En Tunisie, les greentech figurent parmi les segments les moins financés de l’écosystème start‑up, bien qu’elles jouent un rôle clé dans la transition écologique. Dans un contexte marqué par des levées de fonds limitées en 2025, un nouveau mécanisme public cible leur passage à l’échelle et l’accès au marché.
La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) a annoncé, mardi 24 février, le lancement de la première cohorte du programme MAIR (Market Access for Impact and Resilience), un mécanisme de financement destiné aux start‑up et aux PME greentech en phase de commercialisation. Le dispositif vise à soutenir le passage à l’échelle industrielle, faciliter l’accès aux marchés initiaux et consolider les revenus des entreprises bénéficiaires.
L’outil cible en priorité les segments liés à la transition écologique, notamment les énergies renouvelables, la mobilité durable, l’éco‑construction, la gestion des déchets, l’agriculture durable, les technologies de l’eau, l’efficacité énergétique et la biodiversité. En intervenant à un stade où les besoins en financement augmentent pour l’industrialisation et la commercialisation, MAIR entend combler le déficit structurel d’accompagnement entre l’amorçage et la commercialisation.
MAIR est déployé dans le cadre de l’initiative « GreenTECH », portée par Smart Capital et intégrée au projet Greenov’i. Celui‑ci est financé par l’Union européenne à travers le programme « Tunisie Verte & Durable », mis en œuvre par Expertise France en collaboration avec le Centre International des Technologies de l’Environnement de Tunis, le ministère de l’Environnement et le ministère de l’Économie et de la Planification.
L’instrument s’insère dans une architecture de financement structurée comprenant également VAIR (Venture Acceleration for Impact and Resilience), qui soutient les start‑up en phase d’idéation dans le développement de leurs preuves de concept. L’ensemble du programme prévoit de financer 32 start‑up en phase amont et d’accompagner 10 start‑up et PME dans leur accès au marché, avec un objectif d’environ 300 emplois directs dans les filières de la transition écologique.
Ce lancement intervient dans un contexte de financement encore limité pour l’écosystème entrepreneurial tunisien. Selon le rapport annuel de Wamda, les start‑up tunisiennes ont levé 6,6 millions de dollars en 2025 à travers 13 opérations, un niveau inférieur aux niveaux observés dans plusieurs marchés de la région Moyen‑Orient et Afrique du Nord. Dans ce contexte, les mécanismes publics et les instruments dédiés à l’innovation à impact apparaissent comme des leviers structurants pour les jeunes entreprises en phase de croissance.
En ciblant les segments industriels liés à la transition écologique et en intervenant à un stade avancé du cycle de développement des entreprises, MAIR vise à renforcer la capacité des start‑up tunisiennes à transformer leurs innovations en offres commercialisées et à s’insérer durablement sur les marchés.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Tunisie : 192 projets pour accélérer la transformation numérique de l’État
Au Kenya, la start-up VunaPay a mis en place une solution numérique visant à résoudre un problème structurel du secteur agricole africain : les retards de paiement auxquels font face les petits exploitants.
Dans de nombreuses filières agricoles, les agriculteurs livrent leur production à des coopératives puis attendent parfois plusieurs mois avant d’être rémunérés, le temps que les récoltes soient vendues. Avec sa solution numérique, VunaPay propose une approche différente en introduisant un système de paiement quasi instantané, dès la livraison des produits agricoles, améliorant ainsi la stabilité financière des producteurs.
Fondée en 2023 par Gatwĩri Njogu-Mokaya (photo) et basée à Nairobi, la start-up ne se limite pas aux paiements. Elle combine plusieurs outils numériques destinés aux coopératives agricoles tels que la gestion des stocks, le suivi des producteurs, l’enregistrement des livraisons et la tenue de registres en temps réel. Cette numérisation vise à renforcer la transparence et à réduire les inefficacités administratives souvent enregistrées dans les chaînes de valeur agricoles.

Concrètement, VunaPay relie agriculteurs, coopératives et institutions financières. En sécurisant les données de production et les transactions, la solution facilite l’accès au revenu pour les producteurs tout en améliorant la gestion opérationnelle des organisations agricoles.
La jeune pousse s’inscrit dans la dynamique croissante de l’agri-fintech en Afrique de l’Est, où les innovations numériques ambitionnent de moderniser un secteur encore largement dominé par des processus manuels. La start-up a déjà intégré plusieurs coopératives opérant notamment dans les filières café, maïs et produits laitiers, et ambitionne d’étendre son modèle à d’autres régions.
Au-delà de la technologie, l’enjeu est économique et social : des paiements plus rapides permettent aux agriculteurs d’éviter l’endettement informel et de mieux planifier leurs activités agricoles. En combinant finance, data et gestion agricole, VunaPay illustre ainsi une nouvelle génération de solutions africaines cherchant à connecter innovation numérique et inclusion financière rurale.
Adoni Conrad Quenum
Edité par M.F. Vahid Codjia
Il mise sur le numérique pour répondre aux défis du monde agricole sénégalais. Il repense la circulation de l’information et des produits entre producteurs et marchés, ouvrant une nouvelle voie pour une agriculture mieux organisée.
Birahim Babou (photo) est un ingénieur en informatique et un entrepreneur technologique sénégalais. Cofondateur et directeur technique de mLouma, il accompagne les acteurs du secteur agricole dans la production, la commercialisation et l’achat de leurs produits.
Fondée en 2012, mLouma est une plateforme numérique conçue pour répondre aux réalités de l’agriculture sénégalaise et, plus largement, africaine. Son ambition est de devenir une référence du numérique agricole en fédérant producteurs, acheteurs, fournisseurs, institutions et jeunes entrepreneurs autour d’outils simples et accessibles.
La plateforme fournit des informations actualisées sur les prix, la disponibilité et la localisation des produits agricoles, permettant à chacun de mieux orienter ses décisions d’achat ou de vente. Un tableau de bord intuitif regroupe plusieurs services : consultation de la météo agricole, accès à des contenus de formation, suivi des marchés et gestion d’une boutique en ligne.
Par ailleurs, mLouma a développé plusieurs solutions complémentaires. Parmi elles, Louma Mbay est un marché en ligne où les acteurs du monde agricole peuvent proposer et vendre leurs produits. Louma du savoir est une plateforme d’e-learning dédiée à la formation agricole. Météo Mbay, quant à elle, est un service d’information climatique à destination des producteurs.
En parallèle, Birahim Babou est cofondateur (en 2020) et responsable de l’apprentissage numérique chez « Solutions Numériques pour l’Afrique », une entreprise de développement de logiciels basée au Maroc, qui met la technologie au service de l’éducation. Il occupe aussi le poste de chef de projet informatique au sein de « Écoles au Sénégal », une initiative visant à réduire les inégalités d’accès à une éducation de qualité grâce au numérique.
Il est titulaire d’un master en génie logiciel et administration réseaux obtenu en 2018 à l’École supérieure de technologie et de management du Sénégal. Il est aussi diplômé de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, où il a soutenu en 2020 une thèse de doctorat en mathématiques et informatique.
Birahim Babou commence sa carrière professionnelle en 2014 comme technicien supérieur en informatique à l’Université virtuelle du Sénégal, avant d’y être promu en 2017 chef de la division des applications et services numériques à la Direction de l’informatique et des systèmes d’information (DISI). Entre 2019 et 2020, il occupe le poste de responsable de l’apprentissage numérique chez Accent Education, la filiale edtech de la marque marocaine de matériel informatique Accent.
Melchior Koba
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Sénégal : Stéphane Mancabo optimise la révision du baccalauréat pour les lycéens
Dans un secteur encore peu touché par la transformation numérique, il mise sur la technologie pour redonner du pouvoir aux éleveurs africains. Son innovation vise à transformer durablement la manière de produire et de valoriser le lait sur le continent.
Daniel Litunya (photo) est un informaticien et entrepreneur technologique kényan. Il est le fondateur et directeur général de Dairy Sense, une entreprise qui aide les éleveurs laitiers africains à mieux vivre de leur activité en leur offrant un outil simple et rapide pour vérifier, directement à la ferme, la qualité du lait qu’ils produisent.
Fondée en 2024, Dairy Sense ambitionne de transformer l’élevage laitier en Afrique en mettant à la portée des petits producteurs une solution technologique capable de contrôler la qualité du lait sur place et de détecter précocement les maladies au sein du troupeau. L’objectif : réduire le gaspillage, augmenter les revenus des éleveurs et favoriser des troupeaux plus sains.
La start-up mise sur des tests de qualité du lait basés sur l’intelligence artificielle. Sa solution garantit un contrôle immédiat, directement à la ferme, avec une précision comparable à celle d’un laboratoire. Elle permet également une détection précoce de problèmes de santé tels que la mammite, limitant ainsi la propagation des maladies et protégeant la production. En parallèle, elle contribue à la réduction des pertes.
Mais Dairy Sense ne se contente pas de proposer un outil. L’entreprise accompagne aussi les éleveurs à travers des formations complètes visant à renforcer leurs compétences et leurs connaissances. Adoptée dans 47 comtés du Kenya, la solution revendique une précision de 98 % dans ses tests et affirme pouvoir accroître les revenus des producteurs de lait de près de 50 %.
En parallèle, Daniel Litunya est également développeur backend chez Kre8.Hub, une plateforme qui fournit aux créatifs africains les outils, ressources et infrastructures nécessaires pour développer, faire évoluer et monétiser leurs créations. Représentant des jeunes au Forum mondial de l’alimentation, il est titulaire d’un diplôme en informatique obtenu à l’Université internationale des États-Unis en Afrique.
Melchior Koba
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Avec l’IoT, Timothy Ndung'u optimise la gestion et le suivi des équipements industriels
En Afrique australe, il trace une nouvelle voie entre cybersécurité et agriculture. Son objectif : rendre les fermes aussi sûres que les réseaux qu’elles utilisent.
Trevor Murimba (photo) est un expert en cybersécurité basé au Cap, en Afrique du Sud. Il est le fondateur de MyBitSecure, une entreprise qui aide les exploitations agricoles africaines à gagner en efficacité et en sécurité grâce à des outils numériques accessibles. Ces solutions connectent les fermes, protègent leurs données et optimisent le suivi des cultures ainsi que la gestion quotidienne des activités.
Fondée en 2023, MyBitSecure accompagne les agriculteurs et les entreprises agricoles africaines avec des solutions accessibles qui renforcent la productivité, sécurisent les informations sensibles et facilitent la prise de décision. L’entreprise se positionne comme un pont entre le monde agricole et la technologie, avec l’ambition de bâtir des fermes plus organisées, plus rentables et plus résilientes face aux risques.
Ses outils sont conçus pour répondre aux besoins concrets du terrain : suivi des parcelles, gestion des équipements connectés, protection des données et accompagnement à l’usage des technologies au service de la production agricole. Chaque solution vise à rendre le travail agricole plus précis, plus prévisible et moins exposé aux pertes liées aux erreurs humaines, aux incidents internes ou aux cyberattaques.
Grâce à MyBitSecure, les exploitants peuvent mieux comprendre ce qui se passe sur leurs terres, anticiper les problèmes et gérer leurs ressources de façon optimale. Ils bénéficient d’une vision centralisée de leurs activités, d’une meilleure protection de leurs informations stratégiques et de données fiables pour orienter leurs décisions d’investissement, de récolte ou d’adaptation des pratiques.
Parallèlement à son rôle d’entrepreneur, Trevor Murimba est également spécialiste en cybersécurité chez KingMakers, une entreprise qui développe des plateformes rapprochant les fans des sports qu’ils aiment. Il est titulaire d’un diplôme en ingénierie réseau de l’Ansted School of Technology, Université du Zimbabwe.
Sa carrière professionnelle a commencé en 2002 chez Prean Computers au Zimbabwe, où il travaillait comme technicien en technologies de l’information. En tant que spécialiste en cybersécurité, il a travaillé dans des entreprises telles qu’Engen, société énergétique sud-africaine, et Old Mutual Ltd, acteur panafricain spécialisé dans la fourniture de services financiers.
Melchior Koba
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Bernice Houy, la comptable sud-africaine qui simplifie le métier par le numérique
En Guinée, l’agriculture mobilise près de 58 % de la population active. Pour renforcer la productivité et sécuriser la filière, le gouvernement mise sur le numérique, modernisant la gestion des intrants et soutenant directement les producteurs.
La Guinée a officiellement lancé, le jeudi 15 janvier à Conakry, sa plateforme digitale de gestion des intrants agricoles. Portée par le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, l’initiative vise à moderniser l’accès des producteurs aux engrais, semences et autres intrants stratégiques, dans un contexte où la performance du secteur agricole demeure un enjeu central pour la sécurité alimentaire et la croissance économique du pays.
Conçue comme un outil de pilotage et de transparence, la plateforme permet de centraliser les opérations liées à la commande, à la distribution et au suivi des intrants agricoles. Elle ambitionne de réduire les dysfonctionnements structurels de la filière, notamment les retards de livraison, les problèmes de qualité et les inégalités d’accès entre producteurs. Développée avec l’appui du Projet de production alimentaire d’urgence (PPAU), financé par la Banque africaine de développement (BAD), elle constitue la pierre angulaire de la stratégie nationale de fourniture durable des intrants agricoles.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de réforme du secteur agricole guinéen, amorcée à l’issue des États généraux du secteur agropastoral tenus en 2024. Les autorités cherchent à repositionner l’État comme régulateur et garant de la qualité, tout en renforçant le rôle du secteur privé dans l’importation et la distribution des intrants. Une approche alignée sur les orientations de plusieurs pays africains qui misent sur la digitalisation pour améliorer l’efficience des chaînes de valeur agricoles.
Sur le terrain, les défis restent importants pour les producteurs guinéens. L’agriculture représente environ 30 % du PIB et repose majoritairement sur de petites exploitations à faible productivité. L’accès limité à des intrants de qualité, les coûts élevés, les circuits de distribution peu structurés et la dépendance aux aléas climatiques freinent les rendements. Selon les données de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), l’utilisation d’engrais en Guinée reste nettement inférieure à la moyenne africaine, ce qui pèse sur la compétitivité du secteur et les revenus des agriculteurs.
En misant sur la digitalisation pour restructurer un segment stratégique de son économie, les autorités espèrent contribuer à une meilleure allocation des intrants, à une réduction des coûts logistiques et à un ciblage plus efficace des politiques de soutien aux producteurs. En posant les bases d’un système plus transparent et traçable, la plateforme ouvre également la voie à d’autres services numériques agricoles, tels que l’identification des producteurs ou le suivi des performances des filières. Un levier stratégique pour renforcer la productivité, sécuriser les approvisionnements et accompagner la transformation durable de l’agriculture guinéenne.
Samira Njoya
Lire aussi:
Guinée : vers la mise en œuvre d’un système de paiement instantané
La Guinée lance le 3e pilier du programme Simandou 2040 consacré au numérique
En Ouganda, cette jeune pousse combine des outils numériques avec une forte présence sur le terrain afin de répondre aux défis structurels du secteur agricole dans les zones rurales.
Essymart est une solution agritech développée par une start-up ougandaise. Elle vise à transformer la vie des petits exploitants agricoles en leur donnant accès à des solutions numériques pour améliorer leurs rendements, leurs revenus et leur accès aux marchés.
La start-up, basée dans la ville de Mayuge à 120 kilomètres de la capitale Kampala, a été lancée en 2022 par Elvis Kadhama, Viola Nakadama et Stella Doreen Namulondo.
À la base de l’offre d’Essymart se trouve une plateforme numérique accessible via Web App, SMS, appels vocaux et codes USSD, permettant aux agriculteurs, même ceux qui ne possèdent pas de smartphone, d’acheter des intrants agricoles (semences, engrais, pesticides), de recevoir des conseils agricoles personnalisés et d’accéder à des services de formation et de marché.
La start-up essaie de résoudre directement plusieurs des principaux obstacles qui freinent la productivité agricole en Afrique : manque d’accès à des intrants fiables, faible adoption de pratiques agricoles modernes, et difficultés à valoriser la production sur des marchés rémunérateurs. Grâce à son approche intégrée, Essymart permet aux agriculteurs d’augmenter leurs rendements tout en réduisant leurs coûts directs liés aux intrants.
« En 2024, nous avons aidé environ 4000 agriculteurs, soit une augmentation d'environ 20 % par rapport à l'année précédente, et nous étions sur le point d'atteindre notre objectif pour 2030, qui était de soutenir 20 000 familles », a déclaré Elvis Kadhama. Et d’ajouter : « le nombre d'utilisateurs combine les clients directs bénéficiant d'un service complet et ceux atteints grâce à des partenariats avec des acteurs publics et privés, ce qui reflète à la fois la demande pour son ensemble intégré d'intrants, de formations et de liens avec le marché, et l'expansion de son réseau de distribution ».
En utilisant des technologies simples comme l’USSD ou les SMS, l’entreprise s’assure que ses services sont accessibles même dans les zones les plus reculées, où l’accès à Internet peut être limité. Essymart se présente à la fois comme un marché numérique d’intrants agricoles et comme un écosystème de services reliant les agriculteurs aux fournisseurs certifiés, aux experts agricoles et aux débouchés commerciaux.
À ce jour, l’entreprise a déjà touché plusieurs milliers de petits exploitants dans l’est de l’Ouganda, avec des perspectives d’expansion vers d’autres marchés africains.
Adoni Conrad Quenum
Edité par M.F. Vahid Codjia
Les start-up africaines évoluent dans un environnement où l’accès au capital et à des réseaux solides reste un défi majeur. Face à ces besoins, de nouvelles initiatives cherchent à renforcer les écosystèmes d’innovation et à soutenir l’essor entrepreneurial sur le continent.
Technopark Casablanca, principal hub technologique et entrepreneurial du Maroc, et Renew Capital, l’un des investisseurs panafricains les plus actifs dans le financement des start-up, ont annoncé le jeudi 4 décembre un partenariat marquant l’ouverture du siège de Renew Capital pour l’Afrique du Nord et de l’Ouest au Maroc. L’initiative vise à renforcer les passerelles entre les écosystèmes d’innovation du Maghreb, de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique de l’Est, renforçant la position du royaume comme pôle stratégique de croissance technologique à l’échelle du continent.
Dans le cadre du partenariat, Renew Capital accompagnera les start-up marocaines et nord-africaines dans leur expansion vers les marchés d’Afrique subsaharienne, tout en connectant les institutions marocaines aux opportunités émergentes dans les écosystèmes les plus dynamiques du continent. Le Technopark mettra de son côté à disposition son réseau d’incubation, ses infrastructures et son rôle de plateforme d’innovation pour faciliter l’intégration de ces entreprises sur plusieurs marchés africains. Cette alliance vise à transformer les start-up marocaines et africaines en « champions régionaux », capables de dépasser leurs marchés d’origine et de rivaliser à l’échelle continentale.
Ce partenariat s’inscrit dans un contexte où l’écosystème start-up africain traverse à la fois des turbulences et des opportunités. Après une année 2024 difficile, marquée par une chute de plus de 50 % des financements dans la tech africaine, les premiers mois de 2025 témoignent d’un regain de confiance. Au premier semestre, les start-up africaines ont levé environ 1,42 milliard USD à travers 243 opérations, indiquant une reprise significative du capital-risque.
Plus structurellement, l’Afrique voit émerger ses propres investisseurs. Les fonds de venture capital basés sur le continent représentaient 29 % des acteurs actifs en 2023, contre 23 % un an auparavant, signe de la montée en puissance d’un capital africain plus résilient et mieux ancré dans les réalités locales.
Dans ce paysage en recomposition, la nouvelle plateforme maroco-panafricaine pourrait jouer un rôle de catalyseur. En créant des synergies entre entrepreneurs nord-africains, est-africains et subsahariens, le partenariat entre Renew Capital et Technopark pourrait favoriser l’émergence de start-up à fort impact, capables d’accéder à des marchés élargis, d’attirer davantage de financements et de renforcer les chaînes de valeur régionales.
Samira Njoya
Lire aussi:
Maroc : Technopark s’associe à Plug and Play pour accélérer les start-up innovantes
Les start‑up camerounaises peinent à attirer les investissements, freinées par le manque de compétences managériales et la structuration insuffisante de l’écosystème entrepreneurial. Un accompagnement ciblé s’avère indispensable pour soutenir leur croissance et renforcer leur compétitivité.
Enovation Factory, incubateur et accélérateur de start‑up basé au Cameroun, a lancé en partenariat avec le PNUD Cameroun l’initiative Scale 32, un programme national de 14 mois visant à soutenir 32 start‑up technologiques dans leur croissance, en répondant aux principaux défis qu’elles affrontent, notamment l’accès au financement, le renforcement des compétences managériales et la mise en relation avec des investisseurs.
Le programme se déroule en deux phases : la première cohorte bénéficiera d’un accompagnement intensif de six mois, de janvier à juin 2026 ; la seconde, de juin à décembre 2026. Les start‑up sélectionnées seront intégrées à l’un des deux volets d’Enovation Factory : Newbie, pour les projets en phase d’idéation ou émergents, et Cracker, pour ceux déjà opérationnels souhaitant accélérer leur développement. L’accompagnement comprend des formations spécialisées, du mentorat, l’accès à des espaces de travail, ainsi que la mise en relation avec des partenaires institutionnels et des investisseurs.
À l’issue de ces six mois, chaque start‑up rejoindra le programme Alumni d’Enovation Factory, avec un suivi de 12 mois : accès au réseau, à des opportunités de financement et à des événements de l’écosystème, garantissant ainsi la pérennité des acquis.
Cette initiative intervient dans un contexte où le Cameroun cherche à renforcer son écosystème technologique et à stimuler la création d’emplois. Elle complète d’autres efforts de structuration du secteur, en s’attaquant au faible taux de survie des start‑up et à l’insuffisance de la gouvernance des jeunes entreprises.
Cependant, la modestie des montants levés, le nombre limité de start‑up capables d’attirer l’attention des investisseurs, et la faible part de la région dans les flux de capital‑risque soulignent la nécessité d’un travail structurel approfondi. Il s’agit notamment de renforcer la gouvernance des jeunes entreprises, d’améliorer leur attractivité pour les investisseurs, de consolider le soutien institutionnel et de mieux positionner les start‑up camerounaises sur la scène internationale.
Les start‑ups évoluant dans les domaines de la tech, de l’agritech, de la healthtech, de la fintech, de l’edtech, de l’économie verte et autres secteurs innovants sont invitées à postuler avant le 18 décembre via le lien : https://www.enovation-factory.com/postuler.
Samira Njoya
Lire aussi:
Elle propose une méthode numérique qui structure le parcours du lait, de l’élevage à la distribution. Grâce à ce système qui offre une chaîne de production mieux documentée, les éleveurs gèrent plus efficacement leur activité.
Medede Bidassa (photo) développe et entreprend dans le secteur technologique au Togo, avec pour objectif de mettre le numérique au service des producteurs laitiers. Elle est cofondatrice et directrice générale de Laitify, une société qui conçoit des outils technologiques destinés à améliorer la gestion des élevages et le contrôle de la production.
Fondée en 2024, Laitify déploie une plateforme orientée vers la transformation des pratiques laitières, de l’élevage à la distribution. Son système repose sur des capteurs permettant le suivi en temps réel de la santé des vaches, du volume de lait produit et de leur localisation. Ces données sont regroupées sur un tableau de bord centralisant les indicateurs clés de l’exploitation, notamment les statistiques de production et de vente.
Le dispositif inclut également un système de traçabilité via QR codes. Chaque lot de lait peut être enregistré dans une base de données unique, facilitant le contrôle des stocks, la planification de l’offre et l’accès à l’historique de production. Cette organisation numérique aide les producteurs à anticiper leurs besoins et à sécuriser la chaîne de production.
Laitify embarque une intelligence artificielle chargée d’analyser les données collectées et de générer des recommandations. Ces analyses soutiennent les décisions liées à la gestion du troupeau, à l’augmentation du rendement et à la planification commerciale.
En parallèle, Medede Bidassa cofonde en 2024 Amazing Girls on Tech, un programme de formation destiné aux jeunes filles intéressées par les métiers technologiques, dont elle est la directrice de la formation technique. Elle est aussi responsable de la communauté en ligne de Tech Communities Day, un rendez-vous consacré aux dynamiques technologiques et aux initiatives collaboratives.
Titulaire d’une certification en informatique et Internet délivrée à la fin du programme FORCE-N au Sénégal, Medede Bidassa travaille actuellement en freelance comme développeuse web. Elle est également responsable d’équipe du Google Developers Group à Lomé.
Melchior Koba
Edité par Sèna D. B. de Sodji
Lire aussi:
Togo : Edomatch révolutionne le recrutement en ligne avec son application mobile