Les collaborations interétatiques sont devenues indispensables pour accélérer le développement du numérique en Afrique. Dans cette dynamique, le Gabon intensifie ses initiatives bilatérales afin de renforcer la connectivité et d’approfondir l’intégration numérique régionale.
Le Gabon et la Guinée équatoriale poursuivent leur rapprochement dans le domaine du numérique. Le ministre gabonais de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, Mark-Alexandre Doumba, a effectué le dimanche 9 novembre une mission officielle en Guinée équatoriale, où il a rencontré son homologue, Honorato Evita Oma, afin d’examiner les projets communs destinés à renforcer la connectivité entre les deux pays.
Les deux délégations ont réalisé une visite conjointe des sites techniques de Mongomo (Guinée équatoriale) et d’Oyem (Gabon), situés de part et d’autre de la frontière. Cette mission visait à évaluer l’état d’avancement des infrastructures existantes — antennes, fibre optique et équipements de télécommunication — en vue de renforcer l’interconnexion numérique transfrontalière.
Les échanges bilatéraux ont permis d’avancer vers la signature prochaine d’accords portant sur trois axes majeurs : l’interconnexion de la fibre optique, la mise en place d’un roaming gratuit entre les deux pays et la coordination des fréquences aux frontières pour garantir une connectivité plus fluide et plus stable. Ces initiatives visent à faciliter la communication, réduire les coûts d’accès aux services numériques et renforcer la coopération technique entre les opérateurs.
Cette rencontre intervient après la visite de Mark-Alexandre Doumba au Maroc, début novembre, où il avait discuté avec les autorités marocaines du renforcement des compétences numériques et du développement de l’intelligence artificielle. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération bilatérale, traduisant la volonté du Gabon de bâtir un écosystème numérique connecté et compétitif à l’échelle régionale.
En s’interconnectant avec la Guinée équatoriale, le Gabon franchit une nouvelle étape vers une intégration numérique sous-régionale fondée sur la connectivité, la formation et l’innovation. Cette avancée pourrait favoriser l’émergence de nouveaux partenariats technologiques en Afrique centrale, notamment dans les télécommunications, la cybersécurité et les services numériques.
Selon les données 2024 de l’Union internationale des télécommunications (UIT), le Gabon affiche un indice de développement des TIC de 76,1 sur 100, l’un des plus élevés d’Afrique centrale, contre 45,5 sur 100 pour la Guinée équatoriale, soulignant le potentiel de complémentarité entre les deux pays dans le domaine du numérique.
Samira Njoya
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La société poursuit sa croissance dans un contexte de transformation numérique et d’adoption des services télécoms. Le chiffre d’affaires du groupe est par exemple passé de 1016,5 milliards FCFA en 2023 à 1084,1 milliards FCFA en 2024.
Le chiffre d’affaires du Groupe Orange Côte d’Ivoire a atteint 875,7 milliards FCFA, soit environ 1,6 milliard $, au troisième trimestre de l’année 2025. Cela représente une augmentation de 9,9% comparativement au chiffre d’affaires à la même période en 2024. L’information émane des résultats financiers consolidés de l’entreprise publiés en octobre 2025.
« La performance du chiffre d’affaires d’Orange Côte d’Ivoire repose principalement sur la data mobile et la fibre, portés par la croissance des bases d’abonnés et la hausse des usages numériques », peut-on lire dans le document.
Le document révèle que Orange Liberia « poursuit sa progression positive, stimulée par l’amélioration de la qualité réseau et l’application efficace du prix plancher ». Orange Burkina Faso, quant à lui, affiche une croissance soutenue par la progression continue de ses services mobiles, l’essor du mobile money et l’expansion de la fibre optique dans le pays.
Outre le chiffre d’affaires, la plupart des indicateurs sont également en hausse. Par exemple, le bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement, après charges locatives (EBITDAaL) a crû de 7,8% pour atteindre 305,3 milliards FCFA au 3e trimestre de 2025. Le résultat net est passé à 118,8 milliards FCFA contre 118,6 à la même période en 2024.
Adoni Conrad Quenum (Agence Ecofin)
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En 2023, seulement 27% de la population d’Afrique subsaharienne avait accès à l’Internet mobile, selon la GSMA. L’accessibilité financière des smartphones est l’une des principales causes de cette fracture numérique.
L’Association mondiale des opérateurs télécom (GSMA) et six grands opérateurs africains, dont Orange, se mobilisent pour élargir l’accès des Africains au smartphone. Le mardi 21 octobre, lors du Mobile World Congress de Kigali au Rwanda, ils ont présenté un accord sur un standard technique minimal (mémoire/RAM, écran, batterie, caméra, etc.), garantissant un appareil de qualité offrant une expérience 4G « suffisante » et durable, au prix compris entre 30 et 40 $.
Selon la GSMA, la valeur des composants physiques d’un smartphone (écran, processeur, mémoire, radio, batterie, etc.) représente 50 à 70 % de son coût total. Mais aucun composant, pris isolément, ne permet de réduire le prix sans dégrader l’expérience utilisateur (trop peu de mémoire, caméra médiocre, batterie qui surchauffe…). Une baisse durable des prix nécessite à la fois d’optimiser la valeur des composants, de produire en volume (effets d’échelle) et de rationaliser tout ce qui entoure la production : brevets, licences, logistique, marges des distributeurs. La standardisation permet à tous de commander le même modèle, ce qui incite les fournisseurs (écrans, batteries, etc.) à réduire leurs prix grâce aux volumes importants. L’objectif du standard GSMA est exactement cela : fédérer les commandes autour d’un modèle unique, rassurer les fabricants et permettre une production en grande série à moindre coût.
Comment atteindre l’objectif ?
Pour concrétiser cette vision, la coalition s’appuiera sur deux leviers. Dans les prochains mois, la GSMA prévoit de collaborer avec les fabricants d’équipements d’origine (OEM) et les entreprises technologiques pour discuter des exigences minimales et obtenir leur soutien en faveur d’appareils 4G abordables. Parallèlement, elle encourage les gouvernements africains à supprimer rapidement les taxes sur les smartphones d’entrée de gamme, dont le prix est inférieur à 100 dollars. Par exemple, en Afrique du Sud, en mars 2025, les autorités ont supprimé les droits d’accise pour les smartphones coûtant moins de 2 500 rands (136 $), afin de réduire la barrière d’accès pour les ménages modestes.
« Dans certains pays, la TVA et les droits d’importation peuvent augmenter le prix des appareils de plus de 30 %, ce qui alourdit directement le coût pour les citoyens et freine l’inclusion numérique », dénonce l’Association. Vivek Badrinath, directeur général de la GSMA, précise : « L’accès à un smartphone n’est pas un luxe, c’est un lien vital vers les services essentiels, les opportunités de revenus et la participation à l’économie numérique. En s’unissant autour d’une vision commune pour des appareils 4G abordables, les principaux opérateurs africains et la GSMA envoient un signal fort aux fabricants et aux décideurs politiques. »
Pourquoi c’est décisif ?
En Afrique, le principal frein à l’accès aux services mobiles n’est plus la couverture réseau, mais le coût des téléphones. Au cours des dix dernières années, les sociétés de téléphonie ont beaucoup investi pour étendre leur couverture et répondre à la demande croissante en connectivité. Ainsi, en 2024, la couverture mobile sur le continent atteignait 86 % pour la 3G, 71 % pour la 4G et 11 % pour la 5G, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT). Cependant, seuls 52 % des Africains étaient connectés au haut débit mobile.

GSMA Intelligence estime qu’un smartphone à 40 dollars pourrait permettre à 20 millions de personnes supplémentaires en Afrique subsaharienne d’accéder à Internet mobile, tandis qu’un appareil à 30 dollars pourrait connecter 50 millions de personnes.
Pour qu’un smartphone soit considéré abordable, la GSMA indique qu’il doit représenter entre 15 % et 20 % du revenu mensuel moyen. Cette proportion se base sur l’observation des pays où l’adoption des smartphones est élevée (plus de 60 %, 70 % et 80 %). Selon la Banque mondiale, dans les pays à revenu faible et intermédiaire, le coût d’un smartphone d’entrée de gamme représente en moyenne 18 % du revenu mensuel d’un adulte. Pour les 40 % des ménages les plus pauvres d’Afrique subsaharienne, ce chiffre grimpe à 73 %.
Pour les opérateurs télécom, démocratiser le smartphone n’est pas anodin : cela signifie un volume plus important de consommateurs d’Internet et, par conséquent, une augmentation de leurs revenus issus des données.
Au-delà de l’aspect technique et fiscal
Rendre le smartphone réellement accessible ne se limite pas à en réduire le prix. Il faut combiner plusieurs leviers pour abaisser la barrière d’entrée et garantir un usage durable. Le financement joue un rôle clé : proposer des paiements échelonnés via les opérateurs ou des microcrédits adaptés aux revenus irréguliers, avec une transparence totale sur les frais et une assurance en cas de panne, facilite l’accès. L’après-vente est tout aussi déterminante : disposer d’un réseau de réparation de proximité, de pièces détachées disponibles et de prix plafonnés prolonge la durée de vie des appareils, réduit les déchets et protège le pouvoir d’achat.
Les compétences numériques sont également cruciales. Beaucoup de personnes perçoivent encore le smartphone comme un produit de luxe simplement parce qu’elles ne savent pas l’utiliser. Former les utilisateurs aux fonctions de base augmente leur autonomie et valorise l’appareil, ce qui relativise son coût face à son utilité quotidienne.
En combinant ces différents leviers, l’acquisition d’un smartphone devient un véritable investissement. L’appareil se transforme en outil de travail, de formation et d’accès aux droits essentiels. Pour que cette dynamique fonctionne sur le long terme, il est nécessaire que les politiques publiques et l’industrie co-conçoivent des parcours complets, depuis l’achat jusqu’à la maintenance, afin que le smartphone devienne un vecteur durable d’inclusion numérique.
Muriel Edjo
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Portée par l’essor fulgurant de la téléphonie mobile, l’Afrique a transformé le téléphone en véritable outil bancaire. Des millions de personnes auparavant exclues du système financier accèdent désormais à des services de transfert, d’épargne et de paiement. Une mutation profonde et discrète qui redessine les économies et bouscule les modèles traditionnels de la finance.
Depuis une quinzaine d’années, l’Afrique est au cœur d’une révolution financière déterminante : celle du Mobile Money. Ce système, qui permet d’envoyer, recevoir et stocker de l’argent à partir d’un simple téléphone portable, a radicalement transformé les usages financiers sur le continent. Alors que 57 % des Africains ne possédaient toujours aucun compte bancaire en 2021 selon le rapport « Digital Banking In Sub-Saharan Africa » de BPC et Fincog, le nombre de comptes Mobile Money a continué de prendre de l’ampleur.
Lancé au Kenya en 2007, le service comptait un peu plus de 57 millions d’abonnés en Afrique subsaharienne en 2012. Neuf ans plus tard, en 2021, ce chiffre avait grimpé à 621 millions d’utilisateurs. En 2024, l’Afrique a atteint 1,1 milliard de comptes Mobile Money enregistrés (53% du nombre mondial), représentant 81 milliards de transactions financières d’une valeur de 1,1 trillion de dollars (66% de la valeur mondiale), d’après les données de l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA).
En Afrique, le Mobile Money est devenu bien plus qu’un simple outil de transfert. Il est devenu une industrie à part entière génératrice de croissance, d’inclusion financière et d’opportunités socio-économiques. De Nairobi à Dakar, en passant par Abidjan et Lagos, le téléphone portable a transformé la manière dont des millions d’Africains accèdent aux services financiers, créant un impact mesurable sur le produit intérieur brut (PIB) et sur la vie quotidienne.
Un poids croissant dans le PIB africain
Le secteur de l’argent mobile ne se contente plus d’inclure les populations exclues du système bancaire traditionnel : il contribue massivement à l’économie. Selon les données de 2023, le PIB total des pays disposant de services de Mobile Money était supérieur de 720 milliards de dollars à ce qu’il aurait été sans cette innovation. En Afrique subsaharienne, berceau et épicentre de cette révolution, la contribution est passée de 150 milliards de dollars en 2022 à 190 milliards en 2023. Les écarts sont toutefois notables selon les zones.

Source: GSMA
« Le Mobile Money a eu un impact plus important sur le PIB des pays d'Afrique de l'Ouest que partout ailleurs sur le continent. Cela apparaît clairement lorsque l'on compare les pays d'Afrique subsaharienne. Au Bénin, en Côte d'Ivoire, au Ghana, en Guinée, en Guinée-Bissau, au Sénégal et au Liberia, le Mobile Money a contribué à plus de 5 % du PIB. En Afrique de l'Est, le Mobile Money a contribué à plus de 5 % du PIB du Kenya, du Rwanda, de l'Ouganda et de la Tanzanie. Ailleurs en Afrique subsaharienne, la contribution du Mobile Money au PIB a été mitigée. En Afrique centrale, le Cameroun, le Congo et le Gabon ont chacun enregistré une contribution comprise entre 5 % et 8 %. En Afrique australe, où le Mobile Money est moins répandu, les contributions au PIB restent généralement inférieures à 5 %. À mesure que l'utilisation du Mobile Money se développe en Afrique subsaharienne, son impact sur le PIB national pourrait également augmenter ».
Des impacts socio-économiques tangibles
Au-delà des chiffres macroéconomiques, l’argent mobile a des répercussions directes sur la vie des populations. Au Mali, la start-up OKO, en partenariat avec Orange Money, a permis à plus de 41 000 agriculteurs de souscrire à une assurance indicielle contre les aléas climatiques. En Éthiopie, l’alliance entre Lersha, Telebirr et M-PESA propose prêts groupés et couvertures agricoles, renforçant la sécurité alimentaire. Le modèle pay-as-you-go (PAYG), qui permet d’acheter des kits solaires en payant par mobile, explose en Afrique de l’Est. Des pays comme le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie illustrent comment Mobile Money et énergies renouvelables forment un tandem pour l’électrification rurale. Selon la GSMA, le Mobile Money contribue à 15 des 17 Objectifs de Développement Durable, notamment la lutte contre la pauvreté, l’égalité des genres et l’accès à l’éducation.
Le Mobile Money permet aujourd’hui : d’épargner directement depuis son téléphone, d’accéder à du crédit, de souscrire à des assurances, de régler des factures, des frais scolaires ou des paiements marchands. Cette diversification transforme les téléphones en banques de poche, adaptées aux besoins d’une population souvent éloignée des agences bancaires. En 2024, toutes les régions africaines ont enregistré une progression de l’usage du Mobile Money.
Aperçu régional de la Croissance en Afrique (2024)
|
Région |
Services actifs |
Comptes enregistrés |
Comptes actifs 30j |
Transactions |
Valeur des transactions |
|
Afrique subsaharienne |
N/A |
1,1 milliard (+19%) |
286 millions (+12%) |
81 milliards (+22%) |
1,1 trillion USD (+15%) |
|
Afrique de l'Ouest |
74 |
485 millions (+21%) |
97 millions (+13%) |
22 milliards (+15%) |
357 milliards USD (+5%) |
|
Afrique de l'Est |
57 |
459 millions (+15%) |
149 millions (+12%) |
52 milliards (+25%) |
649 milliards USD (+23%) |
|
Afrique australe |
15 |
27 millions (+19%) |
4 millions (-20%) |
543 millions (-9%) |
6 milliards USD (+4%) |
|
Afrique centrale |
19 |
104 millions (+24%) |
32 millions (+13%) |
7 milliards (+22%) |
83 milliards USD (+7%) |
|
Afrique du Nord |
13 |
25 millions (+24%) |
3 millions (+44%) |
262 millions (+63%) |
10 milliards USD (+53%) |
Source : Agence Ecofin
Les leaders du marché
Le succès enregistré par le Mobile Money au fil des années en Afrique a suscité un investissement croissant des opérateurs télécoms dans le service. Aujourd’hui, quelques leaders se démarquent clairement sur le marché.
Orange
Depuis son lancement en 2008 en Côte d'Ivoire, Orange Money a évolué pour devenir un acteur majeur de l’inclusion financière, atteignant 40 millions d’utilisateurs actifs et 164 milliards € de transactions en 2024. Le service qui est disponible dans les 16 marchés africains du groupe télécoms français revendique 25 millions de transactions par jour. Lors d’un atelier organisé le 15 avril 2025, dans le cadre du GITEX au Maroc, Jérôme Hénique, alors directeur général d’Orange Afrique et Moyen-Orient (OMEA), déclarait qu’Orange Money a vu sa valeur de transactions plus que doubler entre 2021 et 2024. Elle est passée de 46 milliards € à 164 milliards €. Le service enregistre jusqu’à 700 millions € transférés chaque mois, et des services financiers tels que le crédit et l’épargne avec Orange Bank Africa qui compte 1,7 million de clients en 2024 et en partenariat avec d’autres banques dans les pays où Orange Bank Africa n’est pas présent.
MTN
En 2024, le groupe MTN a revendiqué plus de 63 millions d'utilisateurs actifs mensuels de son service MTN MoMo dans 14 de ses 16 marchés. Ceux-ci ont effectué plus de 20 milliards de transactions pour une valeur totale supérieure à 320 milliards de dollars américains, révèle l’entreprise télécoms. Comme son concurrent Orange Money, MTN MoMo permet notamment aux utilisateurs d'accéder à des services de paiement, de commerce électronique, d'assurance, de prêt et de transfert d'argent.
Airtel Africa
La branche du groupe de télécommunications indien Bharti Airtel revendiquait 38 millions de clients Airtel Money (+20,7 %) sur les 14 marchés africains en 2024. La solution qui propose des services d’envoi et retrait d’argent, de paiement par portefeuille électronique, des microcrédits, des services d'épargne et des transferts d'argent internationaux a généré un chiffre d'affaires de 837 millions de dollars en 2024. Soit une croissance de 32,8 % à taux de change constant par rapport aux 692 millions de dollars enregistrés en 2023.
Vodacom Group
La société a déclaré 87,7 millions de clients pour ses services financiers mobiles, y compris Safaricom, pour l’exercice financier 2024 clos en mars 2025. Les solutions VodaCash et M-Pesa, opérationnels à travers huit marchés africains, ont traité plus de 450,8 milliards de dollars de transactions sur l'année, soit une hausse de 18,3 %. Le chiffre d'affaires des services financiers a progressé de 17,6 % sur une base normalisée, représentant 11,6 % du chiffre d'affaires des services du Groupe. Safaricom a également enregistré un chiffre d'affaires de 22,6 milliards de rands dans le secteur des services financiers. Pour le M-Pesa en particulier, proposé par Safaricom au Kenya et en Ethiopie, le service a généré 161,1 milliards shillings kényans (1,2 milliard $) pour 37,1 millions d’utilisateurs.
Les obstacles à surmonter
Malgré l’impact considérable du Mobile Money sur l’économie africaine et les conditions de vie de millions de personnes, plusieurs défis freinent la pleine expression du potentiel transformateur du service.
L’écart persistant dans la possession de téléphones mobiles, prérequis pour l’utilisation des services financiers, avec 8% de femmes en moins que d’hommes propriétaires dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Cet écart varie selon les pays : l’Éthiopie affiche par exemple un niveau particulièrement bas (plus d’un tiers des femmes sans mobile).
La fracture de genre persiste aussi en matière de possession d’un compte Mobile Money dans plusieurs pays. GSMA révèle que la plupart des pays étudiés en 2023 n'ont constaté aucune amélioration du taux de détention de comptes bancaires par les femmes ni de leur écart de genre respectif en 2024. Pour certains, l'écart de genre stagne pour la troisième année consécutive. C'est le cas du Sénégal où la détention d'un compte bancaire est désormais quasi universelle pour les hommes, mais plus d'un quart des femmes n'en possèdent toujours pas. Une amélioration a été constatée au Nigeria, où l'écart entre les sexes est passé de 46 % à 41 %. En 2024, le taux de détention de comptes bancaires a augmenté tant chez les hommes que chez les femmes.
La faible littératie financière numérique fait que beaucoup d’utilisateurs maîtrisent mal les fonctionnalités avancées en Afrique. En 2024, des écarts entre les sexes existaient pour les transactions de base, telles que les dépôts, les retraits et les virements P2P, ainsi que pour les transactions liées à l'écosystème et les services financiers connexes, déplore GSMA.
Parmi tous les adultes ayant déjà utilisé l'argent mobile, les femmes de presque tous les pays étudiés étaient moins susceptibles d'avoir utilisé le Mobile Money. Au Sénégal, 5 % des femmes, contre 16 % des hommes, ont indiqué recevoir des salaires ou des rémunérations. Au Nigeria, un quart des femmes interrogées contre 41 % des hommes ont affirmé recevoir des paiements d'un client. Au Kenya, la moitié des femmes kenyanes interrogées avaient effectué un paiement marchand, contre deux tiers des hommes.

Source : GSMA
À mesure que l'écosystème financier mondial devient de plus en plus interconnecté, le risque de fraude s'est accru. Dans plusieurs pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, l'usurpation d'identité, la fraude interne, la cyberfraude et la fraude par des agents ont eu un impact sur l'argent mobile. GSMA explique que chaque catégorie de menace peut être subdivisée en typologies plus précises, telles que l'ingénierie sociale, l'attaque de type « man-in-the-middle » et les logiciels malveillants, entre autres. La GSMA considère que de nombreux régulateurs soutiennent modérément la lutte contre la fraude liée à l'argent mobile. Elle affirme que plus de 70 % des fournisseurs de Mobile Money estiment que les autorités chargées de l’application de la loi sont inefficaces, faute de compétences techniques, de moyens suffisants et en raison de la corruption.
Une industrie appelée à peser davantage
L’argent mobile est désormais reconnu comme un moteur structurel du développement africain. Il ne s’agit plus seulement d’un outil d’inclusion, mais d’une industrie intégrée, capable de générer des revenus, d’accroître la résilience des ménages et de soutenir des secteurs stratégiques comme l’agriculture et l’énergie.
Avec plus d’un trillion de dollars de transactions enregistrées en 2024, le Mobile Money est devenu un pilier de l’économie numérique africaine. Son avenir reposera sur deux leviers clés : généraliser l’interopérabilité internationale, afin de fluidifier les transferts transfrontaliers directement entre opérateurs télécoms de régions différentes, et le renforcement de la confiance par la régulation et la lutte contre la fraude.
Muriel Edjo
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En 2024, les réseaux 3G et 4G couvraient respectivement 98,3 % et 93,7 % de la population ivoirienne, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT). La 5G, elle, n’a pas encore été déployée commercialement dans le pays.
Le ministère ivoirien de la Transition numérique et de la Digitalisation pilote jusqu’au jeudi 25 septembre 2025 la 2ᵉ phase du Programme national de connectivité rurale (PNCR), avec l’appui de l’Autorité de régulation des télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI). Cette étape qui vise à connecter 30 nouvelles localités à l’Internet haut débit, a démarré dans la région du Worodougou où les villages de Yanfissa, Kangana, Kognimansso et Dougbe sont déjà pourvus.
Les régions du Kabadougou, des Grands-Ponts, de la Nawa, du Sud-Comoé, du Nzi, du Guémon, du Cavally, du Poro et du Tchologo sont les prochaines ciblées. L’objectif est de réduire la fracture numérique entre zones urbaines et rurales et de faciliter dans ces dernières l’accès à l’éducation, la santé, le commerce, ainsi que l’inclusion sociale et financière.
« La connectivité rurale est fondamentale dans la vision de la transformation sociale et numérique de la Côte d'Ivoire du Président de la République, Alassane Ouattara : Il voit les technologies et l'innovation comme l'outil par excellence pour accélérer le développement économique et social. C'est porteur de ce projet social du gouvernement que le ministère met en place ce programme national pour assurer que tout citoyen sans considération de la zone où il vit, ait un accès aisé à l'Internet haut débit et aux services du numérique » a indiqué le ministre Kalil Konaté.
Le PNCR s’inscrit aussi dans un plan plus large des autorités ivoiriennes pour faire du pays un hub numérique régional. Selon la plateforme DataHub de l’Union internationale des télécommunications (UIT), le taux de pénétration d’Internet s'y élève à 52,7% en milieu urbain, contre seulement 24,6% dans les zones rurales. Cette disparité se reflète également dans l'accès des ménages à Internet à domicile, avec 85,7% pour les ménages urbains contre 57,7% à la campagne.
À terme, le programme devrait réduire le gap entre les milieux ruraux et urbains en matière de connectivité, renforcer l’inclusion digitale et favoriser le développement économique local dans des zones jusque-là numériquement isolées. Il pourrait aussi stimuler l’entrepreneuriat, améliorer l’accès aux services publics en ligne et préparer les populations rurales à mieux s’intégrer à l’économie numérique nationale.
Adoni Conrad Quenum
Edité par : Feriol Bewa
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Le secteur des télécommunications fait partie des plus gros consommateurs d’énergie, majoritairement issue de sources fossiles. Face à cette réalité, les opérateurs cherchent activement des alternatives plus durables afin de réduire leur impact environnemental.
Orange Moyen-Orient et Afrique (OMEA) a solarisé plus de 12 000 sites en 2024, soit une hausse de plus de 50 % par rapport à 2023, selon son rapport de responsabilité sociétale « Cultiver l’impact ». Désormais, 25 % des installations de l’entreprise dans la zone sont alimentées par l’énergie solaire. L'opérateur se positionne ainsi pour atteindre son objectif Net Zéro Carbone d’ici 2040, grâce à des investissements massifs dans les énergies renouvelables et l’économie circulaire.
« Chez OMEA, nous nous engageons à développer un numérique responsable, inclusif et durable, en utilisant pour la satisfaction de nos besoins un maximum d’énergies renouvelables et en incitant nos fournisseurs à en faire de même », déclare la société dans son rapport.
Cette stratégie de solarisation a permis à l’entreprise d’économiser plus de 35 millions de litres de carburant et d’éviter l’émission de plus de 80 000 tonnes de CO₂ équivalent (CO₂éq.) Par ailleurs, la part d’énergie renouvelable dans la consommation globale d’OMEA atteint désormais 35,6 %, soit une progression de plus de 4 points par rapport à 2023.
Dans le cadre de son objectif climatique, Orange s’est engagé à réduire de 90 % ses émissions de CO₂éq. sur l’ensemble de ses activités. Cela inclut les émissions directes, liées à l’usage d’énergies fossiles, et les émissions indirectes, issues de la consommation d’électricité et de l’ensemble de la chaîne de valeur, fournisseurs comme clients. Les 10 % d’émissions résiduelles seront compensés par des projets de séquestration via des puits de carbone naturels, notamment par la restauration et la protection d’écosystèmes.
Mais au-delà des impacts environnementaux, la solarisation du réseau présente aussi des enjeux économiques et opérationnels majeurs, sur un continent où les opérateurs télécoms sont particulièrement exposés aux défis énergétiques. Ces défis incluent des coupures de courant fréquentes, un accès limité au réseau électrique, des coûts énergétiques élevés et des obstacles logistiques à l’adoption des énergies renouvelables. À cela s’ajoute une forte dépendance au diesel, qui entraîne des coûts importants et des inconvénients opérationnels pour les opérateurs.
Étant une source d’énergie renouvelable, le solaire offre une solution adaptée pour compenser le manque d’accès à une électricité fiable, en fournissant une énergie propre, disponible localement et renouvelable. Cela garantit la disponibilité du réseau de l’opérateur même dans des zones où le réseau électrique est limité ou indisponible.
Orange MEA comptait 161 millions de clients dans 17 pays fin décembre 2024. La société a enregistré un chiffre d’affaires de 770 millions d’euros (soit 895,45 millions de dollars américains), en hausse de 11 % par rapport à 2023. Elle a investi 1,4 milliard de dollars pour développer ses infrastructures et ses technologies.
En accélérant la solarisation de son réseau, Orange MEA illustre sa volonté de conjuguer performance opérationnelle, responsabilité environnementale et résilience énergétique sur l’ensemble du continent.
Isaac K. Kassouwi
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Après plusieurs années de transformation et de consolidation, une nouvelle page s’ouvre pour le groupe Sonatel. La direction change, mais reste entre des mains familières, portées par l’expérience, la stabilité et une vision.
Le conseil d’administration de Sonatel a annoncé le jeudi 24 juillet un changement majeur à la tête du groupe télécoms sénégalais. Brelotte BA (photo), actuellement directeur général adjoint d’Orange Moyen-Orient et Afrique (OMEA), a été nommé directeur général du Groupe Sonatel. Il prendra officiellement ses fonctions le 1er août, en remplacement de Sékou Dramé, dont le mandat arrive à échéance le 31 juillet.
Ingénieur diplômé de l’École Polytechnique de Paris et de l’École Nationale des Ponts et Chaussées, Brelotte BA rejoindra la direction du groupe avec une solide expérience de 24 ans dans le secteur des télécommunications, dont une grande partie s’est déroulée au sein du groupe Sonatel. Son parcours illustre une expertise pointue des marchés africains et une maîtrise stratégique des enjeux liés à la transformation numérique sur le continent.
Le Conseil d’administration a salué les réalisations de Sékou Dramé, qui a dirigé Sonatel depuis 2018, et exprimé sa confiance en Brelotte BA pour assurer la continuité du développement du groupe. Il poursuivra les objectifs de croissance de Sonatel, acteur majeur du secteur télécom en Afrique de l’Ouest. Présent dans plusieurs segments à forte valeur ajoutée, le groupe est un pilier stratégique du développement numérique régional.
En 2024, Sonatel a confirmé sa solidité financière avec un chiffre d’affaires consolidé de 1 776,4 milliards de FCFA, en progression de 9,6 % par rapport à l’exercice précédent. Cette performance témoigne de la résilience du groupe dans un contexte marqué par la numérisation accélérée des économies africaines.
Depuis 2003, Brelotte BA a occupé des postes clés dans différentes filiales du groupe dont contrôleur de gestion à Sonatel, directeur général d’Orange Bissau, Orange Guinée, Orange Mali et Orange Niger. Il a également exercé des fonctions centrales, notamment comme directeur des opérateurs et des relations internationales du groupe Sonatel.
Ce parcours opérationnel et régional fait de lui un profil unanimement reconnu au sein du groupe Orange. À la tête de Sonatel, il aura pour mission de renforcer la performance de l’entreprise, de stimuler l’innovation locale et de maintenir la dynamique de croissance dans un contexte de transformation accélérée.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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En 2016, Orange a conclu une opération avec Cellcom pour pénétrer le marché libérien des télécoms. Depuis lors, la firme française s’est imposée comme l’un des principaux opérateurs du pays.
Orange Liberia a investi plus de 250 millions USD entre 2016, année d’acquisition de l’opérateur Cellcom, et juillet 2025. Cet investissement dévoilé la semaine dernière lors de l’édition 2025 du Liberia Technology Summit, a couvert les segments des infrastructures numériques, de l'inclusion financière et de l'éducation technologique. Il a permis à l’opérateur de mieux se positionner sur le marché de ce pays ouest-africain.
« Nous ne sommes pas seulement témoins de la transformation du Liberia. Nous sommes fiers d'être des partenaires actifs de la construction d'une nation numérique où l'innovation est le moteur du développement et où personne n'est laissé pour compte » a déclaré Zayzay Mulbah, représentant le PDG Jean Marius Yao.
Cette déclaration survient quelques mois après l’annonce en mai d’un investissement de 200 millions USD sur les six prochaines années pour, entre autres, améliorer la couverture réseau et la qualité des services, notamment dans les zones rurales encore mal desservies. Sur le plan de l’inclusion financière, l’opérateur télécoms s’est engagé à soutenir les autorités à travers son service Orange Money.
« Au Liberia, nous sommes engagés dans le programme de dématérialisation des paiements du gouvernement pour soutenir tous les secteurs de l’économie dans la transition vers le numérique. Orange Money Liberia a en outre noué un partenariat stratégique pour contribuer à la stratégie d’inclusion financière de la Banque centrale du Liberia » peut-on lire dans son rapport de Responsabilité́ sociétale d’entreprise 2024.
Adoni Conrad Quenum
Edité par : Feriol Bewa
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En adaptant ses services de connectivité et d’inclusion financière aux réalités locales, Orange contribue à réduire la fracture numérique et sociale, jetant les bases d’un développement durable et inclusif.
En 2024, Orange Money a traité 9 milliards de transactions d’une valeur totale de 164 milliards d’euros (environ 191,3 milliards $) sur ses marchés africains, dont 6 milliards d’euros de transferts internationaux. Ces données sont issues du rapport de responsabilité sociétale de l’entreprise « Cultivating Impact: Orange Middle East & Africa 2024 ». La plateforme d'argent mobile a accueilli 14 millions de nouveaux utilisateurs, portant son nombre total de comptes enregistrés à 100 millions depuis son lancement, dont 40 millions sont actifs chaque mois.
Orange attribue ce succès à son vaste réseau de 600 000 points de vente, dont 66 000 ouverts en 2024. Ces points d’accès jouent un rôle clé dans le tissu socio-économique local, en générant des revenus pour les agents et en appuyant les micro-entreprises.
La couverture d’Orange Money est particulièrement forte dans certains pays africains. La République démocratique du Congo (RDC) arrive en tête avec 128 400 points de vente, suivie du Cameroun (92 400), du Mali (71 500), de la Côte d’Ivoire (66 400) et de la Guinée (64 400), selon le rapport. Une part importante des utilisateurs actifs sont des femmes, illustrant l’engagement de la plateforme en faveur de l’inclusion. À Madagascar, par exemple, 50 % des utilisateurs actifs d’Orange Money sont des femmes.
Mais Orange Money ne se limite pas aux transferts. L’entreprise a élargi ses services fintech via Orange Bank Africa et des partenariats dans les pays sans présence bancaire locale, comme le Botswana ou Madagascar, pour proposer des microcrédits, tels que les prêts Tik Tak (plus de 340 000 clients en ont bénéficié en 2024). Les solutions de micro-assurance mobile constituent un autre levier de croissance. Elles sont déjà disponibles en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, en RDC et au Mali.
En 2024, Orange Money a accéléré la numérisation du commerce de proximité en équipant des centaines de milliers de vendeurs informels de codes QR et de portefeuilles Orange Money, renforçant ainsi la sécurité des paiements et la traçabilité des transactions.
Son impact s’est également étendu via des solutions de paiements de masse mises en œuvre avec des partenaires tels que le Conseil danois pour les réfugiés (DRC), l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ou le Programme alimentaire mondial (PAM). Ces collaborations ont permis de distribuer rapidement des aides financières à des foyers vulnérables, de manière efficace et ciblée.
Au Liberia, Orange soutient l’initiative gouvernementale de paiements numériques et collabore étroitement avec la banque centrale pour promouvoir l’inclusion financière. En Côte d’Ivoire, plus de 400 000 ménages ont pu recevoir des aides sociales semestrielles grâce à Orange Money, renforçant ainsi les mécanismes de protection sociale.
Et pour la suite ?
Un partenariat signé fin 2024 avec Mastercard permettra aux utilisateurs de sept pays, du Sénégal à la Sierra Leone, d’accéder à des cartes de débit virtuelles et physiques, directement liées à leurs comptes Orange Money, pour faciliter les paiements domestiques et internationaux.
L’ensemble de ces initiatives s’inscrit dans la mission plus large d’Orange : bâtir un écosystème numérique solide, adapté aux besoins locaux, tout en favorisant l’innovation et la création d’emplois. Dans les 17 pays où il est présent, le groupe compte 161 millions de clients, dont 100 millions d’utilisateurs Internet mobile et plus de 83 millions de clients 4G. Fin 2024, la couverture en haut débit mobile atteignait 77 %, avec un objectif de 85 % d’ici 2025.
L’économie numérique africaine devrait atteindre 712 milliards $ d’ici 2050, selon la Société financière internationale (l’IFC). Dans ce contexte, des plateformes comme Orange Money intensifient leurs investissements et diversifient leurs offres pour fidéliser leur clientèle, attirer de nouveaux utilisateurs et augmenter leurs revenus.
Hikmatu Bilali
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Dans la région MEA, Orange est présent dans 17 pays, dont 16 en Afrique. Actuellement, l’entreprise fournit des services d’Internet par fibre dans dix marchés.
En 2024, le parc d’abonnés à l’Internet par fibre optique d’Orange Afrique et Moyen-Orient (OMEA) a atteint 1,4 million, selon le rapport de responsabilité sociétale 2024 de l’entreprise, paru le 3 juillet. Ce chiffre représente une croissance de 28 % par rapport à 2023.
Si l’entreprise n’explique pas clairement le moteur de cette croissance, elle a révélé avoir investi 1,4 milliard de dollars dans son réseau dans la région au cours de l’année. Cela comprend à la fois les réseaux fixe et mobile, ainsi que les technologies de dernière génération. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de transformation numérique marqué par une demande croissante en connectivité à haut débit, aussi bien chez les entreprises que chez les particuliers. Pour répondre à cette demande, l'entreprise couvrait déjà 4,9 millions de foyers par la fibre optique dans la région fin 2024.
« Pour Orange, créer de la valeur durable, c’est tout d’abord permettre au plus grand nombre d’accéder à la connectivité, un service numérique essentiel. Pour cela, nous déployons et opérons des réseaux fixe et mobile à l’échelle mondiale, en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. Aux entreprises, aux opérateurs et aux fournisseurs de contenu, nous offrons un réseau mondial optimisé et des solutions de connectivité de nouvelle génération », a déclaré le groupe Orange dans son rapport annuel intégré 2024.
Orange considère le haut débit fixe (ADSL, fibre, réseau radio) comme l’un de ses principaux moteurs de croissance en Afrique et au Moyen-Orient. Par exemple, dans un article publié en juillet 2024, la société annonçait un investissement de 125 millions d’euros (145,5 millions $) dans les réseaux fixes d’ici 2025, pour raccorder à la fibre 800 000 foyers supplémentaires et atteindre un total de 1,3 millions de clients fibre dans la zone. Entre 100 et 200 millions d'euros étaient également prévus pour renforcer l’infrastructure de la connectivité internationale, notamment les câbles sous-marins.
Pour rappel, Orange fournit des services d’Internet par fibre dans dix pays d’Afrique et du Moyen-Orient : le Sénégal, le Mali, la Guinée, la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso, le Libéria, l’Égypte, le Maroc, la Jordanie et la RDC. Le parc d’Internet fixe comprend également 1,6 million de foyers bénéficiant d’un accès fixe sans fil 4G ou 5G, et près d’un million de foyers connectés à l’ADSL.
Le chiffre d’affaires du haut débit fixe dans la région a crû de 19,5 % entre 2023 et 2024. Cela a permis à la branche OMEA d’Orange d’enregistrer un revenu total de 7683 millions d’euros, soit une hausse de 11,1 % par rapport à 2023. La région a compté pour 19 % du chiffre d’affaires total du groupe.
Isaac K. Kassouwi
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L’Afrique est engagée dans une transformation numérique accélérée, soutenue par le développement d’infrastructures internationales. Mais derrière la promesse d’un accès simplifié à Internet, des défis économiques, sociaux et réglementaires persistent et invitent à s’interroger sur la portée réelle de cette révolution.
L’arrivée ou le renforcement des câbles sous-marins induit une chute rapide des prix de l’Internet, particulièrement en Afrique où les coûts d’accès sont historiquement élevés. C’est ce qu’enseigne le rapport « The Impact of Submarine Cables on Internet Access Price, and the Role of Competition and Regulation », publié en juin 2025 par la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI).
Ce rapport révèle qu’un doublement de la capacité internationale apportée par les câbles sous-marins entraîne une baisse immédiate de 32 % du prix du haut débit fixe et jusqu’à 50 % pour le haut débit mobile.
Au Nigeria, par exemple, le déploiement de cinq nouveaux câbles entre 2010 et 2015 a entraîné une baisse de cinq points du prix du haut débit mobile. En Tunisie, l’inauguration du câble Didon en 2014 a eu un effet similaire sur les tarifs mobiles, ajoute FERDI.
La Banque mondiale appuie également ce constat. Dans une étude publiée en juillet 2024, elle montre que chaque doublement de la capacité des câbles sous-marins en Afrique induit généralement une baisse de 7 % du prix de l’Internet haut débit fixe. Pour le haut débit mobile, la baisse moyenne est de 13 % sur le continent.
La régulation, facteur clé pour pérenniser la baisse des prix
D’après les données de la FERDI, l’effet sur les prix du haut débit fixe tend à s’estomper après quatre ans si la concurrence n’évolue pas ou si le marché se concentre à nouveau. La fondation insiste donc sur le rôle déterminant de la régulation.
Seuls les pays dotés d’une autorité indépendante, capable d’imposer la concurrence, d’encadrer le partage d’infrastructure et de protéger les consommateurs, bénéficient pleinement de la baisse des prix liée aux câbles sous-marins. L’Union internationale des télécommunications (UIT) corrobore ce constat, soulignant que la régulation et l’ouverture du marché sont les premiers facteurs expliquant les écarts tarifaires entre pays africains, bien plus que la simple présence de câbles.
Des disparités persistantes et des défis de gouvernance
L’actualité a mis en lumière la vulnérabilité des réseaux africains. En mars 2024, plusieurs coupures majeures de câbles sous-marins ont paralysé l’accès à Internet dans une dizaine de pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. Ces incidents ont révélé la dépendance du continent à quelques infrastructures critiques et le manque de réseaux de secours nationaux. Selon l’Union internationale des télécommunications, cette fragilité accentue les écarts d’accès et de prix entre les capitales et les régions intérieures, ainsi qu’entre les pays côtiers et enclavés.
Par ailleurs, la concentration du marché reste un risque. FERDI note que si la concurrence baisse après l’arrivée des câbles, les prix peuvent remonter, notamment sur le haut débit fixe. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dans une note de 2023, recommande de renforcer la régulation et d’encourager l’entrée de nouveaux acteurs pour éviter une concentration du secteur.
Les câbles sous-marins constituent un levier puissant pour démocratiser l’accès à Internet en Afrique, mais leur impact réel repose sur la qualité des politiques publiques, de la régulation et de l’investissement dans les réseaux nationaux. Les experts s’accordent sur la nécessité de renforcer la résilience des infrastructures, d’élargir la concurrence et de cibler l’inclusion numérique pour que la baisse des prix profite à tous.
Melchior Koba
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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En moins de dix ans, la 5G est passée du statut de privilège technologique à celui de réalité concrète dans près de 30 pays africains. Une avancée significative qui confirme l’ancrage du continent dans l’économie numérique mondiale, malgré des défis persistants.
La 5G accélère sa progression en Afrique, portée par une dynamique continentale de plus en plus marquée. Selon l’Union africaine des télécommunications (UAT), l’Afrique enregistrait déjà 79 opérateurs télécoms engagés dans des investissements pour la 5G en 2024, répartis dans 41 pays. Parmi eux, 35 opérateurs avaient déjà activé des réseaux commerciaux dans 21 pays. En juin 2021, la région comptait sept réseaux 5G commerciaux actifs sur cinq marchés, selon l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA). Vodacom Lesotho a été le premier opérateur télécoms à lancer la 5G sur le continent en 2018.
En 2024, la technologie représentait 25% de la couverture du réseau mobile en zone urbaine, contre 73% pour la 4G, d’après l’Union internationale des télécommunications. En matière d’abonnés, la 5G comptabilisait déjà plus de 26 millions de consommateurs pour environ 600 millions d’abonnés mobiles uniques dans la région Afrique subsaharienne en 2024.
En intégrant l’Afrique du Nord, notamment la Tunisie et l’Egypte où la 5G commerciale est déjà proposée aux clients depuis février et juin 2025, ces chiffres seraient certainement plus importants à l’échelle de l’Afrique où 48 opérateurs télécoms ont déjà activé la 5G dans 28 pays selon les données de juin 2025 de l’Agence Ecofin.
L’état de la 5G en Afrique
Source : Agence Ecofin
Au regard du nombre important d’opérateurs télécoms qui s’intéressent à la 5G, notamment en Algérie, en République démocratique du Congo, au Maroc, en Côte d’Ivoire, au Cap-Vert, de nouveaux lancements commerciaux de la technologie devraient survenir d’ici la fin de l’année. Cependant, de nombreux obstacles freinent encore l’adoption rapide de la 5G par tous les pays du continent.
Défis et opportunités
Les principales entraves à l’appropriation de la 5G dans toute l’Afrique persistent dans cinq domaines : les appareils mobiles, les services, l’infrastructure, le spectre, la politique/réglementation. L’UAT explique que la cherté des téléphones compatibles 5G empêche l'adoption massive des services 5G. « Bien qu'il soit possible d'acquérir des téléphones compatibles pour la 5G à partir de 150 USD auprès des vendeurs, de larges segments de la population des pays africains ne sont pas en mesure de s'offrir des smartphones aux prix actuels. Il sera donc nécessaire d'envisager des interventions au niveau gouvernemental, réglementaire et des opérateurs pour rendre les appareils plus abordables et favoriser un environnement propice à la croissance continue de la 4G et à l'adoption de la 5G […] », suggère l’UAT.
Le faible développement des cas d’utilisation pratique de la 5G, aussi bien dans le cadre personnel qu’industriel intégrant de nouvelles technologies telles que l'intelligence artificielle, le big data et l'Internet des objets (villes intelligentes, ports intelligents, apprentissage à distance immersif, systèmes de surveillance de la santé, réseaux électriques intelligents et surveillance, chaîne de production automatisée, etc.) contribue aussi à retarder l’appropriation de la technologie en Afrique. En l’absence d’applications concrètes, l’UAT déplore que la 5G serve surtout à améliorer le débit internet et craint que la persistance d’une telle situation contribue à la conserver comme un produit de luxe réservé aux entreprises et aux classes aisées.
Enfin, le coût élevé du déploiement de la technologie télécoms, la non-disponibilité du spectre de fréquences indispensables à la 5G, « le manque de capacité et de disponibilité de la fibre optique, le manque d'incitations à la collaboration interindustrielle et l'absence de normes ou de lignes directrices relatives à la gestion des échanges de données transfrontaliers » sont les autres défis qui freinent encore la généralisation des réseaux 5G en Afrique, selon la branche africaine de l’UIT qui souligne qu’apporter une réponse appropriée à tous ces problèmes fera de la 5G un levier de croissance pour les économies africaines.
D'ici 2030, la GSMA estime que la 5G devrait à elle seule contribuer à hauteur de 10 milliards de dollars à l'économie régionale, soit 6 % de l'impact économique total du secteur mobile.
Muriel Edjo
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De plus en plus présente dans les secteurs stratégiques, l’intelligence artificielle s’impose comme un levier essentiel d’efficacité opérationnelle. Le secteur des télécommunications n’échappe pas à cette dynamique.
Orange Afrique et Moyen-Orient accélère l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) au cœur de ses opérations techniques. Dans son Rapport de responsabilité sociétale 2024, la branche régionale du groupe télécoms français Orange met en lumière une série d’initiatives déjà déployées dans certains pays, qu’elle prévoit d’étendre à l’ensemble de sa zone d’activité.
Parmi elles, la solution « Smart Capex » repose sur des algorithmes de machine learning capables d’analyser en temps réel les données de trafic, de consommation et de localisation. En croisant ces informations avec des données environnementales comme l’ensoleillement ou le potentiel solaire d’un site, Orange peut ajuster la capacité de son réseau en fonction de la demande réelle et orienter ses investissements là où ils sont les plus nécessaires, de manière plus rapide et plus ciblée.
L’intelligence artificielle est aussi mobilisée pour optimiser la gestion énergétique des sites techniques. En fonction des conditions locales et du potentiel d’énergie solaire, les systèmes pilotés par IA adaptent automatiquement l’alimentation, ce qui permet de réduire significativement la consommation de carburant. Dans certaines zones, cette optimisation énergétique a permis de réaliser jusqu’à 25 % d’économies.
Enfin, la maintenance prédictive permet de prévenir les pannes avant qu’elles ne surviennent. En analysant le comportement des équipements et en identifiant les signaux faibles, les algorithmes peuvent déclencher des interventions avant une défaillance, réduisant ainsi les interruptions de service et les déplacements d’urgence des équipes techniques.
Selon Brelotte Ba (photo), directeur général adjoint d’Orange Afrique et Moyen-Orient, utiliser l’IA dans nos opérations revient à créer une valeur tangible pour nos clients, nos employés et notre réseau, par le biais d’une approche à trois piliers : le réseau pour l’IA, l’IA pour les réseaux et l’IA pour les employés, tout en étant conscients des risques encourus.
Tout comme Orange, de nombreux opérateurs télécoms s’intéressent à l’IA. Selon les données sectorielles, au deuxième trimestre 2024, 81 % des opérateurs télécoms à l’échelle mondiale testaient déjà l’IA, et 65 % avaient mis en œuvre une stratégie dédiée au quatrième trimestre. L’intelligence artificielle permet aux opérateurs mobiles d’apporter de nombreuses améliorations, tant en matière de connectivité que d’expérience client, ouvrant la voie à de potentielles augmentations de revenus.
Pour rappel, Orange Afrique et Moyen-Orient revendiquait 161 millions de clients dans 17 pays fin décembre 2024. La société a enregistré au cours de l’année un chiffre d’affaires de 770 millions d’euros (895,45 millions de dollars américains), en hausse de 11 % par rapport à 2023. Elle a injecté 1,4 milliard de dollars pour développer les infrastructures et les technologies.
Isaac K. Kassouwi
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L’Institut panafricain de politique économique révèle que chaque année, l’Afrique produit environ 2,5 millions de tonnes de déchets électroniques. Face à ce défi, Orange renforce ses actions en faveur de l’économie circulaire à travers la collecte et le reconditionnement de téléphones.
En 2024, Orange Afrique et Moyen-Orient a intensifié ses actions en faveur de l’économie circulaire en collectant l’équivalent de 284 000 téléphones mobiles usagés, représentant 28,5 % des ventes annuelles du groupe dans la région. L’information est issue du Rapport de Responsabilité Sociétale 2024, qui détaille les efforts du groupe pour réduire son empreinte environnementale tout en favorisant un accès plus équitable au numérique.
Intitulé « Cultiver l’impact », le rapport souligne que cette initiative s’inscrit dans le programme « Re » du groupe Orange et a permis de récupérer 43,5 tonnes de matériel électronique destinées au reconditionnement ou au recyclage.
Déployée dans cinq pays — la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Burkina Faso, l’Égypte et la Jordanie — cette démarche repose sur un modèle structuré autour de quatre axes : la collecte, la réparation, le reconditionnement et le recyclage. En Afrique de l’Ouest, Orange s’appuie notamment sur son partenariat avec les Ateliers du Bocage, une entreprise sociale française spécialisée dans la gestion des équipements électroniques usagés. En Égypte et en Jordanie, c’est à travers le programme « Re » que l’opérateur organise la récupération des appareils.
Les téléphones en état de fonctionnement sont remis à neuf et remis sur le marché à des prix plus accessibles. En Égypte, plus de 10 % des terminaux vendus par Orange en 2024 étaient des appareils reconditionnés. Le programme est également actif au Sénégal et au Maroc, où la demande pour ce type de produits est en forte croissance. Pour les équipements irréparables, les composants sont soigneusement démantelés et orientés vers des filières spécialisées de valorisation, conformément aux normes environnementales.
L’économie circulaire mise également sur les box Internet. Selon le rapport, 172 000 box ont été collectées en 2024, dont 115 000 reconditionnées. Cette opération a permis d’éviter l’émission de 2800 tonnes de CO₂ équivalents, soit l’équivalent de 150 fois le tour de l’Afrique en voiture, selon les estimations fournies par Orange.
Parallèlement, l’opérateur mène des campagnes de sensibilisation auprès de ses clients et de ses collaborateurs, tout en renforçant son réseau de points de collecte dans ses agences, notamment en Côte d’Ivoire, en Égypte et en Jordanie. L’objectif affiché est double : réduire les déchets électroniques tout en facilitant l’accès aux équipements numériques à moindre coût, dans une région où le taux d’équipement reste encore inférieur à la moyenne mondiale.
Selon la GSMA, le coût d’un smartphone d’entrée de gamme représente en moyenne 18 % du revenu mensuel pour les pays à revenus faibles et intermédiaires, mais atteint jusqu’à 39 % pour les 40 % les plus pauvres, et 51 % pour les 20 %.
Avec ces actions, Orange affirme sa volonté de devenir un acteur moteur de l’économie circulaire dans les télécoms, en alliant innovation, responsabilité environnementale et inclusion numérique. Le programme « Re », qui fait partie intégrante de sa stratégie RSE, devrait continuer à s’étendre à d’autres filiales du groupe en Afrique et au Moyen-Orient dans les années à venir.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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