En Afrique de l’Ouest et centrale, les besoins en connectivité restent pressants, notamment dans les zones rurales et enclavées. Le renforcement des infrastructures numériques y est essentiel pour combler la fracture numérique, favoriser l’inclusion et soutenir le développement socio-économique.
Orange Afrique et Moyen-Orient (OMEA) et la Société financière internationale (IFC), institution du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, ont signé un partenariat en marge de l’Africa CEO Forum qui s’est tenu à Abidjan, les lundi 12 et mardi 13 mai. L’accord vise à accélérer la connectivité numérique dans huit pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, en s’appuyant sur un modèle d’investissement reproductible à forte valeur ajoutée sociale et économique.
« Accroître l'accès à la connectivité numérique en Afrique est une priorité majeure pour favoriser l'innovation, élargir l'inclusion financière et générer des opportunités d'emploi. Le renforcement de notre partenariat illustre notre engagement à positionner le numérique comme un levier stratégique de transformation économique durable, au bénéfice des individus et des entreprises », a déclaré Ethiopis Tafara, vice-président d’IFC pour l’Afrique.
Ce partenariat vise à réduire les disparités d’accès au numérique, notamment dans les zones peu desservies, en mobilisant les expertises complémentaires des deux entités. L’IFC mettra à profit son savoir-faire en matière de financement du développement, tandis qu’OMEA s’appuiera sur sa présence opérationnelle dans la région et sur la solidité de son réseau télécoms.
Les projets prévus porteront principalement sur le déploiement d’infrastructures stratégiques : tours de télécommunications, réseaux de fibre optique et extension de la couverture mobile dans des territoires ruraux ou enclavés, où les besoins restent largement insatisfaits.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité des opérations précédentes soutenues par l’IFC, telles que le financement de 75 millions de dollars accordé à Sonatel en 2024 pour développer la couverture 4G et la fibre au Sénégal, ainsi que la première opération de titrisation télécoms en Afrique de l’Ouest.
Selon les données publiées par We Are Social et Meltwater en octobre 2024, le taux de connectivité à Internet atteint 42,6 % en Afrique de l’Ouest et seulement 31,8 % en Afrique centrale, soulignant un retard significatif par rapport aux moyennes mondiales. Par ailleurs, un rapport de la GSMA indique que 13 % de la population d’Afrique subsaharienne demeure totalement hors de portée de tout réseau mobile, les zones rurales étant les plus touchées.
En favorisant l’accès à des services numériques de qualité, notamment dans les zones rurales ou mal desservies, cette collaboration pourrait accélérer l’intégration économique, stimuler l’innovation locale et améliorer l’accès à l’éducation, aux soins de santé ainsi qu’aux services financiers. Ce partenariat devrait également favoriser la création d’emplois directs et indirects dans les pays concernés.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Le Gabon s’appuie sur Visa pour élargir l’accès aux paiements électroniques
Le gouvernement ghanéen mise sur la coopération internationale pour réaliser ses ambitions de transformation numérique. Récemment, les autorités se sont rapprochées de l’Allemagne, de l’Italie, du Danemark, entre autres.
Le gouvernement ghanéen envisage de renforcer sa coopération avec l’Inde dans le secteur technologique. La question a été au centre des échanges lors d’une rencontre tenue le jeudi 15 mai entre le ministre ghanéen de la Communication, des Technologies numériques et de l’Innovation, Samuel Nartey George (photo, au centre), et l’ambassadeur de l’Inde au Ghana, Shri Manish Gupta (photo, à gauche).
Au cours des échanges, les deux parties ont exploré les opportunités de partenariats dans les domaines des paiements numériques, de la banque mobile et de l’inclusion financière. Elles ont également abordé le développement de l’écosystème technologique ghanéen, avec l’ambition de faire du pays un pôle de codage en Afrique. Enfin, les discussions ont porté sur le renforcement des infrastructures numériques afin de mieux soutenir l’innovation et l’entrepreneuriat.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des efforts de coopération internationale du gouvernement ghanéen en faveur de la transformation numérique, considérée comme un levier du développement socioéconomique. Au cours des dernières semaines, le pays s’est notamment rapproché de l’Allemagne, de l’Italie, de la Turquie, d’Israël et du Danemark. À cela s’ajoutent des entités et entreprises comme la société de fibre CSquared, Deloitte, l’Organisation régionale africaine de communication par satellite (RASCOM), l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et Meta.
Pour le moment, le Ghana s’est classé à la 108e place mondiale sur 193 à l’indice de développement de l’e-gouvernement des Nations unies avec un score de 0,6317. Il est bien au-dessus de la moyenne africaine (0,4247) mais légèrement en dessous de la moyenne mondiale (0,6382). L’Inde, quant à elle, a été classée 97e avec un score de 0,6678.
Il convient de rappeler que les échanges entre le Ghana et l’Inde restent à une étape embryonnaire. Les deux parties se sont engagées à approfondir les pistes de coopération et à identifier des projets concrets à mettre en œuvre. Toutefois, aucun accord n’a été signé ou même annoncé pour le moment. Il faudrait donc attendre des développements ultérieurs pour s’avancer davantage sur les perspectives et l’impact potentiel.
Isaac K. Kassouwi
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Le Ghana se rapproche de Meta pour accélérer sa transformation numérique
La transformation numérique figure parmi les priorités de nombreux pays africains. Pour qu’elle soit pleinement réussie, elle doit s’accompagner de garanties solides en matière de cybersécurité et de protection des données, tant pour les citoyens que pour les institutions.
La Zambie et le Zimbabwe cherchent à s’inspirer du Nigeria en matière de protection des données personnelles. À cet effet, des délégations distinctes des deux pays d’Afrique australe ont effectué cette semaine une visite de travail au siège de la Commission nigériane de protection des données (NDPC). La rencontre s’est tenue en marge de l’Assemblée générale du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles (RAPDP), organisée à Abuja, au Nigeria.
« L’objectif de cette visite était pour les délégations d’étudier le fonctionnement quotidien de la NDPC, en vue de reproduire les meilleures pratiques dans leurs pays respectifs », a déclaré l’organisation dans un communiqué publié le mercredi 14 mai.
Vincent Olatunji, commissaire national de la NDPC, a présenté aux visiteurs un aperçu de l’évolution de la protection des données au Nigeria, soulignant que la Commission a élaboré une feuille de route stratégique qui lui sert de guide depuis la signature de la loi nigériane sur la protection des données de 2023. Il a précisé que le modèle de partenariat public-privé mis en place constitue l’un des principaux leviers du succès de l’institution. Les échanges ont également porté sur d’autres aspects clés tels que le développement du capital humain, la sensibilisation du public, l’élaboration de politiques adaptées et les stratégies de collaboration.
Cette visite de benchmarking intervient dans un contexte de transformation numérique accélérée marquée par une généralisation de l’adoption des services de communications électroniques. « Alors que les entreprises, les gouvernements et les particuliers dépendent de plus en plus des plateformes numériques, la question de la sécurité des données personnelles n’a jamais été aussi cruciale », a indiqué la plateforme d’échange de cryptomonnaies Yellow Card dans l’édition 2025 de son rapport « The State of Data Protection Laws in Africa ».
Cela pourrait permettre aux autorités de protection des données de la Zambie et du Zimbabwe de renforcer leur capacité à assumer pleinement leur rôle, qui consiste, selon Yellow Card, à faire respecter la législation, enquêter sur les violations et accompagner entreprises et citoyens dans l’adoption de bonnes pratiques. À titre d’exemple, une enquête conjointe de 38 mois menée par la Commission fédérale de la concurrence et de la protection des consommateurs (FCCPC) et la NDPC a révélé que WhatsApp avait enfreint les lois nigérianes sur la protection des données et la concurrence. En conséquence, une amende de 220 millions de dollars a été infligée à sa maison mère, Meta, en juillet 2024.
Il convient toutefois de rappeler que répliquer le modèle nigérian en Zambie et au Zimbabwe peut être compliqué étant donné que les contextes sont différents. D’ailleurs, Yellow Card souligne que l’efficacité des autorités de protection des données est inégale selon les pays du continent, en raison de disparités en matière de ressources, d’expertise et de volonté politique.
Isaac K. Kassouwi
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Sénégal : la protection des données au cœur d’une coopération panafricaine
Le Nigeria a lancé une académie virtuelle pour former à la protection des données
Le gouvernement américain et ivoirien collaborent depuis plusieurs années dans divers secteurs. Ces derniers temps, leurs partenariats se sont intensifiés dans le domaine des technologies numériques, avec un accent sur la cybersécurité, la connectivité et le développement de compétences locales.
Les États-Unis intensifient leur engagement dans la transformation numérique de la Côte d’Ivoire. Lors d'une récente visite officielle à Abidjan, Troy Fitrell, haut fonctionnaire du Bureau des affaires africaines du Département d’État américain, a pris part à plusieurs rencontres économiques majeures, au cours desquelles plus de 550 millions de dollars d'accords commerciaux ont été annoncés ou signés entre les deux pays. Ces investissements couvrent des secteurs stratégiques tels que l’énergie, la transition numérique, les infrastructures, la sécurité, le logement et la technologie.
Dans le domaine des TIC, plusieurs initiatives ont été mises en avant, notamment un protocole d'accord signé entre l'Université George Mason, la société américaine Cybastion et le ministère ivoirien de l’Économie numérique. Ce partenariat vise à former de jeunes talents en intelligence artificielle et en cybersécurité, afin de doter la jeunesse ivoirienne des compétences nécessaires pour répondre aux défis de l'économie numérique.
Par ailleurs, la société américaine Cybastion s'est engagée à développer des projets dans plusieurs pays ouest-africains, notamment en matière de cybersécurité, d'e-gouvernement, de connectivité et de formation technologique.
Ce nouvel engagement s’inscrit dans la continuité d’une coopération déjà établie entre la Côte d’Ivoire et Cybastion. En 2023, la société spécialisée dans la cybersécurité avait déjà signé un accord avec les autorités ivoiriennes pour le développement d’un data center national et d’une cité administrative numérique. En 2024, un partenariat avec Cisco avait été lancé pour former 3000 femmes aux compétences numériques.
À terme, ces initiatives pourraient contribuer à structurer un écosystème numérique régional plus résilient. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est de tirer parti de ces partenariats pour renforcer sa souveraineté numérique, bâtir des infrastructures critiques sécurisées et former une masse critique de talents capables de répondre aux exigences croissantes du numérique, au-delà des simples projets pilotes.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Côted’Ivoire : Cybastion et Cisco s’engagent à former 3000 femmes en TIC d’ici 2025
Le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a annoncé, mardi 13 mai à Chlef, que le service d’itinérance nationale pour le numéro des urgences sera opérationnel avant la fin du mois. Ce dispositif permettra à tout usager de joindre les secours via n’importe quel réseau mobile, même sans couverture de son propre opérateur. Une première phase ciblera l’autoroute Est-Ouest.
Lire aussi:
L'Algérie dévoile sa stratégie de transformation numérique à l'horizon 2030
En Afrique, le Sénégal fait partie des premiers pays à avoir voté une loi sur la protection des données dès 2008. Cependant, avec l’essor du numérique, les défis restent nombreux pour instaurer une véritable culture de la protection de la vie privée et des droits numériques.
La Commission de protection des données personnelles (CDP) du Sénégal a annoncé le lundi 12 mai la signature d’un protocole d’accord stratégique avec l’ONG panafricaine Paradigm Initiative (PIN), en marge de l’Assemblée générale du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles (RAPDP) à Abuja. Ce partenariat vise à renforcer la sensibilisation, l’éducation numérique et la protection de la vie privée dans un contexte de transformation digitale accélérée sur le continent.
« Le gouvernement, le secteur privé, la société civile et les médias doivent collaborer pour que nous puissions tirer le meilleur parti de l'économie numérique. Nous ne pouvons pas continuer à parler d'économie numérique sans la protéger », a déclaré Gbenga Sesan (photo, au centre), le directeur exécutif de l’ONG.
Le partenariat prévoit la mise en œuvre d’activités conjointes de sensibilisation, notamment des campagnes d’information, des ateliers de renforcement des capacités et des sessions de formation à destination des institutions publiques, du secteur privé et de la société civile. L’objectif est d’ancrer une culture de la protection des données à l’échelle nationale et sous-régionale.
PIN, active dans six pays africains (Cameroun, Nigeria, Kenya, Sénégal, Zambie et Zimbabwe), apporte à ce partenariat son expertise en matière de promotion des droits numériques. L’ONG gère également une plateforme en ligne permettant aux victimes d’abus ou d’usages non autorisés de leurs données de signaler les violations.
Au Sénégal, cette collaboration s’inscrit dans un contexte de numérisation croissante des services publics et privés, appuyée par les politiques nationales visant à faire du numérique un moteur de développement. Pourtant, la culture de la protection des données reste encore peu ancrée. Bien que la loi n° 2008-12 sur les données à caractère personnel offre un cadre juridique, son application demeure partielle en raison du manque de moyens techniques, de formation et de sensibilisation, tant au niveau des institutions que du grand public. La CDP, malgré son rôle actif, peine à répondre à l’ensemble des défis liés à la prolifération des plateformes numériques et à la collecte massive de données.
À l’échelle continentale, la situation est contrastée. Selon le rapport 2025 de Yellow Card, 39 des 55 pays africains disposent désormais d’une législation sur la protection des données personnelles. Toutefois, l’application de ces lois varie considérablement. Si certains pays comme le Maroc, l’Afrique du Sud ou le Kenya disposent d’autorités actives et bien structurées, d’autres manquent de ressources humaines, financières ou d’indépendance, limitant ainsi leur capacité d’action. En outre, la ratification de la Convention de Malabo sur la cybersécurité et la protection des données, entrée en vigueur en 2023, constitue une avancée majeure, bien que sa mise en œuvre reste inégale.
Face à ces défis communs, les coopérations régionales, comme celle entre la CDP et Paradigm Initiative, apparaissent essentielles pour mutualiser les efforts, harmoniser les pratiques et promouvoir un environnement numérique sûr, inclusif et respectueux des droits fondamentaux.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Le Nigeria a lancé une académie virtuelle pour former à la protection des données
L’Algérie ambitionne de s’imposer comme un acteur de premier plan dans la transformation numérique sur le continent africain. Pour y parvenir, le pays s’est doté d’une feuille de route structurée autour de cinq piliers stratégiques.
La haut-commissaire à la numérisation, Meriem Benmouloud (photo), a officiellement présenté, lundi 12 mai à Alger, la Stratégie nationale de transformation numérique (SNTN). Ce document cadre vise à accompagner la transition numérique du pays à l’horizon 2030, en mobilisant l’ensemble des parties prenantes, notamment les ministères, experts, opérateurs publics et privés, autour d’objectifs communs.
« L’importance majeure accordée au dossier de la numérisation par le président de la République, qui suit en personne son avancement, témoigne de la forte volonté politique animant la plus haute autorité du pays en vue de réaliser une transition numérique globale en Algérie », a déclaré Mme Benmouloud.
La stratégie repose sur cinq axes fondamentaux : le développement des infrastructures numériques de base, la formation et le renforcement des compétences, la gouvernance numérique, la promotion de l’économie numérique et l’inclusion numérique des citoyens.
Objectif : 500 000 spécialistes TIC et 20 % du PIB issus du numérique
Le volet capital humain occupe une place centrale dans la stratégie. Le gouvernement prévoit de former 500 000 spécialistes dans les technologies de l’information et de la communication (TIC), tout en réduisant de 40 % la fuite des compétences spécialisées.
Sur le plan économique, la SNTN ambitionne de faire du numérique un moteur de croissance. Le pays vise une contribution du secteur numérique à hauteur de 20 % du PIB national, en favorisant la digitalisation des services publics et l’émergence d’un écosystème entrepreneurial dynamique.
Par ailleurs, la numérisation complète de l’administration figure parmi les priorités. Elle permettra de moderniser les procédures, d’améliorer la transparence et de renforcer la qualité des services destinés aux citoyens et aux entreprises.
Infrastructures et cybersécurité au cœur des priorités
Pour accompagner ces ambitions, plusieurs projets structurants sont en cours de réalisation, dont deux centres de données nationaux. Celui de Mohammadia est achevé à 80 %, tandis que celui de Blida atteint 50 %, selon la haut-commissaire. Ces infrastructures stratégiques devraient renforcer les capacités de stockage, de traitement sécurisé des données et d’hébergement des plateformes numériques à l’échelle nationale.
Deux piliers transversaux soutiennent cette stratégie : d’une part, l’instauration d’un cadre juridique et réglementaire adapté, avec l’élaboration en cours d’un projet de loi sur la numérisation ; d’autre part, le renforcement de la cybersécurité, essentiel pour protéger les données et les systèmes d’information contre des menaces cybernétiques de plus en plus sophistiquées.
Une volonté affichée de leadership continental
À travers cette stratégie, l’Algérie se projette comme un futur hub numérique en Afrique du Nord. Mme Benmouloud a affirmé que les acquis réalisés jusqu’ici placent le pays sur la voie du leadership continental en matière de transformation numérique d’ici 2030.
Avec cette feuille de route, les autorités entendent structurer durablement l’action publique dans le numérique, dans une logique de développement inclusif, de souveraineté technologique et de modernisation économique.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Algérie : vers la production de 2 millions de tablettes pour les écoles
Dans un pays où le chômage reste élevé et les opportunités d’emploi limitées, les plateformes VTC ont rapidement trouvé leur place. Cependant, leur essor rapide s’est confronté à un cadre réglementaire flou, générant tensions, incertitudes et perturbations économiques.
L’application estonienne Bolt a mis fin à ses services en Tunisie le vendredi 9 mai. Une désactivation totale de l’application, visible sur tous les appareils testés localement, confirme le retrait de la plateforme de VTC. Depuis cette date, l’application n’est plus accessible, et les utilisateurs tunisiens sont désormais accueillis par le message : « Bolt n’est pas encore disponible ici ».
Cette désactivation survient près de six semaines après la décision gouvernementale de suspendre plusieurs plateformes de transport, dont Bolt, en raison de soupçons de blanchiment d’argent, de fraude fiscale et d’exercice illégal. Malgré cette suspension annoncée le 24 mars, l’application était restée partiellement active, ce qui avait entretenu un flou juridique sur sa situation. Cet arrêt marque donc la fin effective de l’activité de Bolt dans le pays, même si la société n’a toujours pas communiqué publiquement sur les raisons précises de ce retrait.
Pour rappel, les autorités tunisiennes avaient enclenché une série de mesures fermes contre les plateformes opérant sans autorisation légale. Dans le cas de Bolt, la société a été radiée du registre national des entreprises, ses bureaux ont été fermés, et des avoirs estimés à 12 millions de dinars tunisiens (environ 3,9 millions de dollars) ont été saisis. De son côté, la plateforme avait rejeté les accusations, affirmant être en conformité avec la législation tunisienne, tout en dénonçant une procédure menée sans possibilité de se défendre devant la justice.
Présente en Tunisie depuis 2019, Bolt s’était rapidement imposée comme un acteur clé du transport urbain, notamment à Tunis, Sfax et Sousse. L’application offrait une source de revenu à plus de 5 000 chauffeurs, souvent indépendants, dans un contexte socio-économique déjà tendu. Sa suspension accroît l’incertitude pour ces travailleurs, alors que le taux de chômage atteignait déjà 16 % au troisième trimestre 2024, selon l’Institut national de la statistique.
Le départ de Bolt relance le débat sur l’encadrement juridique des plateformes numériques en Tunisie. En l’absence de cadre clair, les entreprises évoluent dans une zone grise, vulnérable aux décisions administratives et aux revirements réglementaires. Pour tirer pleinement parti de l’économie numérique et attirer les investissements étrangers, la Tunisie devra trouver un équilibre entre souveraineté réglementaire et attractivité économique.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Le pays multiplie les échanges avec Huawei. En mars dernier, les deux parties avaient déjà discuté d’un projet de datacenter national et de solutions d’e-gouvernement.
Le gouvernement guinéen veut renforcer sa coopération avec la société technologique chinoise Huawei pour accélérer sa transformation numérique. La question était au cœur des discussions le mercredi 7 mai lorsque Rose Pola Pricemou (photo, à gauche), ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique, a reçu en audience une délégation de Huawei Guinée.
Les échanges entre les deux parties ont notamment porté sur le développement d’un cloud souverain pour la Guinée, la numérisation de l’administration publique, le renforcement de la cybersécurité nationale, ainsi que la mise en place de programmes de formation et de transfert de compétences au profit de la jeunesse guinéenne.
Le gouvernement guinéen continue de renforcer sa coopération avec Huawei. En mars 2025, en marge du Mobile World Congress de Barcelone, la ministre Pricemou avait déjà échangé avec les représentants de l’entreprise autour du projet de datacenter national et des solutions d’e-gouvernement. Une rencontre antérieure, en décembre 2024, avait permis d’aborder d’autres priorités, notamment le déploiement de la 5G, l’extension du réseau national de fibre optique, le développement de services numériques dans des secteurs stratégiques, ainsi que la formation et le transfert de compétences au profit des acteurs locaux.
Cette intensification des échanges avec Huawei s’inscrit dans la volonté du gouvernement guinéen de développer le partenariat public-privé pour atteindre ses objectifs de transformation numérique. Les autorités estiment que cette approche permet de mitiger les investissements colossaux qu’exigent ces projets. L’exécutif « veut collaborer avec des partenaires innovants pour accélérer l’inclusion numérique et faire du digital un levier de développement économique et social ».
Le partenariat avec Huawei, l’un des leaders mondiaux des technologies, pourrait jouer un rôle déterminant dans l’accélération de la transformation numérique en Guinée. D’après le rapport des Nations unies intitulé « E-Government Survey 2024: Accelerating Digital Transformation for Sustainable Development », la Guinée affiche un score de 0,4006 sur 1 à l’indice de développement de l’administration en ligne (EGDI), se classant ainsi au 29e rang en Afrique. En 2022, ce score était de 0,2955.
Il convient toutefois de préciser qu’aucun accord officiel n’a été signé ni annoncé pour le moment entre les deux parties. Il faudra donc suivre les développements à venir pour mieux apprécier la portée réelle de cette collaboration et son impact potentiel.
Isaac K. Kassouwi
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
La Guinée jette les bases d’une stratégie nationale d’IA
La Guinée veut renforcer son partenariat avec la France dans le numérique
Le mercredi 7 mai, à l'occasion de la Journée nationale de la Mémoire, l'Algérie a lancé une plateforme numérique dédiée à la préservation et à la valorisation de son patrimoine matériel et immatériel. Cette initiative vise à documenter, numériser et rendre accessible l'ensemble du patrimoine national, incluant les sites historiques, les objets culturels, les traditions orales et les pratiques sociales.
Lire aussi: