’hui parmi les innovateurs à fort potentiel. A travers Klas, la start-up dont il est le co-fondateur, il veut donner à chacun la possibilité d’apprendre et de partager tout ce dont il a envie.
Donner à tout le monde qui a un quelconque savoir de valeur la possibilité de le partager et d’en tirer un revenu est la vision que promeut le jeune Nigérian de 18 ans Nathan Nwachuku (photo). A travers la star-tup Klas lancée en décembre 2021, il vient de lever la somme de 130 000 $ auprès d’un groupe d’investisseurs parmi lesquels Voltron Capital, Cabal Fund, Velocity Digital, HoaQ, Tola Adesanmi de Spleet, Odunayo Eweniyi de PiggyVest ou encore Nadayar Enegesi d’Eden Life.
L’argent permettra à Nathan Nwachuku de renforcer sa plateforme numérique d’éducation qui permet à quiconque de créer une école en ligne et de proposer des enseignements en direct. Le logiciel de la plateforme intègre la planification des cours, la gestion de communauté, la vidéoconférence, un module de paiements. Sur Klas, les créateurs peuvent enseigner une variété de sujets, y compris le codage, la conception, la cryptographie, les affaires et les langues. La start-up se donne pour mission de libérer le pouvoir du partage des connaissances grâce à la technologie.
Nathan Nwachuku a eu l’idée de Klas lors de sa convalescence, après un accident survenu le jour de son quinzième anniversaire et au cours duquel il a perdu son œil droit. Pendant cette trêve qui a duré cinq mois, le jeune Nigérian est parti d’une approche simple pour dispenser des cours de soutien de physique en ligne. Il est finalement happé par tout le potentiel qu’offre cette méthode d’enseignement, il décide de s’y consacrer et refuse même plus tard, après son baccalauréat, des admissions à l’université pour se consacrer à son projet. Il rencontre plus tard, sur un site de jumelage, Lekan Adejumo qui deviendra le cofondateur de Klas.
Aujourd’hui, la start-up revendique des collaborations avec plusieurs entreprises à travers le monde et plus de 2 000 créateurs de cours sur sa liste d'attente.
Ruben Tchounyabe
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L’industrie des start-up a gagné en valeur au cours des dernières années. Avec la transformation numérique accélérée par la Covid-19, ce marché a explosé. Plusieurs acteurs ont décidé d’y investir. On y retrouve de plus en plus de profils atypiques.
Après avoir joué les business angels quelquefois, Blaise Matuidi (photo) s’investit plus fermement dans la tech. Le footballeur français d’origine angolaise a officiellement annoncé, mardi 22 mars, le lancement d’un fonds d’investissement dédié à la tech.
Baptisé Origins, il s’attèlera à soutenir les start-up grand public dans le Web3, les jeux vidéo et les cryptos. Le fonds est le fruit d’une collaboration avec Ilan Abehassera, le patron de Dots, Salomon Aiach, le dirigeant de la branche française du fonds allemand Earlybird, ainsi que de Yohan Benalouane, un ami d'enfance qui joue au club grec football Aris Salonique.
« Cela fait quelques années que je m’intéresse aux technologies. À mon arrivée aux États-Unis, j’ai rencontré Ilan qui m’a alors accompagné dans certains investissements et l’idée nous est venue de créer Origins. Avec l’ensemble des personnalités qui composent ce fonds, et grâce à leur notoriété qui représente aujourd’hui 160 millions de fans, nous pouvons être à l’origine de très belles histoires », affirme Blaise Matuidi, champion du monde de football 2018.
Origins regroupe des personnalités de renommées internationales en son sein. Plus de 50 athlètes investisseurs comme Paulo Dybala, N’Golo Kanté, Olivier Giroud, Presnel Kimpembe, Kingsley Coman, Miralem Pjanic, Antoine Dupont. De nombreuses personnalités du monde économique le soutiennent aussi.
« Les footballeurs ne sont pas du tout investis dans la tech alors que ce sont de grands utilisateurs. Nous allons les aider à investir […] Il faut avoir conscience qu'une carrière de footballeur, c'est court, et il faut penser à l'avenir », déclare Blaise Matuidi qui dit apprendre « tous les jours avec Ilan et Salomon. Ça se fait par étapes, comme quand on a fait sa carrière de footballeur. Maintenant il faut gagner la Coupe du monde des start-up ».
Origins prévoit de prendre des participations comprises entre 100 000 et 500 000 euros dans des projets en phase initiale. Le fonds a déjà réalisé deux investissements. Le premier dans Ugami, « une banque pour gamers », qui leur propose des services financiers et des récompenses. Le deuxième dans Yumon, une plateforme de NFT. Le montant final du fonds n’est pas communiqué.
Muriel Edjo
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Les personnes victimes de violences liées au genre ne bénéficient pas toujours d’une aide. Comme solution, Didier Bacigale et Amisi Musada ont conçu SOS Secours, une application d’alerte et d’assistance aux victimes.
Alors qu’il était encore étudiant, Didier Bacigale a eu l’idée d’une application contre les violences faites aux femmes après avoir constaté que sa voisine, victime de violences conjugales récurrentes, n’était aidée par personne. Il a travaillé à la concrétisation de ce projet avec Amisi Musada (photo) et ensemble, ils ont créé l’application SOS Secours à travers la start-up Yangu. Ils partagent un objectif commun, celui de contribuer en RDC à la protection des femmes contre les violences sexuelles ou sexistes, et celles basées sur le genre.
La start-up qui œuvre dans le domaine des nouvelles technologies a vu le jour en 2019, grâce à l’événement Hackathon RDC Droits Humains, organisé par Internews, qu’elle a remporté avec sa solution SOS Secours. D’après eux, la RDC enregistre chaque jour en moyenne 1 000 cas de violences basées sur le genre. Grâce à leur application, il est désormais possible de prévenir ce fléau, ou de signaler en cas de danger. L’utilisateur secoue son téléphone 5 fois et aussitôt, une alerte et une géolocalisation sont envoyés par message aux proches et à un réseau d’associations locales partenaires de SOS Secours.
Au-delà de l’aide aux victimes, cette application devrait permettre aux différents acteurs qui interviennent sur ce problème d’avoir accès à des informations en temps réel. « Il y a des organisations qui interviennent dans ce domaine, et qui ont montré qu’elles avaient des problèmes d’accès à l’information et surtout sur les statistiques. Il y a peu de statistiques en temps réel, on est obligé de se fier à celles des structures sanitaires qui ont reçu des cas, alors que tous les cas n’arrivent pas dans ces structures », a expliqué Amisi Musada.
En quatre années, le duo d’entrepreneurs a réussi à nouer de nombreux partenariats, parmi lesquelles Internews RDC, l’Institut Français de Bukavu, ainsi que des associations comme Femme au Fone et l'AFEM. Pour le moment, l’application est opérationnelle dans la province du Sud-Kivu où est basée la start-up Yangu. Les fondateurs travaillent à présent sur le lobbying avec des entreprises de télécommunications pour des alertes via messagerie. À l’avenir, ils ambitionnent de généraliser le service à d’autres interventions.
Aïsha Moyouzame
L’ingénieur électronique et informatique ambitionne de faire du Cameroun et de l’Afrique un pôle de technologies innovantes dans les domaines de la cybersécurité. Il porte cette vision depuis cinq ans déjà.
Stéphane Serges Meye-Ba-Ntyam (photo) a remporté, vendredi 18 mars, le prix spécial du président de la République à l’occasion de la 3e édition de la semaine de l’innovation numérique au Cameroun. Le lauréat de cette édition 2021 s’est distingué avec son projet « Meye Protect Antivirus » et empoche la somme de 10 millions FCFA (près de 17 000 $). Grâce à ce financement, le fondateur de la start-up Meyetech-Innovation compte développer davantage son projet, aller à la recherche d’autres financements et renforcer son équipe.
Stéphane Meye développe depuis 2017 la solution « Meye Protect Antivirus ». Le jeune entrepreneur dit qu’il s’est lancé dans ce projet après avoir constaté que le Cameroun perdait beaucoup d'argent — 7 milliards FCFA (12 millions USD) en 2021 selon l'Agence nationale des technologies de l'information et de la communication (ANTIC) — du fait du piratage de données et des attaques informatiques. Selon lui, Meye Protect Antivirus est « le tout premier antivirus africain et le tout premier au monde qui est doté d’une intelligence artificielle ayant la capacité d’immuniser totalement les ordinateurs contre les virus informatiques ».
Titulaire d’un diplôme d’ingénieur en électronique et informatique, obtenu en 2015 avec la mention très bien à l’Institut universitaire de technologie Fotso Victor grâce à la fabrication d’un drone, l’ambition de Stéphane Meye est de faire du Cameroun et de l’Afrique un pôle technologique innovant dans les domaines de cybersécurité, l’aéronautique, la robotique, et la sécurité électronique. C’est dans ces domaines que la start-up dont il est le fondateur s’est orientée.
Stéphane Serges Meye-Ba-Ntyam, qui revendique la certification Microsoft pour sa solution de sécurité informatique, a reçu le 10 mars la somme de 2 500 000 FCFA du gouvernement dans le cadre du fonds d’appui au prototypage porté par l’Agence de promotion des petites et moyennes entreprises (APME). L’innovateur fait partie des premiers bénéficiaires du Plan triennal spécial-jeunes, une initiative gouvernementale qui dote les jeunes entrepreneurs de financement. Parmi ses nombreuses distinctions figure le prix d’innovation Secupol pour l’impact de la cybersécurité dans le monde, décerné en 2019 avec l’accompagnement du ministère de la Défense.
Ruben Tchounyabe
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Mettre leurs compétences au service de la numérisation en RDC, c’est le défi relevé par Justin Mugabe et Othniel Pilipili. Leur start-up SillonBlue Technologies est spécialisée dans le développement des logiciels et applications mobiles.
Justin Mugabe et Othniel Pilipili (photo) ont fait de hautes études respectivement aux États-Unis et en Angleterre. Alors qu’ils étaient destinés à des carrières prometteuses, ils ont fait le choix de revenir dans leur pays d’origine, la République démocratique du Congo, pour y développer un projet d’entrepreneuriat. Ensemble, ils ont fondé SillonBlue Technologies, une start-up spécialisée dans le développement des logiciels et applications mobiles. Le duo d'entrepreneurs partage un objectif commun, celui de préparer les Congolais à la quatrième révolution industrielle et au développement de la science des données, un domaine encore peu exploité dans le pays.
Plutôt que de remettre en cause les conditions sociopolitiques de la RDC, ils ont choisi d’y apporter une solution concrète qui repose sur les nouvelles technologies. Revenir dans leur pays pour contribuer à son développement était devenu pour eux, une réelle motivation. En 2017, ils ont officiellement mis en place leur start-up de technologies numériques. Ingénieurs, développeurs d'applications, administrateurs de bases de données, ou encore testeurs, la start-up dispose d’une équipe expérimentée qui crée des produits numériques à destination des entreprises et des organisations internationales.
D’après les fondateurs, plus de 200 grands commerçants ont déjà profité de leur service dans la seule zone du Nord-Kivu où la start-up est située, et une vingtaine d’organisations ont adopté leur plateforme. La création de leur start-up dans cette partie du pays a déjà permis d’employer une vingtaine de personnes, permettant de lutter à petite échelle contre le chômage. Grâce à leurs solutions numériques, les clients peuvent assurer plusieurs travaux, de l’archivage aux transactions financières en passant par la gestion de magasins en ligne. En touchant pratiquement tous les secteurs d’activité, ils entendent accélérer la numérisation afin de changer le système manuel ou traditionnel encore ancré dans les habitudes de travail.
Toutefois, ils doivent encore faire face à certains obstacles, dont le plus difficile, celui d’impliquer progressivement les autorités à tous les niveaux, par le biais des subventions, de la suppression de taxes pour une start-up encore au début de ses activités.
Aïsha Moyouzame
Christelle Hien Kouame a fondé « Prenez les feuilles », une plateforme en ligne permettant l’accès aux programmes scolaires sous forme de résumés de cours qui sont suivis d’autotests.
Ingénieure en marketing et communication et entrepreneure depuis près d’une dizaine d’années, Christelle Hien Kouame (photo) porte le projet de relever le défi du taux de réussite scolaire grâce au numérique. Elle est à l’origine de la start-up edtech « Prenez les feuilles », qui propose une plateforme éducative pour les élèves en Côte d’Ivoire. Pour concrétiser son projet, elle a investi les fonds de son agence de communication, et présente officiellement sa solution numérique au ministère ivoirien de l’Éducation nationale. Le projet apprécié par les autorités locales a été présenté dans les établissements scolaires, d’abord en mettant à la disposition des élèves, les devoirs et examens.
Ce modèle devenant restrictif, elle a décidé d’élargir son offre en incluant de nouveaux outils d’apprentissage afin de challenger les élèves. « Nous avons alors intégré à la plateforme trois ingrédients importants : la motivation par la récompense en leur offrant des cadeaux pour les quizz et exercices effectués correctement dans un délai imparti, l’aide à l’orientation en parlant de métiers avec des parcours différents, et enfin des petites capsules de culture générale diffusées via le canal WhatsApp », détaille-t-elle.
C’est face au constat d’un taux de réussite d’à peine 40% au baccalauréat, à l’échelle nationale, qu’elle a eu l’idée de ce projet. Au-delà de son rôle éducatif, la plateforme permet aussi de résorber certaines inégalités selon elle. En effet, elle permet aux élèves qui n’ont pas la possibilité d’avoir tous les manuels scolaires, d’avoir accès aux cours et aux différentes matières à partir de leur téléphone portable. L’objectif de « Prenez les feuilles » est donc de donner l’accès aux programmes d’écoles au plus grand nombre. L’application se veut aussi le meilleur outil de préparation des examens scolaires.
Son projet ayant suscité un grand intérêt, est racheté en 2019 par l’entreprise edtech Eneza Education. Un succès en appelant un autre, elle a remporté la 6e édition du Challenge App Afrique pour l’année 2021 d’un montant de 15 000 euros, une compétition qui soutient le développement d’applications numériques dans les TIC, organisé par les médias RFI et France24.
Aujourd’hui, 6 000 élèves utilisent régulièrement la plateforme en ligne, et la version application lancée début mars compte déjà presque 2 000 téléchargements. À l’avenir, Christelle Hien Kouame ambitionne de conquérir d’autres marchés africains en commençant par le Sénégal d'ici 2025.
Aïsha Moyouzame