En moins de dix ans, la 5G est passée du statut de privilège technologique à celui de réalité concrète dans près de 30 pays africains. Une avancée significative qui confirme l’ancrage du continent dans l’économie numérique mondiale, malgré des défis persistants.
La 5G accélère sa progression en Afrique, portée par une dynamique continentale de plus en plus marquée. Selon l’Union africaine des télécommunications (UAT), l’Afrique enregistrait déjà 79 opérateurs télécoms engagés dans des investissements pour la 5G en 2024, répartis dans 41 pays. Parmi eux, 35 opérateurs avaient déjà activé des réseaux commerciaux dans 21 pays. En juin 2021, la région comptait sept réseaux 5G commerciaux actifs sur cinq marchés, selon l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA). Vodacom Lesotho a été le premier opérateur télécoms à lancer la 5G sur le continent en 2018.
En 2024, la technologie représentait 25% de la couverture du réseau mobile en zone urbaine, contre 73% pour la 4G, d’après l’Union internationale des télécommunications. En matière d’abonnés, la 5G comptabilisait déjà plus de 26 millions de consommateurs pour environ 600 millions d’abonnés mobiles uniques dans la région Afrique subsaharienne en 2024.
En intégrant l’Afrique du Nord, notamment la Tunisie et l’Egypte où la 5G commerciale est déjà proposée aux clients depuis février et juin 2025, ces chiffres seraient certainement plus importants à l’échelle de l’Afrique où 48 opérateurs télécoms ont déjà activé la 5G dans 28 pays selon les données de juin 2025 de l’Agence Ecofin.
L’état de la 5G en Afrique
Source : Agence Ecofin
Au regard du nombre important d’opérateurs télécoms qui s’intéressent à la 5G, notamment en Algérie, en République démocratique du Congo, au Maroc, en Côte d’Ivoire, au Cap-Vert, de nouveaux lancements commerciaux de la technologie devraient survenir d’ici la fin de l’année. Cependant, de nombreux obstacles freinent encore l’adoption rapide de la 5G par tous les pays du continent.
Défis et opportunités
Les principales entraves à l’appropriation de la 5G dans toute l’Afrique persistent dans cinq domaines : les appareils mobiles, les services, l’infrastructure, le spectre, la politique/réglementation. L’UAT explique que la cherté des téléphones compatibles 5G empêche l'adoption massive des services 5G. « Bien qu'il soit possible d'acquérir des téléphones compatibles pour la 5G à partir de 150 USD auprès des vendeurs, de larges segments de la population des pays africains ne sont pas en mesure de s'offrir des smartphones aux prix actuels. Il sera donc nécessaire d'envisager des interventions au niveau gouvernemental, réglementaire et des opérateurs pour rendre les appareils plus abordables et favoriser un environnement propice à la croissance continue de la 4G et à l'adoption de la 5G […] », suggère l’UAT.
Le faible développement des cas d’utilisation pratique de la 5G, aussi bien dans le cadre personnel qu’industriel intégrant de nouvelles technologies telles que l'intelligence artificielle, le big data et l'Internet des objets (villes intelligentes, ports intelligents, apprentissage à distance immersif, systèmes de surveillance de la santé, réseaux électriques intelligents et surveillance, chaîne de production automatisée, etc.) contribue aussi à retarder l’appropriation de la technologie en Afrique. En l’absence d’applications concrètes, l’UAT déplore que la 5G serve surtout à améliorer le débit internet et craint que la persistance d’une telle situation contribue à la conserver comme un produit de luxe réservé aux entreprises et aux classes aisées.
Enfin, le coût élevé du déploiement de la technologie télécoms, la non-disponibilité du spectre de fréquences indispensables à la 5G, « le manque de capacité et de disponibilité de la fibre optique, le manque d'incitations à la collaboration interindustrielle et l'absence de normes ou de lignes directrices relatives à la gestion des échanges de données transfrontaliers » sont les autres défis qui freinent encore la généralisation des réseaux 5G en Afrique, selon la branche africaine de l’UIT qui souligne qu’apporter une réponse appropriée à tous ces problèmes fera de la 5G un levier de croissance pour les économies africaines.
D'ici 2030, la GSMA estime que la 5G devrait à elle seule contribuer à hauteur de 10 milliards de dollars à l'économie régionale, soit 6 % de l'impact économique total du secteur mobile.
Muriel Edjo
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Chaque week-end, la rédaction de We Are Tech Africa vous rappelle les principales informations de la semaine dans le domaine du numérique en Afrique, ainsi que leurs implications.
La Tunisie recourt à l’IA pour établir son plan de développement 2026 - 2030
La Tunisie a utilisé l’intelligence artificielle pour élaborer son plan national de développement 2026-2030. Cette démarche vise à fonder les choix économiques et sociaux sur des données objectives, en privilégiant transformation numérique, équité territoriale et énergies renouvelables. L’IA devient ainsi un outil stratégique pour une gouvernance modernisée.
Big Data, IA et services publics : la Côte d’Ivoire initie un partenariat avec G42 Presight
La Côte d’Ivoire a signé deux accords avec G42 Presight pour réformer l’administration publique et élaborer une nouvelle stratégie numérique. Cette initiative s’inscrit dans la continuité de la Stratégie nationale de développement numérique (SNDN), qui arrive à échéance en 2025, et vise à renforcer l’usage du Big Data et de l’IA dans la gouvernance publique.
Mauritanie : vers la numérisation de la protection sociale et du système de santé
La CNASS et l’Agence Numérique de l’État ont signé une convention pour moderniser le système de protection sociale mauritanien. L’accord vise à renforcer l’infrastructure numérique, améliorer l’accès aux services, et favoriser une inclusion digitale élargie, notamment en intégrant les populations vulnérables dans la future stratégie numérique 2025–2030.
Le Gabon lance Missamou, une IA conversationnelle pour moderniser l’administration
Le Gabon a lancé Missamou, un assistant virtuel disponible sur Facebook Messenger, pour faciliter l’accès des citoyens à l’information et aux services publics. Premier chatbot gouvernemental du pays, il s’inscrit dans une stratégie de transformation numérique visant transparence, inclusion digitale et amélioration de la relation administration-usagers.
Village Capital mobilise 4 millions $ pour soutenir les écosystèmes entrepreneuriaux africains
Face à la baisse du capital-risque en Afrique, Village Capital, avec la Banque néerlandaise de développement entrepreneurial (FMO) et l’Agence néerlandaise pour les entreprises (RVO), lance l’Africa Ecosystem Catalysts Facility, dotée de 4 millions USD. L’initiative finance indirectement des start-up via cinq OEN locales au Ghana, Nigeria et Tanzanie, pour renforcer les écosystèmes et soutenir des solutions à fort impact socio-économique.
Face aux défis de la transformation numérique, les partenariats stratégiques entre pays deviennent essentiels pour partager expertises, technologies et bonnes pratiques. En Afrique, cette coopération permet d’accélérer la modernisation des services publics et le renforcement des capacités.
En marge de la 60ᵉ session du conseil d’administration du Centre africain de formation et de recherche en administration pour le développement (CAFRAD), tenue le mardi 15 juillet à Rabat, le ministre camerounais de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Joseph Lé (photo, à droite), a été reçu en audience par son homologue marocaine, Amal El Fallah Seghrouchni (photo, à gauche), chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration.
Lors de cet entretien, les deux responsables ont convenu de renforcer la coopération entre le Cameroun et le Maroc dans le domaine de la transformation numérique des administrations publiques. Parmi les pistes de collaboration évoquées figure l’organisation future d’assises africaines sur la modernisation de l’administration, en mettant particulièrement l’accent sur l’intelligence artificielle (IA) comme levier de performance, de transparence et d’efficacité dans la gouvernance publique.
Cette rencontre s’inscrit dans la mise en œuvre des réformes administratives engagées au Cameroun. À cet effet, le pays a lancé début 2025 le progiciel AIGLES (Application informatique de gestion logique des effectifs et de la solde), un outil numérique intégré qui permet de centraliser la gestion des carrières et de la solde des agents publics. Ce système, salué pour sa capacité à rationaliser la gestion des ressources humaines dans l’administration, incarne les efforts du gouvernement pour numériser les processus internes.
Le Maroc, qui se positionne comme l’un des pays africains les plus avancés en matière d’intelligence artificielle et de e-gouvernement, pourrait jouer un rôle clé dans l’accompagnement technique du Cameroun, en partageant son expertise dans la dématérialisation des services publics, le développement de systèmes intelligents et la formation des agents de l’État.
Le Cameroun reste en effet confronté à des défis en matière de gouvernance numérique. Selon le rapport 2024 des Nations Unies sur le développement de l’administration en ligne (E-Government Development Index), le pays se classe 155ᵉ sur 193, avec un indice de 0,4294, bien en dessous de la moyenne mondiale, établie à 0,6382. Ce partenariat avec le Maroc pourrait ainsi représenter une opportunité stratégique pour rattraper ce retard et inscrire durablement l’administration camerounaise dans l’ère du numérique intelligent.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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De plus en plus présente dans les secteurs stratégiques, l’intelligence artificielle s’impose comme un levier essentiel d’efficacité opérationnelle. Le secteur des télécommunications n’échappe pas à cette dynamique.
Orange Afrique et Moyen-Orient accélère l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) au cœur de ses opérations techniques. Dans son Rapport de responsabilité sociétale 2024, la branche régionale du groupe télécoms français Orange met en lumière une série d’initiatives déjà déployées dans certains pays, qu’elle prévoit d’étendre à l’ensemble de sa zone d’activité.
Parmi elles, la solution « Smart Capex » repose sur des algorithmes de machine learning capables d’analyser en temps réel les données de trafic, de consommation et de localisation. En croisant ces informations avec des données environnementales comme l’ensoleillement ou le potentiel solaire d’un site, Orange peut ajuster la capacité de son réseau en fonction de la demande réelle et orienter ses investissements là où ils sont les plus nécessaires, de manière plus rapide et plus ciblée.
L’intelligence artificielle est aussi mobilisée pour optimiser la gestion énergétique des sites techniques. En fonction des conditions locales et du potentiel d’énergie solaire, les systèmes pilotés par IA adaptent automatiquement l’alimentation, ce qui permet de réduire significativement la consommation de carburant. Dans certaines zones, cette optimisation énergétique a permis de réaliser jusqu’à 25 % d’économies.
Enfin, la maintenance prédictive permet de prévenir les pannes avant qu’elles ne surviennent. En analysant le comportement des équipements et en identifiant les signaux faibles, les algorithmes peuvent déclencher des interventions avant une défaillance, réduisant ainsi les interruptions de service et les déplacements d’urgence des équipes techniques.
Selon Brelotte Ba (photo), directeur général adjoint d’Orange Afrique et Moyen-Orient, utiliser l’IA dans nos opérations revient à créer une valeur tangible pour nos clients, nos employés et notre réseau, par le biais d’une approche à trois piliers : le réseau pour l’IA, l’IA pour les réseaux et l’IA pour les employés, tout en étant conscients des risques encourus.
Tout comme Orange, de nombreux opérateurs télécoms s’intéressent à l’IA. Selon les données sectorielles, au deuxième trimestre 2024, 81 % des opérateurs télécoms à l’échelle mondiale testaient déjà l’IA, et 65 % avaient mis en œuvre une stratégie dédiée au quatrième trimestre. L’intelligence artificielle permet aux opérateurs mobiles d’apporter de nombreuses améliorations, tant en matière de connectivité que d’expérience client, ouvrant la voie à de potentielles augmentations de revenus.
Pour rappel, Orange Afrique et Moyen-Orient revendiquait 161 millions de clients dans 17 pays fin décembre 2024. La société a enregistré au cours de l’année un chiffre d’affaires de 770 millions d’euros (895,45 millions de dollars américains), en hausse de 11 % par rapport à 2023. Elle a injecté 1,4 milliard de dollars pour développer les infrastructures et les technologies.
Isaac K. Kassouwi
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Dans un contexte de baisse des investissements à destination des start-up africaines, une initiative portée par Village Capital avec le soutien de ses partenaires entend renforcer les écosystèmes entrepreneuriaux africains en misant sur des solutions locales adaptées aux enjeux sociaux et climatiques.
Alors que les financements en capital-risque ont reculé de près de 50 % sur le continent africain en 2023, selon les données de Partech Africa, Village Capital, en partenariat avec la Banque néerlandaise de développement entrepreneurial (FMO) et l’Agence néerlandaise pour les entreprises (RVO), a lancé le mardi 15 juillet une initiative visant à renforcer les écosystèmes d’innovation là où les capitaux peinent à affluer.
Baptisée Africa Ecosystem Catalysts Facility (AECF), cette facilité dotée de 4 millions de dollars entend appuyer des start-up locales en phase de démarrage, via un mécanisme original : le financement indirect à travers des organisations de soutien aux entrepreneurs (OEN) implantées localement.
Cinq OEN opérant au Ghana, au Nigeria et en Tanzanie ont été sélectionnées dans le cadre du programme, à savoir Reach for Change, Africa Fintech Foundry, Fate Foundation, Anza Entrepreneurs et Ennovate Ventures. Elles auront pour mission d’accompagner les jeunes pousses développant des solutions à fort impact en matière d’inclusion économique, d’accès à l’emploi, à l’énergie propre ou à des infrastructures résilientes au climat.
« Ce modèle nous permet d’investir sur tous les marchés tout en restant ancrés dans les réalités locales. Pour nous, il ne s’agit pas seulement d’approvisionnement, il s’agit de réaliser des investissements plus intelligents et plus informés en travaillant aux côtés de ceux qui construisent déjà et renforcent leurs communautés entrepreneuriales », a expliqué Nathaly Botero, directrice de l’innovation chez Village Capital.
L’approche intégrée de l’AECF repose sur une collaboration étroite avec les écosystèmes entrepreneuriaux locaux, afin de structurer les financements de manière adaptée et mieux orienter les capitaux vers les secteurs critiques. Il s’agit ainsi de combler le fossé entre les solutions innovantes développées par des start-up africaines et la rareté des fonds disponibles pour assurer leur passage à l’échelle.
Cette stratégie s’inscrit dans une dynamique où les acteurs internationaux privilégient de plus en plus les partenariats locaux pour maximiser l’impact des investissements. En ciblant des solutions spécifiques aux contextes africains et portées par des acteurs enracinés dans le tissu économique local, Village Capital espère catalyser un changement systémique durable.
Samira Njoya
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Comme de nombreux pays africains, la Somalie mise sur la coopération internationale pour réaliser ses ambitions de transformation numérique. Récemment, le pays s’est rapproché de l’Union internationale des télécommunications (UIT), entre autres.
Le gouvernement somalien souhaite renforcer sa coopération avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) afin d’accélérer sa transformation numérique. Un protocole d’accord a été signé en ce sens entre les deux parties, le mercredi 16 juillet à Mogadiscio.
Selon Lionel Laurens, représentant résident du PNUD en Somalie, cet accord servira de base au développement de la gouvernance numérique, de l’innovation, de la formation du capital humain et des infrastructures des services publics électroniques.
Ce rapprochement avec le PNUD s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération engagée par le gouvernement pour « favoriser le progrès technologique et l’inclusion numérique » dans le cadre de son développement socio-économique. Début juillet, les autorités somaliennes avaient déjà réaffirmé leur volonté de collaborer avec la communauté internationale lors d’un événement tenu en Suisse. Des échanges ont notamment eu lieu avec des représentants de l’Union internationale des télécommunications, de la Malaisie, de l’Arabie saoudite et de Djibouti.
Les discussions avaient porté sur plusieurs axes : inclusion numérique, renforcement des compétences numériques des jeunes et des fonctionnaires, gouvernance numérique, développement des télécommunications, investissement dans les technologies avancées et cybersécurité.
Pour l’instant, la Somalie reste l’un des pays les moins avancés dans le domaine du numérique. Elle occupe la 191ᵉ place sur 193, au classement 2024 de l’indice de développement de l’e-gouvernement des Nations unies, avec un score de 0,1468 sur 1, contre une moyenne de 0,4247 pour l’Afrique et de 0,6382 au niveau mondial. Le pays est également classé au niveau 4 sur 5 dans l’édition 2024 du Global Cybersecurity Index de l’UIT, avec un score global de 37,38 sur 100, signalant d’importants besoins en matière de capacités techniques, juridiques et humaines.
M. Laurens a réaffirmé l’engagement du PNUD à soutenir activement le gouvernement fédéral, et en particulier le ministère des Télécommunications, qualifié d’acteur clé de la transition numérique dans le pays. Mais il ne s’agit pour l’heure que d’un protocole d’accord. Les prochaines étapes permettront d’évaluer concrètement les retombées de cette coopération.
Isaac K. Kassouwi
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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De plus en plus de gouvernements misent sur les chatbots pour moderniser leur communication et améliorer l’accès des citoyens à l’information publique. Cette tendance marque une volonté d’instaurer une relation plus directe, interactive et continue entre l’État et la population.
Le gouvernement gabonais a annoncé, mardi 15 juillet, le lancement de Missamou, un assistant virtuel accessible via Facebook Messenger. Présenté comme le premier chatbot dédié à la communication gouvernementale dans le pays, Missamou permet aux citoyens de poser des questions, de consulter les actualités officielles, d’accéder aux services publics disponibles et de s’informer sur les procédures administratives, en temps réel, 24h/24.
Reposant sur des technologies de traitement automatique du langage naturel (NLP), Missamou est conçu pour comprendre les requêtes formulées en langage courant et y répondre instantanément, en s’appuyant sur des bases de données officielles. Cette approche permet de fluidifier les échanges avec l’administration, tout en désengorgeant les canaux traditionnels comme les centres d’appels ou les guichets physiques.
Ce déploiement s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation numérique de l’administration gabonaise, fondée sur les principes de transparence, d’ouverture des données et d’inclusion numérique. En choisissant une plateforme populaire comme Facebook Messenger, l’exécutif vise une adoption massive, notamment par les jeunes, qui représentent la majorité des utilisateurs de réseaux sociaux dans le pays.
Avec Missamou, le Gabon ambitionne de renforcer la diffusion de l’information institutionnelle, de simplifier l’accès aux services publics et de stimuler la participation citoyenne. Cette initiative s’inscrit dans une tendance régionale plus large. En 2023, le Bénin a lancé GPT-BJ, un assistant conversationnel plus avancé, conçu pour répondre aux questions complexes portant sur les principaux textes juridiques béninois (Code général des impôts, Code du travail, Code du numérique, Code pénal, etc.). Développé par l’Agence des Systèmes d’Information et du Numérique (ASIN), GPT-BJ a été salué comme un outil innovant d’accès au droit et d’appui à la bonne gouvernance.
Le Gabon emboîte ainsi le pas à ces expériences prometteuses, en explorant les potentiels de l’intelligence artificielle pour une gouvernance plus connectée, proactive et centrée sur l’usager.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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La digitalisation des services de protection sociale transforme l’accès aux soins, améliorant la qualité, la transparence et l’inclusion. En modernisant les outils numériques, les systèmes sociaux deviennent plus efficaces, accessibles et mieux adaptés aux besoins des populations vulnérables.
La Caisse Nationale de Solidarité en Santé (CNASS), régime d’assurance maladie volontaire à vocation sociale en Mauritanie, a annoncé le mardi 15 juillet la signature d’une convention de coopération avec l’Agence Numérique de l’État (AN-ETAT). L’initiative marque le début d’un partenariat en faveur de la transformation numérique du système de protection sociale du pays.
Signature d’une convention CNASS ✍🏽 AN-ETAT
— Caisse Nationale de Solidarité en Santé-CNASS (@CNASSMauritanie) July 15, 2025
La CNASS et l’Agence Numérique de l’État unissent leurs forces pour accélérer la transformation numérique du système de santé.
- Infrastructure digitale⁰- Solutions modernes⁰- Inclusion numérique pour tous#Mauritanie #Cnass #Santé pic.twitter.com/ncHsJ9JzNH
Selon le communiqué de la CNASS, la convention vise plusieurs objectifs concrets, parmi lesquels le renforcement et la sécurisation de son infrastructure numérique, l’adoption de solutions modernes pour améliorer l’accès et la qualité des services, ainsi que le partage d’expertises technologiques entre les deux institutions. L’objectif commun est d’assurer une inclusion numérique renforcée, notamment en intégrant les populations peu familiarisées avec les outils digitaux.
Cette collaboration s’inscrit dans un contexte national de transformation accélérée des services publics. Pour la CNASS, elle s’intègre pleinement dans sa future stratégie de numérisation 2025–2030, actuellement en cours d’élaboration. Cette stratégie vise à améliorer la qualité des services rendus, renforcer la coordination avec les prestataires de soins, assurer une meilleure traçabilité des prestations et répondre plus efficacement aux besoins des populations vulnérables.
En Mauritanie, la CNASS constitue un levier central de la politique de protection sociale, en particulier pour l’extension de la couverture santé aux travailleurs du secteur informel. En s’alliant à l’Agence Numérique de l’État, l’organe opérationnel chargé de déployer la politique nationale de numérisation, elle franchit une nouvelle étape vers une gestion plus efficiente, transparente et interconnectée.
À terme, ce partenariat devrait permettre de fluidifier les services, accroître la fiabilité des données et renforcer la transparence dans la gestion de l’assurance maladie. Il devrait également améliorer l’expérience des assurés en facilitant l’accès à distance aux prestations, tout en posant les bases d’une protection sociale plus inclusive, moderne et durable pour l’ensemble des Mauritaniens.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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L’Institut panafricain de politique économique révèle que chaque année, l’Afrique produit environ 2,5 millions de tonnes de déchets électroniques. Face à ce défi, Orange renforce ses actions en faveur de l’économie circulaire à travers la collecte et le reconditionnement de téléphones.
En 2024, Orange Afrique et Moyen-Orient a intensifié ses actions en faveur de l’économie circulaire en collectant l’équivalent de 284 000 téléphones mobiles usagés, représentant 28,5 % des ventes annuelles du groupe dans la région. L’information est issue du Rapport de Responsabilité Sociétale 2024, qui détaille les efforts du groupe pour réduire son empreinte environnementale tout en favorisant un accès plus équitable au numérique.
Intitulé « Cultiver l’impact », le rapport souligne que cette initiative s’inscrit dans le programme « Re » du groupe Orange et a permis de récupérer 43,5 tonnes de matériel électronique destinées au reconditionnement ou au recyclage.
Déployée dans cinq pays — la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Burkina Faso, l’Égypte et la Jordanie — cette démarche repose sur un modèle structuré autour de quatre axes : la collecte, la réparation, le reconditionnement et le recyclage. En Afrique de l’Ouest, Orange s’appuie notamment sur son partenariat avec les Ateliers du Bocage, une entreprise sociale française spécialisée dans la gestion des équipements électroniques usagés. En Égypte et en Jordanie, c’est à travers le programme « Re » que l’opérateur organise la récupération des appareils.
Les téléphones en état de fonctionnement sont remis à neuf et remis sur le marché à des prix plus accessibles. En Égypte, plus de 10 % des terminaux vendus par Orange en 2024 étaient des appareils reconditionnés. Le programme est également actif au Sénégal et au Maroc, où la demande pour ce type de produits est en forte croissance. Pour les équipements irréparables, les composants sont soigneusement démantelés et orientés vers des filières spécialisées de valorisation, conformément aux normes environnementales.
L’économie circulaire mise également sur les box Internet. Selon le rapport, 172 000 box ont été collectées en 2024, dont 115 000 reconditionnées. Cette opération a permis d’éviter l’émission de 2800 tonnes de CO₂ équivalents, soit l’équivalent de 150 fois le tour de l’Afrique en voiture, selon les estimations fournies par Orange.
Parallèlement, l’opérateur mène des campagnes de sensibilisation auprès de ses clients et de ses collaborateurs, tout en renforçant son réseau de points de collecte dans ses agences, notamment en Côte d’Ivoire, en Égypte et en Jordanie. L’objectif affiché est double : réduire les déchets électroniques tout en facilitant l’accès aux équipements numériques à moindre coût, dans une région où le taux d’équipement reste encore inférieur à la moyenne mondiale.
Selon la GSMA, le coût d’un smartphone d’entrée de gamme représente en moyenne 18 % du revenu mensuel pour les pays à revenus faibles et intermédiaires, mais atteint jusqu’à 39 % pour les 40 % les plus pauvres, et 51 % pour les 20 %.
Avec ces actions, Orange affirme sa volonté de devenir un acteur moteur de l’économie circulaire dans les télécoms, en alliant innovation, responsabilité environnementale et inclusion numérique. Le programme « Re », qui fait partie intégrante de sa stratégie RSE, devrait continuer à s’étendre à d’autres filiales du groupe en Afrique et au Moyen-Orient dans les années à venir.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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La pénurie de main-d'œuvre qualifiée dans le secteur numérique en Afrique constitue un frein majeur à la croissance économique. En Côte d’Ivoire, des initiatives se multiplient pour former les jeunes aux métiers du numérique et renforcer l’écosystème technologique national.
La Côte d’Ivoire va accueillir dans les prochains mois le premier campus Ynov en Afrique subsaharienne. C’est ce que prévoit l’accord signé entre le Village des Technologies de l’Information et de la Biotechnologie (VITIB), situé à Grand-Bassam, et le groupe français Ynov Campus, spécialiste de la formation aux métiers du numérique.
Le partenariat, officialisé en marge de la première édition de l’Ivoire Tech Forum, organisée du mercredi 9 au vendredi 11 juillet à Abidjan, vise à former une nouvelle génération de talents numériques ivoiriens et ouest-africains dans des domaines clés tels que le développement web, la data science, le design numérique, l’audiovisuel, la cybersécurité ou encore l’intelligence artificielle.
Un second accord signé avec la Fondation Magic System prévoit quant à lui la création de la VITIB Digital Academy, une académie numérique avec pour objectif de renforcer les compétences numériques locales, favoriser l’insertion professionnelle des jeunes et stimuler l’employabilité dans les filières numériques d’avenir.
Ces initiatives s’inscrivent dans le cadre du plan de développement ambitieux du VITIB, qui abrite déjà 96 entreprises, 5 datacenters, un guichet unique pour les formalités d’implantation des entreprises. Son plan stratégique 2023–2028, estimé à 180 milliards FCFA (320 millions), vise à transformer le site en une ville intelligente intégrée, avec pour ambition de créer 40 000 emplois et attirer 1,6 milliard USD d’investissements.
Dans un contexte de transformation numérique accélérée, la Côte d’Ivoire entend ainsi se doter d’un vivier de compétences qualifiées, capable de répondre aux standards internationaux. Dans les prochaines années, selon les projections du ministère de la Transition numérique, le pays devrait former massivement des professionnels dans les secteurs de la cybersécurité, du cloud computing, de la gestion des données, de la programmation avancée ou encore de l’IA appliquée aux services publics et aux industries. La montée en compétences est désormais une priorité nationale pour soutenir la croissance des start-up, favoriser la souveraineté numérique et garantir une intégration active dans l’économie numérique régionale.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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La transformation numérique s’accélère en Côte d’Ivoire avec le renforcement des partenariats internationaux. L’innovation technologique, notamment autour du Big Data et de l’intelligence artificielle, s’affirme comme un levier stratégique pour moderniser les services publics et soutenir le développement économique.
En marge de la première édition de l’Ivoire Tech Forum, organisée du mercredi 9 au vendredi 11 juillet à Abidjan, le gouvernement ivoirien a signé deux protocoles d’accord non contraignants avec la société G42 Presight, filiale du conglomérat technologique émirati G42, spécialisée dans l’analyse de données massives et l’intelligence artificielle.
Ces accords portent, d’une part, sur la mise en place d’un cadre de collaboration pour la réforme et la numérisation de l’administration publique, signé avec le ministère d’État chargé de la Fonction publique et de la Modernisation de l’Administration, et, d’autre part, sur le développement d’une stratégie nationale du numérique, en partenariat avec le ministère de la Transition numérique et de la Digitalisation.
Cette initiative intervient à un moment stratégique, alors que la Stratégie nationale de développement numérique (SNDN) de la Côte d’Ivoire arrive à échéance en 2025. Lancée il y a cinq ans, cette stratégie visait à renforcer l’inclusion digitale, la cybersécurité et le développement des infrastructures numériques. Elle a notamment permis le déploiement de plus de 5207 km de fibre optique, la mise en place de plusieurs guichets uniques de services publics en ligne, ainsi que l’opérationnalisation de l’Agence nationale de la cybersécurité.
En matière d’intelligence artificielle, le pays s’est également doté d’une stratégie dédiée à la gestion des données, visant à bâtir une administration plus performante, accessible et résiliente, capable de relever les défis de la gouvernance numérique du XXIᵉ siècle.
Bien que non contraignants, ces protocoles posent les bases d’une coopération technologique renforcée entre Abidjan et Abu Dhabi. À travers cette alliance, la Côte d’Ivoire entend tirer parti de l’expertise de G42 Presight, qui a déjà accompagné des projets en Égypte et au Rwanda en matière de Big Data, d’IA et de gouvernance intelligente. L’objectif est d’améliorer la qualité des services publics, accroître la transparence de l’action publique et optimiser la prise de décision au sein de l’État.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Alors que les États africains misent sur la transformation numérique pour moderniser leurs systèmes de santé, les dossiers patients informatisés (DPI) émergent comme un outil stratégique. Leur déploiement, encore inégal, progresse néanmoins dans un contexte de numérisation croissante des services publics.
Selon un rapport publié en 2023 par le cabinet de conseil McKinsey & Company, les outils de santé numériques, téléconsultations, dossiers patients informatisés, applications de gestion des maladies chroniques pourraient permettre aux systèmes de santé africains de réduire jusqu’à 15 % de leurs dépenses totales. Ce potentiel d’efficience, combiné à la nécessité de moderniser les services de santé, alimente l’intérêt croissant des gouvernements pour ces dispositifs numériques, désormais considérés comme des piliers des stratégies nationales d’e-santé.
Conçus pour centraliser et sécuriser les données médicales, les DPI facilitent le suivi des patients, la coordination des soins et réduisent les erreurs médicales. En remplaçant les dossiers papier, sources fréquentes de pertes d’informations ou de retards, ils apportent une réponse concrète aux besoins de modernisation du secteur.
Mais leur utilité dépasse le cadre strict de la qualité des soins. Les DPI fournissent aux autorités sanitaires des données en temps réel, essentielles pour anticiper, surveiller et gérer les épidémies, ou encore appuyer les politiques de santé publique.
Des projets pilotes en cours dans plusieurs pays
Si certains pays progressent lentement, d’autres enregistrent des avancées significatives. En Côte d’Ivoire, les établissements dotés de DPI ont généré, en 2024, plus de 1,25 milliard FCFA (2,2 millions USD) de recettes médicales, entièrement tracées grâce à une plateforme numérique, selon la Direction de l’Informatique et de la Santé digitale. Par ailleurs, plus de 268 établissements de santé sont connectés au Système d’Information Hospitalier (SIH) et au DPI.
D’autres États africains suivent la même dynamique. Le Sénégal, le Rwanda, le Ghana et le Kenya ont chacun mis en place des systèmes similaires. Au Nigeria, des tests sont actuellement menés pour assurer l’interopérabilité entre les DPI et la base de données du régime national d’assurance maladie.
Un marché mondial en pleine expansion
D’après les prévisions de l'entreprise de conseil et d'intelligence de marché Mordor Intelligence, le marché mondial des dossiers médicaux électroniques (DME/DPI) atteindra 42,10 milliards USD d’ici 2029, contre 32,82 milliards en 2024, avec un taux de croissance annuel moyen estimé à 5,11 %. La pandémie de Covid-19 a agi comme un catalyseur, accélérant la digitalisation des soins et soulignant l’importance d’un accès rapide, fiable et sécurisé aux données cliniques.
Cette croissance est également portée par les avancées technologiques, la volonté politique en faveur de la numérisation, ainsi qu’une accessibilité croissante à ces solutions, même dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Des défis persistants à relever
Malgré ce potentiel, la généralisation des DPI dans les pays africains se heurte à plusieurs freins. L’accès limité à Internet, notamment dans les zones rurales, reste un obstacle majeur. En 2024, seuls 38 % des Africains étaient connectés, selon l’Union internationale des télécommunications. La formation du personnel de santé constitue un autre enjeu crucial : sans une maîtrise des outils numériques, leur fiabilité et leur adoption restent limitées. À cela s’ajoute la question sensible de la protection des données médicales. À ce jour, seuls 40 pays africains disposent d’un cadre législatif sur la protection des données personnelles, et les mécanismes de cybersécurité restent encore largement insuffisants. Or, la confiance des patients et des professionnels repose fondamentalement sur la sécurité des informations médicales.
Vers une gouvernance panafricaine de la santé numérique
Pour surmonter ces obstacles, une coordination renforcée entre les pays africains apparaît nécessaire. L’harmonisation des normes, l’interopérabilité des systèmes et la définition de standards communs en matière de sécurité des données permettraient de bâtir une base solide pour une e-santé cohérente et durable à l’échelle continentale.
La généralisation des DPI pourrait ainsi transformer en profondeur les systèmes de santé africains. À condition que les États investissent dans les infrastructures numériques, la formation des professionnels et la protection des données. Les DPI ne doivent pas être perçus comme un simple outil technologique, mais comme une composante structurante d’une politique de santé publique moderne, résiliente et inclusive.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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En Afrique, le numérique suscite de grands espoirs pour l’évolution sociale et économique. Pourtant, son développement reste entravé par des défis structurels majeurs, limitant ses bénéfices.
En Afrique, la numérisation, mesurée par l’accès aux câbles sous-marins et la possession de téléphone mobile, augmente la probabilité de mobilité professionnelle ascendante et diminue le risque de déclassement. C’est ce que révèle le rapport « Digitalization: A Catalyst for Intergenerational Occupational Mobility? », publié en mai 2025 par le Fonds monétaire international (FMI).
Selon cette étude, faite sur un échantillon de plus de 28 millions de personnes dans 27 pays africains, la connexion aux câbles sous-marins augmente la probabilité de mobilité professionnelle ascendante de 17,5 à 26,7 points de pourcentage et diminue le risque de déclassement de 17,8 à 36,7 points. La possession d’un téléphone mobile accroît les chances de mobilité ascendante de 8 à 10,7 points et réduit le risque de déclassement de 13 à 17,4 points. Ces résultats illustrent l’impact potentiel du numérique sur les trajectoires professionnelles en Afrique.
Des effets mesurés, des écarts persistants
D’après le FMI, la dynamique varie fortement selon les pays. À Maurice, 75 % des enfants de travailleurs agricoles accèdent à des emplois qualifiés ou de cadres, contre seulement 2 % au Burkina Faso. Le taux moyen de mobilité ascendante atteint 19 %, tandis que le déclassement concerne 28 % des individus. Ces écarts s’expliquent par des différences d’infrastructures, de politiques publiques et de stabilité institutionnelle.
| Pays | Mobilité ascendante | Mobilité descendante |
| Maurice | 0,75 | 0,10 |
| Afrique du Sud | 0,48 | 0,14 |
| Botswana | 0,46 | 0,23 |
| Burkina Faso | 0,02 | 0,46 |
| Moyenne | 0,19 | 0,28 |
Source : FMI, 2025
Le numérique, un catalyseur sous conditions
Le FMI insiste sur le fait que l’effet du numérique dépend fortement du contexte institutionnel et des politiques publiques. La digitalisation n’est un levier de mobilité sociale que si elle s’inscrit dans un environnement institutionnel solide et des politiques publiques volontaristes. Le rapport montre que l’impact positif du numérique est amplifié dans les pays où les gouvernements investissent dans les infrastructures et promeuvent activement les technologies de l’information et de la communication (TIC). À l’inverse, l’absence de ces catalyseurs limite l’effet du numérique sur la mobilité sociale.
Des fractures numériques et sociales persistantes
Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), en 2024, seuls 38 % des Africains sont connectés à Internet, avec de fortes disparités entre milieux urbain (57 %) et rural (23 %). L’Union note aussi que 43 % des hommes utilisent Internet contre seulement 31 % des femmes, révélant une fracture numérique de genre persistante.
L’Association mondiale des opérateurs de téléphonie mobile (GSMA) souligne que les pressions fiscales auxquelles sont soumis les opérateurs de téléphonie mobile freinent aussi l’adoption des outils numériques par les populations vulnérables. Elle insiste sur la nécessité de politiques ciblées pour réduire ces barrières structurelles et éviter que le numérique ne devienne un facteur d’exclusion supplémentaire.
Gouvernance et politiques publiques : des progrès inégaux
De nombreux pays africains ont adopté des stratégies nationales pour le numérique, mais seuls 18 % disposent d’une régulation avancée du secteur, selon l’UIT. Les cadres réglementaires restent hétérogènes, notamment sur la protection des données et la cybersécurité. Des coupures majeures de câbles sous-marins en 2024 ont mis en évidence la dépendance du continent à des infrastructures internationales et la vulnérabilité de la connectivité.
Des initiatives existent : subventions à l’équipement, programmes de formation, réseaux communautaires. Mais leur portée reste limitée face à l’ampleur des besoins et à la rapidité des évolutions technologiques.
Des experts appellent à la prudence
Des experts de la Banque mondiale et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) mettent en garde contre une vision trop technophile. Selon eux, la digitalisation ne garantit pas automatiquement la création d’emplois de qualité ni la réduction des inégalités.
L’automatisation et l’essor des plateformes numériques risquent d’exclure une partie de la population du marché du travail, faute de compétences adaptées. Le risque, selon le rapport sur l’avenir du travail en Afrique, est que seuls les travailleurs déjà qualifiés bénéficient de ces transformations.
Perspectives et enjeux
Selon le rapport du FMI, le potentiel du numérique ne se réalisera que si les États africains investissent dans l’éducation, l’infrastructure et la gouvernance, tout en veillant à ne pas laisser les populations les plus vulnérables au bord du chemin. Passer du 25e au 75e percentile de l’indice de qualité institutionnelle augmente la probabilité de mobilité ascendante de 8,8 points et réduit celle de déclassement de 3,2 points. Un score élevé de réussite gouvernementale dans la promotion des TIC accroît la mobilité ascendante de 5,3 points et réduit le déclassement de 22 points, ajoute le FMI.
Melchior Koba
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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Nomadisme numérique : une opportunité à saisir pour les économies africaines
L’intelligence artificielle s’impose comme l’une des technologies phares de la révolution technologique en cours. En Tunisie, les autorités y ont eu recours pour mettre en place le programme de développement national.
En Tunisie, le président de la Commission des plans de développement, Mohamed El Kou, a annoncé le mercredi 9 juillet que l’intelligence artificielle a été utilisée pour élaborer le plan national de développement 2026 - 2030. Ce plan fixe les priorités économiques et sociales du pays pour les cinq prochaines années.
Selon lui, les outils IA ont permis d’analyser une large base de données et d’indicateurs sectoriels afin d’identifier de manière objective les axes stratégiques à privilégier. Le plan en met l’accent sur la transformation numérique, les réformes législatives, le soutien aux PME, l’équité territoriale, la santé et les énergies renouvelables. L’objectif est d’éviter les choix politiques arbitraires et de baser les décisions sur les besoins réels.
« Le recours à l’intelligence artificielle dans la planification est désormais une nécessité. Ceux qui ne s’adaptent pas risquent la marginalisation. [...] Dans un monde en mutation rapide, la Tunisie ne peut rester en retrait. Elle doit accompagner sérieusement le virage numérique et s’y engager pleinement » poursuit Mohamed El Kou, qui précise toutefois que l’IA ne remplace pas l’intelligence humaine, mais la complète, dans le cadre d’une vision d’« État intelligent ».
Cette initiative reflète une volonté de moderniser l’action publique, de gagner en transparence, et de préparer l’économie à la compétition numérique mondiale. Elle survient dans un contexte où l’IA est au cœur des débats. Selon la Banque mondiale, quand cet outil est associé à la gestion et à la prise de décision humaines, il peut être utilisé par les gouvernements pour relever les défis de développement.
« Les technologies de rupture telles que l'intelligence artificielle (IA) ont le potentiel de transformer les gouvernements. L'IA peut être utilisée comme un outil permettant d'offrir une expérience de prestation de services personnalisée, d'améliorer l'efficacité des processus de gestion, de renforcer le respect des politiques et de contribuer à l'identification des fraudes ».
Adoni Conrad Quenum
Edité par : Feriol Bewa
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